‹ Essai sur les crisesChapitre 10 sur 18 · DE LA SÉCRÉTION URINAIRE, CONSIDÉRÉE COMME CRISE DES MALADIES · texte numérisé non relu

DE LA SÉCRÉTION URINAIRE, CONSIDÉRÉE COMME CRISE DES MALADIES

X°. oBSERVATION. À Ja fin de juin 1830, un tonnelier, de vingt-huit ans, Charles Hoffmann, fut presque subitement atteint d'un double rhumatisme articulaire qui se fixa à la fois aux deux pieds et aux deux genoux. Quelque temps après, l'articulation coxo-fémorale fut envahie elle-même, sans que pour cela les douleurs prünitivement fixées aux articulations des pieds et des jambes se fussent amendées en aucune façon , comme c’est l'ordinaire dans ces sortes de métastases rhumatismales ; enfin l'épaule , le coude et le poignet ne tardèrent pas à devenir eux-mêmes le siège de douleurs semblables à celles qui existaient dans les membres inférieurs. Ainsi toutes les articulations des membres abdominaux et thoraciques se trouvèrent simultanément affectées.

Deux saignées très-copieuses furent d’abord pratiquées ; en même temps, on prescrivit des bains généraux et des applications de cata-

( 55 ) plasmes émolliens ; mais ces moyens ne procurèrent qu'un soulagement très-faible et d’une trés-courte durée, Plus tard, deux vomitifs furent administrés à deux jours d'intervalle : le soulagement fut cette fois assez notable; mais une circonstance que lon doit considérer comme très- heureuse, c'est l'établissement d'une sursécrélion urinaire dont le malade ressentit les plus heureux effets.

Dès le lendemain del administration du dernier vomitif, ies urines devinrent extrêmement abondantes ; le malade a estimé en rendre une quantité quadruple de ce qu'il fournissait habituellement. Mais cè n’est pas sous ce seu] rapport que la sécrétion fut modifiée : les propriétés du liquide, changèrent évidemment; pour peu qu’on les laissât en repos, on voyait, en effet, des flocons nuageux et irréguliers flotier dans leur masse, puis gagner la surface du liquide. À ces flocons en succédèrent d’autres, qui, doués d’une pesanteur spécifique plus considérable, se précipitèrent; ces derniers eux-mêmes furent remplacés par un dépôt blanc, semblable à une poussière très-fine, et alors le malade était en pleine convalescence, après trente-six jours de maladie, ( Ce malade a été placé dans la salle Sainte-Madeleine, n°. 55.)

XI. -osservarion. Un emballeur, âgé de quarante-six ans, venait de se livrer avec excès à ses occupations habituelles en janvier 1830. Des soins particuliers l'ayant appelé hors de la pièce échauffée, dans laquelle il avait travaillé jusque-là, il se sentit brusquement saisi par un froid très-vif, et la transpiration s'arrêta tout à coup.

Presque aussitôt un point de côté pleurodynique se manifesta, dura quelques jours, et fut remplacé par un lumbago, auquel succédèrent peu de temps après des douleurs dans la région hypogastrique. Tout. cela eut lieu. pendant l’espace d’un mois. Au bout de, ce temps, les douleurs changèrent de place, et vinrent se fixer à l’épigastre, où.elles ont .persisté: pendant les mois de mars, avril, nai, juin. et juillet. Elles sont permanentes, mais leur intensité varie. Parmi les causes: qui ont le plus d'influence sur ces variations, il faut compter surtout

(34 ) les mouvemens du tronc et le séjour dans un air humide. Les digestions, au reste , se {ont très-bien ; le ventre est souple, la langue naturelle et humide, l'appétit bon , le pouls non fébrile; il y a quelques étourdissemens ; toutes les autres fonctions sont en bon état.

Les moyens mis en usage contre ce rhumatisme réfractaire ont consisté, 1°. en des applications de sangsues et le régime antiphlogistique ;

2. en des applications de vésicatoires et autres révulsifs; 3°. en des

bains de vapeurs, combinés avec la teinture de gayac et celle de jusquiame noire mélangées à la dose de quinze gouttes chacune pour chaque prise. Tout cela a été complètement inutile : les douleurs, momentanément diminuées, ne tardaient pas à reprendre leur violence primitive.

Enfin, malgré les sueurs artificiellement produites et dont la présence aurait pu empêcher toute autre sécrétion critique de s'établir, on vit, le 15 juillet, les urines devenir plus copieuses, se charger de légers flocons d’abord, puis de grumeaux assez pesans pour gagner le fond du vase, puis enfin d’une matière pulvérulente formant une couche de plusieurs lignes d'épaisseur. (Ce malade a été reçu au n°. 12 de la salle Sainte-Madeleine). ;

XII°. oBservaTION. Une cuisinière, âgée de quarante-un ans et d’une faible constitution, fut prise, trois jours après s’être livrée à des fatigues excessives, d’une fièvre quotidienne, dont chaque accès commençant vers midi ne se prolongeait pas au-delà de deux heures. Louise Boulet (c'est le nom de la malade) eut, pendant la fin d'avril et le commencement de mai, vingt-huit accès semblables. Au septième, la fièvre perdit une demi-heure de sa durée; il en fut de même au onzième ; enfin elle céda tout à fait au vingt-huitième, la diaphorèse ayant été ce jour-là plus abondante que les jours précédens.

