‹ Essai sur les confessions de Saint AugustinChapitre 9 sur 13 · SAINT AUGUSTIN PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE

06 imUa&las étudâi* de gnnds tsccès à VéaAie da rhé- IMT (1) tepirèrent à faint Anguslia la pensée de leaf r école el d'ewejgner lei-mème : ees goiis Vj pouMaient; aoa ambf* liM i'f détermina. Chez hii, cette paesion, natarelle a«x bMunea faits pear k travail et la latte, devaaça les amées. hê, poeitiM efflcieUe dea profèaseuni da&i Temi^re peavail aMiaûife im kai» ambitieuse.

Vespcuiett avait dminé n traitemait MX rhéteurs (1) t Adrien lear avait accordé Timmimité de certaines charges » et Spartioi dit de ce prtace « qu'il enrichit et honora les « professeurs (3). » Il est vrai qu'on prête cette réponse à Commode : « Ni vous ni tes autres professeurs ne devez être • cauMipIs des charges publiques : il serait ridicule que pour » de misérables petites harangues , ou accordât une pu- ^ reiUe immwiité. . . (4). » Mais Coustautii, par un rescrit (6j, osBJrma leurs «mens privilèges : il leur coulera Pexemp* Isea dos dhiarges ; quant aux honneurs mmicipaux et autres wililibhij, tels que les fonctions de dunmvirs , 4éfeus^nvi

(2) Y. Naudet. Mémoires de rÂcadémie des Inscriptions, t. IX, p. 426.

(3) V. Naudet, loc. cit., p. At7.

(4) .... Nequeipsum immuiiemefise^ neqiie aliuin^^uemcpiam docentiasa z aeotiqaam .ettim propiter breres ac quasdam miseras eraiiuQcalas, etc,

(5) L. 1 > C. Th. De medicis et professoribus.

gymnasiarques , édiles , prêtres , flamines , les professeurs purent les subir ou les repousser. C*est peu : Tempereur prétend les mettre à Tabri de toute insulte et des poursuites injurieuses devant les tribunaux ; il prononce une peine spéciale contre ceux qui manqueront à la loi. Le rescrit se termine par rinjonction faite aux villes de payer exactement les honoraires de leurs professeurs. Constantin fit plus encore (1) : il étendit aux femmes et aux fils des privilégiés l'exemption des charges publiques.

D'autres lois témoignent de la constante sollicitude des Empereurs pour l'instruction publique. Une constitution de Julien règle le mode de nomination des professeurs municipaux : le choix est fait par les décurions, appuyés de l'avis des notables (optimorum conspirante consensu) , et approuvé par l'Empereur (2). Une autre constitution des Empereurs Valens , Gratien et Valentinien (3) organise l'enseignement de la grammaire et des lettres grecques et latines dans les métropoles. On ne peut guères se méprendre sur le but et la portée de ces lois : Constantin l'indique lui-même : < Si « j'accorde tous ces privilèges aux professeurs , c'est pour » répandre et faciliter l'enseignement des lettres et des arts » libéraux » (quo facilius liberalibus studiis et memoratis artibuê multos instituant).

Gomment l'enseignement n'eût-il pas été soutenu par la bienveillance impériale et la faveur publique ? Comment l'éloquence d'un rhéteur , habile à soutenir une thèse ou à tracer un panégyrique, n'eût-elle pas enlevé l'admiration? Toute autre éloquence avait péri dans la société païenne. Plus d'éloquence politique , et depuis longtemps ! Quant à

'l) L. 3, C. Th. De medicis et professoribus. ••2) L. 5. C. Th. De medicis et professoribus.

.(3) L. 1 1 . C. Th. De medicis et professoribus. Cf. Naudet, loc. cil. p. 43:2-*

Téloquence jadiciaire, elle était liée , chez les Romains plus que chez un autre peuple , à l'éloquence politique : elle était morte, elle aussi, avec la vie publique et la liberté! Il ne restait plus que l'éloquence des professeurs de rhétorique » moins redoutée des empereurs , bien que parfois les plus vils d'entre eux poursuivissent de leur implacable haine tout ce qui cherchait à sauver les derniers débris de la parole antique et de l'antique sagesse. Mais enfin celle-là subsistait, et le quatrième siècle comptait sans doute plus d'un rhéteur dé talent qui , joignant l'exemple au précepte , réunissait autour de sa chaire une jeunesse ardente et studieuse.

