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volution. C'était une Danse des Morts complète, découpée ou brodée en blanc, et appliquée sur une pièce d'étoffe noire , de deux pieds de hauteur environ, sur une très grande longueur. Les personnages avaient à peu près dix-huit à vingt pouces de hauteur. Dans les grandes cérémonies funèbres, on la plaçait , en forme de litre , au pourtour du chœur et au-dessus des stalles toutes drapées de noir. La Révolution , en dispersant tout le mobilier de l'église, a fait disparaître ce curieux vestige d'un usage singulier dont les exemples sont rares.
Bale. — Voyez, dans notre II e partie, pour la Danse de Bâle (1439), l'explication de la planche XLIV, qui est tirée de cet important monument.
Strasbourg. — Pour celle de Strasbourg, qui date du milieu du xv a siècle, et que nous reproduisons, voyez l'explication de la planche XIX.
Salisdury. — Dans la cathédrale de celte ville, les murs de la chapelle d'Hungerford , aujourd'hui démolis , offraient encore , au commencement de ce siècle , une représentation connue sous le dire de la Mort et du Jeune Homme ,
beck , renferme une Danse des Morts fort curieuse, dans une chapelle baptismale, située près du porche, et que Ton appelle la Chapellede-rOrgue ou Chapelle-des Morts. Cette peinture fut faite, en 1463 , par un artiste inconnu , et réparée à diverses époques, notamment en 1 588, en 1 642 et en 1 701 . Dans plusieurs tableaux , elle offre quelque ressemblance avec celle de Bâle. Les personnages, moins bien dessinés que dans celle-ci, sont de grandeur naturelle, et escortés chacun d'un Squelette ; mais , au lieu de s'avancer deut à deux , tous se donnent la main et forment une véritable ronde, ce qui paraît plus conforme au type primitif qui a dû inspirer ce genre de composition.
Cette Danse consiste en vingt-quatre personnages rangés par ordre hiérarchique , mais sans distinction des ordres religieux et laïques. C'est presque exclusivement une Danse Macabre d'hommes; car, parmi les mortels, on ne compte que deux femmes '. Les vers naïfs en bas aile-
1 Voici l'ordre des personnages, précédés de deux Squelettes dansant , dont l'un joue de la flûte pour donner le signal de la danse : le Pape , l'Empereur , l'Impératrice , le Cardinal , le Roi , l'tivé- <|tic , le Duc , l'Abbé , le Chevalier, le Moine , le Bourgmestre , le Chanoine , le Noble , le Médecin , l'Usurier, le Chapelain, le Bailli,
manrl nui acftnmnaflrnaÎAnt nriinnairamant Ias
Chaise-Dieu. — Voyez , pour cette Danse de la fin du xv* siècle, dont nous donnons la reproduction , l'explication de la planche XL1I.
Cherbourg. — L'église gothique de Cherbourg renfermait une série de bas-reliefs , qui furent détruits en 1 793 , et parmi lesquels on remarquait une Danse des Morts sculptée en pierre calcaire , de la fin du xv" siècle , qui n'a guère été mentionnée que dans l'Histoire de cette ville, par Verusmor (Cherbourg, 1835, p. 77). Elle était placée sur la balustrade qui décore le triforium ou galerie élevée au-dessus des nefs, à gauche en entrant par la porte principale, à peu près vis-à-vis du banc-d'œuvre , et était comprise dans une série de douze panneaux peu
Dea GeiU vrrmach' ich Gott , da* Gnt den rechten Erbeli , Dem Satan meine Schald , den Leb dcm Tod im Sterben.
( Voilà ud créancier exigeant. — Je ne suis pas un banqueroutier; voici mon testament : — Je lègue mon ame à Dieu, — mon bien à mes héritiers , — mes péchés a Satan et mon corps à la Mort.) Voyez M. Naumann ( Der Tod in allen seinen Beziehungen , ein
Warner, Troster und Lustigmacher ( La Mort sous tous ses
points de vue, comme avertisseur, consolateur et personnage satirique. — Dresde , 1844. ln-12, p. 48. )
11 existe des renseignements assez nombreux sur cette Danse. Parmi ceux-ci nous nommerons celui de Ludovic Suhl , intitulé :
Der Todtentanz.... in der St. Marienkirche inbubeck VonL,
SuM, Lubeck, 178a. ln-4°, avec planches coloriées.
