‹ Essai sur les crisesChapitre 17 sur 18 · QUEL EST LE SIÉGE ACCOUTUMÉ DES SÉCRÉTIONS CRITIQUES · texte numérisé non relu

QUEL EST LE SIÉGE ACCOUTUMÉ DES SÉCRÉTIONS CRITIQUES

Iln'est ancun organe ayant fonction sécréloire qui, dans Fécononie humaine, ne puisse devenir le siége d’une exhalation critique. Je n'ai pu découvrir que seize faits, et cependant dans ce petit nom bre d'observations on trouve pour chaque organe sécréteur st ce n'est plusieurs, au moins un exemple de sécrétion critique. Le pancréas et les testicules sont les seuls qui ne m'en aient pas présenté, ce que j'attribue bien moins encore à la difficulté réelle de Pexisternice de ces crises qu'au très-petit nombre de malades que nous avons eus sous les yeux. Mais quoi qu'ilen puisse être à ce dernier égard, toujours demeure-t-il avéré par les faits, et par conséquent établi comme vérité incontestable, que de toutes les fonctions sécrétoires il n’en est aucune qui à des conditions donnéés ne puisse devenir critique.

Une autre vérité, tout aussi fondamentale que la précédente, c’est qu'une maladie, quelles que soient d’ailleurs sa nature, la cause qui l’a produite, lenombre, la coordination, la violence des symptômes qui l’'annoncent, enfin la valeur de la médication qu'on lui à opposée, peut se juger indifféremment par une crise ou par une autre. Je veux dire qu’à telle affection n’est point nécessairement et exclusivement attachée, comme crise , telle sécrétion organique. D'uné part, en effet, rien n'est plus commun et plus ordinaire que de voir plusieurs maladies très différentes et par leur nature et par leur siége, etc., se terminer toutes par la même sécrétion ; ainsi parmi les faits cités on a vu les sueurs juger favorablement deux exanthèmes rubéoliformes , une fièvre bilieuse et une fièvre quotidienne inflammatoire; les larmes gutrir également d’une céphalalgie intense et d’une mtermittente nerveuse ; les urines déterminer à la fois la disparition de deux affections rhumatismales, d’une fièvre simple et d’un catarrhe aigu. D'un autre côté, il est extrêmement fréquent qu’une même maladie finisse tantôt par une crise et tantôt par une autre : les troisième, quinzième et seizième observations, toutes relatives à des cas de fièvres bilicuses, se

sont jugées , la première, par une transpiration abondante, la seconde et la troisième par des hémorrhagies; on a vu de même que des trois fièvres inflammatoires dont l’histoire a été consignée dans les quatrième, cinquième et huitième observations, l’une s’est terminée par des sueurs, l’autre par des flux diarrhéiques muqueux, et la dernière par un ptÿalisme abondant, etc. , etc. À raison de ce double résultat, l’opinion précédemment émise ne saurait donc être contestée ; elle ne saurait constituer un doute.

Toutefois il est vrai de dire qu’en général, à certains genres de maladies sont spécialement attachés certains genres de crises. Pour ne m'en tenir en ce moment qu'aux fails, je rappellerai que les deux seuls exemples d’éruption cutanée que j'ai pu recueillir ont tous deux présenté comme terminaison favorable une diaphorèse inusitée; que les deux seules observations de rhumatisme offertes à mon examen ont également eu le même genre de solution heureuse par les urines, et que des trois faits cités de fièvres bilieuses, deux ont présenté des crises hémorrhagiques. Depuis long-temps, au reste, lexpérience a confirmé la vérité de ce que j'avance; depuis Jong-temps on sait que les sueurs constituent la crise la plus habituelle des fièvres simples, surtout quand elles sont intermittentes, des affections de poitrine et des affections. rhumatisantes; que les hémorrhagies forment assez communément celle des fièvres. inflammatoires ou sanguines, des congestions simples et de certaines pyrexies. locales ou phlegmasies ; que les pleurs, qui ne sont autre chose qu'une sur-sécrétion. lacrymale , appartiennent surtout à la classe entière des névroses, particulièrement dé celles qui, attaquant l’encéphale, ont pour caractère spécial la tristesse; qu’enfin la salivation, à la suite de l'usage des préparations mercurielles, dans les maladies vénériennes , est peut-être aussi un signe de guérison commençante particulier à ce genre de maladie, etc. S'il faut dire la vérité, j'estime que les cas de maladies qui guérissent ainsi par des modifications de quelques sécrétions spéciales , sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense généralement. Je crois, au reste, trouver bientôt l’occasion de revenir sur ce point

de doctrine.

