‹ Essai sur les crisesChapitre 15 sur 18 · L'EXISTENCE DES CRISES PEUT-ELLE ÊTRE DÉMONTRÉE · texte numérisé non relu

L'EXISTENCE DES CRISES PEUT-ELLE ÊTRE DÉMONTRÉE

. De tout ce qui précède il résulte incontestablement qu'il existe des supersécrétions, à l’aide desquelles peuvent se terminer les maladies, elque ces supersécrétions peuvent avoir leur siége indifféremment dans tous les organes sécréteurs de l’économie humaine. À raison de ce premier résultat, je réponds affirmativement à la question proposée : oui, il existe des crises, c’est-à-dire des modifications sécrétoires telles , que quand elles se manifestent , le retour des malades à un état meilleur devient évident et palpable.

Ma réponse ainsi exprimée n’est rien autre chose qu'une déduction rigoureuse des seize faits énoncés dans ce mémoire. Je ne demande, pour prouver la vérité de ce que j'avance ici, qu'un peu d'attention, de la bonne foi, et l'éloignement de toute idée préconçue dans l’examen qui va suivre. Seize individus se sont présentés avéc des maladies diverses. Au bout d’un certain temps, on a vu survenir dans chacun d'eux des modifications de l’une des sécrétions dont est pourvu l’organisme, À dater Ge cette époque, tous les seize malades , sans nulle exception , ont marché rapidement à la convalescence. Ce que je viens d’énoncer est l'expression simple et vraie d’un fait facile à constater : il ne peut donc y avoir objet de controverse À cet égard. Or, dans le choix des motifs sur lesquels je vais essayer d'établir ma réponse , j'ai dû imétayer d’abord d’un fait avéré , d’un fait qui ne püt m'être contesté, même par ceux que des résultats opposés à ceux que J'ai obtenus auraient conduits à adopter une opinion différente. Ceci accordé, n'est-il pas évident que les progrès des malades vers une guérison plus ou moins prochaine , progrès survenant précisément à l'époque , et l’on pourrait dire presque à l'heure même où l’une des fonctions sécrétoires commençait à montrer par ses produits .d'importantes modifications , n'est-il pas évident , dis-je , que ces progrès, exaininés dans leur rapport avec la sécrétion altérée , ne peuvent être conçus que de deux manières différentes? ou bien, en effet , les mo-

difications sécrétoires n’ont été qu’une exagération de ces variations incalculables que présente chaque fonction organique , et dès-lors elles ont simplement coïncidé avec les premiers signes d’une convalescence à son début ; ou bien, l’altération de ces mêmes fonctions s'est liée comme cause déterminante à l'amélioration perçue, et dès-lors la sécrétion modifiée est devenue une véritable crise à laide de laquelle l’économie organique à pu surmonter Ja cause qui la troublait. Que ‘si maintenant je viens à démontrer que la supposition d’une simple coïncidence n’est pas soutenable , ne sera-ce pas établir par là imême l'existence des crises, puisqu'il ne saurait y avoir de moyen terme ( j'entends de moyen terme avoué par une logique sévère), entre les deux propositions que je viens d'émettre? Or, c’est ce que je vais essayer de faire dans les lignes suivantes. |

« Le retour à la guérison, dites-vous, a commencé à se manifester « justement à Fépoque où telle sécrétion a donné des produits diffé- « raut par leur quantité ou leur qualité de ceux qui sont habituel- « lement fournis. Mais, ajoutez-vous, ces deux faits sont à tous « égards complètement indépendans l’un de l’autre, et ne peuvent «“ en conséquence être regardés que comme des faits contemporains, « si l’on peut ainsi s'exprimer. » Voilà bien l’objection dans toute sa force. —À cette dénégation pure et simple et dépourvue de tout molif ayant quelque valeur apparente, je pourrais répondre par un monosyllabe catégorique et tranchant ; car j'aurais tout autant de droits à dire oui que d’autres à dire non. Il y a plus ; je crois que ce droit me serait acquis par les faits mêmes que j'ai cités, indépendaminent de. tout commentaire sur leur valeur individuelle. Mais ce ne serait point là remplir la tâche qui m'est imposée, et j'abandonne cette manière d'aborder une question à ceux qui n'ont à opposer à leurs adversaires qu'un fonds inépuisable d'obstination et d'entêtement.

Le commencement de la convalescence et les premiers signes de modifications sécrétoires se sont toujours montrés presque en même temps ; constamment leur début s’est fait à la même époque; bientôt marchant ensemble, ils ont parcouru de front leurs diverses périodes,

Las)

etenfin, arrivés au terme, ils ont cessé comme ils avaient commencé : c'est-à-dire à la même heure et avec des circonstances quibien souvent leur ont été communes. Or, je le demande, ne serait-il pas bien surprenant, bien extraordinaire, que dans l’organisme deux actions naissent, vivent, et meurent simultanément sans aucune dépendance à l'égard l’une de l’autre? À la vérité, toutes ces choses-là sont rigoureusement possibles, mais en conscience sont-elles tant soit peu probables ?

Appliquons d’ailleurs une aussi vicieuse manière de raisonner aux sciences médicales, et en particulier à la thérapeutique : la voilà renversée de fond en comble; car si l’on me dit que telle préparation a été administrée avec avantage dans telle circonstance, et a presque immédiatement procuré la convalescence, je répondrai, moi, qu’il n'en est rien, et que le mieux manifesté dès-lors a fortuitement coincidé avec l'administration du remède. Qui me prouvera que j'aïtort? En ce cas, comme dans celui qui fait l'objet de la discussion, ne serat-il pas toujours extrêmement difficile sinon complètement impossible de donner des preuves matérielles de la vérité qu’on soutient ?

