LE CHOIX D'UN ANTISEPTIQUE
L'anatomie pathologique nous dévoile et la clinique nous traduit très infidèlement les phénomènes qui se passent ?n utéro chez une infectée.
Deux forces se trouvent en présence : les agents infectieux, les résistances organiques.
Les agents infectieux ce sont les microbes de nombre et d'espèce variables dont la virulence dépend jusqu'à un certain point de la nature et des associations diverses qu’ils forment.
Les résistances organiques sont représentées surtout par les leucocytes.
Ceux-ci, grâce à leurs propriétés biologiques, pouvoir chimiotactique et diapédèse, forment en s’agglomérant la zone granuleuse de Bûmm et des amas remarquables surtout autour des vaisseaux lymphatiques et veineux.
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Ces leucocytes sécrètent des antitoxines luttant contre les secrétions bactériennes, ils digèrent les germes septiques, ils détachent les parcelles modifiées de l’endomètre, les petites esthares riches en ptomaïnes et véritables foyers microbiens.
Certaines conditions favorisent la puissance des agents infectieux.
Tout d’abord des conditions hygiéniques el en première ligne le défaut de soins ou des fautes très graves contre l’asepsie ; aussi devons-nous tenir comme très infectées les femmes qui arrivent dans les maternités, accouchées en ville soit par des matrones, soit par des personnes compétentes, mais obligées dans des milieux très pauvres de se contenter d’une propreté relative.
Au contraire à l’hôpital, les femmes qui malgré une antisepsie scrupuleuse ont pris l'infection, ont en général une forme atténuée.
Grâce à l'examen méthodiquement pratiqué de l’arrière-faix nous pouvons avant le contrôle du doigt présumer qu'il n'existe dans l'utérus que des débris insignifiants alors qu’en présence d’une femme venant de ville, la première hypothèse que nous envisageons est celle d’une délivrance incomplète.
En outre, et c’est le corollaire de ce qui précède, une femme « du dehors » sévèrement infectée est isolée dès son entrée dans les maternités, soumise à un traitement plus rigoureux, non seulement dans son propre intérêt mais encore dans celui delà collectivité, car nous devons
épargner aux femmes peu touchées de l'isolement et
HR ee" surtout aux puerpérales saines des salles aseptiques le danger d’une contamination toujours possible.
De même nous serons plus sévères à l'hôpital qu’en ville, car l’agglomération de femmes en état de réceptivité dans unmilieuexposé aux contagions impose une ligne de conduite beaucoup plus sévère qu’en clientèle de ville où la malade est isolée et où les conditions de bien-être matériel mieux assurées ne sont pas des adjuvants méprisables dans la lutte contre l'infection.
Les particularités anatomiques sont des facteurs de gravité d’une importance énorme, des plaies contuses vaginales et vulvaires deviennent autant de foyers infectieux ; la présence d’un endomètre exubérant et surtout de débris intra-utérins joue un rôle néfaste.
Les anomalies de position de l’utérus (antéversion, rétroflexion), aggravent le plus souvent l’infection, la cavité utérine se draine mal, se comporte en cavité close, d’où augmentation de virulence des germes‘inclus.
Dans l’exaltation des résistances locales le plus grand rôle revient aux leucocytes ; aussi toutes les causes d'ordre physique chimique ou biologique qui augmenteront la leucocytose et par suite la phagocytose diminueront la réceptivité du sujet. |
Par contre les traumatismes locaux ont une influence désastreuse ; ils détruisent l’afflux des globules blancs et l’édification de la zône granuleuse, traumatisent les cellules fixes du tissu conjonctif jeune ; cellules déjà altérées dans leur nutrition par les toxines microbiennes et frappées à mort par ce choc mécani-
que ; ils ouvrent enfin les stomates lymphatiques,
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désagrègent les caillots obturateurs des sinus veineux.
Ainsi mobilisés ces thrombus s'ils sont envahis par les agents infectieux peuvent devenir le point de départ d'embolies septiques allant disséminer la pyohémie.
L'invasion des vaisseaux lymphatiques sera l’origine de suppurations péri-utérines. Cette dissémination est souvent moins accentuée il est vrai,mais l’endométrite qui pouvait exister seule à ce moment est presque fatalement transformée en métrite parenchymateuse,
L'influence du terrain, de l’état général, sur la réceptivité du sujet est bien connue : une femme affaiblie, anémiée par des hémorragies, par une intoxication endogène ou exogène réagira localement avec beaucoup moins de vigueur qu’une femme jusque-là saine,
Ces notions incontestables et communes de pathologie générale, rapidement rappelées, il nous faut maintenant passer en revue les différentes substances utilisées localement dans l'infection puerpérale et choisir celle quise rapprochera le plus du topique idéal.