Mais quelle peut être la raison présumable de cette spécialité? Cette raison , qui ne peut être uuique, je ne la connais point ; aussi n’ai-je garde de vouloir donner comme telle ce que je vais dire : je me contente de le soumettre à .nres juges et de le regarder comme non tout à fait dénué de vraisemblance. La plupart des maladies qui se terminent par des crises reconnaissent pour cause de leur existence, j'ai déjà eu occasion de le faire sentir, ou bien l'absorption trop considérable de l’un des fluides sécrétés par l’organisme lui-même, ou bien labsorption d’un principe qui, venu du dehors, jouirait de propriétés également nuisibles. Dans le premier cas, il est rationnel et tout à fait conforme aux lois de la j:hysiologie que l’ordre se rétablisse dans l’économie humaine par l’excrétion même du liquide dont la présence a caucé tout le mal. Or, de tous les organes sécréteurs propres à une telle opération , quel est celui qui sera choisi de préférence? Sans aucune espèce de doute, c’est celui-là même qui aura fourni le liquide dont le transport par toutes les parties du corps a déterminé la maladie. Ce sera lui, dis-je, plutôt que tout autre, car plus que dans tous les autres aussi, les propriétés vitales qui lui appartiennent, et en vertu desquelles il exerce ses fonctions propres, sont en rapport avec là nature du liquide résorbé, et personne n’ignore que cette relation du principe à éliminer avec la sensibilité de l'organe qui doit le faire ; est une condition tout à fait indispensable. Il en serait absolument de même dans le cas où le principe morbide viendrait du dehors; quel qu'il soit, ce principe aura toujours, par sa composition chimique, des rapports plus intimes avec la manière de sentir de tel organe sécréteur, qu'avec celle de tel autre; de là l'action éliminatrice du premier et la nullité absolue du second pour cet effet. Il est, jusqu’à un certain point, facile maintenant de s'expliquer comment {es mêmes maladies , presque toujours déterminées par la même cause, se lerminent assez habituellement par la même sécrétion critique. On imagine bien que cette règle ne peut être érigée en principe absolu, et qu'elle admet au moins quelques exceptions. Voici les deux principales :

1°, Si, à l’époque où la crise est sur le point d’avoir licu, l'un de

( G2 ) nos organes sécréleurs se trouve jouir actuellement d'une susceptibilité extrêmement vive, et capable de donner aux sympathies qui l’unissent avec le issu malade un ascendant incontestable, la crise se fera dès-lors dans l'organe dont la susceptibilité est devenue ainsi prédominante, et non plus dans celui qui a sécrété le liquide dont la présence a. perverti quelqu'une des fonctions organiques. Que l'on se rappelle bien les circonstances, qui ont accompagné la crise hémorrhagique rapportée dans le seizième fait, et l'on y trouvera la ‘preuve de ce que j'avance ici, [Il est bien démontré, pour moi, que si la dame Henriette Blondot n’eût point été grosse. pendant la durée de: sa, fièvre bilieuse , la maladie eût incontestablement présenté beaucoup moins de tendance à se terminer par une hémorrhagie utérine , et que c'est sans aucu'i doute à une extrême prédominance de susceptibilité de Ia matrice que l’on doit d’avoir vu cet organe devenir le siége de la détonation critique. Je n’entends point insinuer par là que sans la grossesse l'état fébrile eût eu nécessairement une autre terminaison; ik est, en effet, très-aisé de concevoir que, même pendant. sa vacuité, l'utérus eût pu fournir une hémorrhagie soulageante, en vertu d’une prédominance naturelle, si commune chez les, femmes, et indépendamment de toute prédominance vitale accidentelle. Le huitième fait consigné dans ce mémoire justifie l'observation que j'indique ici, en. même temps qu’il sert de seconde preuve à l'exception énoncée au commencement de cet alinéa ; ce fait a été observé sur moi-même, on le sait. Or, à l'époque où je fus atteint de la fièvre inflammatoire dont J'ai raconté les principales circonstances, mes glandes salivaires,, autant que ma mémoire peut me le rappeler, ne se montrcrent ni plus sensibles à leurs agens excitateurs, ni plus, actives, dans. leurs fonctions spéciales ; et cependant vingt-un jours après, la malailie se termipait par un piyalisme de plusieurs semaines; c’est que naturellement chez moi elles ont une étrange aptitude à sécréter abondum-. ment ; J'ai peine à rester quelques minutes sans cracher, et peut-être cet excès de: produit salivaire est-il une des. raisons pour lesquelles, sans presque.me donner-le temps de mâcher mes.«limens,, je ne laisse