Du milieu de mai aux premiérs jours du mois de juin, la dame Boulet jouit d’une très-bonne santé.

Mais à cette époque, les accès fébriles reparurent, et cette fois, ce

fut de deux jours l’un; leur durée était de six heures à peu près ;;ils commencçaient à une heure et finissaient à sept. Enfin, au lieu d’une sueur critique à là suite de chaque accès, ce fut une diurèse, qui termina la scène. Les choses restèrent en cet état jusqu’au 15 juin, jour de l'entrée de la malade à l’Hôtel-Dieu. Dès le lendemain, elle fut mise à l'usage du sulfate de quinine, dont la dose fut successivement portée de six à douze grains. Le même traitement a été continué jusqu’au 30 du même mois.

Il faut remarquer qu’à dater du moment où le fébrifuge fut mis en usage, la sécrétion urinaire qui terminait chaque accès devint sensiblement plus active qu’elle ne l’avait été jusque-là. Journellement j'ai examiné les urines , et j'ai apporté dans cet examen la plus scrupuleuse attention. Les modifications que j'ai pu apercevoir sont à peu près celles que j'ai déjà citées dans la 10°. et la 11°. observations. Ainsi, sans parler de l'augmentation du liquide sécrété. j'ai pu constater l'existence d’une matière floconneuse, incolore et légère, flottant au milieu de la masse; puis celle d’une autre matière, configurée en petits grumeaux plus compactes et plus lourds, légèrement rougeâtres, qui ont remplacé les premiers. Enfin, dans les derniers jours, la présence d’une poussière blanchâtre, signe infaillible d’une convalescence commençante,

XIII. oBservariow. À la fin de mai 1830, Marie Barrois, âgée de de quarante ans, se remettait à peine des fatigues d’une troisième couche. Livrée par devoir à des occupations pénibles, elle ne tarda pas à éprouver les effets de l’imprudence qu’elle avait commise en les reprenant prématurément. En effet, dès les premiers jours de juin un catarrhe pulmonaire intense se manifesta dans le côté gauche de la poitrine. Outre les phénomènes propres et spéciaux à cette affection, la malade se plaignait d’un violent mal de tête, d’amertume considérable dans la bouche, et de fréquentes envies de dormir ; il y avait en même temps anorexie complète, et diarrhée avec sentiment de brûlure au pourtour de l'anus; plusieurs vomissemens bilieux avaient eu lieu les ; jours précédens.

Eu égard À la plénitude et à la force du pouls, eu égard encore à la vivacité dé l'inflammation locale, une saignée fut pratiquée d’abord ; on appliqua quelqués sangsues sur le côté malade, ét on prescrivit quelques boissons émollientes. Ce genre de médication n'eut pas le succès qu'on attendait; il y eut du soulagement, mais 1l ne fut que peu considérable et d’ailleurs tout à fait passager. — Conduit-par-là à tentérüune autre voie, M. le professeur Récamier, ayant égard aux signes d'embarras bilieux qui s'étaient montrés d’abord et qui existaient encore, éut recours à l’ipécacuanha, administré à la dose de vingt-quatre grains. Les vomissemens déterminés par lui furent nombreux et abondans : une amélioration notable se manifesta presque aussitôt.

Mais ce qu’il y eut de plus avantageux dans les effets probables de ce vomitif, fut l'établissement d’une sursécrétion urinaire, depuis laquelle la dame Barrois est allée de mieux en mieux. D'abord les urines, devenues trés-abondantés, se montrèrent sales et jumenteuses, puis elles se chargèrent de flocons blancs , et enfin dans les derniers jours laissèrent déposer une poudre blanchâtre, dont j'ai parlé ailleurs. ( Entrée le {4 juin, elle est sortie le 20 du imême mois; on a vu cette malade au n°.'2 de la salle Saint-Lazare. )

Remarques. Des quatre observations qu’on vient de lire, lés deux preinières sont relatives à des affections rhumatismales, la troisième à une intermittente quotidienne , et la quatrième à un catarrhe pulmonaire aigu. On a pu remarquer que, dans ces quatre faits, les modifications de la sécrétion urinaire se sont montrées absolument les mêmes, et se sont présentées dans le même ordre de succession. Ainsi, dans tous Me La eu d’abord augmentation plus où moins considérable du liquide sécrété, sans changement appréciable dans ses propriétés physiques ; puis, un peu plus tard, apparition dans cé même liquide d'une substance së présentant sous fornie de flocons épars, incolores, et assez légers pour gagner le haut du vase; plus tard encore, substitution d'un autte produit floconneux, sans nuance vive, à la vérité, mais pourtatit légèrement coloré en rouge, ét différant du premier en ce qu'il se précipitait au fond du verré, au lieu de venir flottér à la

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