NOTIONS GÉNÉRALES
La race des Aryas de l'Inde , de qui émane la littérature sanscrite, était tombée depuis plusieurs siècles dans un profond avilissement, suite naturelle de la servitude. L'administration de l'East India Company a beaucoup fait pour la relever à ses propres yeux et pour lui rendre son ancienne dignité ; le gouvernement de la Reine continué cette œuvre de résurrection dans des conditions nouvelles et plus heureuses. Eclairés par des savants nombreux et d'une grande autorité, les administrateurs anglais ont compris le sens des dernières insurrections : ils savent aujourd'hui que les descendants des anciennes castes, surtout ceux des castes supérieures, attachés au brahmanisme, ne nourrissent point contre les Européens une haine irréconciliable et peuvent même au jour donné devenir pour nous un point d'appui, quand ils se seront convaincus qu'ils sont de la même race que nous et qu'ils descendent des mêmes ancêtres. Les peuples d'une race étrangère à la nôtre sont reconnus pour être les vrais adversaires des Européens comme ils ont été naguère les
oppresseurs des Aryas : les plus hostiles d'entre eux ne sont pas les Mongols, bien que, venus les derniers , ils aient perdu plus que tous les autres en voyant leur empire détruit par les Anglais ; mais les Mongols, barbares à leur arrivée dans l'Inde, avaient tout gagné à s'y établir, s'étaient civilisés au contact des antiques religions aryennes, et voyaient dans les Européens des hommes plus civilisés encore auxquels le commandement semblait appartenir par droit de nature ; en effet les Anglais joignaient la force qui remporte les victoires à la supériorité morale que donne une haute civilisation. Mais les descendants des anciens envahisseurs, ceux qui depuis Fan 1000 avaient hérité de Mahmoud de Gazna et des Afghans, et les fils de ces Arabes fanatiques qui dès le septième siècle s'étaient établis sur l'Indus, en un mot lesHindus de religion musulmane, voient d'un tout autre œil les chrétiens de l'Occident : il n'y a pas de transaction possible entre l'islam et le christianisme ; la haine profonde et cachée de tout mahométan contre ce qui porte le nom chrétien, s'exalte d'autant plus ici que, à une incapacité politique incurable et irritée, les musulmans joignent l'orgueil du Koran et le ressentiment de plusieurs conquêtes dont chacune les a abaissés d'un degré.
L'établissement des oppresseurs musulmans réduisit les Aryas de l'Inde au même état où nous avons VU- les Grecs avant qu'ils eussent recouvré leur indépendance, et où gémissent encore les chré-
liens du Levant. L'arrivée des Européens, et surtout la conquête anglaise , marqua pour eux l'ère du salut, parceque, malgré des actes oppressifs et imprudents qui ne peuveat s'absoudre, elle apporta dans la péninsule l'esprit chrétien.
L'histoire de l'Inde depuis l'apparition des étrangers sur son sol, a été racontée par des écrivains de diverses langues d'une manière authentique ; nous en possédons la chronologie. Mais ces histoires, écrites au point de vue particulier des peuples pour qui elles ont été faites, ne donnent sur les populations aryennes du pays, sur leurs religions, leurs traditions, leurs écrits, que des renseignements incomplets et tout à fait insuffisants. De sorte que l'histoire littéraire de l'Inde depuis le septième siècle de notre ère, n'est guère plus claire que celle des siècles antérieurs ou des époques les plus reculées.
Toutefois le grand nombre d'ouvrages indiens de toute sorte que l'Angleterre a recueillis et que l'Europe possède, permet déjà d'en fixer les grandes divisions et les périodes principales. .Ces périodes, établies par une méthode semblable à celle des géologues , commencent elles-mêmes a' se ranger dans l'histoire générale du monde, au moyen de synchronismes fournis surtout par les Chinois et par les Grecs, et des ères usitées en Orient.
Les édits du roi Piadasi (Priyadarçin) lus et interprêtés par Prinsep, nous montrent que le buddhisme florissait dans l'Inde au troisième siècle avant notre
ère. La relation de Mégasthènes, ambassadeur de Séleucus à la cour du roi Ca?idragupta (2av§|oax.o?-oç) ^ers l'année 295, prouve que cette religion y existait à côté du brahmanisme et que dès cette époque des couvents de religieux buddhistes y étaient établis. On a lieu de croire qu'en l'année 327 Alexandre le Grand trouva le buddhisme dans les vallées supérieures des affluents de l'ïadus, appelées aujour- .^ d'hui Panjâb, et dès longtemps habitées par des ^ peuples aryens, chez qui la constitution brahmanique ne s'était pas régulièrement établie.
