CHAPITRE XXXIII
CALDERON. — LE TETRARQUE DE JERUSALEM. — LA FILLE DE l'air. — LES ARMES DE LA BEAUTÉ
La jalousie sous toutes les formes, jalousie d'aniour, jalousie d'honneur, jalousie d'orgueil, tel est le sentiment que Calderon a peint avec une préférence et une prédilection marquées dans la plupart de ses compositions tragiques. Ce sentiment l'a rarement inspiré d'une manière aussi bizarre que dans le Télrarque de Jérusalem ou le plus grand monsb-c c'est la jalousie.
Ce tétrarque, c'est Ilérode. Le sujet est celui de Mariamne tuée, dans un transport de jalousie, par son cruel époux qui, ayant ensuite reconnu son innocence, ne put jamais se consoler de l'avoir perdue. Ce sujet, mis plus d'une fois sur la scène espagnole, a été bien souvent aussi essayé sur le théâtre français, particulièrement par Tristan et par Voltaire. La ridicule composition de Tristan, représentée un an avant le Cid de Corneille, eut alors un prodi-
gîoux succès; aujourd'hui, elle n'est plus lue que par ceux qui veulent mesurer le progrès dont nous sommes redevables au génie de ce grand homme. La médiocre tragédie de Voltaire, tiès froidement accueillie à son apparition, n'est pas restée au répertoire. Ces deux drames, plus ou moins conformes aux données de l'histoire, ont d'ailleurs trop peu de •rapports avec l'œuvre de Calderon pour qu'on puisse en faire l'objet d'un rapprochement. Comme nous allons le voir, les conceptions du poète espagnol sont toutes fantastiques.
Octave et Antoine se disputent l'empire du monde. L'issue de la guerre est incertaine, on ne connaît pas encore l'événement de la bataille d'Actium. Le tétrarque, que Calderon semble considérer tantôt comme un souverain indépendant, tahtôt comme un gouverneur romain, a formé un projet hardi. Forcé de prendre parti, au moins en apparence, pour un des deux grands rivaux, il a envoyé quelques secours à Antoine, mais les instructions données à l'officier qui les commande ont pour o'ojet de traîner les hostilités en longueur. Sa pensée est de laisser les deux triumvirs s'épuiser dans la lutte. Tenant luimême en réserve ses principales forces, il se propose, lorsque le temps en sera venu, de les accabler l'un et l'autre et d'aller à Rome même se faire couronner comme empereur. Et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce n'est point l'ambition qui lui inspire ces audacieuses pensées. Époux de la belle Mariamne, il se croit obligé, pour lui prouver son amour, de mettre le monde à ses pieds. Tout autre
rang que le plus élevé lui paraît indigne d'elle. Cependant, Mariamne est en proie à une profonde mélancolie dont le tétrarque n'a pu jusqu'à présent pénétrer la cause secrète. Ses instances en obtiennent enfin l'aveu. Se promenant avec lui sur le bord de la mer, elle lui raconte qu'un astrologue a prédit qu'elle serait victime du plus grand des monstres et que l'instrument de sa mort serait le poignard porté en ce moment même par le tétrarque. Hérode se garde bien de contester l'infaillibilité de l'oracle, mais il s'efforce de démontrer que les termes dans lesquels il est conçu n'offrent pas un sens bien clair et qu'ils sont même contradictoires. Pour rassurer complètement Mariamne, il jette à la mer le poignard qui, suivant l'astrologue, doit un jour la faire périr. A l'instant même un cri douloureux part du milieu des flots. Le poignard a frappé un homme qui, échappé à la nage au milieu d'un naufrage, était sur le point d'atteindre la terre, et cet homme n'est rien moins qu'un des principaux officiers de l'escadre auxiliaire que le tétrarque avait envoyée à Antoine. Bien que presque expirant, il retrouve assez de forces pour informer son maître des grands événements qui viennent de se passer : Octave a gagné la bataille d'Actium, il est le maître du monde, et le commandant de l'escadre juive, Aristobule, frère de Mariamne, est resté prisonnier. Le tétrarque est moins frappé de ces désastreuses nouvelles qui renversent tous ses projets que du hasard étrange qui vient de remettre entre ses mains le poignard dont il avait cru se séparer pour jamais.
