Première partie
De tous les poètes dramatiques contemporains de Lope de Yega, Guilen de Castro est incontestablement celui qui a conservé le plus de réputation. Hors d'Espagne, surtout, son nom n'est guère moins connu que ceux de Lope et de Calderou. C'est à un seul ouvrage, d'un mérite supérieur, il est vrai, et plus encore à l'imitation qu'en a faite notre grand Corneille, que Guilen de Castro doit cette éclatante renommée. S'il n'eût pas écrit le Cich il eut sans doute encore occupé un rang distingué parmi les poètes si nombreux de cette époque, mais la postérité ne lui accorderait pas plus de souvenir qu'à tel d'entre eux qui, lorsqu'il existait, ne lui cédait pas en célébrité, qui aujourd'hui est complètement oublié en Europe et, en Espagne même, ne vit plus que dans la mémoire des érudits.
On ne sait rien de la vie de Guilen de Castro, si
ce n'est qu'il était né à Valence. Ses comédies parurent dans les vingt premières années du xyii^ siècle, c'est-à-dire pen 'ant le règne de Philippe III. Une diction généralement pure, une versification harmonieuse et dont Cervantes a loué la suave douceur, le don du pathétique, un talent véritable à soutenir les caractères, telles sont les qualités qu'on lui reconnaît. On lui reproche le choix défectueux de la plupart de ses sujets, des plans aussi extravagants que mal conduits et des inconvenances choquantes résultant surtout d'une habitude qui rappelle l'enfance de l'art, celle de vouloir tout mettre sur la scène, de ne reculer devant aucun détail, de ne rien réserver pour le récit.
Comme nous le disions tout à l'heure, c'est sa comédie de la Jeunesse du Cid qui l'a immortalisé. Elle mérite à tous égards que nous en fassions le sujet d'un examen approfondi.
Le Cid, Ruy Diaz, ou, ce qui est la même chose, Rodrigue fils de Diego, Ruy Diaz de Bivar a été de tout temps le plus populaire des héros espagnols. Les poètes l'ont chanté à l'envi. Cinquante ans après sa mort, il était déjà le sujet d'une sorte de poème épique, premier et informe essai de la poésie castillane. Les siècles suivants virent éclore une multitude presqu'incroyable de ballades ou, comme disent les espagnols, de ro7nances où les moindres actions de sa vie comme les plus éclatantes sont célébrées avec une chaleur, une naïveté, une énergie vraiment extraordinaires. A des faits vrais se mêle dans ces petits poèmes, une foule de faits évidemment con-
trouvés ; telle est souvent l'absurdité de ces interpolations faites dans des temps d'ignorance qu'elle mettrait à bout la plus opiniâtre crédulité et qu'un critique moderne, ne sachant comment distinguer la vérité au milieu de tant de fictions, a mis en doute l'existence même du Cid. Disons pourtant que ce doute ne peut se soutenir contre l'évidence des témoignages historiques, quelque incomplets qu'ils soient sur ce point. Dût-on même récuser les chroniqueurs castillans, on trouverait encore, dans les annales des Arabes, l'indication des exploits de leur illustre vainqueur. Il n'y est désigné que par son glorieux surnom de Campeador, victorieux, que les Arabes prenaient pour un nom propre et qu'ils ont changé, sans le comprendre, en celui de Cambitour. C'est une circonstance assez bizarre que celle qui a donné à ce grand homme un nom castillan chez les musulmans tandis que les Castillans, comme par compensation, s'habituaient à le désigner par un nom emprunté à l'idiome des Arabes. On sait en effet que dans cet idome, Cid signifie seigneur.
L'histoire générale nous a conservé peu de détails sur ses hauts faits et aucun sur son caractère. Les chroniqueurs du xi"" et du xir siècles croyaient avoir accompli leur tâche en transmettant à la postérité la date des principaux événements, et ils ne songeaient en aucune façon à en faire connaître les auteurs. A défaut de l'histoire générale, une chronique particulière dont l'authenticité, il est vrai, n'est pas bien constatée, et surtout les romances, dans lesquelles, par une préoccupation, qui n'est peut-être en bien
des cas qu'une illusion séduisante, on aime à chercher les traces de traditions antiques, les romances nous présentent la physionomie morale du Cid avec des traits si saillants, si distincts, si originaux, qu'on ne peut en perdre le souvenir ni se persuader que ce soit là un portrait de fantaisie.