larges, lesquels se continuaient, de travée en travée, jusque vers l'entrée de l'église. Les groupes ne se suivaient pas ; ils étaient pour la plupart interrompus par d'autres panneaux portant des ornements gothiques. Le premier , placé près du chœur, représentait un Squelette qui , avec un tambour, appelait à sa suite des gens de toutes conditions, depuis le Pape et le Roi jusqu'au Mendiant. Ce monument est aujourd'hui entièrement détruit, et il ne reste plus que le tambour du Squelette et audessus un phylactère sur lequel devait se trouver une inscription morale. Les personnages, s'avançant de gauche à droite, n'avaient pas plus de soixante-dix centimètres de hauteur. Il est permis de supposer qu'ils n'étaient pas tous accompagnés d'un Squelette, et, pour que la Danse fût complète , qu'ils étaient placés au nombre de deux dans les panneaux , vu le nombre assez exigu de ces derniers. Cette Danse pouvait avoir ainsi quelque analogie avec celle de Dresde, où l'on voit un Squelette jouant du tambour et dont les personnages, également sculptés, ne sont point escortés chacun par la Mort f .
Nous remercions MM. Nicctas Portaux , Lesens et Menant , de
Blois. — En 1 502 , le roi Louis XII fit peindre, sous les élégantes arcades de la cour principale du château de Blois , une Danse Macabre , par d'habiles artistes de cette époque. La copie, mais toutefois sans la Mort, d'une partie des personnages de cette Danse se trouve à Rouen , dans la bibliothèque Leber, n° 1361 '.
Berne. — Berne possédait , il y a trois siècles, une magnifique Danse des Morts , qui fut par
Cherbourg , d'avoir bien voulu nous donner une partie de ces détaiU. M. Menant a même eu le soin de copier ce qui reste de ce monument, le tambour du Squelette , dans sa brocbure récemment publiée sur les Sculptures solaires de r église de Cherbourg (In-4°, 1850, planche X).
1 Ces dessins avaient été faits pour le célèbre tragédien Talma , qui s'en servait dans le choix de ses costumes : les habits du Pape, du Roi, etc.. étant toujours les mêmes, le» dessins de ces personnages ne furent pas exécutés , de sorte que l'on ne trouve que ceux du Chevalier, en long manteau ; de L'Ecuyer, dont le costume , sauf le long manteau , est pareil à celui du Chevalier ; du Bailli . couvert d'un long manteau jaune , et tenant un parchemin roulé ; du Bourgeois , du Sergent . tenant une masse et un énorme sabre ; du Marchand , avec son escarcelle et portant une robe traînant jusqu'à terre ; enfin . du Laboureur, avec sa houe , dans le costume ordinaire des paysans de l'époque. — On peut toujours conclure de là qu'à Blois, la Danse des Hommes au moins était complète. Voyez ce que dit M. Leber, dans sa lettre (p. 72 },à l'égard de cette peinture, prise pour une édition de la Danse Macabre , par MM. Van Praet , Peignot et Fortoul. ( La Danse des Morts, dessinée par Hans Holbein,,... expliquée par H, Fortoul. Paris, p. 103-105.)
malheur proinp terne nt détruite , et dont il ne reste que des copies. C'était l'œuvre d'un peintre bernois , Nicolas Manuel , surnommé quelquefois Deulsch ( l'Allemand), qui se fit avantageusement connaître à la fois comme peintre , poète, guerrier et comme homme politique. Il naquit en 1484, et mourut dans l'âge mûr en 1 530. La date seule de sa naissance réfute l'erreur dans laquelle est tombé l'historiographe Fûszly, en avançant que la Danse de Bâle (1 439) était moins ancienne que celle de Berne, qui, au contraire , fut exécutée dans les années 1515 à 1 520. De plus , les vers qui accompagnaient cette dernière prouvent qu'elle fut faite sous l'inspiration de la Réforme, car ils offrent plus d'intentions satiriques dirigées contre le clergé du temps.
Outre qu'elles se faisaient remarquer par leurs groupes heureux et plaisants, par la vivacité des couleurs , les détails variés des costumes et par des fonds égayés de paysages que l'on apercevait derrière une longue suite d'arcades , les peintures de Nicolas Manuel avaient une double valeur : la plupart des figures étaient des portraits, et l'artiste, en n'oubliant pas de se représenter lui-même à la fin de la Danse,
y avait peint plusieurs de ses amis renommés dans Berne à cette époque , .
I.a Mort y est peinte comme à Bâle, non pas en squelette osseux, mais en cadavre décharné, à la tête de mort et aux chairs pendantes. Elle est toujours très animée et ses costumes sont bizarres. On la voit rarement en femme, et elle porte de longs cheveux , une longue barbe ou de fortes moustaches. Tantôt elle est en soldat , avec un casque et une cotte de maille ; tantôt elle est nue , et joue tour à tour, eu gambadant, de la vielle, de la flûte, de la trompette , de la viole ou du tambour.
