‹ Essai sur les confessions de Saint AugustinChapitre 11 sur 13 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

n que de fragilité ! que de périls ! El combien de périls ponr » arriver à un péril plus grand ! Pais quand cela sera-t-il ? » Mais ami de Dieu , si je veux l'être , je le suis et sur » l'heure. » Il dit et communique à son ami la sainte ardeur qui l'embrase. Potitianus et son compagnon , qui s'étaient promenés dans une autre partie du jardin , les rgoignent et les trouvent résolus à fuir le siècle, à ne plus quitter ce lieu, à y vivre dans la méditation et la prière, a Ils retonmèrent » au palais , le cœur attaché toujours à la terre , et les » autres , le cœur attaché au ciel , restèrent dans la ca« » bane (1). »

A cet autre récit, Augustin se trouble : un violent combat, le dernier de tous^ s'élève dans son âme; son visage est altéré ; ses yeux brillent d'une Qamme étrange ; d'une voix entrecoupée, il apostrophe Alypius : o Que faisons-nons? » Qu'est-ce l entends4u ? Les ignorants se lèvent et forcent » le ciel : nous avons la science, et le cœur nous manque, et » nous roulons dans la chair et le sang! Est-ce honte de les » suivre ? Et n'avons-nous pas plutôt honte de ne pas même » les suivre ? » Il se retire dans un endroit reculé du jardin. Là toutes les passions, toutes les joies du siècle s'offrent à ses yeux avec des grâces nouvelles ; elles lui parlent leur plus doux langage; elles s'attachent à lui , suppliantes et désespérées. Quoi! nous fuir et pour toujours? Augustin résiste» hésite ; des larmes s'échappent de ses yeux : « Seigneur, » s'écrie-t-il , jusquesà quand? jusquesà quand serez-vous » irrité? Ne gardez pas souvenir de mes iniquités pas- » sées ! n

» Car je sentais qu'elles me retenaient encore. Et je m'é- » criais en sanglots.: Jusques à quand? jusques à quand? »* Demain ?... demain ?... Pourquoi pas à l'instant ? pourquoi » pas sur l'heure ? »

(«) viu,c.

» Je disais et je plearais dans toute Tamertume d'un cœur » brisé. El tout-à-coup j'entends sortir d'une maison voi* » sine comme une voix d'enfant ou déjeune ûlle qui chantait » et répétait souvent : Prends, lis! prends, lis! Et aussitôt, » changeant de visage, je cherchai sérieusement à me rap- » peler si c'était un refrain en usage dans quelque jeu d'en* » faut; et rien de tel ne me revint à la mémoire. Je réprimai » mes larmes, et je ne vis plus là qu'un ordre divin d'ouvrir » le livre de l'apôtre et de lire le premier chapitre venu. » Je savais qu'Antoine» se livrant un jour à la lecture de » l'Evangile, avait saisi, comme adressées à lui-même, ces » paroles : « Va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, » et tu auras un trésor dans le ciel ; viens, suis-moi> » et j> qu'un tel oracle avait accompli sa conversion.

» Je revins vite à la place où Âlypius était assis; car, en >) me levant^ j'y avais laissé le livre de l'Apôtre. Je le pris, » l'ouvris, et lus en silence le premier chapitre , sur lequel ^y j'étais tombé : « Ne vivez pas dans les festins, dans les dé- » bauches, ni dans les voluptés impudiques, ni dans les que- » relies, ni dans les jalousies; mais revêtez-vous de notre » seigneur Jésus-Christ, et ne faites pas de votre sensualité » une providence charnelle. » Je ne voulus pas en lire da- » vantage ; il n'en était pas besoin. La paix et la lumière » s'étaient faites dans mon àme et avaient dissipé les ténè- » bres de mes incertitudes (1). »

Augustin quitta sa chaire de rhétorique : comme il ne restait qu'une vingtaine de jours jusqu'au commencement des vacances d'automne , il ne voulut pas afficher sa retraite et renoncer avec fracas.à sa profession (2). Ces vingt jours parurent bien longs à son impatience. Enfin arriva le moment

de la liberté. Ces nouveaux loisirs furent employés à de

(1) Mil, 8-11.

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