D'abord Augustin fut professeur de rhétorique à Thagaste dans, son pays. Il nous apprend que dès*Iors il cherchait avant tout de bons élèves , capables de suivre et de comprendre ses leçons (1). Mais quels élèves trouver à Thagaste? Quel théâtre pour un ambitieux et pour un orateur ! Qu'est-ce que la parole humaine, enfermée dans une étroite enceinte, expirant sans écho dans quelques âmes ? Ah ! placez-le sur une autre scène : il lui faut le grand jour ^ la foule compacte et pressée,^ les longs applaudissements , tout un peuple conquis et sab* jugué par sa voix. Il a quitté Thagaste ; il arrive à Carthage.

Le nouveau venu déplut-il à la jeunesse? Osa-t*il émettre quelque opinion propre à discréditer son enseignement? Saint Augustin remercie Dieu d'avoir prêté des épines à Carthage pour l'en arracher (2). « Rien d'ailleurs n'est » comparable à la honteuse et brutale licence des écoliers » carthaginois. Ils forcent l'entrée des cours avec fureur > et » leur démence effrontée bouleverse l'ordre que chaque » maître y établit dans l'intérêt de ses disciples. Us corn- » mettent, avec une impudente stupidité, mille insolences » que la loi devrait punir ^ si la coutume ne les proie-

(l) Conf. IV, 2.

« geail (1). » SftiBt Angaslin n'eol plus qu'une pensée : Mr promptement Garthage.

De cette ?ille même il a toujours les yeux fixés sur Rome. Il fait à cette époque un ouvrage (2) où il traitait particd* lièrement de la distinction entre la convenance et la beauté. Ce livre» il le dédie à un orateur romain du nom dHierius, qu'il n'a jamais vu ; mais il s*enflamme an récit de ses triomphes. Qu'était-ce que cet Hierius? Un Syrien , initié d'abord aux lettres grecques , devenu plus tard un modèle d'éloquence latine. Quel motif d'émulation pour l'enfant de Thagaste ! IlbrAle d'imiter Hierius, et déjà de le rejoindre : bientôt il vogue vers Rome.

Lài il réunit quelques jeunes gens dont il était eonnn et qui le faisaient eonnaitre, et leur enseigne la rhétorique. Hais il apprend « qu'il se pratique à Rome certaines choseï^, ii inonies en Afrique. On n'jr voit, il est vrai » aueune de ees i> violences ordinaires à l'impudente jeunesse de Carthage; é mais il s'y fait , entre jeunes gens , de soudains complets » pour priver le maître de sa récompense , et ils passent '> chez un autre, âmes viles qui préfèrent l'argent à la justice » et à la bonne foi (3). » Mais on demande de Milan au préfet de Rome un maître de rhétorique pour cette ville , qui s'engage même à faire les frais du voyage : Augustin sollicite cet emploi par des amis Manichéens. La place est mise ait concours : un sujet proposé fait goûter son éloquence à Symmaque) Symmaque l'envoie à Milan (4).

La I le rhéteur allait trouver saint Ambroiae.

Quelle que (fit la situation légale des professeurs dans l'Empire, leur influence réelle était etfacée par celle des

(2) Conf, lY, 13-14,

etaefa de la société catholique; on abandonnait Técole ponr régliae, on préférait l'éloquence des évèques à celle des rhéteurs. Qaoi de plus naturel f On peut trouver » sans doute . toutes les grftces de l'éloquence dans Texpositlon des règles du discours : mais écoutes cette autre yoix : elle annonce et répand la plus grande révolution qui M jamais; tilt prêche la transformation du monde antique et la régénération de la soeiété païenne. Oà courir? Lequel écouter? Lequel attache et ravit son auditoire? Et puisque Téloquence est I^art de persuader » lequel est éloquent?