pas que de les digérer très-bien. Il est un troisième fait auquel s’at-

tache quelque importance, et qui vient à l'appui de tout Ce qui pré-

cède, je veux parler de l'établissement de la sécrétion lactée, que l’on

peut. non sans quelque raison , considérer conime une crise Yéritable. Voici ce qui se passe. Pendant neuf mois entiers le produit de la conception séjourne dans la matrice. Chargé temporairement d'une fonction d’une si haute importance , cet organe acquiert dès-lors un degré de vitalité qu'il n'avait pas auparavant; par suite, ces rapports sympathiques se dessinent avec plus de vivacilé, et voilà précisément pourquoi les mamelles, organes si essentiellement placés sous sa dé-

pendance, se tuméfient, durcissent, et deviennent le siése d’une exquise sensibilité. Cependant le terme arrive, et le produit de la

conception est expulsé au dehors; en vertu du travail de l'enfantement, des douleurs qu'il a causées, des efforts inouis dont il a été

l’occasion , en vertu de plusieurs autres circonstances qu'il serait trop

long de détailler ici, une fièvre survient dès le second ou le troisième

jour. Admettez qu'il faille une crise à cette fièvre, quel sera son

siége ? Il sera , par tout ce qui vient d'être dit, dans l'organe le plus vi-

vant, le plus impressionnable, le plus capable, en un mot, de con-

centrer sur lui-même toute l'action nouvelle qui constitue le mouvement fébrile, c'est-à-dire dans l’une et l'autre mamelle : eh bien! c’est

ce qui arrive en effet; ce résultat est connu de tout le monde. Ceci” explique en partie pourquoi labondance du lait est en raison de la

fièvre qui a précédé ; pourquoi l'absence de celle-ci est assez commu-

nément suivie de l'absence de celui-là ; pourquoi dans le cours de la

laictation , s'il survient quelque fièvre, il n’est pas rare de voir la sécré-

tion lactée augmenter sensiblement , la crise nouvelle s'étant opérée

sur les glandes mammaires elles- mêmes ; pourquoi enfin une nour-

rice peut empoisonner l'enfant qu'elle alimente de son lait en fui pré-

sentant la mamelle après un violent accès de colère, etc., etc...

- 2°, Voici une seconde exception à la règle précédemment énoncée

d’une manière générale, que quand la suppression d'une sécrétion de-

vient cause efficace d’une maladie, c’est par le retour de la fonction sup-

( 64 ) primée que l'harmonie et l'équilibre se rétablissent dans l'organisme. I'est d'expérience que certains organes sécréteurs ont avec certains autres des rapports fonclionnels en vertu desquels l’action des premiers diminuant celle des seconds, augmente d’une quantité proportionnelle, et réciproquement. Cette assertion ne peut être douteuse quand il s'agit des fonctions sécrétoires du tissu cutané, comparées à celles du tissu muqueux, et de ces deux dernières comparées à l’action propre des glandes rénales. Ne sait-on pas, en effet, que lorsque la peau n’exhale qu'en très-petite proportion cette sérosité que nous ayons appelée sueur, il est presque constant de voir les membranes muqueuses, celles des intestins surtout, présenter daus leurs fonctions exhalantes une énergie inusitée? Et, d’un autre côté, n’a-t-on pas des preuves irrécusables que quand les muqueuses sécrètent avec une sorte de lenteur et d'inertie, le tissu dermeux extérieur, réparant dès-lors par ses fonctions propres les méfaits d’une inaction ailleurs commençante, ne tarde pas à devenir le siége d’une abondante diaphorèse ? Il y a donc entre l'enveloppe tégumentaire extérieure et l'enveloppe tégumentaire intérieure un antagonisme fonctionnel que l'on ne saurait contester. De là les sueurs et la constipation si habituelles en été ; de là, au contraire, pendant l’hiver, l'absence de toute diaphorèse et la présence si commune de diarrhées rebelles ; c'est que dans l’un des cas, les vents frais, les journées humides, et généralement une basse température, venant à frapper brusquement sur la première de ces enveloppés ,’ralentissent son activité sécrétoire , et deviennent ainsi la cause d’une plus grande exhalation dans la seconde ; c'est que dans l’autre cas, les vents chauds, les temps secs, et en général une haute température, agissant en sens inverse sur celte même enveloppe, en activent les fonctions perspiratoires et diminuent d’autant la sécrétion muqueuse. Quoi qu’il en soit, si maintenant on comipare la sécrétion urinaire avec celles dont il s’est agi jusqu’à cette heure, ou verra que le résultat de cette comparaison, loin d’infirmer notre proposition premiére, est de nature à la confirmer davantage, En effet, lorsque pendant la saison de l'hiver, à cette époque, où,

