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De la déviation des menstrues

On donne ce nom à tout écoulement périodique de sang qui survient, aux époques menstruelles, par une autre partie que l'utérus et le vagin , chez les femmes qui sont dans l’âge où les règles ont ordinairement lieu. On voit par cette définition qu’une hémorrhagie qui surviendrait chez une petite fille ou chez une vieille femme ne devrait point être considérée comme une déviation des menstrues.

La déviation des menstrues survient ordinairement après la suppression des règles, quelquefois cependant avant qu'elles n’aient encore paru, chez les jeunes filles de quinze à seize ans.

Causes. Les causes sont de deux genres. Les unes, qui donnent lieu à la suppression des règles, sont les mêmes que celles de l'aménorrhée dont je viens de parler. Les autres font que le sang se porte plutôt sur un organe que sur un autre; celles-là sont assez obscures : il est probable quelles tiennent à la prédisposition qu'ont certains individus à telle ou telle espèce d’hémorrhagie. Ces déviations des règles arrivent en effet particulièrement vers les membranes muqueuses , où les autres hémorrhagies ont aussi lieu le plus souvent, et elles sont d’autant plus disposées à se porter sur telle partie que l’individu est sujet à y éprouver des hémorrhagies habituelles.

Symptômes . Les phénomènes de la déviation des menstrues sont de deux genres. Les uns sont négatifs ; il y a suppression des menstrues du côté de l'utérus. Les autres consistent dans l'apparition d’une hémorrhagie dans un endroit qui n’en est pas ordinairement le siège. Ce sont, comme je l’ai dit, les membranes muqueuses qui sont le siège le plus fréquent des autres hémorrhagies qui deviennent aussi le siégp rlr» ln dovinfinn des menstrues , telles que les muqueuses du nez, celle de diverses parties de la bouche, de l’estomac, des voies aériennes. Quelquefois, mais bien plus rarement encore, l’hémorrhagie a lieu par les angles des yeux , le conduit auditif externe, le mamelon. D’autres fois, le sang provenant des règles déviées se porte sur d’autres membranes , à la peau , s’exécute par le sommet de la tête , les lèvres , les genoux , le jarret, les doigts , les malléoles, par une cicatrice soit ancienne, soit récente, un ancien ulcère, une plaie accidentelle ou artificielle. On en a vu s’écouler d’une tumeur située au dos, sortir avec impétuosité d’une autre tumeur située dans l’aine.

On trouve dans les Ephémérides des curieux de la nature , une

multitude de faits plus curieux les uns que les autres sur la déviation du flux menstruel. En voici un que j’ai extrait de ce journal.

Une femme de quarante-un ans avait eu régulièrement ses règles

par l’anus pendant huit ans. Un accouchement laborieux avait déterminé cette déviation. On parvint à les rappeler par leur route habituelle. Elle devint grosse depuis , et les règles reprirent leur cours par i’anus. Elles étaient d’ailleurs d’une abondance si excessive, que la malade, épuisée, mourut l’année d’après.

Je connais une dame mariée, d’un tempérament sanguin , jouissant d’une santé parfaite. Arrivée à l’âge de quinze ans , elle éprouva pendant huit jours consécutifs des douleurs de tête insupportables. Elles diminuèrent graduellement. Un mois et demi après elles se renouvelèrent et durèrent quatre jours seulement ; elles reparurent chaque mois ensuite jusqu’à l’âge de quarante-cinq à cinquante ans, où elles offrirent en apparition et en durée la même irrégularité qu’on observe ordinairement dans le flux menstruel, à l’époque de sa cessation. Cette dame n’a jamais été réglée , quoique les médecins aient employé divers moyens pour provoquer l’apparition des règles , et elle n’a jamais eu d’enfans.

Enfin, dans quelques cas plus rares encore, le sang s’est fait jour par des organes glanduleux , par les glandes salivaires, les reins.

Dans certains cas de déviation des menstrues , ie sang se montre chaque mois par la même partie ; d’autres fois par une partie nouvelle ; dans quelques cas enfin, le sang se montre plusieurs fois de suite vers une même partie, puis plusieurs autres fois dans une autre : ainsi la malade a deux ou trois hémoptysies de suite, deux ou trois épistaxis , etc.

Le sang des règles déviées s’écoule quelquefois sans phénomènes précurseurs; d’autres fois son écoulement est précédé vers l’utérus des mêmes phénomènes qui annoncent celui des règles , de douleurs hypogastriques, de pesanteur dans les lombes et dans les cuisses. La malade croit voir survenir ses règles lorsqu’un autre écoulement de sang apparaît à une autre partie. Dans d’autres circonstances, il survient, vers les organes qui vont devenir le siège de Eexhalation sanguine supplémentaire, des signes d’excitation qui sont un in~

dice de l'exhalation de leurs propriétés vitales, signes précurseurs du phénomène qui va bientôt s'opérer.

Traitement . Le traitement consiste a rappeler l’écoulement des menstrues par les moyens hygiéniques les plus convenables. Lorsque les menstrues n’ont pas encore paru et qu’il y a déviation, le traitement variera selon la constitution de la jeune fille, comme je l’ai dit en parlant des moyens à employer pour favoriser la première apparition des règles. On doit faire en sorte d’empêcher le sang de se porter vers l'endroit par où s’est effectuée la déviation. Si c’est par les voies aériennes , on doit éviter de porter des vêtemens serrés , et toutes circonstances qui pourraient faire affluer le sang en plus grande abondance vers le poumon. Si c’est par les fosses nasales, on doit éviter de se moucher trop fortement, de porter les doigts dans le nez, et l’usage des poudres sternutatoires. On pourrait encore user de moyens répercussifs vers les mêmes parties; toutefois on ne doit jamais y recourir qu’avec la plus grande circonspection , dans la crainte de remplacer la déviation des règles par une suppression complète, maladie beaucoup plus fâcheuse; mais l’application des répercussifs n’offrira aucun danger dès que l’utérus aura repris entièrement ses fonctions.

Il est des cas où la déviation des règles, au lieu d’être un accident, est une circonstance favorable à l’individu qui l’éprouve; chez les femmes imperforées , par exemple , ou qui n’ont point de vagin , surtout si l’écoulement a pris son cours vers les extrémités inférieures ou quelques parties moins incommodes. Chez ces femmes , lorsque la menstruation n’a point pris une route insolite, elle ne détermine pas d’abord d’accidens bien graves; mais, après plusieurs époques l’utérus-se distend, simule une grossesse, et donne lieu aux accidens.les plus fâcheux : ce vice de conformation est presque toujours mortel. Le médecin, dans une circonstance analogue, doit donc plutôt chercher à favoriser la déviation des menstrues qu’à la faire cesser. On devrait même , je crois , lorsque ce vice est

connu avant la puberté , chercher à établir ailleurs une autre hémorrhagie habituelle, en appliquant, par exemple, de temps à autre des sangsues à l'anus, pour tâcher de déterminer par celte voie un écoulement qui remplacerait jusqu’à un certain point celui qui devrait avoir lieu par l’utérus.

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