QuMI se rencontre un homme illettré, mais eonraineu, passionné» plein de zèle et de feu. prêt à consacrer sa vie à la propagation de la foi nouvelle ; et qu'en Aiee de sa chaire se dresse une école occupée par un rhéteur habile , Versé dans la connaissance des lettres latines « épris lut«mème des chai'mes de la philosophie antique, et brûlant de communiquer sa science : eh bien ! c'est le premier que le peuple veut entendre ; et le rhéteur fût-il Augustld , la salle des cours est presque vide, le temple est trop étroit pour contenir la foule. Hais si l'orateur chrétien sait unir toutes les ressources de l'art à la sublime et véhémente inspiration de la foi, qui donc écoutera le rhéteur? Plus tard, quel professeur osera tenir école à cAté du temple ou prêche Augustin ?

Les triomphes de saint Ambrolse excitent Tattention du nouveau professeur de Milan. Les rhéteurs ne devaient pas iivoir dans toute la ville de meilleure école. Augustin va tft< cher de dérober à l'orateur chrétien les secrets de soit éloquenee forte et populaire. Il se rend aux sermons du pieux évoque.

Tous les grands orateurs ont été des hommes d'action et des hommes d'Etat. C'est bien ainsi qu'il faut d'abord ett« visager saint Ambroise. Il était gouverneur de la Ligurie : un jour d'émeute, il parle au peuple, elle peuple le proola-

me évèqae. Il subit sa dignité nouvelle , distribue sa fortuae aqx pauvres, écrit, prêche, étudie, recueille et console les débris de Tarmée de Valens battue par les Gotbs (378); vend jusqu'aux vases sacrés pour racheter les captifs , siège aux conciles, arrête l'usurpateur Maxime, réfute Symmaque , écrase le paganisme qui relève la tête , lutte sans rélâche contre une princesse arienne , essaie de fléchir Théodose irrité, lui impose une pénitence publique et meurt après vingt-deux années d'épiscopat. J'ai déjà commencé le portrait de l'orateur.

Sa parole est ordinairement brève, simple, dépourvue d'ornements. De sonores périodes , un langage artisterocnt travaillé n'apaisent pas les factions prêtes à se déchirer. Son dessein principal est d'instruire ; on n'instruit pas avec des déclamations fleuries. Il fait des sermons comme César faisait des mémoires : lorsqu'il prêche, il rappelle cet orateur dépeint par Fénelon : « Le véritable orateur n'orne son » discours que de vérités lumineuses, que de senti - » ments nobles , que d'expressions fortes et proportionnées » à ce qu'il tâche d'inspirer ; il pense , il sent, et la parole » suit (1). »

Ce que le peuple lui demande , ce qu'Ambroise veut lui montrer, c'est le sens et le but de la doctrine évangélique. Aussi , les citations des textes sacrés abondent dans ses discours. Entouré d'hérésies , il commente sans cesse les livres saints. Rien de plus pratique et de plus serré tout ensemble que ces commentaires , nouveau manuel de la nou« velle foi.

Mais souvent l'art, pour être moins apparent, n'est pas moins réel. Ambroise est tout pénétré du souvenir des lettres antiques. Le début, un peu emphatique, de l'oraison funèbre du grand Théodose est imité de l'épisode du premier

ii\) Lettré s«r les occupalioàs de V Académie française,

livre des Géorgiques (1). Le livre De officiis minislrorum atteste la lecture et la connaissance approfondie du livre De officiis de Cicéron. Ambroise y (race lui-ménie des préceptes à l'orateur chrétien ; il parle tour à tour de rentrétien familier et de la controverse : « Prenez bien garde de vous emporter dans Tun ou Tautre^ dit-il, mais que le discours soit doux , tranquille , plein de bienveillance et de grâce» sans aucune injure... Nous devons craindre dans le cours de la vie que l'élan de la passion ne comprime la raison» et nous cherchons à tout régler par la prudence : de même dans le discours ; il faut craindre de donner réveil à la colère ou à la haine , et de laisser paraître quelque indice de notre passion ou de notre faiblesse. > El plus loin : « Que le discours soit correct, simple, clair, lucide, plein de dignité et de gravité; qu'il n'y ait point d'élégance affectée , mais qu'il s'y mêle quelque grâce.... Que dirai-je de la voix ? Il suffit , selon moi , qu'elle soit pure et nette... Que la prononciation soit distincte et mâle, qu'elle s'éloigne du ton rude et grossier des campagnes sans prendre le rhythme emphatique de la scène , mais qu'elle conserve l'accent de la piété (2). » Saint Ambroise, on le voit, pouvait tout apprendre à saint Augustin, même la rhétorique.