( 65 } d'après toul ce que je viens de dire, la transpiration étant nulle , une sursécrétion intestinale devrait s'établir , lorsque, dis-je, les muqueuses n’atteignent point à ce degré d'énergie vitale capable de leur faire suppléer par l'abondance de leur fluide propre les sueurs anéanties : ce sont alors les glandes rénales que la nature charge de cette opération ; et voilà comment la diurèse pouvant alternativement devenir succédanée de la transpiration cutanée et de la transpiration muqueuse , il n’est point rare de voir diminuer la première de ces dernitres fonctions sans augmentation correspondante de la seconde, et réciproquement. C’est là ce qui arrive dans l’état physiologique de l'organisme. Eh bien ! la même loi subsiste, quand, bouleversé par le malaise de l’un de ses instrumens, ce même organisme n'offre déjà ptus les premières conditions d’une santé parfaite; elle subsiste, disje, lorsque faisant effort pour exsuder le poison qui le trouble, on le voit départir à quelque organe sécréteur cette destination temporaire. Je voudrais pouvoir donner ici un tableau indiquant d’une manière exacte l’ordre dans lequel les sécrétions critiques se remplacent d’ordinaire; mais sa confection suppose une expérience qui manque encore à mon âge. Toutefois, si malgré ma jeunesse il m'est permis de dire ce que j'ai pu observer à cet égard , je crois que l’on peut établir comme règle à peu près générale, 1°. que quand une affection doit se terminer par une diaphorèse, si celle-ci n’a pas lieu, c’est par une sursécrétion muqueuse que la guérison arrive; 2. que quand, au contraire, elle doit naturellement finir par cette dernière crise, si elle ne survient pas, ce sont les sueurs qui la remplacent; 3°. que quand une maladie est de nature à rendre probable l'établissement d’une diarrhée ou d’une diaphorèse critiques, si ni l’une ni l’autre ne se manifeste, il est presque constant de voir une diurèse abondante se substituer en leur lieu et place; 4°. que réciproquement, dans le cas où la crise devant se faire naturellement par les urines, ces derpières ne témoignent ni par leur quantité ni par leur qualité de l’existence de cette opération nouvelle, il est très-ordinaire que le tissu dermeux externe ou le tissu dermeuxinterne en deviennent eux-mêmes

le siége spécial; 5°, j'ai des raisons de penser encore que si une maladie qui,par sa nature ou par son siége,devait vraisemblablement disparaître par l'explosion de larmes abondantes , en est empêchée pour des raisons particulières , la sécrétion qui dès-lors a le plus de tendance à se substituer à la sécrétion retardataire, est celle de la glande hépatique; 6°. la proposition inverse peut être aussi donnée comme l’expression d’un fait généralement vrai et qu’il est facile de vérifier ; -°. enfin les glandes salivaires et le pancréas m'ont toujours paru, sous le rapport des crises dont ils pouvaient devenir le siège, succédanés les uns des autres. Il résulte de ce rapprochement, que la raison probable en vertu de laquelle certaines sécrétions peuvent ainsi en remplacer certaines autres, paraît consister bien moins dans la nature que dans la quantité matérielle du produit que dans un temps donné chacune d'elles peut fournir. Aussi voyons-nous que les organes, capables par leur volume ou par leur énergie fonctionnelle de sécréter le plus, ont pour succédanés des organes analogues; qu'il en est tout à fait de même pour ceux qui ne sécrètent que modérément ; de même encore à l'égard de ceux dont les fonctions sécrétoires sont le plus lentes. Ne semblerait-il pas que tel individu présentant telles ou telles conditions organiques doit par là même, dans uu espace de temps fixe, rejeter une quantité déterminée de produits excrémentitiels ; que cette quantité , toujours la même, tant que les mêmes conditions vitales subsistent, ne peut éprouver de diminution dans l’un des produits qui concourent à la former sans qu'aussitôt un autre ne rétablisse l'équilibre par une augmentation proportionnelle; et qu'ainsi dans cette circonstance l'harmonie organique dépend bien plus de la masse expulsée que des élémens qui la constituent ?