Son imagination s'ébranle, l'oracle le tourmente. Il se décide à ne plus quitter l'arme fatale, bien sûr que, tant qu'il en restera le maître, Mariamne n'aura rien à craindre.
Cependant, Octave victorieux arrive en Ég3^pte où Antoine et Cléopâtre se sont déjà donné la mort. Il a trouvé, dans les bagages d'Aristobule, des lettres qui lui révèlent les trahisons du tétrarque et ses desseins ambitieux. 11 y a trouvé aussi un portrait de femme qui attire vivement son attention. C'est celui de Mariamne. Les attraits de cette belle personne font sur son cœur une impression tellement profonde qu'il ne peut la dissimuler. Aristobule commence à s'en inquiéter. Pour étouffer la passion naissante de l'empereur, il lui fait croire que l'image qu'il contemple avec tant d'admiration est celle d'une femme morte depuis longtemps. Il n'atteint pas, par ce mensonge, le but qu'il s'était proposé. En perdant toute espérance, Octave tombe dans une profonde mélancolie. Par ses ordres, on prépare de nombreuses copies du portrait qui vient d'opérer dans son âme une telle révolution, il s'en entoure, il en couvre les murs de l'appartement qu'il habite, il n'a d'autre consolation que de les regarder et de leur adresser l'expression de ses douleurs amoureuses.
Un de ses généraux lui amène le tétrarque qu'il est allé arrêter à Jérusalem même. En entrant dans la chambre de l'empereur, le tétrarque aperçoit de tous côtés la reproduction des traits de sa chère Mariamne. L'étonnement, la confusion et bien-
tôt la plus violente jalousie s'emparent de son esprit. Dans le trouble qui l'agite, il est hors d'état de répondre aux reproches qu'Octave lui fait entendre sur sa conduite politique. Saisi tout à coup d'un transport furieux, il tire, pour frapper l'empereur, son mystérieux poignard, mais, par une fatalité singulière, le coup porte sur un des portraits de Mariamne qui, mal suspendu à la muraille, s'en détache et tombe à ses pieds. L'empereur, moins irrité encore du danger qu'il a couru que de la blessure faite à l'image de celle qu'il adore, se saisit du poignard et ordonne que le tétrarque soit enfermé dans un cachot. C'est à Jérusalem même qu'il veut lui faire subir le supplice dû à ses crimes.
Au tond de sa prison, une seule pensée préoccupe le malheureux tétrarque. Ce n'est pas celle de la mort qui le menace, c'est la crainte.que, lorsqu'il n'existera plus, Mariamne ne tombe entre les mains du prince dont la passion vient de lui être révélée d'une manière si singulière. Il ne peut supporter l'horreur de cette idée. Pour s'y soustraire, il charge un de ses serviteurs d'aller porter au capitaine de ses gardes, qu'il a laissé auprès de la reine, l'ordre de la faire mourir dès qu'on apprendra que lui-même a cessé de vivre.
Par un concours de circonstances très compliquées, Mariamne ne tarde pas à être instruite de cet ordre. Plus l'amour qu'elle portait à son époux était vif et dévoué, plus elle en est indignée. Elle ne lui pardonnera pas les soupçons jaloux qui l'ont rendu si cruel, mais ce n'est pas une vulgaire vengeance qui
peut satisfaire son âme élevée. Lorsque l'empereur, traînant après lui son prisonnier, arrive aux portes de Jérusalem, elle se jette à ses genoux pour lui demander la grâce du tétrarque. L'empereur, apprenant ainsi tout à la fois que la femme qu'il aime est vivante et qu'elle appartient à un autre, se décide sans hésiter au plus généreux sacrifice : il pardonne au tétrarque, il renonce à Mariamne et se retire dans sa tente pour y pleurer ses amours perdus.