Sa parole et son exemple exercèrent une grande influence sur le talent du jeune orateur, malgré la diversité profonde de ces deux caractères. Augustin nous dit : a J*écoutais en » suspens sa parole.... et je me laissais ravir au charme » de ces discours , plus savants que ceux de Faustus , bien

(1) Hoc nobis motus terrarum graves, boc juges plutiic minabanlur, et ultra solitam caligo teuebrosior denuntiabat , quod clementissimué imperalor Tbeodosius excessurus esset e terris. îpsa igitur excessum ejus elementa mœrebant, etc. etc.

(2) De ofllc. ministrorum , 1 , 22-23.

ft qu'il y eftt moins â*altrait et d'éclat dans l'éloeotioi* » PIqs tard i réloquence de saint Ambroise est toujours pri^ sente a son esprit : dans le traité De Dacirina christiana (1). quand il veut donner une idée du genre simple > du genre tempéré , du genre sublime , il va cbercber ses exemples duns les livres de saint Ambroise.

Il avait pn » du moins , apprendre de ce grand homme comment on parlait au peuple : si les deux orateurs se ressemblent I c'est par là qu'ils se ressemblent. Même simpli* cité, même précision. Saint Ambroise l'emporte par le goût et la sobriété; saint Augustin par la force et le pathétique. Mais tous deux conçoivent la prédication de la même manière. Les armes tombaient des mains des Milanais à la voix d'Ambroise ; à la voix d'Aupslin, elles s'échappent des mains des habitants de Césarée (3). Il ne s'agit, ni pour l'un ni pour l'autre , d'amuser le peuple : Dieu parle aux hommes par ses ministres.

Mais si Ton excepte les sermons » l'éloquence de saint Augustin n'a plus rien de commun avec celle de saint Ambroise. Jamais on n'eût dit de l'évéque d'Hippone « qu'un 9 essaim d'abeilles était venu se poser sur ses lèvres, comme ^ autrefois sur les lèvres de Platon. » Sa vie est un combat ; son éloquence est un combat. On trouve je ne sais quoi de rude et de heurté dans ce style façonné pour la latte. Il court, il vole, il frappe ; le langage est une arme » la parole est un glaive. Cela lui suffit. C'est une flamme éblouissante » et non pas cette lumière douce et calme que Fénelon cherche chez l'orateur. Aussi , moins égal que saint Ambroise, le laisse-t«il souvent bien loin derrière lui. Le mauvais goût nous choque; mais après tant de siècles écoulés, sa fougue entraine encore. L'écho de cette voix émeut les chrétiens d'un autre ûge,

(liIV,2l.

(2) De Doctr. chr. ÎV, 24.

comme elle arrachait des larmes aux chrétiens d'Rippoiie et de Césarée. Le pathétique abonde, puisé aux sources vives de l'amour des hommes et de Tamour de Dieu : quelle antre qualité demander à l'orateur? Celui qui pleure est bien près de croire.

Mais saint Augustin est encore le professeur de rhétoriqrii le plus distingué de son époque. II suffit de lire le traité De Docirina chrUliana pour s'en assurer. Ce traité , dans son quatrième livre , est surtout curieux comme essai de rhéto* rique chrétienne. L'évèqued'Hippone n'a pas oublié sa chaire de Milan ni ses premières études. Il est vrai que dans son premier chapitre il prévient le lecteur qu'il n'a pas l'intention de faire un traité de rhétorique ; mais dans le second il montre l'utilité de la rhétorique pour les prédicateurs chré-t tiens • et dans le troisième il entre en matière (1).

L'orateur chrétien doit plutôt p*arler en homme sage qu'eu homme disert (2)« S'il veut parler avec sagesse » qu'il étudie l'Ecriture; s'il veut parler avec éloquence» qu'il étudie les chefs-d'œuvre de l'art oratoire ; mais il trouvera la sagesso unie à l'éloquence chez les auteurs sacrés (3). Saint Augustin cite un grand nombre d'exemples à l'appui de cette proposition (4). Mais l'obscurité des livres sacrés» quelque éloquente qu'elle puisse être» ne doit pas être imitée par les orateurs chrétiens (5). La clarté» voilà la première qualité de l'orateur. Du reste » la foule indique par son attitude si elle a compris ou non : jusqu'à ce qu'elle ait compris, il

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