Les premiers tableaux de cette peinture repré
1 Ce peintre avait aussi figuré des personnages politiques célèbres a cette époque. « Dans les Danses Macabres , les peintres mettaient ordinairement des personnages vivants; c'est là le sel et la moralité de l'allégorie. Nicolas Manuel a fait ainsi. 11 peignait à l'époque des démêlés de François 1 er et de Charles-Quint, des querelles de Clément VU avec les deux rois , à l'époque des intrigues de Matthieu Schinner et des exploits de Lautrec ; tous leurs portraits y sont. C'était de rigueur. Il y a mis aussi le fameux moine italien Bernardino Samson , qui allait par les villes suisses colportant des indulgences. Nicolas Manuel avait vu de près tous les personnages qu'il a peints , circonstance qui doit ajouter à l'intérêt de son œuvre. » (Alpes Pittoresques ; description de la Suisse, publiée par M. Alcide de Forestier, Paris, 1837, 2 vol. in-4° ; introd. , p. 44. j Cet ouvrage donne la copie de cette Danse , qui fut également publiée à Berne, en 1826 ou 1832, en vingtquatre lithographies , avec un portrait de Manuel.
se termine par le tableau du Prédicateur en chaire, qui montre une tête de mort à son auditoire.
Cette peinture , exécutée à fresque sur le mur du jardin du cloître des Dominicains à Berne , ne subsista qu'une quarantaine d'années. En 1553, elle fut retouchée par un peintre moins connu que Nicolas Manuel , Urbain Mysz , et fut détruite, dès 1560, lorsque Ton abattit le mur pour élargir une rue voisine. Il en reste seulement deux copies à l'aquarelle , qui sont conservées à Berne, dans la salle de l'Académie: l'une est due à Albert Kauer ou Kauw, et l'autre à Wilhelm Stettler, qui copia la première avec soin en vingt-quatre feuilles.
Cette Danse , qui rivalisait avec celle de Bâle, quoique moins complète , mais peut-être plus remarquable pour la disposition des groupes et la variété des couleurs, a été reproduite en partie sur bois avec celles de Bâle et d'Holbein , par Ulderich Frolich , en 1 588 et en 1608.
ferment les blasons des principales familles de Berne à cette époque. Le peintre, sans doute , a voulu par là rapprocher le symbole de la vanité du néant où tout est réduit par la Mort.
Voir ce que M. Depping dit de ce monument dans sa Note suivante.
Hie hebt sich an des Todes Tanz Der hat gut Acht auf seine Schanz',
dont voici le sens : « Ici commence la Danse de la Mort, qui ne perd pas de vue sa proie. »
Anneberg. — La Danse des Morts d'Anneberg, peinte en 1525, est citée p. 1 re du V e vol. delà bibliothèque de la moyenne et basse latinité de Fabricius , qui n'entre dans aucun détail et se contenté de renvoyer aux auteurs dont il cite les noms et les ouvrages. P.-C. Hilscher a décrit cette Danse, ainsi que celles de Dresde, de Leipsick et de Berne, dans un ouvrage publiée Dresde, en 1 705, puis à Bautzen, en 1 721 , in-8.
Rouen. — Voyez plus bas , à l'égard de ce monumem ( 1 527), tout le chapitre m, p. 31-60, avec ses diverses planches.
Dresde. — La ville de Dresde possède une Danse des Morts fort curieuse en bas-reliefs en grès, et que Ton voit encore aujourd'hui dans le cimetière de la nouvelle ville. Elle fut exécutée en 1 534 , sur l'ordre du duc Georges-le- Barbu, l'ennemi de Luther, qui venait de perdre successivement six enfants et sa femme Barbara,
et qui , par mélancolie , fit placer ce sujet mortuaire dans un des étages de son château. En 1 701 , le jour du Vendredi-Saint , le feu détruisit la plus grande partie de ce palais ; la Danse des Morts fut aussi endommagée , et l'on négligea de la réparer, la reconstruction du château ayant coûté des sommes énormes. Enfin, en 1 721 , sur les instances de Paul-Christian Hilscher, l'Électeur Auguste-le-Fort la céda à la paroisse de Neustadt-Presden , qui la fit placer sur le mur de son cimetière , en avant de la Porte-Noire, et restaurer dans la même année , par le sculpteur Bruckner. Celui-ci fit à neuf les quatre dernières figures.