Restée seule avec l'époux qu'elle a sauvé, Mariamne lui reproche vivement sa barbarie, elle lui annonce que jamais elle ne pourra en perdre le souvenir, qu'il ne cessera d'être pour elle un objet d'horreur et d'effroi, que, se considérant déjà comme veuve, elle va se renfermer au fond de ses appartements dans une retraite absolue où elle lui interdit d'oser jamais se présenter. Le tétrarque confondu trouve pourtant, dans sa jalousie, une consolation à penser que Mariamne, désormais cachée à ses yeux, le sera également à ceux de tous les autres hommes.
Cependant, un récit inexact de ce qui se passe dans le palais parvient bientôt jusqu'à l'empereur, on vient lui raconter, dans la tente où il s'abandonne à ses tendres rêveries, que la vie de Mariamne est en danger, que le tétrarque, poussé par une jalousie furieuse, l'a privée de sa liberté et se prépare à lui donner la mort. Octave, tremblant pour les jours de celle qu'il n'a pas cessé d'aimer, court aussitôt au palais. La nuit est déjà arrivée. Il pénètre jusque dans la chambre de Mariamne. Épouvantée à son aspect et plus effrayée encore de son langage pas-
sionné, elle prend la fuite pour se soustraire à ses empressements. En la poursuivant, il laisse tomber le poignard qu'il a naguère enlevé à Hérode. Le tétrarque, survenant sur ces entrefaites, ramasse ce poignard, il veut en frapper l'empereur. Sa main, égarée par l'obscurité, atteint l'infortunée Mariamne. Lorsqu'il a reconnu son erreur, il s'écrie que l'oracle est accompli, que la jalousie est le plus grand des monstres et que c'est elle qui a tué la reine, puis il va se précipiter dans la mer, et l'empereur ordonne d'élever un monument à la triste victime d'un injuste soupçon.
Cette rapide analyse ne peut donner qu'une idée bien incomplète de tout ce qu'il y a d'extravagant et d'absurde dans la contexture du Tétrarque de Jérusaleni. C'est, d'un bout à l'autre, une suite d'incidents romanesques, d'invraisemblables imbroglios, de scènes de balcons et de jardins telles qu'on en trouve dans les comédies destinées à représenter les mœurs espagnoles du xvii" siècle, telles qu'on devrait peu s'attendre à en rencontrer dans un drame dont l(i sujet est emprunté à la Palestine et au règne d'Auguste. La galanterie langoureuse et sentimentale prêtée à cet empereur est certainement ce qu'on pouvait imaginer de plus burlesque. Tout cela est incontestable, et cependant, on ne saurait nier qu'il règne, dans cette composition, un intérêt puissant et soutenu. C'est que le caractère d'Hérode est tracé avec une énergie passionnée qui a été rarement surpassée sur la scène espagnole. La jalousie qui le dévore n'est pas cette jalousie d'honneur que Calde-
ron prête ordinairement à ses personnages. Le sentiment indomptable qui le pousse au meurtre et au suicide, c'est cet emportement de l'imagination et des sens auquel la raison ne résiste pas et que Shakespeare a peint avec bien plus de profondeur dans son Othello. La tendresse délicate, le dévouement, la noble fierté de Mariamne sont aussi d'un grand effet. Les beaux développements donnés à ces deux rôles principaux expliquent, s'ils ne la justifient pas comxjlètement, l'opinion qui range le Tétrarque de Jérusalern, malgré les absurdités dont il est rempli, au nombre des chefs-d'œuvre de Calderon.
