‹ Essai sur les altérations du cortex dans les méningites aiguësChapitre 8 sur 18 · OBSERVATIONS CLINIQUES, CONSTATATIONS ET REMARQUES HISTOLOGIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS CLINIQUES, CONSTATATIONS ET REMARQUES HISTOLOGIQUES

Nous donnons l'observation clinique et l’examen microscopique de sept cas qui se répartissent ainsi :

1° Un cas de broncho-pneumonie grippale compliqué de délire et des symptômes dit méningitiques.

2° Un cas de pneumonie compliqué d’encéphaloméningite suppurée.

3° Cinq cas diagnostiqués méningite tuberculeuse, et qui diffèrent sensiblement parl’âge du malade (depuis 8 mois à 30 ans), l’aspect des lésions et la symptomatologie.

Nous ferons ensuite la synthèse de nos constatations histologiques.

Enfin nous chercherons si le stade initial des lésions, dans les encéphalo-méningites, a lieu dans la méninge

ou dans le cortex.

Je OBSERVATION

RÉSUMÉ. — Broncho-pneumonie accompagnée de troubles cérébraux et de douleurs périphériques. — Délire actif, hallucinatoire survenant 12 jours après, accompagné des signes dits méningitiques.— Mort au 28e jour de la maladie.

D... Elisa, femme C.…., couturière, 46 ans. Entrée le 14 avril 1902, dans le service de M. Viallon.

Antécédents héréditaires : Père mort à 70 ans de hernie étranglée; il était très sobre. Mère morte à 29 ans, d’infection puerpérale {au 5° accouchement).

Une sœur bien portante, mais nerveuse. Trois frères morts de maladies viscérales diverses.

Pas d’accidents vésaniques ou nerveux chez les collatéraux.

Antécédents personnels : La malade n’a jamais eu de maladies graves, mais disait que ses parents avaient un tempérament nerveux. Elle présentait un trouble nerveux singulier : depuis l’âge de 12 ans, sans que l’on en sût la cause, elle ne pouvait supporter l’impression du froid subit. Un courant d’air froid, le contact de l’eau froide la mettait dans un état lipothymique, partois syncopal. Elle prenait toutes sortes de précautions à ce sujet.

La menstruation s'établit à 18 ans; elle a toujours été régulière jusqu’en ces derniers temps, où quelques irrégularités commençaient à apparaitre. Elle eut ses dernières règles quinze jours avant son entrée,

Mariée à 20 ans, elle eut quatre enfants, tous vivants et bien portants. Elle eut durant toute son existence des soucis de toutes sortes et dut se surmener pour faire face à des pertes d’argent.

Maladie actuelle : Il y a quinze jours elle commença à tousser et à éprouver une céphalée intense, surtout frontale,

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une grande lassitude, sensation de brisure, des douleurs dans les membres.

Survinrent des vomissements fréquents sans rapport avec la toux.

La constipation habituelle chez la malade devint opiniâtre.

Un médecin prononça le diagnostic : grippe à forme nerveuse,

La malade se mit à délirer le r1.

Au dire des parents, ce qui a contribué à faire éclater le délire, c’est que l’on veut lui signifier un ordre de paiement avec menace d’être saisie si elle ne s’exécutait pas ; c'était le dénouement d’un procès qui la tourmentait beaucoup et depuis longtemps.

Le délire fut d’abord calme: c'était une sorte de rêvasserie; il ne tarda pas à devenir violent. La malade, dans la nuit du 13 au 14, se mit à chanter, à prononcer des paroles grossières, à donner des gifles à ses gardes-malades.

Elle avait une sputation incessante.

A son entrée, elle tient des propos incohérents, présente des mouvements brusques, des crachotements incessants; elle paraît voir des personnages imaginaires, parfois ne s’agite plus, paraît écouter.

La langue est sale, les lèvres rôties ; elle a vomi plusieurs fois.

Le ventre n’est ni rétracté ni ballonné, on sent des masses stercorales dans le colon. Pendant cette exploration, et lorsqu'on serre même faiblement la peau etles muscles, on provoque un redoublement d’agitation avec cris de douleur.

Les pupilles sont dilatées, légèrement inégales, réagissent assez bien.

L’exploration des réflexes, Pauscultation sont impossibles.

Température 38°. — Urines rares, chargées, sans albumine. — 16 avril : même état, température 380,4, la malade s’alimente avec peine. La constipation n’a cessé que grâce aux purgations à l’huile de ricin et à plusieurs lavements. La

malade est mise au bain chaud deux fois par jour pendant une heure. Ma

Potion avec bromure de potassium, 4 grammes, et chloral, 11801100:

— Jusqu'au 21, cet état de confusion avec agitation, hallucinations auditives et visuelles, insomnie presque constante, persista accompagné des mêmes symptômes somatiques.

Les jours suivants la malade resta relativement calme en continuant à débiter des paroles sans suite.

L’auscultation révéla aux deux poumons, en certains endroits, de gros râles, en d’autres, des râles crépitants.

Pas de souffles au cœur. Pouls rapide (98), faible. Urines peu abondantes, chargées, sans albumine.

La malade ne va à la selle que par lavements.

Elle boit beaucoup, mange peu, vomit rarement.

— Le 24, légère excitation, la température tombe à 37°,5.

— Le 25, la malade, considérablement amaigrie, reste inerte, la bouche entr'onverte, les yeux clos, dans le décubitus dorsal, le cou en extension, tout le corps dans un état de demi-contracture ; les réflexes rotuliens sont un peu exagérés. Signe de Kernig. Température 38°,1:

Elle meurt le 26 au soir, après une élévation de température jusqu’à 30°,4.

Autopsie :

Poumons : le lobe inférieur du côté gauche est hépatisé dans sa moitié inférieure. Ilots de broncho-pneumonie dans ie reste des deux poumons. Le tissu pulmonaire des endroits , malades ne crépite pas, va au fond de l’eau. Un peu de liquide clair dans la plèvre gauche.

Cœur, reins, foie : normaux.

Estomac, intestin : très congestionnés.

Encéphale et moelle : les sinus de la dure-mère sont gorgés de sang, pas de caillots adhérents.

A lPincision de la dure-mère, il s'écoule peu de liquide.

La leptoméninge apparaît opalescente par places, légèrement hypérémiée d'une manière générale, adhérente à circonvolutions frontales.

Cerveau : Consistance tendre. A la coupe, il suinte une assez grande quantité de sang sur les plans de section.

Pas de lésions macroscopiques.

Ventricules non dilatés, les vaisseaux des parois se dessinent bien.

Bulbe, méninges spinales et moelle macroscopiquement saines.

Examen microscopique : Deuxième pariétale gauche.

La leptoméninge paraît à peine touchée. Peu ou pas d'infiltration par éléments ronds. Même état pour les vaisseaux dont les éléments sont nettement visibles, et dans les gaines desquels ne circulent que quelques leucocytes. Pas de globules rouges nulle part.

Les cellules nerveuses se colorent mal, notamment dans les couches superficielles. — Les grandes pyramidales sont mieux colorées, quoique d’une façon diffuse, — Les très grandes pyramidales conservent en partie leurs corpuscules de Nissl et la chromatolyse n’y est que périphérique. Les noyaux sonten général normaux ainsi que les nucléoles. Ce sont les grandes pyramidales qui sont surtout envahies par la migration lymphatique ; quelques globules échancrent déjà leurs prolongements de la base et leurs protoplasmes.

Il n’y a pas de prolifération névroglique.

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