J'aurais à tirer de tout ce qui a été dit jusqu’à présent sur le siège des crises de nombreuses conséquences utiles en pratique; faute de temps , je me bornerai aux suivantes. Puisqu'il paraît à peu près certain que chaque genre de maladies a son genre de crises, il sera préférable, la nature du mal et de la crise à laquelle il doit donner lieu étant connue, de diriger surtout , mais en temps opportun , ses

(} 67) moyens de traitement vers l'établissement de cette dernière ; que si, par une disposition organique quelconque , on entrevoyait quelques inconvéniens à provoquer ou à laisser spontanément s'établir la sécrétion critique dans l'organe , qui naturellement , et d’après les lois de l'organisme, doit en être le siége, il faudrait chercher à la fixer d’une manière sûre dans son succédané. Dans le cas où les mêmes inconvéniens existeraient aussi pour ce dernier organe, il serait rationnel de se retrancher sur celui qui,offrant actuellement la plus vive susceptibilité vitale ou sympathique, présenterait par là même les plus fories chances en faveur de l'établissement d’une crise rapide et soulageante.

D°. LES CRISES ONT-ELLES UNE DURÉE HABITUELLE QU'IL SOIT AISÉ DE FIXER PAR AVANCE ?

Si l’on se rappelle bien les circonstances principales qui ont accompagné la disparition de lexanthème qu'a présenté le sieur Albir:,Barbier, on doit savoir que la diaphorèse survenue le 20 ne s’est terminée que le 22, et a par conséquent offert une durée approximative de trois jours. Chez la dame Billaud, qui fait le sujet de la seconde observation , les sueurs critiques se sont maintenues telles pendant sept jours entiers. Il est bon de remarquer ici qu'il est extrêmement difficile de calculer d’une manière rigoureuse le nombre d'heures et de jours que dure uné crise quelconque : il faudrait pour cela reconnaître d’une manière sûre le moment précis où la sécrétion anormale commence , et celui où elle s'achève; or, cette appréciation exacte me paraît impossible , par la raison qu’une sécrétion critique n'étant en général qu’une sécrétion naturelle augmentée ou pervertie, le passage de l’un à l’autre état se fait le plus souvent d’une manière tout à fait insensible, — La transpiration soulageante qui, chez le-jeune tailleur dont j'ai donné l'histoire, a mis fin à une fièvre bilieuse de plusieurs jours de durée, a été elle-même de deux septénaires complets. Quant à la demoiselle Louise Descombière (quatrième observation), elle a présenté, ainsi qu’on peut le lire, une crise

diaphorétique qui, apparue le 16 juin, s’est maintenue seulement jusqu'au 18. — Le cinquième fait est celui d’une habitante de la campagne, qui, atteinte d'un phlegmon érysipélateux de la jambe et du pied , a vu pendant dix années consécutives cette phlegmasie chronique disparaître en partie tous les quinze jours ou toutes les trois semaines , à la suite d’une sursécrétion intestinale, considérée dès-lors comme crise favorable ; or, presque toujours, chez cette femme, la crise diarrhéique a été à peu près d’un demi-septénaire. On lit dans la huitième observation, que la salivation abondante, survenue le vingt-unième jour de la fièvre inflammatoire , a eu une durée de plus de quinze jours ; Comme je suis moi-même le sujet de cette observation , je puis à cet égard fournir des données positives : or, j'affirme que le ptyalisme, qui effectivement a commencé à devenir moins considérable dès la fin de la seconde semaine, ne s’est complètement terminé qu'après la troisième. Enfin la sécrétion bilieuse qui, chez la demoiselle Henriette Marceille (neuvième observation) , a terminé uue fièvre quotidienne déjà à son quatrième accès, n’a pas eu plus de sept ou huit jours de durée. ù

