IV
(2) IV» 5. Saint Basile écrit à Diodore (Ep. 135) : « Un style facile et • simple me parait toat-à-fait conforme au but du chrétien , qui écrit » moins pour briller que pour être utile à tous. »
faut tourner et retourner la vérité sous toutes ses faces; il faut donc bien se garder d'apprendre par cœur (I). L'élocation doit èlre agréable : autrement elle rebute le plus grand nombre (2). L'orateur, comme Ta dit Cicéron, doit instruire» plaire, toucher. Si le point essentiel est d'instruire, il faut plaire à l'auditeur pour le retenir, le loucher pour le convertir (3). La parole est stérile , quand elle n'aboutit pas à la conversion (4). L'orateur chrétien se préparera donc au discours par la prière (5). On dit que si l'Esprit saint inspire cet orateur, il n'a plus besoin des leçons des hommes ; mais il en est des remèdes de l'âme comme des remèdes du corps, que l'homme présente à l'homme et qui ne peuvent sauver le malade sans la volonté de Dieu (6).
La diction du véritable orateur est simple, tempérée, sublime, selon le sujet (7). Mais le sujet du discours est toujours grand dans l'éloquenpe sacrée, puisqu'il s'agit du salut éternel (8}. Néanmoins , l'orateur chrétien ne doit pas se borner au genre sublime; sa diction doit être simple quand il ne faut qu'instruire, tempérée quand il ne faut que louer ou blâmer; mais s'il faut entraîner des cœurs indociles, alors il doit employer toutes les ressources de la plus haute éloquence (9). Saint Augustin prend des exemples de chaque genre dans les saintes Ecritures et dans les docteurs de l'Eglise (10). Mais le premier soin de l'orateur doit être de varier son discours : cependant on supporte mieux la rao-
(i) IV, io.
notonie da genre simple que la monotonie da genre sublime (1). Saint Augustin s'arrête à définir et à caractériser le genre sublime et le genre tempéré ('2); du reste, queTora* teur ne perde pas de vue ce triple but ; il doit être compris, écouté^ obéi (3). L'obéissance, il l'obtiendra par la sainteté de sa vie mieux encore que par la force de ses discours ; la meilleure prédication, c'est la prédication de l'exemple (4).
Voilà la rhétorique de saint Augustin, simple, élevée, con« forme aux besoins de la société chrétienne. Si nous jugeons le talent du professeur de Milan par les théories de l'évêque d'Hippone, ces vues profondes, cette haute idée de l'art oratoire devaient donner à son enseignement un caractère original et populariser son nom. Peut-être une brillante fortune attendait ce jeune rhéteur : d'abord un grand nom dans leç lettres, et puis, vers la fin de sa vie, le gouvernement d'une province ou d'une préfecture : quelles espérances ! mais aussi quels obstacles à sa conversion ! Ces idées ambitieuses l'avaient longtemps retenu dans le manichéisme : celte lourde chaîne une fois brisée, elles l'arrêtaient encore au seuil de l'Eglise.
Mais son génie, son amour de l'éloquence éclairaient sa marche. De même que saint Jérôme, le Cicéronien, finissait par trouver un charme infini dans la lecture des prophètes, Augustin, que l'Ecriture avait rebuté d'abord, lit saint Paul avec des transports de joie (5). Fénelon rappelle et résume (6) le sentiment de saint Augustin sur le génie de saint Paul : « Il dit souvent que saint Paul a eu une éloquence » merveilleuse , et que ce torrent d'éloquence est capable
(1) IV, n.
(5) Conf. VII, 21. Ëxsultare cum (remore didici. 16) Dialo^es sur V Eloquence.
» de se ftiire sentir, pour ainsi dire , à cenx même qui dor* )) ment H ajoute qa*en saint Paul la sagesse n*a point cher* » cbé la beauté des paroles, mais que la beauté des paroles D est allée au-devant de la sagesse. Il rapporte de grands « mdroits de ses épitres, ou il fait voir tout Tart des ora- 1» leurs profanes surpassé. » C'est ainsi qu*en lisant saint Pald, comme en écoutant saint Ambroise , le jeune rhéteur faisait chaque Jour des progrès dans la voie nouvelle.
