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Beaucoup plus sérieux peuvent devenir les troubles de l'appareil urinaire ; ils mériteraient une étude particulière et approfondie ; pour les uns ils sont rares, très rares, et sont sans gravité ; d’autres au contraire ont voulu faire de l’iodisme une des causes du mal de Bright. Les deux opinions sont évidemment exagérées ; s’il est impossible de nier la gravité de certains troubles rénaux, il est juste de reconnaitre qu’on a surtout des troubles fonctionnels et passagers.
Le plus fréquent de ces troubles est L’ALBUMINERIE. Il serait intéressant d'étudier longuement cette «l{bumtnurie todique, qui nous a paru beaucoup moins rare qu’on ne l’admet généralement ; il est cependant très facile de trouver des observations montrant des néphrites graves, des albuminuries persistantes, consécutives à l’emploi des composés de l’iode ; malgré cela, jamais en clinique on ne se préoccupe de rechercher si le KI est bien toléré, et si le rein ne réagit pas.
Nous avons la conviction que si l’on recherchait l’albumine dans ces urines, pour l’iodure comme pour le salicylate de soude, on la rencontrerait fréquemment; cette idée s’estconfirmée enlisantnaguère la thèse de Trouchaud. Il ne cite pas moins de cinq observations, sur six,de malades ayant de l’iodisme, chez lesquels les urines étaient albumineuses.
De la fréquence de cette albuminurie il ne faut pas conclure à un danger constant ; si l’on trouve des observations relatant des accidents rénaux graves, la mort même, il faut convenir que le fait n’est pas habituel et que le plus souvent cette albuminurie iodique est transitoire. Quoi qu'il en soit, il nous paraît utile de citer
Le Re
des exemples : la seule difficulté est de choisir dans le nombre.
Dans son important mémoire de 1846, Rodet signale le premier, croyons-nous, des malades qui présentèrent de l’albuminurie, de l’hématurie, de l’hémoglobinurie iodique; certains avaient des cylindres, des cellules épithéliales, des globules rouges et purent être considérés | comme atteints de néphrite ; en la circonstance, aucun doute sur l’étiologie, l’iodure pouvait être seul incriminé, et l'examen attentif de ces observations montre que ces néphrites n'étaient pas dues à la syphilis.
Atkinson (1) attribue la majorité des lésions rénales, que Pon voit souvent à l’autopsie des syphilitiques, à l'emploi prolongé des iodures, il est incontestable qu’il y a là une erreur d'interprétation ; la syphilis a aussi son rôle fort imposant dans l’étiologie des néphrites ; les thèses faites sous la direction de MM. Fournier et Mauriac (Boukcieff (2), Prendergast (3), Pannetier (4)) ne laissent aucun doute à ce sujet ; mais il est certain que la remarque d’Atkinson à sa valeur. Actuellement, à côté de la syphilis, on admet bien que le mercure a son influence comme étiologie, mais presque nulle part l’iodure n’est incriminé ; il mériterait cependant une surveillance plus rigoureuse.
Faut-il rappeler les recherches intéressantes de MM. Jules Simon et Regnard (5) sur quatre-vingts
(4) Journal of. Méd. Se. July. 1881.
(2) Bouxcrerr : Véphriles syph. précoces, thèse Paris, 1889. (3) PrexpesGasr : Syphilo-Brightisme précoce, 1892. (4) Paxxerrer : L'albuminurie chez les syphilitiques, 1893. (5) Union Médicale, 1876.
G. PErces, 3
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enfants, chez lesquels on fit des badigeonnages de teinture d’iode (sur la tête), plus de la moitié présentèrent de l’albuminurie dans les urines.
Badin (1) a observé cela seulement chez les enfants ; il nous à semblé que chez l’adulte, le cas peut se présenter quelquefois cependant ; nous avons trouvé de l’albumine dans l’urine de deux de nos camarades, dont l’un avait eu un badigeonnage assez étendu sur le genou, l’autre sur le thorax. La teinture d’iode employée était vieille il est vrai, et conservée dans un vase à large goulot, non fermé.
On a prétendu que dans ces cas la seule cause de l’albuminurie était l'excitation cutanée, ainsi qu’on l’observe à la suite d’un massage, d’une douche, d’une brülure, d’une friction cutanée. Mme Bradley et M. Badin ont discuté la question, nous n’y reviendrons pas, disant simplement que dans les deux cas cités la disparition de l’iode et de l’albuminurie coïincidaient.
Les malades atteints d'affection rénale semblent prédisposés à ces accidents. Wolf l’a montré, chez eux, une dose ordinaire de K T peut être suivie d’empoisonnement.
Une malade (in thèse Bradley) mourut après une injection de teinture d’iode dans un kyste de l’ovaire : à l’autopsie, on trouva les reins congestionnés.
Atkinson, déjà cité, rencontra une longue série de malades ayant une albuminurie iodique ; chez quatre d’entre eux, elle disparaissait après la cessation de KI.
ILnous était facile de vérifier la chose : sur quarante malades qui prenaient KT, nous avons trouvé dans le cours de ces recherches, huit fois de l’albumine ; dans deux cas
(1) Banix, thèse de Paris, 4870.