Le topique utérin le meilleur possédera au plus haut point les qualités suivantes :
Il doit ètre antiseptique c’est-à-dire capable de diminuer le nombre et la virulence des microbes et de leurs toxines mais il ne devra pas entraver les défenses locales ; or les meilleurs bactéricides in oitro mettent à mal non seulement les germes mais encore les cellules vivantes de l’organisme, leucocytes cellules embryonnaires et fusiformes de la caduque amoindries dans leur vitalité et dont le cytoplasme ne résistera
pas à un poison violent, et ces « cadavres cellulaires »
ALT se apporteront un nouveau matériel à la culture microbienne.
Toute substance agissant sur les globules blancs en favorisant leur afflux (chimiotaxie positive), leur vitalité, leur multiplication sera un excellent topique utérin car, «souvent un antiseptique agit autant en stimulant les tissus qu’en détruisant les microbes. Ceux-ci bien protégés dans l’organisme pullulent derrière des amas de cellules et se trouvent à l’abri des antiseptiques. Il ne faut pas oublier que les meilleurs aniiseptiques sont ceux que secrètent l'organisme lui-même ; c’est donc à stimuler ses réactions que doit toujours tendre l'effort du médecin » (Roger).
Le corps que nous choisirons doit posséder à un haut degré la diffusibilité pour permettre à son action de s'étendre au loin ; toute combinaison avec les substances albuminoïdes aboutissant à un composé insoluble n’exerce ses propriétés que sur les couches toutes superficielles de l’endomètre, il se produit une carapace sous laquelle les germes pullulent à lPabri d’un nouveau pansement.
Ce dernier bien choisi sera donc extrêmement diffusible. Il se répandra alors dans la circulation générale, car l’utérus infecté, et de ce fait très vascularisé, absorbe plus que normalement.
Les combinaisons chimiques ainsi nées au contact du sang ne devront pas être toxiques pour les cellules et surtout pour les cellules des organes éliminateurs (foie, rein). Elles ne formeront pas d'obstacles
mécaniques(embolies métalliques,gazeuses)susceptibles
d'entraver les fonctions organiques et l'on préférera celles qui au contraire assureront par leurs qualités nouvelles une stimulation générale de l'économie,
Enfin le topique le meilleur devra agir sous un petit volume, être d’une Conservation et d’un maniement faciles, d’un prix de revient non exagéré, sinon l'emploi en serait forcément restreint. >.
Tels sont les principaux desiderata des substances utilisées dans la « thérapie » locale.
Les considérations précédentes s’appliquent surtout aux phénomènes intra-utérins. Dans le traitement des plaies vulvo-vaginales, le choix a moins d'importance, les voies d'absorption ouvertes sont négligeables, leur situation permet le renouvellement fréquent du pansement ; mais en outre elles reçoivent tous les produits toxiques qui proviennent de l'utérus et sont exposées à des inoculations incessantes.
Aussi cette notion qui est notre guide « fortifier les résistances locales pour diminuer la virulence des microbes » doit-elle être moins rigoureusement suivie que dans les infections utérines et là nous nous attacherons surtout à diminuer le nombre des germes septiques par l'emploi d’antiseptiques puissants.
TOPIQUES LIQUIDES Sublimeé.
Si pour Tarnier c’est « le meilleur, le plus puissant et le plussür des antiseptiques », ilajoutait: « on devra employer prudemment car c’est un antiseptique
Clément 3
RC NE" dangereux ». et il le déconseillait absolument pour les injections intra-utérines.
Le sublimé et tous les sels de Hg en général n’agis-
sent guère que sur la couche toute superficielle de l’endomètre ; au contact des substances albuminoïdes (fibrine, caillots) ils forment avec elles des atbuminates insokubles.
Son emploi doit ètre surveillé très attentivement et abandonné dès la première apparition d’un symptôme ‘d'intoxication mercurielle ; en outre le sublimé a une action générale dangereuse, sa pénétration dans le cou-
rant sanguin peut causer des intoxications lentes mais
mortelles.
