‹ Essai sur les crisesChapitre 8 sur 18 · DE LA SÉCRÉTION SALIVAIRE, CONSIDÉRÉE COMME CRISE DES MALADIES · texte numérisé non relu

DE LA SÉCRÉTION SALIVAIRE, CONSIDÉRÉE COMME CRISE DES MALADIES

VIII: ossenvarTion. En juin 1821, je me trouvais dans une maison d'éducation située vers le midi de la France. Le local était peu spacieux , le nombre des élèves considérable , et cette année-là, tout le monde peut sc le rappeler encore, les chaleurs furent excessives. Toutes ces causes de trouble, sans parler ici de l'accomplissement des statuts réglementaires, que généralement on accusait de rigueur, rendaient le séjour de Ia maison à peu près insupportable.

Déjà quelques-uns de ceux que la nature avait le plus favorisés sous le rapport de la vigueur (car il est à remarquer que dans cette épidémie , les élèves les plus fortement constitués furent, toujours les premiers malades ), avaient donné des signes non équivoques d’une fièvre inflammatoire extrêmement vive; mais rien encore n’était capable de faire naître de sérieuses inquiétudes.

Sur ces entrefaites survint la fête du proviseur , et à cette occasion Ja promenade obligée de six lieues; quoique lente, la marche fut fatigante et pénible, à cause de l'élévation de la température. C’est de ce moment que data l'explosion. Dès le lendemain, en effet, je me trouvai, avec plus de trente de mes condisciples, dévoré par une fièvre ardente, à laquelle plusieurs saccombèrent.

(amy J'avais alors seize ans, ina santé avait toujours été boune, €t je n'avais eu en toute ma vie que quelques hémorrhagies nasales , effet innocent et nécessaire du tempérament sanguin dont j'offre tous les attributs. Si ma mémoire ne me trompe point, voici à peu près ce que j'éprouvai dans cette circonstance :

1 Üne chaleur fatigante et continue me semblait pénétrer toutes les parties de mon corps; ce sentiment me fut d’abord si pénible, que le jour même de l'invasion on fut obligé de me coucher sur la

paille fraiche, ne pouvant supporter ni le crin , ni à plus forte raison la laine ;

2°. Tous mes sens s’exaltérent au point de me devenir en partie inutiles dans leurs usages spéciaux ; ainsi lorsque je fixais mes regards sur quelqué objet, j'en étais presque aussitôt fatigué ; et pour peu que je continuasse à lui porter attention, je ne tardais pas à éproufer desillusions qui me le faisaient méconnaître. Le moindre bruit m'était insupportable ; et quoique très-sensible à ce genre d’excitation, je me souviens très-bien que j'étais incapable d'en percevoir les nuances : pour expliquer ma pensée, j'eusse été vivement impressionné par une conversation, et cependant il m'eût été presque impossible de distinguer la voix bien connue des interlocuteurs, — Les sens du toucher, de l'odorat, du goût, étant habituellément moins exposés aux agens qui les mettent en action que ceux de la vue et de l'ouie, je n'ai en ce moment aucune idée des modifications qu'ils subirent, — Il n’en est pas de même de l'appareil locomoteur; j'étais accablé, comme contus, et J'en avais la conscience ; il m'eñt été bien difficile de rester debout ou même assis, seulemeut une minute; toutes les fois que des. besoins naturels exigeaient l'une ou l'autre de ces deux aititudes, un tremblement me saisissait, et je ne pouvais soutenir ma tête ; j'avais alors des étourdissemens, quelquefois même des pertes de connaissance. — Quant au sens interne, je me sentais un grand mal de têle; je ne sache pas cependant avoir jamais complètement perdu

( 28 ) mes facultés intellectuelles ; j'ai eu parfois , ilest vrai, des révasseries nocturnes, mais jamais un véritable délire.

3°. Je n'avais aucun appétit, mais j'étais dévoré d’une soif inextinguible; aucune douleur ne sé faisait sentir dans mes entrailles, et du côté de cet appareil, rien, absolument, rien n’était capable d'expliquer cs phénomènes que j'éprouvais; j'avais seulement un peu de constipätion. — Il paraît que la circulation était extrêmement active, car ma figure était vultueuse, et toute la surface de ma peau légèrement colorée en rose; j'eus aussi quelques épistaxis, qui me soulagèrent. — Je ne crois pas avoir rien éprouvé du côté de l'appareil respiratoire, si ce n'est un impérieux besoin de respirer un air frais et fréquemment renouvelé : ce besoin était si réel, que le séjour à l’infirmerie me devint insupportable, et qu’on fut obligé de placer mon lit dans une assez vaste chambre où je demeurai seul. — La plupart des sécrétions se supprimèrent, ou du moins diminuërent considérablement. Ainsi, par suite de l'absence de toute transpiration cutanée, muqueuse, etc., ma peau devint sèche et aride, ma bouche et ma gorge brüûlantes ; il y eut de la constipation; mes yeux étaient rouges, et cela vraisembla-

lenient à raison de l'absence de toute sécrétion lacrymale, mes urines rares ©çt épaisses.