Que conclure de tout ce qui précède? C’est que, s’il est expérimentalenient démontré d’une part que les maladies, en prenant pour unité de temps la journée elle-même, ont pour la plupart une durée demi-septénale, septénale, ou multi-septénale, de telle sorte que les quatrième, septième, onzième, quatorzième, dix-septième, vingtunième jours de leur existence, elles ont plus qu'à toute autre époque disposition, pente, et tendance à une résolution favorable , il n’est pas moins avéré d’un autre côté que les sécrétions critiques adoptant dans leur marchela même régularité apparente que les maladies dont elles sont le terme, finissent aussi de préférence au bout d’une demisepténaire , d'un septénaire entier, ou de plusieurs semaines. Cette conformité paraîtra moins surprenante, si l'on veut bien réfléchir qu’une sécrétion critique n'étant en réalité que le complément d’une affection que l'expérience a démontrée régulière dans sa marche, il est presque physiologiquement nécessaire qu’elle-mêine présente la

même régularité, et soit coupée par les mêmes périodes, Telle est la première loi qui dérive clairement de l’ensemble des faits observés. En voici maintenant une seconde : et celle-ci, non-seulement résulte de la comparaison des faits cités précédemment, mais elle peut être aussi déduite de la première , comme une de ses justes conséquences : c’est qu’une crise quelconque a, en général , la durée qu’aurait eue elle-même la maladie à laquelle elle succède , si cette maladie , abandonnée aux seules ressources de l’économie , se fût terminée sans aucun écoulement critique. Ce second principe , établi sur la durée des crises, me paraît fondamental en pratique ; et à ce titre, il est bien possible que plus tard j'entre dans quelques développemens. 1°. Toute crise marche en général par septénaire et demi-septénaire , à l’instar de la maladie à laquelle elle fait suite ; 2°. toute crise complète communément par sa durée celle qu'aurait eue l'affection dont elle est l'heureuse issue, si, abandonnée à elle-même, cette affection eût présente une tout autre terminaison. Telle est la double loi que fonde l’expérience sur la durée absolue des sécrétions critiques ; mais il est aussi une durée relative , j'entends une durée subordonnée à quelques conditions organiques dont elle dépend essentiellement , et qu’il importe maintenant d'examiner. Je le ferai brièvemient. ;

Ta nature du liquide dont la sécrétion a servi de crise me paraît être, de toutes les circonstances capables de modifier la durée absolue de l'écoulement critique, celle dont l'influence est le moins douteuse. Les faits que j'ai cités ne peuvent pas m'être d’un grand secours pour éclaircir cette question ; mais si je m'en rapporte à ce que j'ai pu observer sur ce point depuis le commencement de mes études médicales jusqu’à ce jour, je suis très-porté à croire que sous ce point de vue la crise hémorrhagique est de toutes la moins longue , qu’au contraire les sueurs sont celles qui finissent le plus lentement; qu’enfin les crises urinaires et catarrhales semblent être, sous ce rapport, intermédiaires aux flux sanguins et à la diaphorèse. Il me serait bien difficile de classer les autres sécrétions, n'ayant aucune donnée qui me permette de les comparer entre elles : je crois cependant que si on a