Elle nous le montrent brave, généreux, religieux, dévoué au devoir et à l'honneur. En lui, la fidélité la plus loyale envers son souverain s'unit à la plus, noble indépendance morale. Il subit l'exil plutôt que de s'humilier devant un roi injuste et passionné, mais cet exil, il le consacre à vaincre les ennemis de son ingrat souverain, à étendre sa puissance. Il a toute la franchise et toute la rudesse des camps. Habitué à combattre et à commander, il semble mal à l'aise, lorsqu'il se trouve momentanément à la cour. Trop plein, peut-être, du juste sentiment de sa supériorité, il est également hors d'état de supporter la moindre contradiction de la part des courtisans qu'il méprise et de dissimuler le mépris qu'il a pour eux. Son indignation, son impatience se manifestent à chaque instant par de brusques saillies, par des railleries piquantes.il ne respecte que le roi, et tout en le respectant il ne le flatte pas, il n'emploie pas envers lui ces formes obséquieuses auxquelles les princes sont trop accoutumés pour n'être pas blessés de leur absence, il ne sait pas même adoucir par l'expression les austères avis que son zèle lui dicte quelquefois. On devine à son langage qu'il ne sera jamais un favori, qu'on acceptera, qu'on sollicitera même ses services dans un moment de danger, mais
qu'on le trouvera incommode, exigeant, peu respectueux, et que le jour de la disgrâce viendra tôt ou tard pour lui.
Tel est le Cid, non pas celui que nous a peint Corneille, qui ne nous le i^résente que dans sa première jeunesse et qui en fait un modèle d'élégante courtoisie non moins que de générosité et de courage, un vrai paladin français, mais le Cid espagnol, le Cid tel qu'on aime à se persuader qu'il a dû exister.
Ce n'est pourtant pas sous ces traits qu'il nous apparaît dans les chroniques arabes : elles nous montrent en lui un aventurier, un véritable condottiere ^ ne reculant devant aucune cruauté, aucune perfidie pour satisfaire son ambition et sa cupidité. Ce qui ressort le plus clairement de ces contradictions, c'est que le Cid, dans un sens ou dans l'autre, avait fortement saisi l'imagination de ses contemporains ; c'est que ce n'était pas un homme ordinaire.
Guilen de Castro, venu après les romanciers, a trouvé en eux de riches matériaux. Action, personnages, incidents, bien souvent même la tournure et le fond du dialogue, tout lui était fourni par les romances. Il n'a eu qu'à faire un choix entre ces innombrables ballades, qu'à coudre ensemble celles qu'il a préférées, pour en tirer un drame plein de vie et de mouvement, qui rappelle pour la forme et pour le genre d'intérêt les tragédies <le Shakespeare. On lui doit pourtant cette justice, qu'il a su embellir et perfectionner à un degré très remarquable les inspirations des romanciers.
Sa comédie s'ouvre d'une manière dramatique et
tout en action. Le roi Ferdinand, pour récompenser les services du vieux Diego de Bivar, a voulu armer lui-même chevalier le fils de ce guerrier, le jeune Rodrigue. Chacun admire la bonne grâce du nouveau chevalier qui, en recevant de la main du roi l'épée avec laquelle ce monarque à gagné cinq batailles rangées, jure de ne la ceindre à son côté qu'après avoir été lui-même cinq fois victorieux. L'infante Urraca, chargée de lui attacher les éperons, ne peut cacher l'amour qu'il lui inspire. La fille du comte d'Orgaz, la belle Chimène, en est jalouse. Le prince royal, D. Sanche, encore enfant, s'animant à l'aspect de cette fête chevaleresque, témoigne, avec une vivacité qui révèle l'ardeur impétueuse dont il doit être animé un jour, combien il lui tarde de pouvoir aussi porter les armes. Le comte d'Orgaz seul reste étranger à la sympathie générale dont Rodrigue est l'objet ; déjà, dans son cœur, il accuse de présomption sa noble confiance.
Après la cérémonie, la cour se retire, mais le roi retient auprès de lui ses conseillers intimes : outre D. Diègue et le comte d'Orgaz, ce sont le comte Peranzulez et Arias Gonzalo, tous personnages traditionnels auxquels les romances ont donné une véritable illustration.
Le roi, resté seul avec ses conseillers, leur expose que le gouverneur du prince royal vient de mourir. Il est urgent de lui donner un successeur, et ce successeur doit unir une grande fermeté à une grande prudence pour être en état de bien diriger l'éducation d'un enfant dont le caractère passionné et violent exige
une répression à la fois sage et vigoureuse. La pensée du roi n'a pu se porter que sur les serviteurs é])rouvés auxquels il a confié déjà le soin des affaires de son royaume, sur ceux même qui sont, en ce moment, réunis autour de lui ; mais Arias Gonzalo est grand maître de la maison de la reine, Péranzulez, gouverneur des infants Alphonse et G-arcia ; le comte d'Orgaz, sans cesse occupé à protéger la frontière contre les Maures, est presque toujours éloigné de la cour; D.Diègue seul est libre de tout assujettissement ; c'est lui que le roi a choisi, et il désire que ce choix ait l'approbation du conseil.
