CHINOIS
On ne sait rien de positif sur l’antiquité de la médecine de ce peuple.
Quelques savants pensent que les vaisseaux de Ptolémée ont porté en Chine des médecins de l’école d'Alexandrie; mais
nulle part l'histoire ne fait mention que ces vaisseaux aient dépassé la presqu’île en deçà du Gange. Sprengel croit que les connaissances médicales des Chinois sont originaires de leur pays, ou qu’elles viennent en partie delà Bactriane par’ le moyen des Grecs. Le Comte (2) rapporte que Hoang-ti composa, il y a quatre mille ans, le Codex médical, qui sert encore de guide aux médecins chinois; Ciningo ou Xin-num, successeur de Fo-hi, ou Foé, fondateur de la monarchie de la Chine, a fait quelques observations sur les vertus des plantes. Hoam-ti (sans doute le même que Hoang-ti) a composé, deux mille ans avant Hippocrate, des livres sur le pouls, et plusieurs autres sujets de médecine (3). Tous ces livres sont remplis d’erreurs et de superstitions. Voltaire s’est cependant déelaré le panégyriste des Chinois; il s’appuie de l’autorité du célèbre Duhalde qui les a souvent loués, mais non sans restriction, car il dit qu’ils sont très-superstitieux et qu’ils ignorent l’histoire naturelle (4). Meiners (5) et Staunton (6) nous apprennent que les Chinois ne connaissent ni les mathématiques ni l’arithmétique. Girardini (7) prétend qu’ils sont dépourvus de tout esprit inventif de goût et de génie; ce sot orgueil résulte de leur ignorance, du défaut de communication avec les autres peuples. Leur philosophie naturelle est purement idéale : ils comptent cinq éléments : le feu, la terre, l’eau, le bois et les métaux; et ils font correspondre chaque élément a une planète particulière (X). Les gravures fournies par Cleyer prouvent que l’anatomie était entièrement négligée en Chine. Les parties
(1) Histoire pragmatique de la médecine , t. l,r, p. 195. Trad. de Geiger.
(2) Mémoires sur l’état présent de la Chine . t. 1er, p. 301.
(3) Cleyer, Specimen medicinœ sinus.
(4) Description de la Chine . t. 3, p. 40. — Édit, de La Haye, 1731», at Voyage aux Indes et en C hm*’ . par Sonnerat.
(5) T. 1 ®r, Leipz., 1778.
7) Voy. la relation de son voyage en Chine, p. 112.
(X) Staunton. p. 372.
que ces planètes représentent sont mal dessinées; P extérieur du corps est grossièrement imité, et les organes intérieurs n’ont aucune ressemblance avec la nature. 11 ne pouvait pas en être autrement, il n’était pas possible de figurer des parties que la superstition défendait de disséquer. Basées sur le défaut de connaissances positives du corps humain, les idées des Chinois sur la médecine nont pu qu’être illusoires. La chaleur et l’humidité réunies, combinées dans de certaines proportions, constituaient la vie, et leur séparation la mort. Les intestins, le péricarde, la vésicule du fiel, les voies urinaires, l’estomac et les parties génitales étaient les viscères et les organes dans lesquels la chaleur se développait. L’humidité avait son siège dans le cœur, le foie, les reins, le poumon et la rate. Ces prétendues sources des deux principes constituants étaient appelées les portes de la vie (1). Toutes les parties du corps étaient divisées entre les principaux points du globe et les saisons; par exemple : le cœur et les gros intestins appartenaient à l’été; les intestins grêles, avaient rapport à la région australe; le foie et la vésicule du fiel à l’air, à l'aurore et au printemps; la rate et l’estomac à la terre, et les maladies qu’affectaient ces viscères devaient être traitées dans la saison qui leur correspondait, ou pendant que tel ou tel vent soufflait. Les mouvements des humeurs étaient comparés à ceux de l’univers; le pouls ne devait battre que 54 à 57 mille fois dans 21 heures, ce qui fait moins de 40 fois par minute, Les Chinois établissent une infinité de pouls, et ils le tâtent au bras, au poignet, à la main, à la tête, au cou, etc., suivant qu’ils le croient nécessaire. La diète est le seul moyen raisonnable dont les Chinois fassent usage pour guérir les maladies ; ils sont sévères sur cet article, parce qu’ils prétendent que la plupart des affections viennent de l’intempérance; que la lèpre résulte de l’abus de la chair de porc (2). Cependant Staunton (T
(;1) Duhalde, p. 46?.
(?) Salmon, Etat présent de la Chine, (. 1er, p, ??9.
