‹ Essai sur les crisesChapitre 13 sur 18 · O°. DE LA SÉCRÉTION SPERMATIQUE , CONSIDÉRÉE COMME CRISE DES MALADIES · texte numérisé non relu

O°. DE LA SÉCRÉTION SPERMATIQUE , CONSIDÉRÉE COMME CRISE DES MALADIES

Jusqu'ici je n'ai encore pu recueillir aucun fait de sécrétion critique du sperme ; si, pendant le court espace de temps qui me reste, il m'arrive d’avoir à en observer quelqu'un, je n’hésiterai point à le consigner à la fin de ce mémoire; j’ajouterai de même toutes les observations qui peuvent éclaircir plusieurs points de doctrine relatifs à la question qui nous occupe. |

10°. DES SÉCRÉTIONS HÉMORRHAGIQUES, CONSIDÉRÉES COMME CRISES DES MALADIES.

XV°. oBsERvATION. Thérèse Deschamps, âgée de vingt-cinq ans, bien réglée et d’un tempérament éminemment sanguin, présentait, le 27 avril 1830, à la suite de travaux excessifs, tous les signes d’une fièvre bilieuse grave :

1°. Tout son corps était devenu le siége d’une chaleur extrêmement pénible;

2°. Un sentiment profond d’accablement ne lui permettait plus de - garder d'autre situation que la position horizontale ;

3°. Une pesanteur de tête fatigante génait le libre exercice des facultés intellectuelles ; | |

4. La vue et l'ouïe annonçaient le trouble de leurs fonctions pro-

pres, l’une par de fréquens éblouissemens , lautre par des bourdonpemens d'oreille presque continuels ;

(4) L'odorat , le goût, le toucher, n'offraient aucune altération appréciable ;

6°, La langue était sèche'et couverte d’une épaisse couche de matiere Jaune, sale, amère, et communiquant son amertume à tout ce que prenait la demoiselle Deschamps. Le ventre était souple et sans douleur, mais il y avait soif vive, nausées, envies de vomir et constipation ; quelques gorgées d’un liquide vert et filant s'échappaient même parfois de l'estomac, à cs suite d’efferts de vomissemens ;

. Le pouls était fort et fréquent, et toute 12 peau injectée ;

g . Parfois un peu d'oppression se Joignait à tous les phénomènes qui précèdent.

Les choses étaient encore en cet état le trois mai, septième jour de la maladie. Thérèse Deschamps, pendant tout ce laps de Rp s'était contentée de garder une diète absolue et de se mettre à l'usage de la limonade préparée avec le jus de citron. Or, ce jour-là même, vers les sept ou huit heures du soir, elle fut prise d’un vomissement de sang si abondant, qu’elle assure en avoir rempli près de deux cu- “vettes. En même temps, la membrane cutanée qui tapisse le conduit auditif externe devint le siége d’une exhalation sanguine, peu inquiétante pour les hommes capables d'en apprécier la valeur, mais trèsalarmante pour la malade qui croyait y voir un se Rtime de mort très-prochaine.

Dès le lendemain , 4 nai ; on la transporta à l'Hôtel -Dieu , où elle fut reçue et placée dans la salle Sainte-Monique. La fièvre avait beaucoup diminué depuis la veille , «mais elle persistait encore ; constamment la malade en a présenté les symptômes jusqu'au 22, et constamment encore, pendant tout cet espace de temps elle a eu un ou deux vomissemens de sang par jour. L’opiniâtreté de cette hématémèse, devenue maladie principale, fit diriger contre elle tous les moyens thérapeutiques : douze saignées ont été pratiquées , plusieurs applications de sangsués ont été faites à l'épigastre ; région sur laquelle on à tenu presque constamment de la glace pilée; des bains frais étaient journellement prescrits, et la boisson était prise à la glace. L’hé-

(4) matémèse et l’hématopédèse partielle cédèrent enfin à des moyens aussi énergiques que directs ; et quoique le pouls restât fébrile, la malade put sortir le 28; mai, six jours après la cessation de toute hémorrhagie.

La convalescence ne fut pas de longue durée, car le 4 juin des chagrins violens, éprouvés à l’occasion de la mort de son père, déterminèrent dans la demoiselle Deschamps une exhalation sanguine qui se fit, non plus à la surface de la muqueuse gastrique, mais bien à la surface de la muqueuse pulmonaire. L’hémoptysie se renouvela les 5, 6, 7, 8 du mois de juin. À cette FEonPe) la malade se présenta de nouveau à l’Hôtel- Dieu, et fut envoyée à la salle Saint- Lazare.

Du 8 au 22 juin elle a eu, à FRS intervalles, sept crachemens de sang ; la fièvre, qui ne l'a jamais quittée depuis le 27 avril, a paru très-légère ; tous les autres signes étant peu alarmans, on a temporisé et on s’est contenté de recommander le repos, de diminuer la nourriture. de la faire prendre froide, de prescrire quelques pédiluves sinapisés et des juleps avec le sirop diacode.

Le 22 juin, les symptômes bilieux s'étant prononcés davantage vingt-quatre grains d’ipécacuanha ont élé prescrits ; des vomissemens bilieux et plusieurs selles jaunes verdâtres ont eu lieu. Dès ce moment, la fièvre a cédé comme par enchantement., l'hémorrbagie pul-

monaire n'a plus reparu , et ia malade a pu sortir parfaitement guérie quatre jours après.