Arias Gonzalo et Péranzulez s'empressent d'y applaudir, mais l'orgueilleuse jalousie du comte d'Orgaz en est vivement blessée, et l'amertume de ses paroles n'exprime que trop bien le ressentiment auquel il est en proie.
LE COM.TE
« Sire, le mérite de D. Diègue est bien grand, sans » doute, puisqu'il vous a fait oublier que je sollicitais » l'emploi qui lui est accordé. En présence du roi, je » ne dirai pas tout ce que je sens, tout ce que je » pense d'un tel affront, je contiendrai s'il est pos- » sible majuste irritation. Mais si D. Diègue ne peut » déjà plus supporter le poids de ses années, com- » ment la sagesse s'allierait-elle à une semblable » caducité ? Pourra-t-il, comme moi, enseigner au » prince les exercices divers qui forment un cheva- » lier, qui le préparentaux combats ? lui apprendra- » t-il à briser une lance, à dompter un coursier ?
» Si je
LE ROI
» C'est assez.
D. DIEGUE
» Comte, vous n'avez jamais été si superbe. J'avoue » que je suis vieux, que com.me tout le monde j'ai » ressenti les atteintes du temps. Mais dans ma » vieillesse, dans mon sommeil, dans mon délire, si » vous voulez, je puis, je puis encore enseigner ce
» que bien d'autres n'ont jamais su Si la force me
» manque pour briser des lances, pour dompter des » coursiers, je ferai lire au prince l'histoire de ma » vie; il s'instruira, sinon par ce que je ferai, au » moins par ce que j'ai fait. L'Espagne et mon roi » verront que nul ne mérite
LE ROL
» Don Diègue !
LE COMTE
» Je le mérite autant et plus que toi.
LE ROL
» Comte !
D. DIEGUE
» ïu te trompes.
LE ROI
» Je suis votre maître.
LECOxMTE.
» Je dis
D. DIEGUE
» Tu ne dis pas.
LE COMTE
» Eh bien ! ma main dira ce que ne dit pas ma » bouche. (// lui donne un soufflet.)
LE ROI
» Qu'on l'arrête !
LE COMTE
» Vous êtes irrité, Sire, calmez-vou.s. Pardonnez à » cette main, à cette épée d'avoir manqué une fois » au respect qui vous est dû ; rappelez-vous depuis » combien d'années elles sont l'appui de votre cou- » ronne, guidant vos soldats, défendant vos fron- » tières et vengeant vos querelles. Pensez qu'un roi » sage ne fait pas arrêter des hommes comme moi, » des hommes qui sont la force du trône et le cœur » même de l'État. (Il sort.)
D. DIEGUE
» Rappelez, rappelez le comte, qu'il soit à présent » gouverneur de votre fils ; un tel emploi lui convient » mieux qu'à moi ; il n'a pas perdu l'honneur ; à celui » (j[u'il possédait déjà, il a joint celui ({u'il m'a enlevé. » Pour moi, je vais me retirer, si pourtant j'en ai » encore la force, chancelant à chaque pas sous le » poids d'un affront plus lourd encore que mes an- » nées. .Te vais pleurer ma honte en attendant que je » puisse la venger. »
Tandis que le roi cherche avec Arias Gronzalo et Peranzulez les moyens de prévenir les scènes sanglantes qui semblent se préparer, D. Diègue rentre dans sa maison. Ses fils effrayés du trouble où ils le voient, des larmea de sang qui roulent dans ses yeux, s'empressent de l'interroger. Il les repousse brusquemijnt. Il détache de la muraille l'épée de Mu darra, le plus illustre et le plus vaillant de ses ancêtres, mais son bras ne peut plus la soutenir. Hors d'état de se
venger lui-même, il doit en remettre le soin à un de ses enfants. Lequel choisira-t-il, quel est le plus digne de lutter avec le comte? Pour s'en assurer, il veut les éprouver. Il appelle successivement les deux plus jeunes; il leur serre la main de toute la force qui lui reste, et cette force est assez grande encore pour leur arracher des cris et des pleurs. Indigné de leur faiblesse, il les renvoie; il fait venir Rodrigue, il renouvelle sur lui cette singulière épreuve. Rodrigue ne pleure pas comme ses frères, la douleur, au lieu de l'abattre, enflamme son courroux : « Mon père, » dit-il, « cessez, cessez, au nom de Dieu. Si vous n'étiez » pas mon père, je vous donnerais un soufflet.
D. DIEGUE
» Et ce ne serait pas le premier !
RODRIGUE
» Comment ?