Ces absurdités défigurent, il faut le dire, tous les drames dont les poètes espagnols ont puisé la matière dans l'histoire ancienne. Partout, on y voit se reproduire 'ces risibles anachronismes, ces contresens historiques qui nous semblent maintenant si choquants et qui, à ce qu'il paraît, ne blessaient pas le public du xvii^ siècle, plus ignorant ou peut-être plus indifférent à la vérité du costume. Presque partout aussi, on y retrouve ces conceptions bizarres ou monstrueuses auxquelles l'esprit se laisse facilement entraîner lorsqu'il n'est contenu ni par des règles sévères de composition, ni par la réalité du sujet, ni par le sentiment intime et profond des mœurs qu'il veut représenter.
Un ouvrage oii Calderon s'est en quelque sorte surpassé dans ce genre extraordinaire, c'est la Fille de l'air, qu'il eût été plus simple d'appeler Sémiramis.Par une concordance assez facile à concevoir.
le gongorisme du style y est au niveau de l'étrangeté des idées. Le poète y semble dans un état de délire permanent. Nous ne nous arrêterons pas à raconter un tel amas de folies. Pour en donner une idée, nous nous bornerons à traduire, si pourtant nous pouvons en venir à bout, le portrait que Memnon fait de Sémiramis découverte par lui dans une retraite écartée ou le* divin Tiresias, prévoyant tous les maux dont elle devait être la cause et l'instrument, la tenait enfermée depuis sa naissance:
« Au fond d'une obscure caverne, j'ai trouvé ce » magnifique diamant brut, cette perle précieuse » semblable alors à une perle fausse ; j'ai trouvé » éteinte cette vive lumière, tiède et languissant » ce rayon ardent. Elle était vêtue de peaux gros- » sières, et ce qu'il y avait en elle à la fois de sau- » vage et de brillant produisait une admirable har- » monie, de même qu'un beau jardin, par l'effet » du contraste, paraît plus beau encore au milieu » d'une inculte forêt. Ses cheveux épars, dégagés » de toute contrainte, forment comme une mer » étincelante qui inonde son beau cou. C'est comme » un peuple qui, fier de sa liberté, indocile à toute » espèce de joug, annonce hautement par sa beauté » même que les règles ne sont pas faites pour la » beauté. Leur couleur n'est précisément ni le » noir, ni le blond, mais quelque chose d'intermé- » diaire et d'incertain, semblable à ce mélange » confus d'ombre et de lumière qui marque la pre- » mière Jieure du jour; le jais et l'or dont ils sont » composés en font un autre crépuscule... Je ne puis
» vanter la grandeur de son front piiisqu'en cela » seulement la libérale nature s'est montré avare » envers elle, sans doute parce qu'ayant formé cette » partie de sa tête d'un peu de neige d'une pureté » éclatante que le hasard lui avait fait rencontrer, » il lui a été ensuite impossible d'en trouver une » comparable pour donner plus d'étendue à son » ouvrage. Sur ce front et comme pour en dissi- » miiler la petitesse, on voit s'avancer des cheveux » qui paraissent s'efforcer de rejoindre ses sour- » cils; ils semblent leur faire signe en criant: ces » sourcils sont de notre couleur, ils nous appar- » tiennent, nous allons descendre pour les rame- » ner, pour que l'amour ne puisse pas se vanter de » les avoir emportés à titre d'échantillon. Elle a » les j^eux noirs. Qui eût jamais cru que les-Ethio- » piens habiteraient dans les Alpes ! C'est pourtant » ce qu'on voit en elle puisque, sur cette neige » éblouissante, régnent deux nègres si barbares, tel- » lement étrangers à toute humanité, à toute civi- » lisation qu'ils donnent la mort sans motif, sans » haine, pour le seul plaisir de tuer et de faire » usage de leurs flèches. Pour les empêcher de se » livrer à des guerres civiles, son nez, admirable de » beauté et de proportion, sépare leurs domaines » ainsi qu'une barrière de cristal. Qui ne sait, en » effet, que, parmi les traits du visage, le nez est » comme une mer où le vaisseau de la beauté est » exposé aux plus violentes tempêtes ? L'éclat de » ses joues unit les couleurs les plus diverses. Avez- » vous vu la rose toute ensanglantée de la pourpre