Cette notion mise en lumière par la clinique a été
confirmée expérimentalement par les injections veineuses de sublimé pratiquées sur des lapins par Tarnier et Vignal, et la conséquence c’est qu'il est complétement banni de la thérapeutique intra-utérine et n'est
guère utilisé qu’en injections vaginales à 14/4000.
Eau oxy génée.
Excellent bactéricide in vitro, surtout contre les anaérobies ; elle détruit aussi les toxines par oxydation, Elle est sans action locale sur les ferments solubles, ; au contact de la fibrine du sang coagulé elle se décompose en eau et oxygène. Elle favorise donc la leucocytose, est très diffusible à cause des gaz qui s’immiscent
dans les moindres orifices ; mais cette production peut
NOR amener dans les sinus utérins une embolie gazeuse avec accidents redoutables, syncope, mort.
Excellente en injection intra- ovulaire elle n’est utilisée en solution intra-utérine par M. Bonnaire que le quatrième jour après l'accouchement, les sinus étant suffisamment obstrués à cette époque.
La solution employée est l’eau oxygénée à 12 volumes, ramenée à 6 volumes par |’ adjonction d’une quantité égale d’eau de chaux.
Maïs, en cas d'infection, le Processus d'organisation du thrombus est troublé, retardé, aussi ce dernier peut-il se détacher découvrant la lumière d’un sinus, d'où embolie gazeuse mortelle.
. En résumé son emploi n’est pas exempt ie tout danger ; de plus sa conservation est difficile : les eaux oxygénées du commerce ne se conservent pas longtemps malgré l'addition d’ acides, acides que l’on neutralise au moment de s’en servir.
Perhydrol. : :
Est une eau oxygénée chimiquement pure à 100 volumes, c’est- à-dire produisant par décomposition 100 fois son volume d’ oxygène.
Les eaux oxygénées du commerce, elles, ne peuvent donner que 10,12 fois leur volume d oxygène.
Sa conservation est difficile et exige des précautions extrêmes (bouteilles paraffinées de Merck). On lutilise généralement pour préparer extemporanément par dilu-
NULS tion dans l’eau distillée des solutions de concentration variée.
Nous l’avons employé :
4° En solution au 1/3 c’est-à-dire à 33 volumes sur les plaies vulvo-vaginales ;
9 En écouvillonnage sur l’endomètre.
C’est alors un caustique énergique, il dégage au contact des tissus une quantité de chaleur considérable avec production d’une mousse abondante et un grésillement strident comparable à celui d’un fer rouge plongé dans l’eau. L'opérateur doit protéger ses mains avec des gants decaoutchouc, le périnée et les régions voisines non infectées.
Les fausses membranes diphtéroïdes, les eschares se dessèchent et se racornissent, leur chute est hâtée ; la plaie est détergée instantanément, c’est un excellent topique mais l’usage ne peut en être qu’intermittent étant donné son extrême énergie.
Lusoforme. .
Liquide clair, jaunâtre, il contient 20 0/0 dela solutions commerciale de formaldéhyde combiné avec le sayon. Re
C’est un produit stable gardant l’odeur du formol mais très atténuée, jouissant de propriétés bactéricides nullement inférieures aux autres antiseptiques. Sa réaction alcaline facilite l’action bactéricide de la formaldéhyde.
Il ne coagule pas les matières albuminoïdes.
ET
Il à été employé à la Maternité (n injections vaginales de la solution à 1 et 2 0/0 dans le traitement des eschares. Il s’est montré inférieur à l’eau oxygénée et à la liqueur de Labarraque.
Liqueur de Labarraque.
C’est un mélange d’hypochlorite de soude et de chlorure de sodium en solution à 40 ou 50/1000.
Elle est comparable à l’eau oxygénée et donne d’excellentsrésultats dans les infections à anaérobies avec fétidité des lochies.
Ses propriétés sont intéressantes à connaître pour le praticien, il obtiendra une solution douée des mèmes qualités en mélangeant à un litre d’eau bouillie deux cuillerées à soupe d’eau de Javel.
Elle se rencontre partout et permet d’improviser d'urgence une solution intra-utérine d’une antisepsie reconnue.
Nous l’avons employée en injectionsintra-utérines et dans certains cas en injections vaginales.
Iode.
Son pouvoir antiseptique est considérable, il est en
effet bactéricide et antitoxinique.
a). — Bacréricine. — L’iode métallique maïntenu
en solution aqueuse par l'addition de deux fois son poids de K I possède un pouvoir antiseptique très
énergique.