D. DIEGUE
» Mon fils bien-aimé, j'adore ce ressentiment, cette » colère me ijiaît, ce sang qui bouillonne dans tes » veines, qui sort par tes yeux, c'est celui que je t'ai » transmis, que j'avais reçu moi-même de LainCalvo » et de Nuno, c'est celui que cet orgueilleux comte » d'Orgaz a outragé sur mon visage. Embrasse-moi, » Rodrigue, relève mon espérance, lave dans le sang » cette tache de mon honneur qui s'étend jusqu'au » tien; le sang seul lave de telles taches... L'adver- » saire que tu as à combattre est puissant : à la cour, » ses conseils sont préférés à tous les autres ; à la » guerre sa lance est la plus redoutée. Mais tu as du » courage et de l'intelligence; tu vois l'outrage
» d'un côté, de l'autre une épée, je n'ai plus rien à » te dire ; je te laisse, je vais pleurer ma honte » pendant que tu la vengeras. »
Rodrigue, étourdi de ce qu'il vient d'apprendre, a peine à recouvrer ses esprits : « Pourquoi, » se dit-il à lui-même, « pourquoi mon père est-il l'offensé et » l'offenseur le père de Chimène! Que faire ! s'il m'a » donné la vie, c'est pour elle, pour elle seule que » la vie m'est chère... Mais ce seul doute offense » l'honneur... Secouons le joug de l'amour, rappe- » lons-nous ce-quenous sommes... Pourquoi hésité- » je encore ? Craindrais-je mon puissant ennemi ? » Eh qu'importe sa puissance ! Qu'importent les in- » nombrables amis qu'il compte dans la montagne, » et son crédit à la cour et sa vaillance à la guerre ! » Ne s'agit-il pas de venger le premier affront » qu'ait reçu le sang de Lain Calvo ? Le ciel me
» sera en aide Je prendrai cette vieille épée de
» Mudarra, malgré la rouille qui la couvre depuis la » mort de son maître. Noble épée, ne t'indigne pas de » passer ainsi dans des mains novices; tu ne me verras » pas reculer, tu connaîtras que ton nouveau maître » n'est pas moins vaillant que l'ancien. »
Rodrigue va trouver le comte. Celui-ci s'entretient en ce moment avec Peranzulez qui est venu le trouver de la part du roi pour l'engager à apaiser par quelque démarche conciliante, par quelque satisfaction, la colère de D. Diègue. Le comte s'y refuse absolument. Il avoue qu'il a fait une folie, mais il ne la réparera pas. En vain Peranzulez lui donne à entendre qu'il peut se perdre par une telle opiniâtreté ;
son orgueil se révolte à cette insinuation : « Les » hommes comme moi, » dit-il, « ont beaucoup à » perdre ; la Castille courrait risque de se perdre » avant moi. Ne me parlez plus de donner ou de re- » cevoir satisfaction. Celui qui la donne et celui qui » la reçoit s'en trouvent également mal, l'un perd » son honneur, l'autre ne recouvre pas le sien ; l'épée » est le seul juge de semblables querelles... »
Rodrigue arrive. Au moment où il va aborder le comte, deux objets bien différents s'offrent à sa vue : d'un côté il aperçoit à un balcon, auprès de l'infante Urraca, Chimène, qu'un triste pressentiment livre déjà à de cruelles angoisses ; de l'autre, il voit D. Diègue qui ne peut plus contenir son impatience, qui le presse de loin de ses regards enflammés. Rodrigue ne balance plus, il appelle le comte.
LE COMTE
« Qui m'appelle ?
RODRIGUE
» Je veux te parler à l'écart.
LE COMTE
» Que me veux-tu ?
RODRIGUE
» Ce vieillard que tu vois là, sais-tu qui il est ?
LE COMTE
» Je le sais, pourquoi cette question ?
RODRIGUE
» Pourquoi ? Parle bas, écoute.
LE COMTE
» Explique-toi.
RODRIGUE
» Ne sais-tu pas qu'il était la valeur et l'honneur » même ?
LE COMTE
» Cela se peut.
RODRIGUE
» Ce sang que tu vois dans mes yeux, sais-tu bien » que c'est le sien ?
LE COMTE
» Que m'importe !
RODRIGUE
» Éloignons-nous d'ici, et tu verras si cela t'im- » porte.
LE COMTE
» Que dis-tu, enfant? Va-t-en, chevalier novice, » apprends d'abord à combattre, tu pourras ensuite » t'honorer d'être vaincu par moi sans que ta défaite » et ta mort ne soient honteuses.
RODRIGUE
» C'est sur toi que je veux faire mon apprentissage. » Tu apprendras si le cœur n'est pas le meilleur » maître dans l'art de vaincre.
D. DIE GUE
» Mon âme est embrasée !
CHIMÈNE
» Rodrigue, pense que c'est mon père !
RODRIGUE
» Pardonnez, Chimène, il s'agit de l'honneur. » Suis-moi, comte.
LE COMTE
» Enfant plus orgueilleux qu'un géant, tu es mort,
» si tu te places devant moi. Va-t-en en paix, sinon, » de même que j'ai donné un soufflet à ton père, je te » chasserai à coups de pieds.
RODRIGUE
» C'est trop d'insolence !