Enfin si la connaissance des écrits buddhiques du Nord a dû laisser longtemps indécise l'époque du Buddha, les traditions et les livres du Sud ne laissent guère de doute à cet égard : on s'accorde généralement aujourd'hui à placer la mort de Çâkyamuni en l'an 544 ou 543 avant notre ère, trente-cinq ans avant l'expulsion des Tarquins. On doit ajouter que ce réformateur a vécu très-longtemps, et qu'il a commencé de bonne heure sa prédication. Celle-ci se reporte donc au commencement du sixième siècle et à la fin du septième. A cette- époque la séparation de l'Inde et de la Perse était complète ; les Aryas ne se rencontraient presque plus dans les hautes vallées de l'Indus, ou du moins n'y formaient qu'une faible minorité. Car dans les inscriptions de Persépolis les habitants de ces contrées orientales sont désignés par le nom de Bahyus, mot qui dans le Vèda désigne les ennemis acharnés des Aryas.
La réforme buddhique fut surtout morale : ses conséquences politiques se manifestèrent à peine du vivant du Buddha ; les rois ne mettaient point d'obstacles aux prédications d'un sage, fils du roi Çruddôâana.ei roi lui-même; beaucoup de brahmanes le suivaient , accueillaient et prêchaient sa doctrine. Quant au côté purement religieux de cet enseignement, il différait si peu de l'enseignement des brahmanes, que l'antique panthéon brahmanique a passé tout entier dans le buddhisme. Une réforme essentiellement et pour ainsi dire exclusivement morale, suppose une civilisation qui a duré longtemps ; elle ne naît pas à l'origine d'un peuple, mais lorsque un peuple a assez vécu pour que les doctrines dont il vivait aient produit tout leur effet, épuisé leur mérite, et soient devenues impuissantes. On ne saurait comparer le buddhisme à une hérésie, comme celle d'Arius ou de Manès, ou à une réforme comme celle de Luther, qui portaient sur des points de doctrine ou de discipline. Il est plutôt comparable, dans son origine et dans ses causes, à la grande révolution tentée chez les Juifs par le christianisme et accomplie par lui dans l'empire romain dissolu. La haute portée morale des prédications de Jésus ne peut échapper à personne ; il n'en est pas de même des conséquences politiques qu'on en a tirées depuis; et quant au fond métaphysique du christianisme, nonseulement il ne s'y trouve qu'en germe, mais il ne contredisait pas les doctrines des Juifs telles qu'elles
sont contenues dans la Bible. Or imaginerait-on aisément que la \enue du Christ fût tombée par exemple cinq cents ans plus tôt et eût eu quelque succès, lorsque les mœurs des Israélites et celles des Romains et des Grecs avaient encore leur vigueur ou commençaient à peine à sortir de leur berceau ?
Du reste les plus anciens d'entre les Sûtras buddhiques, ceux qui reniontent au troisième ou même au deuxième concile , prouvent surabondamment que le brahmanisme était parvenu à son entier développement politique et religieux et que moralement il était en voie de décadence. Il faut donc admettre que ce vaste établissement théocratique existait depuis plusieurs siècles dans toute sa plénitude lors de la venue du Buddha. Une portion considérable de la littérature sanscrite doit appartenir à cette période ; la langue sanscrite elle-mênae la caractérise. Le drame ebt sans doute postérieur à Çâkyamuni, au moins dans les pièces qui sont entre nos mains ; mais l'épopée doit remonter au commencement même de la période brahmanique : et par là nous ne voulons pas dire que les immenses poèmes épiques de l'Inde aient été faits alors avec les dimensions qu'ils ont aujourd'hui ; nous ne parlons que des épopées primitives qui en forment le noyau. La constitution brahmanique, si étonnante par son ensemble, par le lien indissoluble de tous ses éléments, suppose une longue période d'élaboration.
Il en est de même de la langue sanscrite, dont les règles , fixées par Pânini , sont le résultat évident d'un long travail antérieur accompli par les hommes les plus éclairés de larace^aryenne, et d'une concordance qui a demandé beaucoup de temps .pour s'opérer. Cette période forme le. passage de l'idiome védique à la langue sanscrite ou parfaite. Elle répond aussi au dévëloppenaent de la puissance des Aryas dans la presqu'île de l'Inde. C'est le vrai moyen âge de cette contrée. L'épopée en a conservé de nombreuses traditions , les unes purement politiques , comme celle de Paracii-Bâma ou de la lutte des brahmanes et des xatriyas, les autres héroïques et guerrières, comme la grande expédition de Râmaéandra vers le Sud et la lutte prodigieuse des Kiirus et des Panéâlas. Cette dernière, qui fait le sujet du Mahâdârata se passe au nord-ouest de l'Inde et semble se rapporter au temps oii les Aryas n'étaient descendus que depuis peu dans 1<^ vallées du Gange. L'autre, objet propre du Hâmâyana, suppose un accroissement considérable, en nombre et en forces, de ces mêmes Aryas , puisque Râma les condiiisit jusqu'au promontoire le plus méridional et dans l'île de Ceylan. Or on sait que de ce jour les Aryas sont demeurés les maîtres de ces vastes contrées.
