CHAPITRE XKI
AUTRES CONTEMPORAINS DE LOPE DE VEGA. — MIRA DE MKSCUA. — VELEZ DE GUEVARA, ETC.
C'est une chose prodigieuse que le nombre des poètes dramatiques qui, au commencement du xvii° siècle, marchaient sur les traces de Lope de Vega, imitaient sa manière et, sans l'égaler dans la faveur publique, obtenaient aussi de nombreux, (jugIquefois d'éclatants succès. La plupart étant aujourd'hui complètement oubliés, même en Espagne, nous ne nous arrêterons pas longtemps à les caractériser. Quelques indications succintes nous suffiront, même pour les plus marquants.
Le docteur Mira de Mescua, chapolaift de Philippe III et de Philippe IV, que Cervantes appelait la gloire de l'Espagne, que Lope de Vega, dans un de ses ouvrages, désigne, aussi bien que G-uilen de Castro, comme lui disputant à lui-même l'honneur d'ourdir avec le plus d'habileté les intrigues comiques, que, dans l'âge suivant Oiicore, un célèbre critique, Nico-
las Antonio, semblait mettre sur la même ligne que Lope, Mira de Mescua est peut-être celui de ces poètes secondaires à qui on a prodigué le plus de louanges. On a beaucoup vanté sa noble .gravité, l'harmonie, l'énergie, la propriété de son style. Quelques-uns de ses ouvrages, sans avoir rien de saillant ni de très original, se lisent encore avec plaisir. 11 y a de l'intérêt dans le comte Alarcos dont le sujet, emprunté à une romance, est à peu près celui que Lope de Yega a traité dans la Xcccssité déplorable, un mari contraint par la tyrannie à faire mourir une femme qu'il adore pour épouser une princesse qu'il n'aime pas, mais qui est éprise de lui. S'il y a plus d'art et de talent dans l'œuvre de Lope, peutêtre la naïveté qui caractérise le drame de Mira de Mescua va-t-elle mieux à l'étrangeté de ce sujet.
Louis Yelez de Guevara, mort en lOlG, était, diton, fort aimé de Philippe IV et occupait un emploi dans sa maison. Célèbre par son roman du Diable boiteux qim Lesage a immortalisé en l'imitant, il obtint aussi une grande réputation comme poète dramatique. Il a composé quatre cents pièces de théâtre dont beaucoup exiçtent encore. Ses contemporains admiraient également en lui, suivant la nature de ses compositions, sa force comique et la pompe et la majesté de son style. Les rares lecteurs de ce qui nous reste de ses ouvrages sont aujourd'hui moins indulgents à son égard : ils l'accusent d'enflure, de mauvais goût ; ils lui reprochent d'avoir porté souvent, dans le choix de ses sujets, ces conceptions bizarres, forcées, horribles et puériles tout à la fois, qui distinguaient l'école
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immédiatement antérieure àLope de Vega, celle des Virues et des Cueva. Quelquefois, cependant, il a rencontré des inspirations plus heureuses et vraiment tragiques. Le plus connu de ses drames, on peut même dire le seul qui ne soit pas aujourd'hui complètement oublié, c'est celui qu'il a intitulé Régner après la mort. Il roule sur les malheurs d'Inès de Castro et contient plusieurs scènes très pathétiques. Ce beau sujet, popularisé par le Camoens et chanté par les romanciers espagnols, avait déjà, avant Guevara, et même quelque temps avant l'époque où Lope de Vega s'empara du théâtre, fourni à un moine appelé Jérôme Bermudez la matière d'une tragédie qui offre, dans un cadre informe, des beautés d'un ordre vraiment supérieur, mais qui ne paraît pas avoir été destinée à la scène. On a d'ailleurs lieu de croire que c'était, à peu de chose près, la traduction libre d'un drame portugais.
Après Mira de Mescua et Vêlez de Guevara, nous nous bornerons à nommer le docteur Ramon, que Cervantes semble désigner comme ne le cédant qu'à Lope de Vega sous le rapport de la fécondité, Miguel Sanchez, remarquable pour l'esprit d'invention et les intrigues habilement ourdies, le chanoine Tarraga, célèbre alors par son imagination ingénieuse, Aguilar par sa finesse, etc. Il serait aussi facile que superflu d'allonger cette énumération. Il nous suffira de dire que les ouvrages de ces poètes, ceux du moins qui ont survécu et que nous avons parcourus, sont tous jetés dans le moule consacré par les chefsd'œuvre de Lope. Seulement, l'enfance de l'art s'y
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fait bien plus sentir et on s'étonne d'y trouver parfois tant de pauvreté, de grossièreté même dans le plan de l'action et la peinture des caractères, unies à une versification si harmonieuse, à un langage si élégant et si poli.
FIN DE LA PREMIERE rARTlK.