» Mon fils, mon fils, trop de paroles émoussent le » tranchant de l'épée.
CHIMÈNE
» Arrête, mon cher Rodrigue !
D, DIEGUE
» Mon fils, puisse ma voix ardente te porter mon » affront ! »
Déjà, le combat est engagé. Le comte est frappé à mort. Ses amis, ses domestiques, excités par les cris de Chimène, se précipitent sur Rodrigue. Il se fraye un passage l'épée à la main et se retire victorieux et fier.
Le roi apprend ce qui vient de se passer. Bientôt il voit arriver Chimène tenant à la main un mouchoir plein de sang. Chimène demande justice. D. Diègue l'interrompt en s'écriant qu'il n'a fait qu'obtenir une juste vengeance.
CHIMÈNE
» Sire, on a tué mon père !
D. DIEGUE
» C'est mon fils qui l'a tué, et il a dû le faire. La » vengeance appartient aux hommes.
CHIMÈNE
» Et aux rois la justice. J'ai perdu mon père, » Sire.
D DIEGUE
» J'ai recouvré mon honneur. »
Tandis que Chimène continue à demander la punition du coupable, tandis que Don Diègue répond que si quelqu'un doit être puni, c'est lui seul, lui qui a dirigé le bras de Rodrigue, l'infante, toujours éprise du héros, s'occupe de le secourir. Elle va chercher son jeune frère, le prince D. Sanche, et l'engage à plaider auprès du roi la cause de son vieux gouverneur. Le prince accourt au moment où le roi, cédant aux instances de Chimène, ordonne l'arrestation de D. Diègue.
LE PRINCE
« Eh bien! si mon père le veut, nous irons tous les » deux en prison. Qu'on nous indique le fort où nous » devons nous rendre. Mais Sa Majesté aura pitié de » ces cheveux blancs.
» Je dois le punir, le crime est grand.
LE PRINCE
» Sire, l'honneur l'exigeait, et c'est moi qui im- » plore votre clémence.
LE ROI
» Tuer le comte presque sous mes yeux, c'est une » trahison.
LE PRI NCE.
» Puisque vous m'avez donné D. Diègue pour gou- » verneur, vous devez le préférer à tous. Pour exer- » cor une telle charge, il avait besoin de conserver » son honneur. Vive Dieu ! moi vivant, mon gouver- » ueur serait prisonnier !
PERANZULEZ.
» Je suis gouverneur de vos frères et le comte » était mon parent.
LE PRINCE
•» Qu'importe?
LE ROI
» C'est assez.
LEPRINCE
» Sire, les fils puinés des rois sont les serviteurs » de leur aîné. Peut-on les égaler à l'héritier de la » couronne ?
PERANZULEZ.
» Faites emmener le prisonnier.
LEPRINCE
» Le roi n'ordonnera que ce que je voudrai.
LE ROI
» Sanche !...
LEPRINCE
» Périsse plutôt la Castille !
LEROI
» Eh bien, c'est vous que je charge de l'arrêter.
LE PRINCE
» Soit, je consens à être son geôlier. » Cette scène mérite d'être remarquée. Il y a beaucoup d'art à annoncer ainsi dans un enfant le prince altier et ambitieux qui doit un jour dépouiller ses frères et sœurs du patrimoine que leur père leur aura laissé. Ces allusions historiques sont un puissant moyen d'intérêt.
Cependant, Rodrigue, après avoir payé la dette de l'honneur, ose se rappeler son amour. Il se hasarde
à pénétrer dans la maison de Chimène pendant qu'elle est au palais. Du réduit où il s'est caché, il la voit revenir, il l'entend avouer à sa confidente qu'elle ne peut cesser d'aimer le meurtrier de son père, quelque résolue qu'elle soit à faire son devoir en le poursuivant jusqu'à la mort, dût-elle en mourir ellemême. A ces mots, il se précipite à ses genoux. « Eh » bien! » lui dit-il, « vous me voyez à vos pieds, vous » pouvez me donner la mort sans vous fatiguer à me » poursuivre plus longtemps.
CHIMÈNE
» Ciel, que vois-je ! Est-ce une ombre, une illu- » sion ?
RODRIGUE
» Perce ce cœur qui est à toi !
CHIMÈNE
» Rodrigue ! Rodrigue, dans ma maison !
RODRIGUE
» Ecoute-moi ?
CHIMÈNE
» Je me meurs.
RO DRI GUE (lui présentant son épcej.