Que l'on considère combien de temps a duré le moyen âge européen. Si on lui donne pour limites approchées d'une part la prise de Constantinople pai* lés Turks et la découverte du Nouveau monde.
de l'autre l'époque de Clo\is, sa durée est d'en\iron raille ans. Or les peuples barbares qui employèrent ce temps à se civiliser étaient de la même race que les Aryas de l'Inde et, cc^pme la suite l'a prouvé, doués des mêmes aptitudes ; ils succédaient à une civilisation toute faite qu'ils pouvaient s'approprier en se l'accommodant ; la religion même avait reçu des Pères de l'église grecque et de l'église latine ses développements dogmatiques essentiels. Et cependant raille années ont été nécessaires à ces peuples pour atteindre ce que nous appelons l'âge moderne, c'est-à-dire l'époque oii les langues, les lettres, les arts, les sciences, la politique, la civilisation en un mot, sont entrés dans leur développement normal et indépendant. Les Aryas de l'Inde faisaient ^out par eux-mêmes : nul secours du dehors, nulle tradition à recevoir qui fût propre à les éclairer; nul passé oii ils pussent trouver, hors du leur, les principes d'une civilisation quelle qu'elle fût. Les hommes de race jaune ou noire, nomraés i)a5yw5 dans le Nord-ouest de l'Inde et Singes dans les régions du Sud conquises par Rama, semblent avoir été dépourvus de toute religion , de toute forme sociale, et avoir été dès l'abord inférieurs en toutes choses à la race blanche des Aryas. Il est donc bien difficile d'admettre que la conquête de l'Inde jusqu'à Ceylan, le perfectionnement de la constitution brahmanique, la formation du sanscrit , le développement et la concordance des dogmes religieux, se soient accom-
plis en peu d'années et n'aient pas exigé plusieurs siècles.
C'est pendant ce moyen âge que s'est développé tout cet ensemble de doctrines fondées sur le Yêda et dont nous avons un tableau si vaste et si détaillé dans la collection des Brâhmanas, livres qui peuvent être à plus d'un titre comparés à ceux des grands docteurs de notre moyen âge occidental. C'est aussi vers le commencement de cette période qu'a dn être recueilli et fixé le texte du Yêda : car il eût été. impossible de faire des commentaires et de discuter utilement sur des textes qui n'auraient existé que dans la mémoire des hommes et n'auraient eu par conséquent ni fixité ni autorité.
Si l'on réunit en une seule les deux périodes dont nous venons ,de parler, à savoir celle du brahmanisme pur antérieur au . Buddha et celle que nous appelons moyen âge, c'est demeurer en deçà de toute vraisemblance que d'en fixer la durée à hu,it ou neuf cents ans. On arrive ainsi à une antiquité, réduite en quelque sorte à sa plus simple expression, et qui fixe, au plus tard, vers le quinzième siècle avant J.-G. l'établissement des Aryas dans la presqu'île du Gange.
Le moyen âge a été précédé par la période védique proprement dite. Elle comprend une série d'années dont il sera probablement toujours impossible de fixer les limites, même d'une façon approximative. On lui donne ordinairement une durée de trois
siècles ; mais cette hypothèse ne repose sur aucune raison sérieuse , puisque des hymnes du Yêda , composés dans des familles indépendantes les unes des autres , peuvent souvent être contemporains , comme ils peuvent aussi être séparés par un grand nombre d'années. Toutefois il est incontestable d'une part que les plus récents d'entre eux ont été composés dans les vallées gangétiques vers les premières années du moyen âge indien, et, de l'autre, que les plus anciens l'ont été au nord-ouest des vallées de rindus. Entre ces deux points l'intervalle géographique est considérable : il comprend tout l'ïndus moyen avec ses affluents. Or c'est dans ce pays même que le plus grand nombre des hymnes ont été composés ; beaucoup d'entre eux signalent une population établie ou du moins faisant effort pour défendre et assurer son établissement. Le séjour des Aryas dans cette contrée, qu'ils ont quittée dans la suite pour celle du Gange, mais non d'une façon absolue, a été évidemment prolongé ; leur mouvement vers le sud-est a été lent et progressif, entrecoupé de temps d'arrêt plus ou moins longs et sans cesse retardé par la lutte qu'ils avaient à soutenir contre les indigènes. Enfin, l'examen comparatif des hymnes du Rig-Yêda, préalablement rangés dans leur ordre de succession (pour ceux du moins qui comportent un tel classement) , fait ressortir un travail intérieur de théologie philosophique, résultat de méditations profondes, et un progrès qui de-
mande évidemment plusieurs années pour s'accomplir. On peut donc affirmer que le séjour des Aryas dans le Panjàb a duré longtemps et probablement plusieurs siècles.
