‹ Essai...sur les danses des morts, Volume 1Chapitre 17 sur 32 · SUR LÀ DORÉE DES REPRÉSENTATIONS DES MYSTERES AU MOYEN- AGE · texte numérisé non relu

SUR LÀ DORÉE DES REPRÉSENTATIONS DES MYSTERES AU MOYEN- AGE

'il est, dans l'histoire du théâtre moderne, une question restée obscure et inexpliquée, c'est, bien certainement, celle qui concerne la mise en scène de ces drames , quelquefois de proportions colossales, que le moyen-àge connut sous les

de la seule discussion , cette immense machine où les détails s'accumulent, où les anomalies abondent, ce serait l'œuvre d'un volume , et non celui d'une courte note; nous nous bornerons donc à exposer le résultat de quelques recherches entreprises jadis par un ami sur cette matière , et, par un hasard dont il est inutile d'entretenir le lecteur, perdues depuis sans retour.

Pour arriver à se faire une idée des dimensions quelquefois gigantesques qu'atteignait un théâtre de mystères , il faut avoir présents à la pensée les proportions non moins démesurées de la pièce qu'il s'agissait d'y représenter et l'immense personnel de la troupe qui devait y figurer. Lorsque le Mystère de la Passion, le plus important de tous par son sujet , et le plus fréquemment représenté, était joué avec tous ses accessoires et développements , c'est-à-dire , avec son prologue retraçant la conception , la nativité et l'enfance du Christ, et son épilogue nécessaire : la résurrection et la descente du Saint-Esprit , il comprenait 164 actes ou intermèdes ressemblant à des actes, puisque chacun est composé de plusieurs scènes, et Une pouvait embrasser une durée d'action moindre de sept à huit journées; le besoin de faciliter les représentations , de soulager la mémoire des acteurs et de pourvoir aux changements que devait subir le théâtre , toutes ces raisons et beaucoup d'autres faisaient qu'on subdivisait ordinairement en plusieurs journées réelles l'action attribuée par l'auteur à une seule.

Ainsi , Jean Bouchet , dans ses Annales d'Aquitaine,

' D'ailleurs , ce mystère de la Passion , joué à Valentiennes , existe; il a été imprimé , et l'auteur des Recherches historique* sur le théâtre de Valenciennes ,

qui Ta eu entre les mains et qui l'analyse , journée -par journée , à la page 165 de son ouvrage, nous apprend qu'il est , en effet, divisé en vingt-cinq intermèdes qualifiés de journées; il est donc incontestable qu'il a été ainsi représenté.

Nous avons besoin de l'appui des deux exemples précédemment cités pour nous enhardir à rapporter le fait vraiment extraordinaire , rapporté par Lassay dans son Histoire du Berry, liv. vi , ch. 7, que le Mystère des actes des apôtres, ayant été joué à Bourges, en 1336, sur un théâtre construit sur le circuit de l'ancien amphithéâtre ou fausse des areines, cette représentation dura quarante jours; mais, dans ce dernier cas, il est peut-être raisonnable de supposer qu'il y avait des jours de repos entre les jours de représentation ; autrement on ne saurait concevoir et la longanimité des acteurs que ne pouvait fatiguer l'immense développement d'un drame de quarante jours , et la persistance d'attention d'un public qui, pendant le même laps de temps , abandonnait ses affaires , interrompait toutes ses habitudes pour suivre les péripéties multipliées de cette interminable représenta-

raonter sur un échafaud ; et qu'enfin la somme de la recette des xxv journées monta à 4,680 livres U sous 6 deniers tournois , ce qui suppose plus de cent cinquante mille spectateurs, et, en divisant ce nombre par celui des journées , à peu près six mille spectateurs par jour.

tion. Au reste , si Ton considère que ce Mystère des actes , imprimé en un gros volume in-K , contient plus de quatre-vingt mille vers, c'est-à-dire la matière de plus de quarante de nos tragédies modernes , et que les jeux de scène , les tableaux et les évolutions mimiques, qui s'y reproduisent à chaque instant, devaient employer un temps au moins aussi considérable que le dialogue suivi , il s'ensuit qu'en accordant cinq à six heures de représentation par jour, comme c'était l'usage , sans compter une pause intermédiaire pour dîner, l'on s'éloignera peu de l'évaluation d'abord incroyable de quarante jours de représentation continue.

Quelquefois la représentation des mystères était successive sans être continue; c'était ainsi que jouaient à Paris les confrères de la Passion, sur un théâtre permanent ; c'est également ainsi que les choses devaient se passer sur ce théâtre public , dressé à Lyon, en 1540, selon Claude de Rubys ( Hist. de Lyon , liv. m, ch. 53 ), « où , pendant l'espace de quatre » ans, les jours de fêtes et de dimanches, furent re- » présentées la plupart des histoires du vieux et nou- » veau Testament. » Mais ces établissements permanents furent assez rares en province; la plupart du temps la représentation d'un mystère était un événement accidentel, une entreprise plus pieuse encore que profane, dont l'enthousiasme enflammait subitement la population de toute une ville , qu'on menait à fin au prix des plus coûteux sacrifices , et qui , un fois accomplie, ne se renouvelait qu'après de longs intervalles.

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A cette exorbitante durée de pièces devait répondre un personnel d'acteurs équivalent. Il eût été par trop onéreux , et pour la mémoire et pour les forces physiques des principaux personnages , que cependant on vit quelquefois près de succomber de mort réelle aux fatigues de leur rôle ■, que l'action ne fût pas répartie, et pour ainsi dire hachée , entre un nom; bre infini de comparses subalternes. Si Ton réunit tous les personnages figurant dans les différentes parties du triple Mystère de la Passion , on obtiendra le résultat prodigieux de 545 acteurs , ayant chacun un rôle à débiter. A la vérité , il faut déduire de ce nombre l'emploi multiplié de quelques personnages principaux; tels que le Christ, la Vierge et les douze Apôtres , qui se remontrent à presque toutes les époques du môme drame, et d'ailleurs, une seule personne jouait ordinairement plusieurs rôles, lorsque ceux-ci n'étaient qu'épisodiques , et qu'ils étaient disséminés dans l'action à des distances convenables; mais , d'un autre côté, certains rôles, tels que celui du Christ et de la Vierge, exigeaient le concours de plusieurs acteurs d'âge différent pour être remplis avec vraisemblance , car c'est surtout dans le cas dont il s'agit qu'il fallait représenter le héros ,

Enfant an premier acte, et barbon au dernier.

' Une chronique manuscrite de Melz nous apprend qu'à une représentation de la Passion , jouée en 1437, près de cette ville, un curé de Saint-Victor de Metz , qui faisait le rôle du Christ , « fût presque mort en la croix , s'il n'avoit esté secouru ; et fallut » que un autre preslre fût mis en la croix pour parfaire le per- » sonnage du crucifiement pour ce jour. »

Ainsi, par exemple, dans le Mystère de la conception , on voit naître Marie ; puis , dans la scène qui suit , elle est Agée de trois ans; puis bientôt, « elle se absente et fait fin jusqu'à ce que l'autre Marie s'apparesse ; alors commence la grant Notre-Dame , » c'està-dire une personne d'Age compétent pour représenter la mère du Sauveur.

APPENDICE

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