» Ecoute-moi, te dis-je, et réponds-moi avec ce » fer. Ton père a porté une main audacieuse sur les » cheveux blancs de celui qui m'a donné le jour. » Juge 'de mon amour pour toi : en me voyant sans » honneur, j'ai hésité un instant à me venger. Ta » beauté luttait dans mon cœur avec le ressentiment » d'un tel affront, et je crois que tu l'aurais emporté » si je n'eusse pensé que, devenu infâme, tu ne » m'aurais plus aimé. J'ai donc frappé ton père, j'ai
» recouvré riionneur. Maintenant, je viens mejns- » titier à tes yeux, je viens f expliquer que j'ai obéi » à un cruel devoir, et non à une odieuse soif de » sang. Je viens t'oifrir une prompte vengeance. » Prends ce fer, et non moins courageuse que moi, » venge ton père comme j'ai vengé le mien.
CHIMÈNE
» Ah ! Rodrigue, je l'avoue, quelle que soit ma » douleur, en lavant ton affront, tu l'es conduit en » gentilhomme Je ne t'accuse pas de mon malheur, » mais oses-tu te présenter à mes yeux, la main et » l'épée encore teintes de sang ? Sans doute, en te » rappelant combien je t'aimais, tu penses n'être pas » devenu pour moi un objet d'horreur. Laisse-moi, » laisse-moi. Ceux qui croiront que je t'aime encore » me pardonneront en voyant avec quelle ardeur » je te poursuivrai. Oui, je pourrais te frapper sans » t'entendre, mais je suis ton accusatrice et non pas » ton bourreau. Pars, te dis-je, et prends garde » qu'on ne te voie sortir de ma maison, ne m'ôte pas » l'honneur après m'avoir ôté la vie.
RODRIGUE
» Accomplis ma seule espérance, donne-moi la » mort.
CHIMÈNE
» Éloigne-toi.
RODRIGUE
» Pejise que me laisser la vie, c'est me punir plus » que de me l'enlever.
CHIMÈNE
» C'est pour cela que je te la laisse.
RODRIGUE
» Me hais- tu à ce point?
cm MÈNE.
» .Je n'eu ai pas la force.
RODRIGUE
» Que veux-tu donc?
CHIMÈNE
» -Je dois, pour mon honneur, faire tout ce que je » pourrai contre toi, même en désirant ne pas réus- » sir.
RODRIGUE
» Ah ! Chimène, qui l'eût dit
CHIMÈNE
» Rodrigue, qui l'eût pensé
RODRIGUE
» Que notre bonheur dut ainsi finir ! » Rodrigue en s'éloignant rencontre D. Diègue, qui le cherche avec inquiétude. Le vieillard le serre dans ses bras : « Bien, mon fils, » lui dit-il, « tu t'es no- » blement conduit, tu as bien imité mon ancienne vi- » gueur, tu m'as payé l'existence que je t'ai donnée. » Touche ces cheveux blancs auxquels tu as rendu » l'honneur, baise cette joue dont tu as effacé la « tache. » Après cet emportement de joie, D. Diègue explique à Rodrigue qu'il doit s'absenter pour quelque temps de la cour, mais il lui a ménagé les moj^ens de s'y préparer un retour glorieux ; il a réuni cinq cents gentilshommes de ses parents et de ses amis ; Rodrigue marchera avec eux contre les Maures qui viennent de faire une irruption dans les plaines de Burgos où ils mettent tout à feu et à sang : « Va do ne,
» mon fils, que le roi, que les grands et le peuple » disent que ta main sait s'employer à autre chose » qu'à venger des injures personnelles. »
Sans perdre un moment, Rodrigue se met en campagne. L'infante le voit passer, à cheval, à la tête de ses compagnons d'armes ; elle l'appelle et, emportée par sa passion, elle lui adresse une sorte de déclaration amoureuse qu'il élude avec assez de grâce par des réponses où la banalité de la galanterie chevaleresque se mêle aux formules respectueuses dues à la fille du roi.
Bientôt, il arrive en présence des Maures ; il leur livre bataille ; il les met dans une déroute complète et fait prisonniers quatre rois qui les commandaient. Tout se passe sur la scène comme dans les tragédies de Shakespeare. Suivi de ses prisonniers, Rodrigue revient à la cour et se présente à son souverain dont sa victoire a désarmé le courroux. Les quatre princes captifs l'appellent leur seigneur, leur Cid, et le roi décide que ce nom lui restera comme titre d'honneur.
