‹ Essai sur le traitement de l'iodisme par l'extrait de BelladoneChapitre 12 sur 28 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Traitements divers de l’iodisme Leur critique

Les traitements de l’iodisme sont assez nombreux, mais aucun n’a encore donné des résultats satisfaisants ; aussi les praticiens, sachant que les accidents, souvent légers, que détermine l’iodure de potassium disparaissent avec la cessation du médicament, se contentent presque toujours de le supprimer, pour le reprendre plus tard; d’autres préfèrent en maintenir l'emploi, trouvant plus sage d'exposer le malade à l'intolérance, que de le priver de l’action bienfaisante du précieux médicament.

Rilliet, vers 1840, proposait de rayer l’iodure de potassium de la pharmacopée plutôt que d’en subir les inconvénients; mais Ricord, qui en parle avec enthousiasme, le défend, dit que ces inconvénients ne peuvent se comparer aux bons effets de l’iodure pour lequel « il a un véritable amour ».

Attribuant surtout les accidents aux doses fortes ou à un emploi trop prolongé, il conseille de prescrire « des

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doses suffisantes pour modifier et « guérir le symptôme que l’on veut combattre, sans arriver à produire aucun effet fâcheux ». Pour cela il faut dépasser rarement la dose de trois grammes par jour, pour arriver à un maximum de six grammes; Rodet prétend d’ailleurs que, dans la pratique, le célèbre syphiligraphe agissait autrement.

Si ces indications de Ricord sont conformes aux idées actuelles, quant à la dose, il ne saurait en être de même pour la cause des accidents qui ne sont pas l’apanage exclusif des fortes quantités et qui surviennent aussi bien avec quelques centigrammes, Enfin, 1l préconise la for-

mule suivante :

Sirop de salsepareille. . . . . 500 gr.

Iodure de potassium. +, 2° 10 gr.

à prendre dans une décoction de feuilles de saponaire, de houblon ou de squine.

Rodet (1847) prétend « que l’iodure ne produirait jamais d'accidents sérieux, si on ne l’employait que dans les cas qui réclament évidemment son emploi. » D'autre part, il conseille une circonspection d'autant plus grande que le malade a pris plus de mercure auparavant, car pour lui il se forme dans l’organisme un biiodure de mercure qui est une des combinaisons les plus irritantes et les plus toxiques, d’où l'indication de laisser un long intervalleentre le traitement mercuriel et ioduré ; il conseillait en outre d'attendre la guérison de toute maladie intercurrente d’un organe quelconque, puisque pour lui l’iodisme affectait surtout les organes débiles : plus que Ricord encore, il était ennemi des doses fortes.

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Hors de ces points reconnus inexacts, ses données sont généralement admises aujourd’hui et les règles qu’il établit ont été adoptées. En somme, Ricord et Rodet s’occupaient surtout d’un traitement préventif, non curatif, puisqu'ils suspendaient la médication aux premiers signes d’intolérance.

Après eux, Boinet parle empiriquement de l’association des tanniques, tels que le quinquina, le noyer, la gentiane ; peut-être faut-il y voir une action un peu analogue à celle de la belladone, grâce au tannin contenu dans ces plantes. Aujourd’hui même, dans un autre but il est vrai, les sirops iodotanniques, dont il parle le premier dans son traité d’iodothérapie, ont un certain succès.

Richelot (1860) répand l’usage du sirop d’écorces d’oranges amères pour faciliter la tolérance ; il en rapporte la découverte à Ricord et Nélaton ; mais Boinet en réclame âprement la priorité ; de nos jours ce procédé est encore fort usité.

Beaucoup plus tard (1888) Rœhmann et Malachowsky (cités par Soulier) prétendent que le meilleur traitement consiste dans la neutralisation de l’iode libre et de l'acide

-azoteux des muqueuses. Ils partent de ce principe : les nitrites décomposent facilement l’iodure de potassium sous l'influence de l’acide carbonique, en réaction acide, et donnent ainsi de l’iode libre qui irrite les muqueuses ; les nitrites se formeraient par l’action des corps réducteurs sur les nitrates, nitrates produits dans la bouche et sur la pituitaire aux dépens des excr'eta.

Ebrlich (1) croit avoir trouvé le moyen de neutraliser

(1) Charite annalen, 1888.

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PT ue les corps formés par le sulfanilate de soude ; dans ce but, il à imaginé la formule suivante :

Acide sulfanilique. . . . , 4 à 6 gr.

Carbonate de soude. . . . 8 à 4 gr, HOUR RER D Re I CRE 150 gr.

Comme adjuvant, avoir une alimentation pauvre en nitrates. Par ce moyen, deux heures après que la solution est absorbée, il y aurait arrêt total des accidents dans la moitié des cas.

Il faut rapprocher de cette méthode l’administration des doses élevées de bicarbonate de soude. N'ayant jamais vu employer la formule d’Ebrlich, nous ne pouvons la juger ; avant d'accepter les alcalins sans crainte, il est permis d’hésiter, lorsqu'on songe au triste résultat obtenu par Feenwick (page 16).

La formule suivante serait excellente :

Citrate de fér ammoniacal . 1. =

Le 5 ‘ aa 8 gr.

Teinture de noix vomique .

LHETE ONE ARR IC TPERRS 1e 45 gr.

Teinture composée de quinquina. 60 gr.

la pratique n’a pas justifié son emploi.

Nous ne citerons que pour mémoire les liquides divers souvent conseillés, dont le but est plutôt de masquer le goût désagréable de l’iodure, et de le faire absorber en larges dilutions plutôt que de combattre ses effets fächeux : de ce nombre sont le lait, la bière, les eaux alcalines, etc.

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M. Fournier assure que l’iodure est pris sans dégoût grâce à la composition :

SAOD/MINDIS TL et JM, 390 gr.

Anisette de Bordeaux. . . , . 150 gr.

fodure depotassium:/#7T 11, 25 gr.

Une autre méthode, la plus commune, consiste à doubler, tripler la dose s’il y a intolérance. Mais ainsi que le fait remarquer M. Fournier, quel médecin, conscient des dangers de certains cas d’iodisme, osera soumettre son malade aux hasards de cette thérapeutique aveugle?

L'observation citée page 17 montre les conséquences désastreuses de cette conduite.

Il faut donc rejeter ce procédé avec les autres et reconnaître que les traitements de l’iodisme se résument en un seul : la suppression de la cause.

M. le D' Aubert nous paraît avoir trouvé mieux : il eut l’idée d'essayer empiriquement la belladone, se basant sur l’action de cette plante, ou de son alcaloïde l’atropine, sur les sécrétions; la communication faite par lui à la Société des sciences médicales (1) de Lyon, au mois de mai 1883, et un article publié dans le Lyon médical (à) montrent, par l'observation concluante de trois malades, que l'extrait de belladone fait cesser le coryza, la salivation et le larmoiement iodiques en peu de temps.

La suite de ce travail montrera, nous l’espérons, que ce traitement est rationnel.

(1) Ausgrr : Lyon-Médical, mai 1883, t. XLIIT. (2) Auserr : Lyon-Médical, 29 mars 1885, t. XLVIIT,

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