Il suit delà, je crois , que dans les sciences d'observation qui ne sont pas soumises à des calculs rigoureux, le vraisemblable seul devient signe du vrai, à-peu-près comme dans les sciences exactes la règle qui le fixe est l'évidence même. |

Constamment, ai-je dit dans un alinéa qui précède, constamment la modification de la fonction sécrétoire et les phénomènes du retour à la santé ont commencé à apparaître presqu’à la même époque; s’il y a eu une différence, elle n'a jamais été que de quelque vingtquatre heures, et remarquons encore que dans cette circonstance même (on peut, relativement à ce que Jj'avance ici, consulter toutes les observations que je rapporte), remarquons que la priorité d’apparition n’a point indifféremment appartenu tantôt aux signes de la sécrétion altérée, tantôt à ceux d’une guérison commençante; que tour jours , au contraire, les premiers se sont décélés quelques jours ou seulement quelques heures avant les seconds. Or, cette succession

toujours la même ne fait-elle déjà pas entrevoir un rapport quelconque de cause et d'effets? s’il y avait simple coïncidence, pourquoi la guérison ne précéderait-elle pas, au moins quelquefois, la sécrétion dont on veut la faire si indépendante? Ce n’est pas tout, et j'ai déjà eu occasion de le dire, ces deux actions organiques ont paru tellement enchaïnées l’une à l’autre pendant la durée de leur marche, que pour méconnaître leur mutuelle dépendance il faut nécessairement seconstituer aveugles de bonne volonté. Je supplie mes juges de rappeler à leur mémoire les 2°, 5°., 6°. 7°. et 14°. observations , et un peu aussi les remarques qui sè trouvent à la suite: ils y verront que toutes les fois que la sécrétion s'est de plus en plus dessinée comme crise, soit par son abondance, soit par la nature de ses produits, l'amélioration est devenue à son tour deplus en plus sensible, de plus en plus frappante; que quand, au contraire, il y a eu desintermittences dans l'écoulement critique, il yen a eu dans la convalescence de toutà-fait semblables et pour la durée et pour l’époque à laquelle elles out commencé ou fini; qu’en un mot, les rapports d'existence entre ces deux états ont été si réels et si intimes, que-les modifications du premier eu ont toujours déterminé de proportionnelles dans Je second. Après de telles preuves , que penser, encore une fois, de l'opinion de ceux qui ne voient clans les deux faits organiques cités qu'une contemporanéilé forltuite ? Les preuves qui jailliraient de l'examen de ce qui arrive à la terminaison des flux sécrétoires et des maladies coexistantes ne seraient ni moins concluantes ni moins nombreuses. Je im'abstiens à dessein d'en parler ici pour ne pas rendre fastidieuse par sa longueur une discussion sur l’objet de laquelle il ne peut plus y avoir aucun doute. Je me résume donc :

1°. L'objection que je combats n’est fondée sur aucun motif;

2°. Appliquée aux sciences médicales, elle mène à des conséquences absurdes ; y |

5°. Elle renverse et détruit d'ailleurs toutes les lois de l’analogie;

4. Enfin le fait qu’elle suppose serait un véritable prodige, et par ce

qui se passe au début, et par ce qui survient dans le cours, et aussi par la manière dont tout s'achève et se consomme.

Donc elle n’a nulle valeur; donc les faits consignés dans les pages qui précèdent doivent être tenus pour crises véritables; donc j'ai eu raison de conclure à leur existence.

Ce n'est pas tout : dans une infinité de maladies, aucun praticien ne l'ignore, on fait prendre des sudorifiques , on administre des purgatifs, on prescrit des diurétiques, on pratique des saignées tant locales que générales, etc., etc.; et dans la plupart de ces cas, sudorifiques, purgatifs, diurétiques, émissions sanguines, etc., produisant chacun en ce qui le regarde ses effets propres et spéciaux, on voit se manifester parfois immédiatement, mais plus fréquemment à quelque distance de là, un bien-être qu’assurément avec un peu de bonne foi on regardera toujours comme un résultat matériel et certain de Ja diurèse ou de la diaphorèse, etc, que l'artavait su provoquer. Or, ne sont-ce pas là de véritables crises artificiellement établies? mille fois n’ont-elles pas suffi pour retirer un ma- Jade d’une situation grave et fâcheuse? Si donc toute dénégation est impossible sur deux faits aussi incontestables , s'il est vrai qu'il existe des crises artificielles, s’il est vrai que mille et mille guérisons ne reconnaissent pas d’autres causes, comment se pourraitil que la nature fût impuissante pour en établir de spontanées ? Les seize faits précédemment décrits n’offrent-ils donc pas tous les caractères qu’une saine raison peut attribuer à ce genre de mouvement organique que J’on est convenu d’appeler du nom de crise? Mon raisonnement est simple : d’une part, l'expérience démontre que les crises sont possibles, puisque le praticien peut en produire à son gré, et que bien souvent il n’a pas d'autre moyen de remplir la noble mission à laquelle il est appelé; d’un autre côté, seize faits se présentent avec tous les caractères que l'on sait appartenir aux crises : donc leur existence ne saurait désormais être mise en question , donc encore une fois il existe des crises.

Si

Page 1