•1) Staunton. p. V.
dit qu’ils sc portent mieux et vivent plus longtemps que les autres peuples, parce qu’ils sont plus sobres. Les Chinois purgent et saignent rarement; dans presque toutes les maladies ils emploient la racine de squine, et donnent très-souvent le liel d’éléphant, le musc, la cire blanche végétale, la rhubarbe en décoction, comme stomachique seulement. Ils font un fréquent usage des bains , des ventouses sèches , du cautère actuel par le moxa , et quand ils croient qu’il existe de mauvais vents dans une partie, ils leur donnent issue en la piquant avec une aiguille d’or ; pour inoculer la petite vérole, ils introduisent dans le nez une mèche de coton imbibée de virus variolique (1). Ils croient qu’il est possible de donner l’immortalité en faisant prendre une panacée composée à cet effet. Les Scythes et les Gètes ont eu la même croyance (2). Les disciples de Lao-koon prétendent posséder un médicament quia cette vertu, Staunton dit que ce remède contient de l’opium. La racine du ginseng est aussi réputée avoir la propriété de rendre immortel.
Cleyer, déjà cité, a donné un catalogue des médicaments simples usités en Chine. La botanique de ce pays, dont Duhalde a donné un extrait, est remplie de préjugés sur les vertus des plantes. Sprengel (3) pense que cet extrait ressemble aux écrits des Talmudistes; que des missionnaires pourraient bien l’avoir composé parce que plusieurs articles sont basés sur la théorie de Galien. Sprengel regarde aussi comme apocryphe le traité intitulé : V Art de se procurer une vie saine et longue , que Dentrecolîes dit avoir traduit du chinois.
Il n’existe en Chine nulle police médicale. Les médecins y exercent et préparent les médicaments, chacun suivant sa manière. Les écoles impériales, dans lesquelles on enseignait
(1) Staunton, p. 536.
(2) Hérodot, lib. IV. c. 94, p. 369, et Strab., lib. VII, p 460.
(3) Ouvrage cité. t. I«r, p. 202.
les fausses idées que l’on avait en médecine et en astronomie, n'existent même plus; on vend sur les places publiques des drogues appelées cordiaux , dont le peuple se sert, quand il croit en avoir besoin.
Les médecins sont mal vus et mal payés. Les plus considérés sont ceux qui ont hérité du savoir de leurs pères. C’est dans cetté classe que l’Empereur choisit ses médecins intimes, qui d’ordinaire sont eunuques (1).
À l’exception des habitants de Canton où quelques européens cultivent les sciences avec succès, les Chinois sont aujourd’hui, à peu de chose près, ce qu’ils étaient il y a quatre à cinq mille ans : leurs annales ne sont qu’une ennuyeuse répétition de ce qui a déjà été fait et dit des millions de fois. Cette stagnation dans les sciences est* la preuve certaine que les institutions sociales de ce peuple oppriment le développement de ses facultés intellectuelles, car les hommes tendent toujours à la perfection ; le résultat de leurs efforts varie, sans doute, suivant leur organisation particulière, mais tous sont susceptibles d’amélioration.
Comment pourrait-il y avoir des savants en Chine? chaque mot étant représenté par un signe particulier qui même peut exprimer une pensée, un sentiment, une période entière, il faut trente à quarante ans, pour savoir lire et écrire. Les innovations sont défendues, les découvertes rejetées, les hommes sont rangés par classes , sans pouvoir sortir de celle qui les a vus naître, sans pouvoir suivre d’autre route que l’ornière de 1 habitude; courbés sous le despotisme le plus oppressif, ils sont incapables de concevoir l’importance des sciences et d’avoir des pensées généreuses pour secouer le joug de l'asservissement qui les dégrade de la qualité d’homme.
Les Japonais ne sont guère plus avancés que leurs voisins les Chinois, de qui ils tiennent presque tout ce qu’ils savent. Ils redoutent aussi la saignée, et ils employent la cautérisation
(il \oy. Duhalde.
dans une infinité de maladies, spécialement contre l’épilepsie, une espèce d’inflammation des testicules, la colique occasionnée par la boisson appelée sa Jri ) la pleurésie, les obstructions au foie et plusieurs autres maladies sont traitées par une ponction dans la peau, opérée au moyen de longues aiguilles d'or ou d’argent qu’on laisse enfoncées le temps de trente respirations. Comme les Chinois, les Japonais sont très-superstitieux dans le traitement des maladies : par exemple, ils tapissent en drap rouge la chambre des personnes attaquées de petite vérole ; les magiciens qu’on appelle ermites Sintoistes guérissent les maladies en faisant brider devant leur idole un papier qui contient l’histoire de la maladie; ensuite ils réduisent en pilules ce papier brûlé et le font ainsi prendre au malade (1).