Ce monument devait encore changer de place , car la construction de l'église des Trois-Rois ( Dreikonigs-Kirche)fit , en 1733, abandonner le cimetière , que Ton transporta près de l'endroit appelé le Scheunenhofe ( Cou r-des-G ranges). C'est là que, depuis cette époque, on voit la Danse, placée contre la muraille, à un mètre au-dessus du sol.
On ignore le nom de l'artiste à qui on en doit l'exécution. Cependant, Haschedit, mais sans aucun détail , dans le Magasin fur die sachsische Ge*cfc«cA(e,r e part., p. 69, qu'elle fut faite par
Schikketanz , le sculpteur de l'église de la Croix.
La Danse se compose de vingt sept personnages hauts de quarante centimètres environ, et peut se diviser en quatre parties, dans lesquelles les mortels sont rangés par sexe et par ordre hiérarchique. La première partie comprend Tordre ecclésiastique, en huit personnages; la deuxième et la troisième , chacune en six figures, renferment l'ordre laïque, et la quatrième , à sept personnages, est la Danse des Femmes f .
• De même qu'il Erfurt et à Lubeck , un Squelette complètement décharné , ayant des cheveux hérissés et les os entourés de serpents, ouvre la marche en jouant de la flûte; puis viennent le Pape, le Cardinal , l'Archevêque, l'Evéque, le Prélat, avec une longue robe et un court manteau ; le Chanoine et le Capucin , vieillard au dos courbé.
Là commence la deuxième série , en tête de laquelle est un Squelette jouant du tambour avec deux os : il précède l'Empereur, le Roi et l'Electeur, qui passent pour être Charles V, Ferdinand 1" et le duc Georges-le-Barbu lui-même; celui-ci porte ses ornements sur la poitrine et un chapelet à la main ; puis vient le Comte ou le fils de Georges, Frédéric, qui mourut dès 1589 ; il est suivi du Cavalier, en costume allemand et en armure complète.
Ici se termine la deuxième partie. La troisième se compose du Noble , du Sénateur, de l'Artisan , portant un tablier de cuir, une équerre et une pioche; du Soldat, avec un gorgerin, une pertuisane et une épée ; du Paysan , qui porte un fléau et , chose asses singulière , un large sabre à son côté ; enfin, du Boiteux , qui s'appuie sur une béquille.
Dans la quatrième série se trouvent les femmes : l'Abbesse , en habit de cérémonie ; la Femme Noble , qui peut passer pour Bar-
d'une Danse des Morts que Ton a attribuée à Holbein , d'après une note manuscrite do JNieuhoff Picard. Mais l'incendie qui détruisit cette magnifique demeure, en 1697, a laissé cette assertion à l'état de conjecture.
Angers. — Dans sa description de la Danse des Morts de la Chaise-Dieu , M. Jubinal dit , p. 14, mais sans le certifier, que ('on a découvert, à Angers, depuis quelques années, un sujet de ce genre sous une couche de badigeon , et il ne confond pas en ce dernier point Angers avec Strasbourg. Mais c'est une erreur : aucune Danse Macabre n'existe dans cette ville *.
Leipsick. — Fabricius mentionne une Danse à Leipsick. MM. Douce et Peignot la citent
< On y voit seulement, au Musée d'Antiquités, un magnifique bas-relief en noyer, du xvi« siècle, haut de quatre-vingt-trois centimètres et long d'un mètre soixante-six centimètres , qui se com- |K>se de trente personnages. Parmi ceux-ci , de tout âge et de toutes conditions, on remarque un Pape, un Cardinal , deux Evoques, des Moines, des Chevaliers , deux Femmes, dont l'une porte une couronne, et l'autre un chaperon , etc. Six des personnages sont en train de danser, et ne sont nullement en garde contre la Mort , tandis que les autres tiennent des arcs bandés contre celle-ci , qui est a leur centre et qui , tenant une pelle de la main gauche, décoche de la droite un javelot a ceux qui l'entourent. C'est à l'obligeance de M.Godard Faultrier, conservateur du Musée d'Angers, que nous devons ces renseigne m culs.
Dôle. — La Danse Macabre de Dôle, en Franche-Comté, est mentionnée par le même auteur dans les termes suivants : « Je ne m'ébahis si * mon père mourut par faute de bon gouverne- » ment : Crede mihi. Quand je revins de voyage, » je ne trouvai point d'eau dans le seau , encore > moins dans la seille : il mourut comme à Dôle » à la danse Macabre ; il y a la Mort qui parle 9 à un beau jeune homme, et lui dit :
» Ah , galand , galand , » Que tu es firingand !
