INDIENS
Les arts, la philosophie spéculative, la géométrie, la théologie, la morale étaient cultivés dans l’Inde orientale, lorsque les sciences naturelles, la médecine surtout, v étaient encore ignorées ; à l’occasion des Romains, Pline dit que, s’il y a eu des nations sans médecins, elles n’ont pas été sans médecine (1 ). Mais peut-on appeler de ce nom des connaissances erronées et incohérentes, des pratiques commandées par l’usage et la superstition? Les Indiens n’avaient pas d’autres médecine; ou du moins, rien d’historique n'atteste que l’assertion de Pline puisse leur être appliquée. L’histoire, au contraire, nous apprend que Pifpaya écrit dans l’Inde ses fables célèbres depuis environ deux mille quatre cents ans (2), et qu’à cette époque les Braehmanes possédaient déjà une infinité de savantes allégories exprimant leur philosophie, leur morale et leur religion. Pythagore a puisé chez eux, avec son système de métempsycose, des connaissances en géométrie et en politique. Des savants pensent que les propriétés du triangle rectangle, dont on a faitPythagore l’inventeur, étaient connues en Chine et dans l’Inde, bien avant ce philosophe. Wilford (3) dit que les fables, les allégories et les arts ont pris naissance dans cette dernière contrée. Le sanscrit passe, comme on sait, pour le langage le plus ancien. Les deux livres que nous en avons, le Shasta et le Veir/«M,datentdeplus de cinq mille ans. Quelles sont donc les causes qui ont empêché la médecine d’être étudiée comme les autres
(1) Çeu non millia gentium sine medicis deganl, nec tamm sine rr.edicina , sicut populus Iiomanus ultra sexceniesimnm annum. nec ipsc in accipiendis ortibus tcntus. — lib. 29. G. t.
(2) Volt. Essai sur les mœurs, etc. t"1 2' vol., p. 300, éd. Palissol.
3 Cité par Sprengel, dans son Histoire pragmatique de la médecine , t. 1", . fii. Trad. de (icigcr.
sciences? Les principes religieux, la politique et la beauté du climat.
Docteurs, philosophes et souvent pontifes et rois, les Brachmanes ou Gymnosophiles associèrent l’exercice de la médecine à celui de leur culte. Quoique leur religion fût simple et douce comme leurs mœurs, ils crurent devoir l’appuver d’appareils imposants et de cures miraculeuses. Des purifications, des paroles magiques, des cérémonies religieuses et quelques onguents ou cataplasmes étaient les moyens dont les Brahmanes se servaient pour guérir les maladies; s’ils avaient eu des connaissances réelles en médecine, en histoire naturelle, en anatomie, n’en auraient-ils pas fait l’application tout en observant, comme les Grecs, les cérémonies religieuses, et auraient-ils pu croire à la transmigration des âmes?
La simplicité desmœurs des Indiens, la douceur de leur caractère et le régime végétal auquel ils s’astreignaient étaient en rapport avec la beauté de leur ciel et la fertilité de leur sol. D’aussi favorables dispositions devaient les rendre peu sujets aux maladies graves et leur faire négliger la médecine, dont ils pouvaient presque se passer*; la politique en avait plus besoin que les hommes; elle la faisait servira diriger la crédulité du peuple, toujours disposé à crier au miracle, quand il n’y comprend rien, et à honorer les imposteurs.
Dès que les Indiens furent connus des peuples voisins, leur décadence fut prochaine. Les Brachmanes perdirent leurs pouvoirs illimités et se virent forcés de communiquer aux étrangers leur religion, leurs sciences et leurs fables, dont on retrouve des traces chez toutes les nations.