‹ Essai sur les crisesChapitre 6 sur 18 · DES SÉCRÉTIONS MUQUEUSES CONSIDÉRÉES COMME CRISES DES MALADIES · texte numérisé non relu

DES SÉCRÉTIONS MUQUEUSES CONSIDÉRÉES COMME CRISES DES MALADIES

Ve, o8sERvATION. Une femme de la campagne, âgée de soixante-six ans, d’üne stature ordinaire , mais paraissant encore douée d’une force physique peu commune, fut reçue à l'Hôtel-Dieu le 16 mai 1830, et couchée au n°. 12 de la saïle Saint-Lazare, sous le nom de Rose Dubois-Tupinière. L'histoire de sa vie jusqu’à l'âge de cinquante-un ans wayant aucun rapport avec la maladie dont elle se trouve actuellement atteinte , je la passe sous silence , faisant observer seulement, comme preuve de sa résistance aux causes de trouble et dé la vigueur de sa constitution , qu'elle a été à peine fatiguée par douze couches successives dans l’espace de quinze ans, et que malgré les influences de nom-

breuses causes pérturbatrices, les règles pendant trente-quatre ans se sont invariablement montrées le même jour jusqu'à sa cinquateunième année, époque à laquelle elles cessèrent naturellement de couler sans accident aucun et sans commotion appréciable.

À cinquante-six ans , la dame Dubois-Tupinière, ayant vu son mari frappé d’une maladie très-grave, passa à lui donner les soins que réclamait son état neuf nuits consécutives, au bout desquelles, excédée de fatigues et tourmentée par la crainte de le perdre, elle fut prise ellemême d’une fièvre inflammatoire extrêmement vive, qui au quatrième jour se termina par un érysipèle phlegmoneux du pied et de la jambe gauche depuis les orteils jusqu'au genou. Ceci se passait, ai- Je dit, vers la cinquante-sixième année de son âge; elle en a aujourjourd’hui soixante-six ; or, dans aucun cas, pendant cet intervalle de dix ans , l’érysipèle phlegmoneux dont je viens de parler n’a complètement disparu. Mais voici une circonstance qui constamment a déterminé dans l’état de la dame Dubois-Tupinière une amélioration notable, quoique passagère. j

: De quinze en quinze jours, quelquefois à des intervalles plus rapprochés , et assez souvent à des époques plus distantes , il survenait une supersécrétion intestinale muqueuse ; la malade conservait de la diarrhée pendant quarante-huit heures ; les urines devenaient plus abondantes, et la jambe perdant à la fois de sa rougeur et de son volume, devenait en même temps beaucoup. moins douloureuse ; parfois même l'amélioration se montrait si évidente et si palpable, que la dame Dubois se considérait comme radicalement guérie. Quoi qu'il en soit, au reste, ces évacuations alvines abondantes se faisaient sans aucune espèce de douleur dans le ventre ; après une durée habituelle de quarante-huit heures, elles cessaient peu à peu, et le bienêtre dont elles avaient été la cause persistait en partie jusqu’à occurrence d’une fatigue physique nouvelle ou d’une commotion morale quelconque. Alors nouvelles douleurs, nouvelle tuméfaction, nouvelle rougeur, qui disparaissaient encore à la manifestation de la

( 20 ) crise périodique. Télles ont été pendant dix ans entiers les causes des alternatives de bien-être et de malaise chez la dame Dubois.

Entrée le 16 mai à l'Hôtel-Dieu , elle en est sortie lé 30, non encore complètement guérie , mais ayant sa jambe à peu près réduite au volume de l’autre. Or, pendant tout cet espace de temps, connaissant les bienfaits des évacuations fréquentes chez la dame Rose Dubois, M. le professeur Récamier, dans le but de favoriser cette disposition diarrhéique, a constamment prescrit des boissons laxatives. Le repos le plus parfait a été gardé par la malade, et en outre elle a été soumise à une compression permanente uniforme et légère, dont les bous effets sur la jambe malade, lieu de son application, se sont presque immédiatement manifestés. Je ne dois pas terminer cette observation sans dire un mot de la nature des matières qui constituaient les diarrhées périodiques dont il vient d'être quéstion , et que j'ai pu ‘examiner une seule fois.

Leur abondance était extrême;

2°. Leur consistance, celle d’une purée homogène qui résulterait d'une farine grossière délayée dans de l’eau;

Elles n'avaient aucune odeur sensible ;

4°. Mais elles se présentaient sous l'aspect d'un blanc sale, également distinct du jaune-vert , des diarrhées bilieuses, et de la transparence albumineuse qui appartient aux flux pancréatiques ;

. Enfin, leur excrétion s’opérait sans chaleur à l'anus, ni épreinte. dà remarquons bien que la chaleur brûlante à l'anus est caractéristique des flux bilieux, tout comme les vives épreintes du rectum décèlent infailliblement la présence des produits PRNCCESR AUS

Remarques. L'observation qui précède n’est pas sans quelque intérêt; on y remarquera :

1°. L'extréme résistance de la constitution de la malade: aux nom-

(ar) breuses causes qui pouvaient la troubler. Jusqu'à cinquante-six ans , la dame Dubois a vécu sans avoir donné signe de maladie, passant ainsi sans aucune perturbation les époques orageuses de l’établissement des règles et de leur cessation ;

2°. L'apparition d’une fièvre inflammatoire excessivement intense qui se montre à la suite d’une commotion morale et physique, et qui se termine le quatrième jour par un phlegmon de toute la jambe gauche et du pied ;

3°. La persistance pendant dix années entières de ceite phlegmasie locale, et la ténacité envers tous les moyens employés contre elle, double caractère parfaitement en rapport avec la constitution: éminemment réfractaire de la malade ;

4°. L'apparition à des époques à peu près déterminées de flux muqueux très -abondans, pendant la durée desquels l’'inflammation disparaissait en grande partie, mais toujours insuffisante pour en déterininer la disparition complète. Il est assez présumable que dans tout autre sujet doué d’une constitution moins opiniâtre à se maintenir dans son mode actuel d'existence, la crise muqueuse dont j'ai parlé aurait suffi pour amener la dame Dubois à une guérison radicale.

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