» S'il te faut-il meurre.
» cl lui répond :
» Et mort arrogan ,
» Prcn tout mon argean
» Et me laisse queurre «. »
Hormann. — M. Kist ( p. 53 ) cite , d'après Fiorillo ( p. 11 7 ) , Hormann comme renfermant
trouve pas métamorphosé en celui de Fubourg , qui n'appartient a aucun lieu connu ; il s'agit pourtant ici de Fribourg en Suisse , témoin Bruzen de la Marttnière, qui nous apprend que la Danse dont parle de Verville s'y voyait peinte dans le couvent des Cordeliers, fondé en 1237. Elle était l'œuvre d'un artiste nommé Salomon Fries , mentionné comme sou auteur dans les Alpes Pittoresques ( \' r vol.. introd., p. 44 ).
1 Le Moyen de parvenir, u in, p. 221-222.
haut du prétendu poète Macabre, n'en reste pas moins à résoudre.
Le cloître où se voyait, à Amiens , une Danse des Morts a été détruit en 1817; on trouve les vers suivants écrits sur ses murs :
Dieu le vif éternellement
Sans fin et sans commencement
Régnant en sainte Trinité. . .
Savoir faisons en général Et par ce mandement moral Que nous volons que la Mort fasse Comparoir devant nos faces Tous ceux qui sont et qui seront D'Eve et d'Adam si rendront Compte de leurs faits justement En particulier jugement Si donnons pouuoir a la mort Pour y contraindre faible et fort Et que nulle opposition Ne vaille a l'exécution Car ainsy volons quil soit fait Pour pugnir qui aura meiïait Et aux bons donner a toudis Les joies de notre paradis In sœculumfiat fiât.
Crovdon. — Il n'y a pas encore beaucoup d'années, on pouvait remarquer, sur les murs de la grande salle du palais archiépiscopal de Croydon, près de Londres , les vestiges d'une Danse des Morts ; mais ces restes étaient telle-
Fécamp. — Dans le I er volume de son Bibliogra phical Decameron (p. 38), le D r Dibdin assure qu'une danse sculptée sur pierre se voit dans une des églises de Fécamp, en Normandie, et les figures sont à peu près , dit-il , de la hauteur de dix-huit pouces anglais. Cette remarque paraît donner beaucoup de poids à la vérité de cette assertion , que M. Jubinal a répétée (p. 14). Cependant, nous avons , ma fille et moi, dessiné presque toutes les sculptures des deux églises de Fécamp , et nous n'avons pas découvert le sujet dont parle M. Dibdin. M. Stapleton et mon excellent ami M. John Gage en ont également , mais en vain , fait la recherche.
Constance. — Un article de M. Massmann , inséré dans le Pierer's Universel Leodcons , mais que nous n'avons pu malheureusement nous procurer, donne des détails sur les Danses qui se trouvaient à Constance , Fùssen , Kuckucksbad, Straubingen, Erfurt et Saint-] ldefonse. Nous savons seulement, par M. Ellissen (p. 90), que celle de Constance fut exécutée par Jacques Hiebler, en 1 588.
Landshut. — D'après les Voyages de Lander
224 KSSAI HISTORIQUE
en Allemagne , Fiorillo cite (p. 127 ) une Danse des Morts qui se trouve dans le clottre des Dominicains de cette ville.
pendant, M. Jubinal (p. 12) l'indique, mais sans détails, et ce n'est qu'en 1843 qu'elle fut décrite dans un ouvrage spécial '.
Cette Danse, maintenant incomplète, était négligée dans une allée du Palais-deJustice , où elle courait grand risque d'être détruite par la poussière , les ordures , et surtout par le feu d'une cheminée voisine. Mais, lorsqu'en 1832 on fonda la Bibliothèque cantonale, cette Danse y fut placée par les soins du bibliothécaire , et c'est là qu'on la voit maintenant, restaurée avec talent par Eglin , lithographe et marchand d'estampes à Lucerne.
Ce beau monument est l'œuvre d'un Lucernois, Jacob de Wyl, qui descendait d'une famille noble et ancienne. On ignore les détails de sa vie; on sait seulement qu'il mourut en 1 621 , laissant une veuve qu'épousa plus tard
1 Todtentanz oder Spiegel menschlichcr HiofaïUigkeil. In 8 abbeldongen , welche von V. Will geraall im eheroaligen Jesuiteokloster auf bewahrt werden. Getreu nach originalien litographiri ▼on Gebr. Églin in Luzern. Mit deutschem and franzosischem. Texte von Burkart Leu , Cborherr und Professor in Luzern. Querfolio. l Thlr. Luzern, 1843. — Danse des Morts ou Miroir de La Faiblesse humaine, en huit tableaux peints par V. Wyl, et conservés dans l'ancien cloître des Jésuites. Fidèlement lithographie d'après l'original par Gebr. Eglin , a Lucerne , avec un texte allemand et français par Burkart Leu , chanoine et professeur à Lucerne. In-fol, oblorig. Lucerne, 1843.
