‹ Essai sur les accidens relatifs à la menstruationChapitre 7 sur 9 · De V aménorrhée · texte numérisé non relu

De V aménorrhée

L’aménorrhée consiste dans la suppression ou la diminution considérable des règles après qu’elles sont établies , et avant qu’elles aient cessé.

Causes. Cette affection est une des plus fréquentes de celles auxquelles la femme soit exposée. Celles qui ont reçu une éducation molle, qui sont d’un tempérament nerveux, d’une susceptibilité très-grande, sont particulièrement exposées à l’aménorrhée. Toute impression vive au physique comme au moral pendant l’époque des règles, l’impression générale du froid, toute émotion forte, soitde peur, soit de joie; les erreurs dans le régime, quelque autre évacuation excessive déterminée artificiellement au moyen des vomitifs ou des purgatifs, peuvent donner lieu à la suppression des règles, et produire l’aménorrhée.

D’autres causes de suppression des règles agissent dans l’intervalle des époques menstruelles ; tels sont les chagrins profonds, une inaction inaccoutumée. Galien pensait que l’usage des boissons à la glace, introduit de son temps à Rome, était une des causes principales des fréquentes suppressions des règles qu’on observait alors.

L’aménorrhée n’est pas toujours une maladie idiopathiqne : il est un certain nombre de maladies aiguës, et surtout chroniques, qui la détermine , tels que le cancer et la phthisie pulmonaire.

Symptômes. Les symptômes de cette affection sont de deux sortes : d?une part, suppression ou diminution considérable du flux menstruel ; de l’autre, développement d’accidens variés. Ces accidens surviennent quelquefois presque aussitôt la suppression des menstrues; d’autres fois ce n’est que plus tard, et seulement après plusieurs semaines , et même plusieurs mois. Ordinairement ils se manifestent à l’époque où un nouvel écoulement devrait avoir lieu, si les menstrues n’eussent point été supprimées. Ils sont de différentes sortes : quelquefois c’est une pléthore générale , ou dans quelque organe en particulier, avec chaleur, pesanteur, pulsations insolites ; quelquefois rougeur manifeste dans les tégumens qui le recouvrent. Si cette pléthore se montre vers la tête, scintillations, éblouissemens , tintemens d’oreilles, vertiges, somnolence ou insomnie, boudées de chaleur. Si c’est vers la poitrine, oppressions, palpitations , quelquefois défaillances ou syncopes. Lorsque celte pléthore s’établit vers le ventre , un des principaux symptômes sont les battemens qui se font sentir dans la région épigastrique ; des coliques obscures et habituelles, ou vives et passagères.

Dans certains cas , il survient une hémorrhagie régulière ou irrégulière vers quelque organe ; ces hémorrhagies , lorsqu’elles sont irrégulières , appartiennent seules a la suppression des règles : elles rentrent dans la déviation des menstrues, lorsqu’elles reviennent régulièrement.

Ailleurs, c’estune inflammation qui survient vers quelque partie; d’autres fois ce sont des accidens purement nerveux, des douleurs, des moovemens spasmodiques , un trouble passager ou constant dans quelque viscère ou dans quelque muscle, des vomissemens , de la dyspnée. Dans quelques cas, ce sont des accidens variés qui ne se rattachent à aucune maladie décrite, qui existent d’une ma-

nicre continue, on qui np paraissent par intervalles; enfin on voit survenir une véritable rlilorose.

La suppression des règles n’est pas toujours suivie de leur développement. Il arrive quelquefois que les menstrues disparaissent p ’ndant quelques mois, puis reparaissent de nouveau sans avoir produit aucun trouble dans l’économie.

Les accidens qui sont le résultat de la suppression des règles ne présentent rien de régulier dans leur marche. Quelquefois ils sont exaspérés à chaque époque menstruelle; ou bien une petite quantité de sang qui s’écoule par le vagin apporte une diminution sensible dans leur existence ; ils se dissipent complètement aussitôt que le (lux menstruel reparaît.

Les règles, une fois supprimées, ne se rétablissent quelquefois qu’a p rès un temps fort long. Dans quelques cas même elles n’ont plus lieu du tout, surtout lorsque la femme approche du moment de la cessation des règles. Alors la santé reste chancelante jusqu’à cette époque , à laquelle les accidens se dissipent ordinairement. Mais quelquefois , au lieu de cesser, ils augmentent, et la femme , fort souvent, les c on^rvi* 1*» rpçtp df» sa vie.

Toutefois l’aménorrhée peut être idiopathique ou symptomatique, ce qu’il est extrêmement important de distinguer. En effet, dans l’une , on doit particulièrement chercher à rétablir le üux menstruel; dans l’autre, combattre l’affection qui y donne lieu. Dans l’aménorrhée symptomatique, ordinairement la femme attribue à cette affection les divers symptômes qu’elle éprouve ; mais , en remontant aux circonstances qui ont précédé le développement de l’aménorrhée, on apprend, si la malade est phthisique, qu’elle avait un catarrhe qui l’incommodait depuis quelque temps; qu’elle avait habituellement l’haleine courte; et que, depuis un certain temps, elle a maigri sensiblement. Dans ce cas , on doit s’occuper seulement de retarder l’issue funeste de la maladie, ou chercher à l’arrêter dans ses progrès , si elle n’occupe qu’une petite partie du parenchyme pulmonaire.