Je demeuraï trois semaines en cet état, "malgré plusieurs saignées, quelques applications de sangsues, les lavemens émolliens et l'usage des boissons fraîches. Dès les premiers jours du quatrième septénaire, je commençai à me trouver mieux ; mais ce fut aussi à cette époque que commença chez moi une supersécrétion salivaire, qui dura plus de quinze jours, et d’une abondance telle que j'avais à cracher à toutes les secondes. Les alimens fades, comine les fécules, étaient les seuls qui modérassent un peu ce ptyalisme incommode. J’ignore si mes condisciples malades ont éprouvé des effets semblables ; tout ce que je sais, c'est que ma convalescence data de cette époque.

Remarques. Je n'ai pu, ainsi qu’on vient de le voir, citer qu’une seule observalion relativement aux sécrétions salivaires considérées comme

- crises ; encore cette observation m'est-elle tout à fait personnelle. Je sais qu’elle ne peut avoir que bien peu de valeur au concours, puisqu’elle n’a point été recueillie dans l’une des salles de clinique; mais enfiu je la donne pour ce qu’elle vaut, mes juges en feront tel cas qu'il leur plaira Je dois faire observer à l'égard de cette espèce de pénurie de faits, et ce que je dis iei des sécrétions salivaires je le dis également de la plupart de celles qui vont suivre; je dois faire observer, dis-je, à l'égard de cette pénurie, qu’elle dépend bien plus encore de l'inattention et de la mauvaise volonté des malades que de celle des élèves chargés de les examiner. On ne saurait eroire combien il faut multiplier les questions, sous combien de formes il faut les reproduire pour obtenir des réponses un peu nettes, et qui ne s’éloignent pas trop de la vraisemblance. Quoi qu'il en soit, pour revenir à l'observation qu'on vient de dire, je crois que, réduite à sa plus simple expression , elle présente à considérer seulement trois choses : |

1°. Le nombre et l'énergie des causes qui déterminent dans la plupart des élèves des symptômes de fièvre ardente; telles ont été surtout : 1°. la haute température de la saison; 2°. la concentration de trois cenits jeunes gens dans un local étroit et propre à en contenir tout au plus deux cents; 3°. les fatigues physiques et morales de toute espèce ; | |

2°. L'établissement d'une fièvre sanguine active qui, pendant trois septénaires complets, ne m'a pas quitté un seul instant, et s’est montrée assez violente pour exiger dans plusieurs cas de copieuses saignées, et pour ne pas laisser, malgré ces précautions, de donner de vives inquiétudes pendant la seconde semaine tout entière ;

3°. L'apparition vers le vingt-unième jour d’un ptyalisme , avec Jequel commenca la convalescence, et tellement abondant pendant

‘les premiers jours, qu’il fit craindre l'épuisement et prendre des moyens pour le prévenir ; (J'ai dit que les fécules modéraient notablement ce besoin continuel de cracher ).

( 50) 5°. DE LA SÉCRÉTION PANCRÉATIQUE, CONSIDÉRÉE COMME CRISE DES MALADIES,

Il m'a été tout-à-fait impossible, pendant les quatre mois accordés aux concurrens, de rencontrer un seul fait relatif au genre de crise dont il est actuellement question. Cela paraîtra surprenant, et j'avoue que j'en suis moi-même étonné; car si l’on en excepte les sueurs et les urines, de tous les flux ayant caractère de crise ceux qui viennent du pancréas sont peut-être les moins rares. S'il m'était permis de citer des observations autres que celles recueillies dans les salles de la clinique de l'Hôtel-Dieu, je ne serais pas embarrassé; je connais, en effet, un grand nombre de personnes (ce sont des femmes surtout ) qui toutes sont prises à certaines époques fixes d’une dyspnée de plusieurs heures, quelquefois de plusieurs jours, laquelle ne disparaît bien complètement que quand les personnes qui en sont atteintes ont vomi une grande quantité d'une matière incolore, transparente,

visqueuse, semblable, en un mot, à du blanc d'œuf, et probablement sécrétée par le pancréas.

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