On voit par un grand nombre d'hymnes que les chantres de la période védique avaient été précédés par d'autres chantres plus antiques, qui étaient à la fois leurs ancêtres et les fondateurs de leurs cultes. Ces chefs de famille, dont la réalité n'est pas moins historique que celle de leurs descendants, semblent avoir vécu les uns au nord-ouest du Panjâb, dans le pays de Kaboul et de Péshawer, les autres plus loin encore dans la même direction. De sorte que l'ensemble des traditions védiques signale une période primitive d'une longueur absolument indéterminée, période à laquelle les chantres du Yêda ont toujours soin de rapporter leur origine et celle de leurs cérémonies. Ces traditions, se dirigeant toujours vers le nord-ouest, nous font nécessairement sortir du bassin de l'Indus, et, par les cols élevés de l'Hindu-Kô (Caucase indien), nous obligent à descendre dans ces autres vallées, dont les eaux se réunissent pour former le cours principal de l'Oxus et se rendaient jadis à la mer Kaspienne. De l'extrémité la plus orientale de ce dernier bassin, de ce point qui forme le noyau central des montagnes de l'Asie, la Bactriane s'étendait vers l'ouest dans les vallées de la rive gauche du fleuve ; la Sogdiane occupait la droite et une partie des plaines du Yaxarte. Aucune tradi-
lion védique né remonte au-delà de ces contrées ; aucune ne s'avance plus loin vers le nord, que nous savons en effet avoir été occupé par des races étrangères aux Aryas. Au conta-aire, les pays au sud et au sud-ouest de la Bactriane étaient, au temps du Véda, occupées par des peuples dont les traditions se reportent, elles aussi, au bassin du Çugâa (Sogdos) et du Bâgdi (Bactros) . En effet les Mèdes et les Perses rapportaient directement à ces contrées leur origine et celle de leur religion ; leurs croyances, leur langue, leur figure avaient de frappantes analogies avec celles des Aryas védiques ; enfin VAvesta n'est guère moins ancien que le Vêda lui-même. — Beaucoup de traditions grecques et italiques, ainsi que les plus anciennes croyances des peuples de l'Occident, se rattachent également à l'Asie et viennent de l'est ; il en est de même de leurs langues, de leurs noms, des noms de leurs montagnes et de leurs rivières.
Il y a donc un ensemble de lignes dont la direction est donnée par les traditions et qui concourent vers un même point de convergence. Le lieu oîi elles paraissent se rencontrer est la région de l'Oxus et du Yaxarte.
Au delà de ce point central, qui est en même temps le lieu d'oîi les populations aryennes se sont dispersées dans trois directions, toute recherche est inutile; car leurs plus anciens écrits, le Vêda et l'Avesta, ne mentionnent aucun lieu antérieurement habité par leurs ancêtres, ne font allusion à aucune
tradition plus antique. De plus, les traditions aryennes contenues dans ces livres sont pures de toute influence étrangère : ni les races noires ou jaunes que les Aryas védiques rencontrèrent à l'est et au sud-est, ni celles du Touran situées au nord, ni les peuples sémitiques fort éloignés vers le sudouest, n'y ont laissé de traces. Les questions concernant les relations primitives de ces peuples avec les Aryas tendent donc à se résoudre par la négative. Ou bien il faudrait admettre que entre l'époque où les premiers hommes vivaient ensemble, ne composant qu'une seule et même famille, et celle où vivaient dans la Sogdiane et la Bactriane les ancêtres des Mèdes, des Perses et des Indiens, il s'est écoulé un temps si long, il s'est accompli de telles révolutions dans les esprits, que l'oubli le plus absolu du passé s'est étendu sur l'Asie. Cette supposition est peu vraisemblable : car nous voyons les peuples de race aryenne, à peine en possession d'un principe philosophique, chercher aussitôt à le développer et à l'appliquer; et nous voyons aussi qu'ils ont conservé religieusement le souvenir des premières inventions utiles et des plus antiques institutions de leur race. Nous sommes donc portés à conclure que les Aryas ont été dès l'origine indépendants des autres races humaines. Si Ton veut à toute force qu'il y ait une unité primitive, il faut admettre comme vraisemblable que la séparation s'est faite dans une extrême antiquité, lorsqu'il n'y avait en-
core aucune notion religieuse, aucun principe de civilisation, et lorsque la langue primordiale était si rudimentaire qu'elle n'a laissé, entre les noirs, les jaunes et les blancs, pour ainsi dire aucun élément commun. Mais nous ne voyons pas ce que la science et l'humanité peuvent gagner à cette hypothèse ; et nous nous arrêtons, dans notre étude, là où le Vêda lui-même s'arrête, c'est-à-dire aux traditions des vallées Caucasiques.