EN Ve EP
seulement elle n’a pas disparu avec la suppression du médicament, ce qui est à rapprocher d’une persistance de dix-neuf jours, dans des circonstances analogues, que vit Jaccubasch ; nous citons l’observation de l’un des malades que nous avons Suivi.
OBSERVATION (due en partie à M. le D' Paviot, résumée).
CG... Paul, 26 ans, marchand de journaux, né à Pondichéry, demeurant à Lyon ; entre le 22 décembre 1895, salle Saint- Augustin (Hôtel-Dieu).
Antécédents héréditaires inconnus ; donné à 12 ans à un capitaine de navire marchand qui l’emmène à Fort-de-France ; quand son frère et sa sœur furent vendus, élevé par l'équipage : est sucessivement mousse, puis matelot. En 1886, il entre à Padministration du Petit Journal ; envoyé de ville en ville, pour chercher des « placeurs », il fait des excès alcooliques nombreux. Paludisme. Pas de syphilis. Surmenage excessif.
Symptômes de cirrhose atrophique, ascite considérable. Signes de tuberculose pulmonaire.
L'épanchement du péritoine fut ponctionné plusieurs fois. En outre du traitement contre la tuberculose, on lui donne deux grammes d'iodure de potassium.
A ce moment, il y avait une quantité à peine appréciable d’albumine dans les urines.
Trois jours après, par l’acide azotique, précipité rapide el abondant. Au tube d'Esbach, 2 grammes d’albumine.
Le lendemain : urines, 3000 grammes. Albumine : 4 gr. 1/2. lodure supprimé.
Pendant les jours suivants, les urines sont examinées ; la quantité totale d’albumine varie de 3 grammes à # grammes.
Le malade, envové en convalescence à Longchène, revient au mois de mars : il ya encore 2 grammes 1/2 d’albumine. Renvoyé
dé nouveau en convalescence, nous le revoyons au moïs de
juillet, puis au mois d'octobre : l’albumine à persisté (l gr. 50 centigr.)
Il aurait été intéressant de donner à ce malade de la belladone avec de l’iodure, et d'examiner quelle quantité d'iodure il éliminait par les urines, mais dans son intérêt, M. le professeur agrégé Roque a cru prudent d’instituer le régime lacté, et dene pas faire un essai trop hasardeux. Cette observation montre fort bien l’influence néfaste et imprévue de l’iode chez ce malade.
Faut-il faire jouer un rôle à l’affection hépatique dans cé cas ? M. le D' Bouveret, dans une communication orale, nous a dit qu'ilavait remarqué à plusieurs reprises l'intolérance iodique apparaître très facilement chez les malades atteints de cirrhose hépatique ; cette remarque de l’éminent clinicien a une valeur incontestable, et peutêtre faudrait-il la rapprocher de l'observation précédente.
Il résulte de cet exposé qu'il faut montrer plus de méfiance envers les iodures ; c’est le conseil donné par M. Dieulafoy (1), par Dujardin-Beaumetz (2). Le € syphilo-brightisme » pourrait bien être de l’iodobrightisme quelquefois.
On peut opposer à cela que la cantharide donne très souvent aussi de l’albuminurie, et qu’elle produit cependant des effets excellents dans certaines formes de néphrite (Lancereaux (3), Du Cazal (4)). La clinique répond que, si
(1) Drœuraroy : Pathologie interne, t. WII, 2° éd. p. 91 et 109. (2) Dusanpix-Beaumerz* Clinique thérapeutique, t. 2, P: 281.
(3) LANGEREAUx : Acad. de médecine, 4 oct. 1892.
(4) Ducazar : Gazette hebdomadaire de méd, et de chir., 26 octobre 1895. No 43, p. 509.
Panot
les iodures ont quelquefois amélioré des néphrites, ils en ont agoravé beaucoup, et créé souvent.
Les accidents produits du côté de l'appareil circulatoire et du système nerveux sont fort nombreux mais très connus.
L'appareil de la vision et le téqument externe sont aussi victime de l’iode. Le larmoiement, les éruptions cutanées, les œdèmes ne sont pas graves; tout au plus forment-ils des ennuis plus ou moins sérieux; cependant, parfois 1ls rendent le médicament intolérable, et nous pourrions citer trois cas fort nets où KI ne put être supporté à cause d'eux: si grâce à cette étude nous supprimions quelques-uns de ces inconvénients notre tâche ne serait pas inutile. Le médecin n’a-t-il pas le devoir de soulager aussi bien que de chercher à guérir?
À ce propos, il importe de noter et de combattre une idée émise en Amérique (1), d’après laquelle l’iodure de potassium agirait surtout (dans l’actinomycose) lorsqu'il y a des signes d’intolérance; d’après le D' Salmon, cité par Bérard (2), le traitement ioduré est surtout efficace : quand l'iodisme se déclare : « Il semble, dit-1l, que l’organisme doive être saturé d’iodure. » Il y a là une erreur absolue; l’iodisme ne dépend nullément de la quantité d’iodure ingérée, ainsi que nous le montrerons.
Nous résumerons ce trop long chapitre en quelques mots : l’iodisme doit être traité, soit qu'il offre des dangers, soit qu'il constitue une simple gêne ou une incommodité notable pour le malade.
(4) Semaine médicale, 12 janvier 4895, p.24. Ed. Chrêètien. (2) G. Bérarp* Thèse, Bordeaux : Sur l’actinomycose, 1894.