Mais la vengeance de Chimène est moins facile h satisfaire que la justice du monarque. Vêtue de noir, accompagnée d'écuj'ers en deuil, elle vient protester contre l'accueil fait à Rodrigue ; elle reproche au roi de protéger, de récompenser celui qu'il devrait punir comme un meurtrier. Rodrigue verse des larmes. Le roi est attendri : « C'est assez, » dit-il, » c'est assez, Chimène, levez-vous, ne pleurez plus, » vos plaintes amolliraient des cœurs de marbre et de » fer. Peut-être, un jour, votre deuil se convertira-
» t-il en joie, et si j'ai sauvé Rodrigue, peut-être » est-ce pour vous que je le garde. Mais je veux » vous satisfaire : j'exile Rodrigue, qu'il vive loin » des villes, lui qui sait si bien se montrer en rase » campagne. A cette condition, Chimène, permettez- » moi de lui donner cet embrassement. »
Rassuré par ces paroles, le Cid s'éloigne encore une fois. Il part pour Compostelle où il va visiter en pèlerin le fameux sanctuaire de Saint-Jacques, le patron de l'Espagne. Sur sa route, il entend des cris lamentables : c'est un lépreux qui est tombé dans un fossé. A l'aspect de ce malheureux, les compagnons du Cid, saisis d'horreur et de dégoût, prennent la fuite. Rodrigue seul, plein d'une pieuse compassion, lui tend la main pour l'aider à se relever, le couvre de son manteau, lui donne à manger et mange avec lui. Le prétendu lépreux se fait connaître : c'est saint Lazare, qui apparaît au Cid pendant son sommeil pour lui déclarer que Dieu récompensera par d'éclatantes victoires et par de hautes destinées l'ardente charité qu'il vient de manifester.
L'absence du Cid se prolonge. Pendant ce temps, de grands changements surviennent à la cour. Lq, reine meurt. Le roi vieillit et s'affaiblit. Le prince I). Sanche, en grandissant, fait éclater de plus en plus les traits d'un caractère violent, défiant et sombre. Un astrologue lui a prédit qu'il périrait d'un coup de javelot, et il se persuade, d'après les termes de cette prédiction, que ce coup sera porté par un de ses proches. Ses frères et ses sœurs deviennent pour lui un objet d'inquiétude et d'aversion. D. Diègue
s'efforce vainement de le calmer en lui faisant observer que si l'astrologie est effectivement une science réelle, personne n'en pénètre les mystères avec certitude; ces remontrances sont inutiles : toujours dominé par ses tristes pensées, le prince ne se donne pas la peine de dissimuler les sentiments haineux auxquels il est en proie. L'infante ne les ignore pas, et la mélancolie que lui inspire déjà son amour malheureux 'pour Rodrigue s'en accroît encore : elle entrevoit avec effroi l'instant où la mort de son père la laissera sans protection à la merci d'un tel frère ; elle confie ses chagrins au vieil Arias Gonzalo qui, depuis la mort de la reine dont il était le grand maître, est son confident et son guide.
Le roi, de son côté, voudrait assurer l'avenir de ses enfants contre des malheurs trop faciles à prévoir : « Mon fils aîné, » dit-il à ses conseillers, « respecte » à peine mes cheveux blancs; de jour en jour, il » traite ses frères avec plus de dure-té et d'orgueil ; » la tendresse que je porte à tous mes enfants me fait » une loi de pourvoir à leur avenir en leur parta- » géant mes états. » — D. Diègue essaie de combattre une résolution qui lui paraît tendre à affaiblir la grandeur naissante de la Castille et qui renferme tous les germes d'une guerre civile puisque le caractère connu du prince ro3-al ne permet pas de supposer qu'il s'y soumette volontairement ; il représente que l'intérêt du bien public doit l'emporter dans le cœur d'un souverain même sur la tendresse paternelle. Arias Gonzalo et I^eranzulez plaident, au contraire, la cause des infants et des infantes dont ils
sont les protecteurs naturels. Le roi fait appeler son fils.
LE ROI
« Asseyez-vous, mon enfant. Le poids des années » commence à aggraver pour moi la charge jadis lé- » gère du sceptre et de la couronne. Le soleil de ma » vie est à son couchant, la triste nuit me menace » déjà. Pour me soulager d'une inquiétude qui hâte- » rait ma mort, je veux vous donner connaissance » de mon testament et m'assurer que vous en ap- » prouvez les clauses.
LE PRINCE
» Les rois font-ils donc des testaments ?
LE ROI (à pari).
» Qu'il est prompt à laisser percer sa pensée ! » {Haut.) Mon fils, ils n'en font pas pour les biens » dont ils ont hérité, mais ils peuvent disposer de » ceux qu'ils ont acquis. Je vous laisse, avec la Cas- » tille, l'Estremadure et la Navarre, tout ce qui » s'étend de Pisuerga à l'Ebre.
LE PRINCE
» C'est plus qu'assez.
LE ROI (à pari) .
» .Je lis son mécontentement sur son visage... » {Haut.) Alphonse aiira Léon et les Asturies avec la » terre de Campos, Garcia possédera la Galice et la » Biscaye; enfin, je donne à mes filles chéries, Ur- » raca et Elvire, les villes de Zamora et de Toro. » Re.stez unis, mes enfants, et avec la bénédiction » du ciel, avec celle que je vous accorde, aucune » force humaine ne pourra vous vaincre ; vous serez
» comme un faisceau de javelots, nul ne les romprait » tant qu'ils restent joints l'un et l'autre, et la plus » faible main suffit à les briser dès qu'ils sont sé- » parés.