Un vieillard de Milan, Simplicianus, lui raconte lliisloire de Victorinus le rhéteur ; renseignement de Victorinus avait jeté a Rome un si grand éclat qu*on lui avait élevé une statue sur le Forum : « Il lisait depuis longtemps les saintes Ecri- » tares, et faisait une étude assidue, approfondie de tous les » fivres chrétiens : il disait à Simplicianus, lom du monde, » en secret et dans Tintimité : Sais4u que me voilà chré- » tîeuT Je ne le croirai pas, répondit son ami, je ne te comp- » terai pas au nombre des chrétiens, que je ne t*aie vu dans M le temple du Christ. Victorinus reprenait ironiquement : » sont-ce donc les murailles qui font le chrétien ? Il répé- » tait souvent qu'il était décidément chrétien : même ré- » ponse de Simplicianus , même plaisanterie sur les mu*
• railles, n redoutait de blesser ses amis, superbes idolâtres, » et il'Se figurait que de ces sommets de Babylone , de ces » cèdres du Liban que Dieu n'avait pas encore brisés, il » rottl^^il sur lui d'accablantes haines.
>3 . . . Soudain il surprit Simplicianus par ces mots : » Aflotis à l'Eglise ; je veux être chrétien. Et lui, ne pouvant » contenir sa joie, fy conduisit à Pinstant. Aussitôt qu'il eut M reçu les premières instructions sur les mystères , il dionoa
• son nom pour être régénéré dans le baptême , à Tètoiiiie* j> ment de Home, à la joie de l'Eglise...
» Puis quand l'heure fut venue de faire la professîM 4e » foi, qui consiste en certaines paroles retenues de mémoire, n et que récitent ordinairement d'un lieu plus élevé, en pré-
» 86806 des fidèles de Rome, ceux qui demawleiit l'aeeès de » votre grâce; les prêtres offrirent à Victorifios de réciter
* en particdier, comme on l'offre aax personnes que peut
* intimider nne solennité pnbliqoe : Victorinus aima mienx » ftiire sa profession de foi en présence de la piense nssem* à Uée. Car ce n'était pas le saint qa*il annonçait dans ses ^i leçons de rhétorique, et pourtant il atait professé pnbH«
* qnement. Comment aurait^il craint Totre hnmble tfonpean, ft lai qui n'avait pas craint cet anditoire qn'il eninait de sa » parole f
» Il monta ; son nom , répandu tout bas par ceux qui le n connaissaient , noulera dans l'assemblée un murmure de » joie« Ce nom , nul ne l'ignorait. Il passa de bouche en » bouche, et retentit au milieu de l'allégresse générale : » Victorinus ! Viclorinus ! Son aspect atait rompu le silence ;
* en 86 tut pam l'entendre. 11 prononça le symbole d'une
* voix ferme; et mlebant eum omnes npere intro in eor
* M«m, idrapiehûnt ûmando ef gaud^néo : hœ Têpknîinm » mMus^ant (1). »
€e récit iHmiiile Augustin t sur ces entrefoites arrive na des prenriers officiers du palais, Potitianus, son compatriote. Miliamus > dirétien zélé , lui parle d'Antoine , isolitaire d'Egypte, ûxmi le nom n'était pas encore venu jusqu'au jeune rhéNmr, et d«s nouvelles de sa vie. Un jour, Potitianus se {mMBttait dans les environs de Trêves avec trois camara^ dss ; l'M d'eux trouve dans une cabane un manuscrit de la vie d'Antoine» il se met à lire ; il admire , il s'enflamme , et déjà songe à quitter la milice du siècle; un de ses amis èttft il ses «côtés : <t Dts-^iioi, je te prie, eu tendent nos tray> VMxf Que cherdions^nous f Peur qui portens^nvis les » urnes f Qtd peut être notre plus grand espoir au putais » que d'êlrft arais de Tempereur ? Et dans celte flyrltme ,