La seconde Danse des Morts qui se trouve dans la ville de Lucerne est placée sur le pont des Moulins (Mûhlenbrùcke ou Spreuerbrûcke ). Cette ville possède trois ponts, et tous trois sont ornés de peintures. Le premier, appelé pont de la Chapelle , a mille pieds de long et renferme deux cents tableaux représentant les exploits des Suisses ; le second , le plus grand pont couvert de la Suisse, et qui a treize cent quatre-vingts pieds de long , s'appelle leHofbrûcke ou pont de la Cour ; les sujets qui l'ornent sont tirés de l'histoire sacrée ; enfin , le troisième et le plus petit est le pont des Moulins, construit en 1404 , sur la Reuss , et dont la longueur est de trois cent dix pieds. A cause de ses peintures, il porte aussi le nom de pont de la Mort ( Todesbrûcke ). Comme les deux précédents, il est couvert , et c'est dans les triangles formés par les poutres qui supportent la toiture que se trouvent des tableaux peints des deux côtés et représentant la Danse des Morts. Ces tableaux à double face sont au nombre de trente-six , de sorte que, dans quelque sens que Ton traverse le pont, on a toujours devant les yeux une longue suite de ces dessins funèbres, au bas desquels se trouvent quelques vers allemands. Ces peintures
Kuckucksbad (Bohème). — L'hôpital de cette ville renfermait une Danse des Morts peinte sur le mur d'une galerie basse et dans le genre de celle de Bâle. Elle datait de la fin du xvn e siècle, et avait été exécutée aux frais du comte Fr.- Antoine de Spork , par les soins des Frères de la Miséricorde. Cette Danse, qui ne devait pas fort égayer les malades , commençait par le Pape et finissait par le Mendiant. Elle fut reproduite avec soin , avec quelques sujets d'Holbein , en cinquante-deux planches , par Michel Rentz , et ornée de vers allemands par Patricius , dans l'ouvrage intitulé : Der Sogenannte..., Todentanz. Wien, 1767.
Vienne en Autriche. — Bruckmann , dans ses Epùtolce Ilinerariœ, vol. V, épist. xxxu, décrit plusieurs églises et autres monuments religieux
enfants rient et pétillent; la mère se plaint que la voiture va trop vite. Que voulez- vous? C'est la Mort qui conduit : elle a bâte d'arriver. Allez-vous au bal , voici la Mort qui entre en coiffeur, le peigne à la main. Le pont de Lucerne nous montre la Mort a nos côtés et partout : à table , ou elle a la serviette autour du cou, le verre à la main , et porte des santés.... ; dans la boutique • où , en garçon marchand , assise sur des ballots d'étoffe , elle a l'air engageant et appelle les pratiques ; au barreau , où , vêtue en avocat , elle prend des conclusions : « Le seul avocat, dit la légende, en mauvais vers allemands placés au bas de chaque tableau, qui aille vite et qui gagne toutes les causes. »
de cette ville, entre autres le couvent des Augustins, où se trouve, dit-il, une peinture représentant une maison dans laquelle la Mort entre par une des fenêtres au moyen d'une échelle,
Bruckmann décrit dans la même lettre une chapelle de la Mort , située dans le monastère précité, et qui fut décorée de peintures murales de la main d'un moine de cette maison . appelé frère Abraham de Sainte-Claire, parmi lesquelles se voyait : la Mort exterminant un étudiant; la Mort attaquant un chasseur qui vient de tuer un cerf ; la Mort brisant les fioles et les boîtes de médicaments dans une apothicairerie ; la Mort jouant aux Dames avec un seigneur; Harlequin faisant des grimaces à la Mort. La description de cette chapelle et de ses peintures a été publiée après le décès du religieux artiste, à Nuremberg, en 1710 ! .