Frognost'c. L'aménorrhée qui vient insensiblement est généralement d uo plus fâcheux présage que celle qui vient tout à coup. Le prognosfic est plus grave, lorsque la maladie a déjà dmé depuis long-temps, que lorsqu’elle est récente. Enfin l’importance plus ou moins grande de la maladie qui lui a succédé fait varier le prognostic.

Traitement . Le traitement de l’aménorrhée doit être distingué en prophylactique et en curatif. Lorsque la femme est arrivée à l’époque d’être réglée, elle doit éloigner les causes qui peuvent déterminer la suppression. C’est communément la mère de la jeune fille qui se charge de l’instruire de ces causes. Elle lui recommande d’éviter les ablutions froides des pieds, des mains, des organes génitaux; certains alimens, comme serait une glace; un exercice violent, la danse , surtout lorsque la jeune personne est délicate. Par ces moyens on parvient à prévenir la suppression des règles. Toutefois il est des circonstances qui peuvent la déterminer et qu’il est impossible d’éviter, telles que la nouvelle inopinée de la perte d’une personne chérie, Pefïroî produit par un oLjot se présente tout à coup à la vue, un bruit violent et instantané.

Lorsque raménorrhée a lieu, on doit chercher, i.° à rappeler les règles supprimées; 2° tâcher de combattre les accidens auxquels cette suppression a donné lieu. Dans certains cas, l’indication principale est de rappeler le flux des règles dont la suppression n’a donné lieu à aucun état maladif bien grave. Lorsque les accidens déterminés par la suppression des règles sont plus graves que la suppression elle-même , on doit principalement s’attacher à les combattre , comme pourrait être , par exemple , l’inflammation consécutive du cerveau ou du poumon.

Les deux exemples suivans , qu'offre M. Foyer-Collard dans son excellente Monographie sur l’aménorrhée donneront une idée de ces deux modes de traitement.

Mademoiselle ***, âgée de dix-huit ans , parfaitement réglée

depuis quinze, d'un tempérament plus sanguin que lymphatique , avait joui d’une excellente santé jusqu’alors. Au mois de messidor an 8 , le second jour de sa menstruation , elle se lava les pieds dans l’eau froide; les menstrues s’arrêtèrent sur-le-champ. Une heure après, douleur gravative de la tête, rougeur du visage, horripilation légère. A ces horripilations succéda une chaleur uniforme , constante , halitueuse ; un pouls fort, dur et fréquent; aucun symptôme gastrique ne se manifesta. Le lendemain , même état; point de paroxysmes, moiteur habituelle. On se contenta de lui ordonner quelques pédiluves et une boisson doucement acidulée.

Le septième jour , sueurs abondantes , et cessation totale de la fièvre. Les menstrues reparurent à l’époque suivante, et ont continué depuis avec la même régularité qu’auparavant.

Une femme d’un tempérament bilieux et sanguin , d’un caractère violent et emporté , ayant eu une querelle avec ses voisins au moment de ses règles , se mit si fort en colère , que le flux menstruel s’arrêta sur-le-champ. Dès le soir du même jour agitation extraordinaire , délire, transport furieux ; elle se jeta hors de son lit, et se livra à mille extravagances. Le médecin appelé, lui trouvant le visage extrêmement rouge , et tous les signes d’une congestion sanguine vers la tête, conseilla la saignée du pied; maison ne put réussir à la faire ni de gré ni de force. 11 se borna donc pour le moment à une potion anodine. Lorsque la malade eut recouvré un peu de calme, on lui fit une large saignée à chaque pied. Son bon sens revint peu à peu , et elle finit par se rétablir entièrement. ( Act. de Copenh. , ann. 1675, observ. q5. )

Les moyens généraux employés pour rappeler les règles supprimées sont les mêmes que ceux que l’on emploie pour en déterminer la première apparition. Je n^y reviendrai pas ici.

Quant à la manière de combattre les accidens qui se sont développés , les moyens varient selon l’accident lui-même. Si la suppression des règles a donné lieu à un état de pléthore , on a recours à la

saignée générale ou locale; à l’application de sangsues à la vulve si les signes d'une exubérance de sang sont moins prononcés ; à la saignée du pied, quand iis le sont davantage. On peut associera cette pratique l'emploi des fumigations émollientes dirigées vers la vulve, les pédiluves rendus stimulans par l'addition de farine de moutarde , les demi-bains.

Lorsque la suppression paraît être le résultat de la faiblesse générale , on doit soumettre la malade à un régime analeptique, aux préparations ferrugineuses, aux pilules martiales; l'exercice et les autres moyens conseillés contre la faiblesse qui s’oppose à la première menstruation serviront encore utilement.

On a encore conseillé le mariage contre ou dans l'aménorrhée qui survient chez les jeunes filles ; mais il ne peut convenir que chez celles qui sont apathiques, molles, et malgré cela douées d'une certaine force : en toute autre circonstance , il serait plutôt nuisible qu'utile. Au reste, le médecin peut bien conseiller le mariage aux parens ; mais , s’il était consulté par le mari , il ne devrait point lui cacher les chances qu’il court : en effet, la femme qui n’est pas réglée peut, être stérile. L’éleciricité et l’aimant ont été conseillés ; mais , au rapport des auteurs, ils n’ont pas produit d’effets bien avantageux.

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