» d'Adonis et le lys paré de la blancheur de l'Au- » rore ? Pour vous représenter son visage, figurez- » vous ces deux fleurs mêlées ensemble et, par » l'effet de leur contact, la rose devenue plus pâle » et le lys ayant pris quelque chose de la couleur » de la rose. La bouche, ce palais de l'âme, où règne » la beauté tantôt grave et sévère, tantôt douce- » ment riante, est en elle, je ne dis pas un joyau » de corail et de perles, cette louange commune » serait à son égard une injure, mais un trésor où » la nature a rassemblé, pour le mettre en sûreté, » tout ce qu'elle a de plus précieux : c'est dire » qu'elle est grande. Son cou, blanche colonne qui » soutient ce magnifique édifice, est fait autour d'un » marbre dont le surplus a suffi pour former ses » mains... »
Nous avons besoin d'aflîrmer, en terminant la traduction de cet incroyable passage, que nous n'y avons rien exagéré, que la timidité, dirons-nous la pauvreté relative de la langue française, nous ont même obligé plus d'une fois à rester en deçà des hardiesses de l'original. Nous ajouterons que tout cela y est dit fort sérieusement, et que cette scène, loin d'être un hors-d'œuvre où se serait jouée l'imagination de Calderon, est en quelque sorte le nœud de la pièce puisque c'est en entendant vanter dans ce style extraordinaire les attraits de Sémiramis, y compris son front étroit et sa grande douche, que Ninus devient amoureux d'elle.
Quelle que fut encore, alors en Espagne, la puissance du génie littéraire, il était évident qu'une époque
on le goût du public tolérait, encourageait même de tels excès de déraison et où les plus grands esprits s'y laissaient trop souvent entraîner, marchait rapidement vers les temps de décadence.
Une citation pareille caractérise mieux le gongorisme que ne pourraient le faire vingt pages de commentaires et de dissertations. Elle nous dispensera de revenir sur ce côté faible du drame espagnol. Qu'il nous suffise de dire qu'il n'est pour ainsi dire pas un seul des ouvrages de Calderon et de ses contemporains qui ne présente des traces plus ou moins profondes, plus ou moins nombreuses de cette déplorable épidémie.
Nous parlions il n'y a qu'un moment de l'étrange façon dont les poètes espagnols traitent habituellement les événements de l'histoire ancienne auxquels ils empruntent la matière de leurs drames. On en trouve encore un exemple frappant dans celui que Calderon a composé sous ce titre, les Armes de la beauté. Il y a mis en scène l'histoire de Coriolan transformée en une sorte de roman chevaleresque qui, par la confusion des idées et des usages modernes avec les noms et les traditions dénaturées de l'antiquité, par la galanterie ralPinée et la subtilité ingénieuse jetées au milieu des souvenirs de Rome naissante, rappelle tout à la fois ces épopées du moyen âge où Alexandre était représenté comme un chevalier errant et ces romans du xvii" siècle qui prêtaient à Brutus et à Clélie la politesse maniérée des ruelles du temps d'Anne d'Autriche. Il serait puéril de s'arrêter à signaler en détails les innom-
brables anachroiiismes et les inconséquences monstrueuses de cette œuvre vraiment fantastique : la singularité des idées qui en forment le tissu, la richesse de l'imagination, l'éclat d'une poésie harmonieuse tout étincelante d'images, laissent d'ailleurs dans l'esprit du lecteur ce plaisir, cet entraînement qu'y font naître presque tous les drames de Calderon, alors même qu'ils choquent complètement le bon sens et qu'ils ne répondent à aucune idée vraie, à aucun sentiment naturel.