CHAPITRE PREMIER
Historique de l’iodisme
Si les composés de l’iode sont entrés dans la thérapeutique seulement dans la première moitié du siècle, bien avant on employait des corps qui en contenaient : les Chinois, les Arabés donnaient contre la scrofule de la cendre d’éponges calcinées. En 1811, Courtois remarqua que les eaux-mères de la soude brute des cendres de varech renfermaient de l’iode, et en 1812, Leroyer et Dumas retrouvèrent ce corps dans des plantes marines.
Frappé de ces faits, Coindet supposa que l’antique remède des Arabes et des Chinois devait ses effets thérapeutiques à l’iode. C’est à ce moment que le précieux métalloide entra dans la médecine.
Dès 1820, l’iodure de potassium trouve des emplois multiples ; bientôt on l’ordonne dans la syphilis. Avec ses bienfaits, de multiplesinconvénients sont vite signalés ; ce n'est, il est vrai, que vers 1840 que l'attention est attirée sur l’iodisme, presque méconnu jusque-là ; mais bientôt ces accidents d’intolérance seront exagérés et l’iodure de potassium ne tardera pas à avoir des ennemis convaincus.”
Coindet ayant eu une série de malades gravement atteints, considéra désormais l’iodure de potassium comme très dangereux et s’efforça vainement de le faire bannir de la pharmacopée. Peut-être faut-il attribuer cette exagération aux désagréments qu'il lui causa : Pignot (1) rapporte, en effet, une légende d’après laquelle ce médecin courut le risque d’être lapidé par ses malades intoxiqués.
En dehors des exagérations de Coindet, le premier travail important vient de Ricord (2) ; là, il s'occupe des moyens de prévenir l’iodisme, conseillant de n’employer que des doses faibles d’iodure, dans les cas où il existe uné indication formelle, et à un intervalle aussi grand que possible d’un traitement mercuriel antérieur. Il retrace enfin une symptomatologie assez complète, et réunit à l’iodisme plusieurs manifestations, rattachées jusque-là aux affections les plus diverses.
Pour Rœæser (1844), l’iodisme est lié, il est vrai, au traitement ioduré, mais chez les goitreux seuls, et dépend moins du médicament que de celui qui en use.
Dans une belle étude clinique, trop oubliée dans les bibliographies, Rodet (3), en 1847, donne un tableau général de l'intolérance iodique, qui n’a guère varié ; il signale plusieurs manifestations, apporte des observations concluantes et cherche aussi un moyen d'éviter les accidents graves qu'il a constatés. Les règles qu’il donne ne diffèrent pas beaucoup du mode d'administration actuel de l’iodure, et son travail a le grand mérite d’être fort complet au point de vue clinique.
(1) Dict. encyclopédique des sciences médicales, art. Iodisme. (2) Bulletin général de thérapeutique, 1842, p. 164. (3) Gazette médicale de Paris, 1847, 8° série, 904, 922.
ART NEA
A l’Académie impériale de médecine en 1860, un rapport de Rilliet soulève de très ardentes discussions, qui se continuent fort âprement dans les journaux de médecine entre Rilliet et Boinet. Le premier considère l’iode comme fort dangereux, amenant avec fréquence des accidents aigus, qui peuvent être fort graves, et des accidents Chroniques (iodisme constitutionnel), dus à une saturation de l'organisme, fort redoutables aussi. Le second, auteur d’un traité d’iodothérapie, admet que l’iode, au contraire, est indispensable à la vie, qu’il forme un aliment et que l'intolérance est simplement due à une mauvaise administration.
Cette discussion permit à une opinion éclectique d’apparaître et de considérer les faits d’après leur valeur véritable.
Trousseau, à cette même époque, niait cependant les effets fâcheux du médicament : on a trouvé l’iodisme chez les goîtreux fort souvent, dit-il, mais on a confondu une intoxication avec un symptôme de la maladie de Basedow.
D’après cet aperçu, il est facile de voir la diversité des opinions qui existait sur ce point de thérapeutique.
Depuis cette époque, pas une année sans que des travaux plus ou moins importants solent présentés à ce sujet : les observations cliniques publiées de part et d'autre se joignent à eux. Nous n'avons pas à analyser ou à signaler ici ces nombreux travaux, ayant surtout le désir d’étudier le traitement.
D'ailleurs cet historique est fo:t magistralement étudié par Pignot, et son article du Dictionnaire de Dechambre une source de.renseignements précieux sur ce sujet.
AM ri ee
La longue et très remarquable thèse de doctorat de Mre E. Bradley (1) a résumé et réuni toutes les recherches faites et sa monographie trace l’histoire complète de l’iodisme.
Reprenant la question au point de vue clinique et chimique, en 1893, M. Lafay (2) a donné de nouvelles observations, contrôlé ou discuté bien des points obscurs du sujet.
Dans le cours de cette étude, beaucoup de ces travaux seront cités et nous aurons à nous servir à maintes
reprises des résultats acquis.
(tt) Exutsaperx Brapzrey : Thèse de Paris, 1887. (2) Laray : Thèse de Paris, 1893.