OBSERVATION
La nommée Joséphine G..., âgée de trois mois, entre le 8 mai 1886 dans le service de M. le professeur Heydenreich.
Cette enfant nourrie au sein, née à terme a toujours été bien portante. Elle porte à la partie inférieure du dos sur la ligne médiane à quelques centim. au-dessus du plis fessier une tumeur fluctuante du volume d’un gros poing.
La mère est bien portante, sa grossesse a été normale. Au moment de la naissance de l'enfant elle constate au niveau de la région sus-indiquée, une tumeur du volume d’une noix qui augmente peu à peu.
Cette tumeur de forme ovoïde à grand diamètre oblique de droite à gauche et de haut en bas —9 ctm., le diamètre perpendiculaire = 7 ctm.,s’élève au-dessus de la peau d'une hauteur de 0,055 à 0,06 ctm. Elle est fluctuante, légèrement dépressible, une pression un peu forte provoque les cris de l’enfant et quelques mouvements dans les membres inférieurs. La surface lisse est constituée par une membrane blanc rosée, légèrement transparente, d’un rouge plus foncé que du côté droit qui devient lie de vin quand l’enfant crie. La peau forme un rebord cutané d’environ ? ctm. de hauteur.
Au niveau de la ligne de séparation de la peau et de la membrane blanc rosée on constate à la région externe droite deux points d'apparence cicatricielle. — Pas d’ulcérations. — Liquide clair par transparence ne contenant pas de substances solides. De chaque côté du pédicule on sent le rebord osseux de deux moitiés du rachis. Les fesses sont élargies et écartées.
Le pédicule à un diamètre de 0,165. On diagnostique spinabifida.
Le 10 nat, M. le professeur agrégé Rohmer, chargé de service, pratique l’ablation de la tumeur.
Précautions antiseptiques les plus minutieuses.
Chloroformisation facile. ,
Ponction avec un trocart, on retire environ 200 gr. d’un liquide aussi limpide que de l’eau distillée: mais la tumeur ne s’affaisse pas complètement car il existe une seconde poche dont le
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contenu communique avec la cavité médullaire par un orifice admettant le petit doigt.
On passe ensuite des épingles à suture à la base de la tumeur et à mesure que l’on coupe la partie de la poche saillante on pose le fil à suture autour des épingles. -- Hémorrhagie modérée.
Pansement de Lister.
Le 11 mai, l'enfant a dormi pendant la journée, mais crie beaucoup depuis hier soir.
38.8 ce matin ; 39,8 ce soir ; quelques soubresauts de tendons, et des membres. L'enfant lance par moment ses bras en avant, pas de mouvements dans les membres inférieurs.
Le 12 mai, la fièvre persiste, 89,8 matin ; 39 soir.
On enlève une aiguille, en l'endroit où se manifestent quelques Symptômes de tension: issue d’un peu de liquide séreux, rougeûtre.
Le 13 mui, la tièvre diminue, 388,6 matin ; 39,4 soir. L'enfant a eu hier trois crises. pendant lesquelles elle poussait des cris et jetait ses bras en l’air plusieurs fois de suite: ces crises étaient suivies de selles diarrhéïques. — Pas de mouvements dans les membres inférieurs, du moins ils n’ont pas été notés. Pupilles dilatées, ne réagissant pas à la lumière.
On enlève les aiguilles à suture, sauf une, et aussitôt il s'échappe quelques gouttes d’un liquide analogue au liquide céphalo-rachidien, légèrement teinté de sang.
Le 15 mai, la journée du 14a été calme, mais l'agitation est revenue pendant la soirée. — Diarrhée, pas de crises, — même état des pupilles.
Opisthothonos léger. La fièvre persiste.
Le 16 mai, depuis hier soir l’enfant à eu plusieurs crises, ses yeux sont saillants, les pupilles sont contractées. — Les yeux sont animés d’un mouvement continuel de droite à gauche. — Par moment l’enfant devient pâle.
La température qui hier soir était à 36° est ce matin à 40°. — Respiration de Cheynes-Stocres.
Mort à deux heures.
AuTopPsiE. Examen macroscopique. Pour bien se rendre compte de la disposition de la moelle, il faut l’étudier tout d’abord par sa face antérieure et voir comment elle se comporte au niveau de la fente vertébrale. Celle-ci est de la largeur d’une pièce de un franc en-
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viron et intéresse les ares de la dernière lombaire et des deux premières sacrées. Dans son trajet supérieur ainsi que dans son trajet inférieur la moelle ne présente rien de particulier à noter. Mais arrivée près de l’orifice vertébral, sa portion supérieure, s’infléchit brusquement d'avant en arrière, pénètre dans la poche, décrit une courbe à convexité postérieure puis revient dans le canal vertébral. Cette disposition est parfaitement indiquée sur ïa figure schématique qui se trouve à la fin de notre travail. Si l’on veut bien étudier ce schéma, on se rendra facilement compte, en se reportant au dessin que nous devons au talent de notre ami le Dr Knæpfler, de la façon dont se comporte la moelle dans l’intérieur de la poche.
Ce dessin représente la pièce vue par sa face postérieure. Les lèvres de la plaie (ST)assez épaisses, s'élèvent à environ 1 ctm. 1/2 au-dessus de la paroi dorsale et forment une sorte de cupule au centre de laquelle émerge la moelle (M) ; celle-ci est reliée aux parois à sa partie Supérieure età sa partie inférieure. À la partie inférieure par une bride fibreuse épaisse qui s'étale en arrivant sur la paroi, mais ne s'étend pas jusqu’au fond de la poche : à la partie supérieure par deux lames qui vont en divergeant sur la paroi et forment ainsi une seconde poche absolument isolée de la poche principale.
La moelle elle-même est étalée comme un champignon creux et à chacun de ses pôles on voit un orifice (CE S,CE L); cesorifices sont ceux comme le montrera l’analyse microscopique du canal de lépendyme sectiomné. Les cordons postérieurs n'existent plus, et comme Ja courbure décrite dans la poche est très prononcée il est possible que les cordons antérieurs aient été intéressés. Ainsi en faisant passer un stylet sous cette sorte de voûte formée par la moelle pliée sur elle-même, on voit qu'il ne reste plus qu'une faible épaisseur de substance médullaire. Cette disposition excavée de la portion émergeante de la moelle permet de croire que nous avons affaire en même temps à un hydrorachis externe et àun hydrorachis interne, qu’il s’est formé une dilatation excessive du canal épendymaire comme le représente le schéma. C’est ce que va va nous montrer l'examen microscopique des parois de la poche et que nous devons à l’obligeance de M. le professeur agrégé Baraban.