XVI°. os. Henriette Blondot, cuisinière et âgée de vingt-huit ans, était grosse depuis environ trois mois, lorsque le 1°. avril elle commença à présenter tous les signes d’une fièvre bilieuse franchement dessinée. Sa peau devint sèche et brülante; en peu de temps, elle perdit ses forces, et avec elles le pouvoir de se tenir debout; tous ses organes acquirent une susceptibilité telle, qu’ils ne purent plus supporter qu'avec difficulté l’action de leurs stimulus propres, et que leurs sympathies se montrèrent extrêmement énergiques ; il y eut

quelques douleurs céphaliques ; la langue se montra humide et salie par une matière jaune grise qui recouvrait surtout sa partie moyenne et sa base; la malade se plaignait d’une singulière amertume dans la bouche ; l'appétit avait disparu, et il était survenu une soif vive, des nausées, des envies de vomir, des vomissemens de matières jaunes verdâtres et une grande constipation; enfin le pouls augmenta à la fois de fréquence et de dureté.

Les choses restèrent en cet état jusqu'au 10 avril, époque à laquelle furent appliquées vingt sangsues à l épigastre; le sang coula avec abondance , mais l’état de la malade n’en devint pas meilleur, et elle resta souffrante jusqu'à la fin du mois. L

Entrée à l'Hôtel-Dieu le 1°. mai, elle fut saignée le 3 sans soulagement appréciable. Le 5, un grain d’émétique administré dans trois verres d'eau détermina quelques selles et d’abondans vomissemens de bile : le soulagement fut prompt, mais de peu de durée, car dès le 7 mai une nouvelle exacerbation de l'état fébrile se manifesta, et dans la nuit du 8 au 9, une métrorrhagie abondante survint', pendant laquelle le produit de la conception fut expulsé de l'utérus.

Le sang coula pendant près de vingt-quatre heures, après quoi tous les signes de l'état fébrile s'amendèrent de plus en plus jusqu’au 2/4 mai, jour de sa sortie.

Remarques. Dans la quinzième observation relative à une fièvre bilieuse, on voit que la crise, qui a consisté en une hématémèse abondante, eten une hématopédèse partielle, s'est effectuée le septième jour de la maladie; que ie soulagement s'est immédiatement manifesté, mais que l'embarras bilicux persistant, la guérison n’a pu être complète ; qu’en vertu de la persistance de l’état fébrile, la nature a continué ses efforts critiques afin «l'en débarrasser l'organisme, de là l'importance pathologique qu'a prise dès-lors lhématémèse, de là la nécessité de la combatire ensuite comme affection principale; que la fièvre n’a jamais cessé d'exister, même après la cessation de l’hémorrhagie ; que dans la récrudescence , l'hémorrhagie à la surface de la muqueuse pulmonaire a remplacé celle qui se faisait à la surface de la muqueuse de

l'estomac ; que l’émétique administré à la fin de la maladie a emporté à la fois et la fièvre et la crise dont elle était cause, ce qui semblerait prouver que quand dans une maladie une sécrétion critique a duré assez long-temps sans emporter le mal d'une manière radicale , elle peut cesser simultanément avec l'affection qu’elle devait résoudre, s'il arrive que cette affection. soit elle-même brusquement enlevée par quelque agent spécifique.

Quant à l'observation de la dame Henriette Blondot, elle prouve que quand une maladie tend à se terminer par une sursécrétion critique, c’est assez habituellement dans l'organe sécréteur qui offre actuellement le plus de prédominance vitale ou sympathique que cette crise vient détonner. Pendant l'état de grossesse, aucun organe assurément n'est plus susceptible ni plus iipressionnable que l'organe utérin; or, Voilà précisément pourquoi dans le cas dont il s'agit la fièyre bilieuse s’est terminée par une métrorrhagie abondante, laquelle a occasioné l'avortement (il est aisé de voir que ce dernier accident n’est plus qu’un phénomène accessoire de la fièvre bilieuse). On pourrait objecter peut-être qu'ici l’hémorrhagie utérine ne peut être regardée comme crilique, puisque plusieurs saignées, véritables crises artificielles, n'avaient pu faire disparaître le mal. À cela je répondrai d’abord que les saignées ont été faites avant que l’'émétique eût eu enlevé par les vomissemens la cause de l’état fébrile, et par conséquent avant que l'organisme se trouvât dans les conditions favorables pour supporter avantageusement une crise de ce genre; je dirai en second lieu que, quant à leurs effets ultérieurs, il y a loin d’une saignée artificielle à une hémorrhagie naturelle: l’une se fait en temps opportun quand l'organisme la demande, l’autre est soumise aux caprices du médecin; la première , véritable sécrétion, peut n’extraire du sang que certains de ses principes et en des proportions relatives qui ne sont point celles déterminées par la chimie; la seconde ne peut le soustraire que tel qu'il est, avec tous ses élémens; celle-là est graduée et dure autant de temps qu'il est nécessaire pour faire passer insensiblement l'individu du malaise à la convalescence, celle-ci s'effectue

(44) toujours dans un temps très-couri . et partant, fait passer brusquement le malade d’une manière d’être à une autre quelquefois tout opposée, etc. , etc.

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