(7% ) | égard à la promptitude avec laquelle certaines de ces sécrétions débilitent l'organisme, circonstance qu’une sage nature n’a pu négliger, quand il s’est agi de metire des bornes à la durée d’une aussi importante fonction. je crois, dis-je, qu'après les hémorrhagies, la crise sperinatique doit être la plus courte, puis la crise salivaire, puis la crise bilieuse, après laquelle je placerais celles qui s’opèrent dans les glandes rénales et à la surface des membranes muqueuses; la transpiration viendrait en dernier lieu, ainsi que déjà j'ai eu occasion de le dire. Il est bien entendu que ce que je viens d'exprimer n'infirme en rien la vérité des deux lois précédemment établies ; je m'explique : lorsque j'avance que la nature du liquide sécrété influe positivement sur la durée des crises , je ne veux pas donner à penser que dès-lors l'écoulement ayant lieu pendant un temps, tantôt plus grand, tantôt moindre, mais toujours fort indéterminé, il puisse habituellement marcher au hasardet dévier du type septennal ou demi-septennal; je veux seulement indiquer par là que chaque espèce de liquide sécrété a communément un nombre fixe de seplénaires ou de demi-septénaires qui constituent sa durée propre; qu'il en faut plus aux uns, comme aux urines et à la matière de la transpiration, moins aux autres, tels que les hémorrhagies, la liqueur spermatique, etc. Je désire qu'on saisisse toute ma pensée ; car l'observation que je fais ici étant applicable aux deux ou trois autres accidens organiques dont la présence modifie la durée absolue des crises, je n’y reviendrai pas, si dès à présent J'ai été bien compris. Pour que la nature du liquide ait sur une crise l'espèce d’influence que je viens de signaler, il y a une condition importante : et en effet, si J'ai bien démontré ailleurs que dans la plupart des vas, à telle maladie est particulièrement attachée telle sécrétion critique, on doit prévoir que quand il y aura incohérence sous ce rapport, c'est-à-dire, que quand la crise ne répondra point par sa nature à celle du mal qu’elle doit résoudre, il devra y avoir dès-lors trouble et désordre dans la marche de cette fonction temporaire. Voilà très-probablement pourquoi dans la quinzième observation l’hématémese et V’hémoptyste, qui ont servi de crise à une fièvre bilieuse,

ont eu une durée si désespérante ; pourquoi encore dans le neuvième fait, le ptyalisme quia mis fin à une fièvre inflammatoire a persisté impitoyablement pendant environ trois semaines. Quant à moi, je reste bien convaincu que, si l’hémorrhagie eût accompagné la fièvre inflammatoire, et des vomissemens bilieux la fièvre du même nom , ni l'une ni l’autre de ces deux maladies ne se serait offerte avec la gravité qui a caractérisé la dernière période de chacune d'elles.

Ce n’est pas seulement le genre de liquide dont l'écoulement constitue la crise qui apporte des changemens à sa durée : sa quantité est aussi pour beaucoup dans l'influence qu'il peut exercer sur elle. Ainsi, toutes choses étant d’ailleurs égales, une sécrétion critique finira d'autant plus rapidement que l'énergie fonctionnelle de l’organe où elle s’est faite sera plus grande, ou, en d’autres termes, que la quantité de liquide qu'il fournira dans un temps déterminé sera plus considérable. Il ne me serait pas difficile de trouver dans le petit nombre d'observations consignées ici la preuve de ce que j’avance ; pour éviter de fastidieux détails, je ne me livrerai pas à ce nouvel examen : mais si l’on veut avoir quelques raisons tirées de la nature même des choses, je dirai qu’un écoulement critique étant en général une œuvre éliminatoire, il doit arriver d'autant plus vite à l’accom plissement de ce but que son action éliminatoire est plus vive; d’un autre côté, toute crise complétant d'ordinaire par sa durée celle de la maladie à laquelle elle succède, comme une maladie a communément une marche d'autant plus rapide qu’elle est plus aiguë, il est naturel que la crise qui la remplace, et qui doit offrir la même physionomie, soit aussi d’autant moins longue qu’elle sera plus intense; enfin j'ai dit ailleurs qu’une nature sage et prévoyante avait indispensablement dû donner une mesure à un écoulement qu’elle-même avait institué dans de certaines bornes comme condition de soulagement. Or, parviendrait-elle à son but si à la longueur de la durée se joignait une grande abondance de liquide? Je ne saurais le croire. Il me semble inutile de rappeler ici ce que j'ai déjà dit dans le précédent alinéa, savoir : que toutes ces remarques n'invalident point la doubie loi for-

(72%) mulée au commencement de cet article, puisque l'influence que j'assigne à la quantité du liquide qui s'écoule sur la durée qu'il doit avoir, ne porte nullement sur le type septennal ou demi-septennal , mais bien sur le nombre de septénaires ou de demi-septénaires.

