‹ Essai sur les bases et les developpemens de la moralitéChapitre 10 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ordre dans lequel nous devons poursuivre notre étude.

Amour, caprice, satisfaction consentie ou refusée du caprice et de l'amour , tel est le phénomène volontaire, la volition; fatalité, indépendance, liberté, telle est la puissance volontaire , la volonté.

C'est à la volonté que nous devons nous attaquer; ne l'oublions pas : la diriger dans ses développemens, voilà notre tâche.

Le caprice est soudain : avant qu'il apparaisse, je ne l'ai point prévu ; quand il est, je ne puis que le subir : l'émission de cette sorte de volition échappe à toute règle : il n'y a la rien à faire pour nous. Une réalité interne ou externe frappe la sensibilité ; l'amour jaillit de ce choc : une voie est ouverte à la volonté, elle s'élance : ce n'est pas une main

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humaine qui l'arrêterait sur cette pente; laissons-la s'y précipiter. La volition qui succède à ces deux volitions primitives , et qui leur accorde ou leur refuse la satisfaction qu'elles réclament, est loin de leur ressembler : l'indécision l'accompagne ; une délibération plus ou moins longue la précède; son énergie u'est pas telle qu'elle défie tout obstacle : nous avons ici le temps et la force d'intervenir. L'indépendance et la fatalité n'attendent point nos conseils , ne prennent point nos ordres; possédés par ces deux faits, nous ne possédons, à vrai dire, que notre liberté. C'est à régler l'emploi de la volonté libre que se doivent borner nos efforts.

Déterminer le légitime usage de la volonté libre , c'est en soumettre l'exercice aux suggestions de la raison ; c'est indiquer à l'agent, lorsqu'il est placé entre deux sollicitations qui se le disputent, la direction qu'il lui convient de se donner ; c'est lui apprendre quand et comment il faut ou satisfaire , ou laisser murmurer le caprice et l'amour. Dans quelle circonstance la liberté pourra t-elle céder aux invitations de la nature? Quand sera-t-elle tenue de leur résister? voilà le problème.

Mais nous ne pouvons juger, sous le point de vue qui nous occupe, les volitions naturelles, sans savoir d'où elles viennent , où elles vont; les mobiles qui les amènent, 'les résultats qui les suivent appellent donc d'abord notre attention.

Quand nous connaîtrons les effets et les causes de l'amour et du caprice, pour apprécier définitivement ces modifications volontaires, il nous faudra les con-

l6o PREMIÈRE PARTIE.

fronter avec une règle , avec un type qui leur soit supérieur, et auquel il nous sera démontré qu'elles se doivent rapporter.

Cherchons donc d'où partent , où aboutissent les volitions fatales et indépendantes. Nous fixerons ensuite la loi qu'il importe de leur imposer; après avoir montré ce qu'elles sont , nous montrerons ce qu'elles doivent être.

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