1 M. Douce , à qui nous devons ce renseignement ( |>. 48 ), fournit, dans un autre endroit de son ouvrnge (p. 151 ), de nouveaux détails sur une traduction en hollandais du livre publié d'après les peintures du P. Ahraham de Sainte-Claire ; il nous apprend que ce livre, intitulé : Dm Algemeynen Doodenspiegel oftedecapelleder Dooden, etc. ( Miroir universel de la Mort , pris de la Chapelle des Morts, etc. Bruxelles, 1730), contient soixante-sept gravures sur bois, avec bordures, d'une médiocre exécution , et que parmi ces divers sujets on remarque, comme les meilleurs, le Peintre, l'Ivro.
Erfurt. — Nicolas Karamsin, dans ses Voyages ( 1, 1 95 ), a donné une description très courte, mais fort plaisante, d'un sujet complet en ce genre, qui se trouve dans la Maison des Orphelins d'Erfurt. Cette maison possède, placée dans une aile latérale et dans sa galerie de tableaux , une Danse des Morts qui se compose de cinquante-six grandes peintures, détaillées par Arnold , dans sa Description d'Erfurt, 1802.
Cette Danse, qui date de 1735, est due à la libéralité de plusieurs particuliers. Il y a sous chaque figure des vers allemands qui forment un court dialogue entre les personnages et la Mort f . ( Naumann, p. 58 ).
gne, le Couple dansant, la Mort jouant du flageolet, l'Oiseleur, le Jeune Epoux embrassant sa Femme , le Courtisan , le Musicien , le Joueur de dés et le Mendiant aveugle.
Ce moine de Sainte-Claire , dont le véritable nom était Ulric Megerle , se Gt aussi connaître comme prédicateur assez original ; il vécut de 1642 à 1709.
1 Cette suite commence par le Squelette , qui foule aux pieds les attributs , les symboles des états et des honneurs , et appelle les mortels à sa Danse en jouant du hautbois ; — puis on voit la Mort et l'Homme ; — Jésus , triomphant de la Mort ; — l'Empereur ; — l'Impératrice; •— le Pape, près duquel la Mort se présente en gueux ; — le Roi ; — la Reine ; — le Cardinal ; — l'Electeur , le Cavalier ; — un Officier de hussards , avec la Mort habillée en dragon ; — le Chanoine ; — le Prédicateur luthérien , a qui la Mort se présente comme un candidat ; — le Cadi , juge turc ; — le Bourgmestre ; — le Bailli ; — le Médecin ; — l'Astronome ;
SUR LES DANSES DES MOItTS. 233
seulement qu'elle fut exécutée par F. Holzl , et quelle date de 1763.
On voit par là que l'exécution de la Danse Macabre s'est fréquemment répétée , puisqu'on en trouve l'origine au xiv a siècle , et que l'on en rencontre encore de nouvelles créations même dans la seconde moitié du xviu'. La Légende des trois Morts et des trois Vifs, dont nous allons décrire quelques représentations , est, quant au poème qui Ta inspirée, antérieure à la Danse Macabre proprement dite; mais, tandis que celleci se prolonge presque jusqu'à nos jours , l'autre sujet disparaît, au contraire , au xvi e siècle, et ne semble se rencontrer en Allemagne ni en Suisse, où les Danses ont été fréquentes. Ce monument étant moins important , nous le plaçons en seconde ligne, et parmi les exemples, qui en sont certainement fort nombreux , nous citerons ceux qui suivent :
Pisé. — Nous renvoyons nos lecteurs aux pages 108-111 de ce volume, où la fresque de cette ville est décrite *.
1 Nous ajouterons seulement quelle a été reproduite dans les Picturê à fresco del Campo Santo designate da Gùtteppo Rossi ed
et des trois Vifs, dans l'abbaye de la Bataille, fondée près d'Hastings, dans le comté de -Susse* , à la fin du xf siècle.
Briey. — On trouve la légende des trois Morts et des trois Vifs sculptée sur la porte de l'église de Briey, près de Metz ; cette sculpture doit remonter au xiv c siècle ( Fortoul , p. 101 ).
Longpaon. — Il est peu de personnes, peutêtre, qui aient remarqué une peinture , presque entièrement effacée aujourd'hui i qui se voyait à l'extérieur de l'abside de l'église de Longpaon , près de Rouen. Les traces de cette fresque sont cependant encore assez visibles pour qu'on puisse distinguer les poses et le nombre des morts, qui ne sont que trois seulement, sans aucun autre personnage, et qui sont au milieu d'une forêt. Ce tableau se prolongeait sur le pan de mur voisin, qui forme avec lui un angle fort ouvert ; mais cette seconde partie est totalement détruite, sauf quelques restes insignifiants du fond. Je pense que l'ensemble de cette peinture représentait le sujet des trois Morts et des trois Vifs.