La nature de la maladie, la partie sur laquelle elle a son siége, son acuité et son étendue, sont encore autant de circonstances qui, si je ne me trompe, doivent avoir une importance réelle dans la durée des flux critiques. Je n’entreprendrai pas de discuter toutes les parties de cette question : n'ayant ni le temps, ni les élémens nécessaires pour entrer dans un pareil examen, les développemens que je donnerais en ce moment ne pourraient jamais être que fort incomplets, et j'aime mieux me taire. :

Entre les conséquences qui peuvent être tirées des considérations faites sur la durée des sécrétions critiques, je crois que l’on doit citer, comme étant d’une plus fréquente application, les suivantes :

1°. Lorsque, dans une maladie, on voit apparaître un flux inusité par sa quantité ou par ses qualités, il est essentiel de s'assurer si ce flux forme crise, ou s'il à un tout autre caractère. Dans le premier cas, en effet, il importe de lui laisser sa durée habituelle, en éloignant toutes les causes qui tendraient à le supprimer (car de là dépend la guérison); dans le second , au contraire , il pourra être quelquefois utile de ne pas s'en occuper; mais dans le plus grand nombre defcirconstances il y aurait à ne point le combattre imprévoyance condamnable.

2. Une sécrétion critique apparaît; elle est reconnue pour telle ; quelle sera sa durée? En thèse générale, la crise se prolongera pendant un ou plusieurs demi-septénaires, pendant un ou plusieurs septénaires entiers; mais le nombre précis de demi-septénaires ou de septénaires complets pendant lesquels elle persistera, étant subordonné 1°. à la nature du liquide sécrété; 2°. à son abondance; 5°. à l'espèce de maladie ; 4°. à son siége, son étendue, son acuité, etc., il sera indispensable d’avoir égard à toutes ces circonstances, si d’avance on veut statuer avec précision sur cette durée.

5°. Toute crise ayant une durée à elle propre, il est clair que dans le cas où l'écoulement s’arrêterait avant le temps accompli, quelques inconvéniens pourraient en être la suite : tel serait entre autres le retour ou une aggravation de la maladie primitive. De là le si utile précepte de ne contrarier en rien un flux critique, d’éloigner soigneusement toutes les influences qui seraient de nature à le diminuer ou à l'anéantir, de l'aider même par tous les moyens qui sont en notre pouvoir , s'ilest trop faible ou s’il fait mine de vouloir cesser.

4°. S'il y a des inconvéniens à ce qu’une crise reste en-deçà de sa durée , il ne doit pas y en avoir moins qu'elle aille au-delà. Ces incon véniens , signalés surtout dans l'article qui va suivre, consistent entre autres dans une débilitation successive qui peut mener à l'épuisement. De là le conseil de combattre ouvertement un flux critique qui, ayant atteint son but, la guérison du malade, ne peut plus avoir sur ce dernier qu'une action désavantageuse et des effets nuisibles.

5°. Il est de fait que nous avons entre les mains des moyens quelquefois certains de provoquer des crises : ainsi, la lancette et les sangsues , les sudorifiques, les purgatifs, les sialagogues, l'aloès, les diurétiques et certains aphrodisiaques, ne sont rien autre chose que des agens qui, ayant sur nos organes exhalans et sécréteurs une action spéciale, produisent à notre gré des crises hémorrhagique, diaphorétique, muqueuse, salivaire, bilieuse, urinaire, spermatique, etc. Or, d'où vient que ces crises artificielles n'ont jamais, on presque jamais, les mêmes avantages que celles qui surviennent spontanément ? On peut donner sur cette différence plusieurs raisons : ainsi, dans le cas de crise spontanée, rien n'étant soumis aux caprices du médecin, et, partant, rien n'étant arbitraire, l'émonction se fait en temps plus opportun , se soulient avec plus d’uniformité, prend des qualités diverses, et se nuance suivant une foule de modifications que le tact médical le plus-sûr ne saurail jamais saisir. Mais il y a encore une autre raison relative à {a durée , et, selon amoï, c'est da principale : lorsqu'une crise n’est pas provoquée, communément .e/le dure assez pour emporter le mal, et assez peu toutefois pour me point occasioner

(74 ) un mal nouveau ; eh bien! voilà le double éeueil contre lequel viennent échouer les crises artificielles. Si vous ne persévérez pas dans l’usage des moyens aptes à les produire, elles deviennent insuffisantes; si vous persisteéz, au contraire, l'impulsion donnée aux fonclions sécrétoires devenant trop vive, vous n'êles plus le maître de limiter leurs effets.

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