LEPRINCE
» Et l'exemple même que vous m'alléguez ne
» prouve-t-il pas que vous avez tort de partager ainsi
» votre puissance lorsque vous pouvez la laisser
» réunie ? Pourquoi ne pas placer entre mes mains
» toutes les forces de l'Espagne ? En m'ôtant ce qui
» m'appartient, ne voyez-vous pas que vous me
» traitez avec injustice ?
LE ROI
» Sanche, mon fils, tu te trompes. Je n"ai hérité de » mon père que la Castille, Léon appartenait à ma » mère, le reste a été conquis par mon épée. Ce que » j'ai gagné, ne puis-je pas le partager libérale- » ment entre des enfants qui me sont également » cliers ?
LE PRINCE
» Et si vous n'eussiez été roi de Castille, avec quelles » forces eussiez-vous conquis ce que vous partagez » à présent? Si la Castille m'appartient, le reste m'ap- » partient donc aussi. Puissiez-vous vivre mille ans, » mon père, mais si vous mourez, mon épée réunira » ce que vous séparez aujourd'hui.
LE ROI
» Indomptable enfant, un château fort calmera ton » arrogance !
LE PRINCE
» Tant que vous vivrez vous pouvez tout.
LE ROI
» Crains ma malédiction si tu n'accomplis pas mes » volontés !
LE PRINCE
» Les malédictions injustes sont sans puissance... » Cette scène remarquable par la force et la précision du dialogue fait pressentir d'importants événements et développe les caractères; c'est plus qu'il n'en faut pour excuser dans un drame de ce genre le peu de liaison d'un semblable incident avec l'action principale à laquelle il nous faut à présent revenir. Chimène ne cesse de demander justice. Le roi, importuné de ses plaintes qui lui paraissent peu sincères parce qu'il a quelque soupçon de son amour pour Rodrigue, emploie pour s'en assurer un singulier artifice. Un homme aposté vient annoncer que le Cid a péri dans un combat contre les Maures. Chimène s'évanouit. Lorsqu'elle revient à elle, le roi lui apprend qu'il a voulu l'éprouver et que Rodrigue est vivant. Honteuse du trouble qu'elle a laissé apercevoir, elle veut l'expliquer en disant que la joie donne parfois d'aussi fortes émotions que la douleur et entraînée par le désir de sauver son honneur, qu'elle croit compromis par un moment de faiblesse, elle supplie le roi de faire publier à son de trompe dans toute l'Espagne qu'elle offre sa main et sa fortune au chevalier qui lui apportera la tête de Rodrigue. Le roi consent, quoiqu'à regret, à une demande trop conforme aux mœurs de la chevalerie et aux usages du temps pour qu'il lui soit possible de la repousser.
Mais bientôt, de plus graves intérêts viennent occuper l'attention du monarque. Le roi d'Aragon, avec qui il est en guerre pour la possession de la ville de Calahorra, lui fait proposer, dans le but d'épargner le sang espagnol, de remettre la décision de leur querelle à l'issue d'un combat singulier entre un guerrier castillan et un guerrier aragonais. I). Martin Gonzalez est porteur de cette proposition, et c'est aussi lui que son souverain à clioisi pour son champion. Sa taille gigantesque, sa force prodigieuse inspirent aux castillans une véritable épouvante. Nul ne s'ofifre à le combattre. Le roi réunit ses conseillers pour délibérer sur la situation embarrassante où il se trouve placé. Ces nobles vieillards frémissent de honte et d'indignation : « Oh ! Gastille, » s'écrie D. Diègue, « es-tu tombée si bas? * Arias Gonzalo, bien que glacé par l'âge, veut descendre dans la lice où les jeunes gens n'osent paraître, mais le roi lui répond avec une touchante courtoisie que loin de vouloir hasarder la vie d'un tel serviteur pour une ville, il ne la hasarderait pas pour tout un royaume.
Cependant, D. Martin demande une réponse. Le roi se décide enfin à lui signifier un refus; il craindrait, dit-il, en choisissant un champion, d'offenser tant de nobles guerriers qui tous se croyent en droit d'aspirer à être préférés. C'est donc à la tête de son armée qu'il ira disputer Calahorra. — « J'avais » deviné cette réponse, » s'écrie D. Martin avec une arrogante ironie, « et je l'avais d'avance annoncée à » mou maître.»
Mais le Cid vient d'arriver, il a assisté à l'audience
donnée à l'ambassadeur aragonais, il a entendu ses méprisantes paroles, sa colère s'est allumée.
LECID.
« Sire, permettez-moi de répondre pour vous; un » tel excès de patience approcherait de la lâcheté. » D. Martin, les Castillans sont accoutumés à vaincre, » leurs pieds leur suffisent pour écraser bien des » mains orgueilleuses, pour briser bien des têtes, et » c'est par moi que sa Majesté te le prouvera.