De toutes les inscriptions qu'elle présentait , il ne reste aujourd'hui de lisible que la légende suivante : mors nortis mordet mortalia morsl.
â3l> ESSAI HISTORIQUE
Zalt-Boemel. — M. Kist décrit et publie ,
sur les danses des morts. 237
qui, comme le dit M. Kist, devaient avoir été peints sur le côté opposé de l'édifice.
Effectivement, ce second tableau fut retrouvé vers 1 845 , alors que le premier était presque entièrement effacé. Il porte , comme celui-ci , des inscriptions hollandaises et représente trois personnages à cheval , suivis de chiens et de valets qui se livrent à l'exercice de lâchasse 1 .
Conighe itaren tri alttu bût
No djn yrj irorden der vormen liât.
Gbi siet dat ghi nock. .
Vatr om a lue* t. . . . « .
{ La Mort nous a mis dans cet état , — nous qui avons commandé les hommes* — Nous étions des rois comme vous l'êtes , — et maintenant nous sommes la nourriture des vers. - Regardez ce que vous êtes encore.... — Pour cela, dépêchez- vous.... )
1 11 est décrit par M. Conrad Leemans. dans son article intitulé : Oude muurscheldering in de groot kerk te Zalt Boemel (ancienne peinture murale de l'église principale de Zalt-Boemel ), extrait du journal Nederlandsche StaaU Courant , novembre 1845. Nous sommes redevables des détails que renferme cet articie à l'obligeance de M. Alfred Maury , le savant sous-bibliothécaire de l'Institut.
Le premier personnage monte un cheval blanc, son costume est en quelque sorte oriental : il porte un turban jaune et rouge ; il a un faucon au poing. Le second monte un cheval brun ; il tient de la main gauche une longue épée. Le troisième cavalier est monté sur un cheval blanc comme le premier. Dans le fond du tableau sont représentés des arbres à travers lesquels on voit un cerf prendre sa course. Plus loin et plus au centre du tableau , on voit sept hommes armés d'arbalètes , qui sont placés sur une hauteur et tirent à l'oiseau. D'un autre côté , on aperçoit une ville figurée avec ses murs , ses portes , et auprès est une petite rivière sur
SUK LES DANSES DES MORTS. 4 23ï)
Saint-Riquiek. — Nous joignons l'explication de cette peinture à la reproduction que nous en donnons plus loin. (Voir en conséquence la planche XL VIL )
Fontenay. — L'abbaye de Fontenay-suM )rne, en Normandie, renfermait, comme Paris, deux représentations de cette légende, Tune peinte et l'autre sculptée. Nous donnons le dessin de la première à la planche XLVI , et nous renvoyons à ce numéro les explications qui la concernent.
Tels sont les principaux endroits où Ton voyait des sujets de ce genre. Quant aux monuments qui présentent un certain rapport avec les Danses des Morts, nous en donnons le détail plus loin dans des recherches supplémentaires.
Ces motifs ont été si diversement et si souvent exploités par une foule d'artistes plus ou moins habiles , qu'il serait presqu'impossible aujourd'hui de produire quelque chose d'absolument neuf dans ce genre. Cependant , on pourrait y parvenir, je crois, en mettant en scène , dans ces espèces de compositions , quelques personnages éminemment historiques. C'est ce que j'ai tenté de faire dans plusieurs dessins que j'espère gra-
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Helas ! mourir conuient
Celui qui porte une javeline empennée, et qui pose entouré de fleurs est accompagné de ces vers :
Tous et toutes mourir convient Foibles et forts, on le peut lire, David l'a dit dessus sa lyre, Et l'heure sans y penser vient.
Tous et toutes mourir convient La juste raison y convient.
C'est de Dieu le jour de son ire , De la Mort le dernier empire , Ce jour pour tout le monde vient Tous et toutes mourir convient.
Personne ne s'en peut dédire , Les uns y trouvent à redire, L'autre sur ses gardes se tient , Car il sçait cet antique dire :
Tous et toutes mourir convient.
L'autre maure , placé comme un muezzin sur le haut d'un minaret , s'élève au-dessus d'une tour gothique; il est, ainsi que le premier, répété plusieurs fois dans la Danse Macabre avec des vers différents. En tête de la Danse des femmes , il est accompagné des suivants :
Tôt, tôt, femmes venez danser Incontinent après les hommes , Et gardez vous bien de verser, Dedans le chemin où nous sommes.
Mon cornet sonne bien souvent, Après le petit et le grand , Mais on ne s'en met pas en peine , Et c'est de quoi je me demene ; Dépêchez vous si voulez Car bientôt vous vous en allez
APPENDICE