BU CRANE
présentés à l'asile des aliénés de Niort. Il les a aussi rencontres dans la population saine (page 9) ; sur 27 jeunes garçons orphelins de l’hôpital-hospice qu’il examina, 7 offraient des déformations caractéristiques, et sur 8 hommes qui habitent pfiort ou ses environs, 2 ont présenté la dépression transversale. Mais un fait remarquable, qu’il ne peut s’expliquer, c'est que tandis que dans l’asile des aliénés, la proportion des femmes déformées était plus considérable (38 femmes sur 80, et seulement 10 hommes sur 60), c’était au contraire les hommes, dans la population de l’hépital-hospice, qui offraient les déformations les plus nombreuseset les pl us caractérisées ; dans une salle réservée à la femmes, toutes âgées et toutes de la ville de Niort, il ne rencontra même aucune défor-
Voici la description qu’il donne des engins qui sont la cause de ces résultats déplorables :
» Dans le département des Deux-Sèvres, ou du moins dans la plus grande partie, il est d’usage d’entourer la tête des nouveau-nés d’un bandeau qui, de la partie supérieure du front ou de la fontanelle antérieure, se dirige en bas et en arrière en passant par-dessus le pavillon de l’oreille et au-dessous de la protubérance occipitale externe; puis les deux chefs, ramenés en avant, sont fixés par un nœud sur le sommet de la tête. Vers le deuxième, troisième ou quatrième mois, le bandeau est remplacé par une espèce de calotte de carton qui remplit à peu près les mêmes usages. A un âge plus avancé, pour donner plus de consistance à cette coiffure, On y joint un fil de fer, un arcelet , dont les deux extrémités viennent prendre un point d’appui sur l’oreille, au-devant du •ragus. Ce dernier genre de coiffure est surtout usité chez les Pelleboises (qui habitent la partie méridionale du départe- “ent). Je le tiens d’un médecin fort distingué de Melle, M. le docteur Dusouil. Chez les femmes qui font usage du bonnet vood, de la grande coiffe ou du colback, les cheveux sont
assez fréquemment dans nos pays. Elle consiste en un enfoncement transversal plus ou moins marqué, dans l’endroit qui correspond à la fontanelle antérieure, et qui divise ainsi le sommet du crâne en deux parties distinctes, l’une antérieure, en général assez étroite, quelquefois peu relevée ou fuyante, mais légèrement bombée, l’autre postérieure , également bombée ou dirigée horizontalement, et constamment assez développée, surtout en arrière et en bas vers la région Cérébelleuse. Ce développement est parfois assez considérable, pour que la tête présente dans cette partie la forme d’un cylindre allongé : les deux tiers inférieurs de l’occipital on alors unedireclion presque horizontale avec le trou occipital, oü même sont légèrement bombés en dessous et le tiers supérieur de Cet os est brusquement perpendiculaire. Ordinairement lès arcades zygomatiques sont aplaties de côté,ce qui fait que l’orbite paraît être dirigé obliquement en dehors.
Les variations de forme, que présente la partie antérieure du crâne, dépendent du point où la dépression sincipitale a lieu. Si le sommet de l'os frontal est comprimé en même temps que les angles antérieur et supérieur des pariétaux, le front est moins saillant et même fuyant ; mais si les pariétaux sont
la mâchoire inférieure et est noué ensuite fortement au sinciput. Elle est surtout en usage chez le sexe féminin, et la mode l'entretient quelquefois au delà de l'enfance (1).
Le docteur Lunier en a observé dix cas à l'asile des aliénés de Niort (mémoire cité, page S). La cause en est due, suivant lai, à l’action mécanique de l'appareil qu'il a décrit et que nous venons de rappeler en parlant de la tête annulaire ; seulement, il pense que ces différences de résultats ne tiennent qu’à une pression plus ou moins forte, ou plus ou moins persistante, et je ne suis point éloigné d'adopter son opinion dans un grand nombre de cas.
J'ai eu l’occasion de voir des exemples remarquables de cette déformation dans la collection de crânes que M. Guy aîné abien voulu metlreà ma disposition. Ce sont ceux de trois hiles publiques, véritables types d'immoralité et d'impiété, dont l’une est morte a la Pitié, de 1833 à 1835. Chez cette dernière, le front abaissé, quoique légèrement bombé, contrastait avec le développement considérable du derrière de la tète (pl. 11, fig. 3). La perpendiculaire tombait à environ un pouce français («-,027) en arrière du rebord antérieur du conduit auditif externe. — Les deux autres offraient la seconde variété de déformation bilobée, c’est-à-dire un front étroit, saillant et bombé; le tiers antérieur de l'arcade zygomatique et l’os malaire étaient déprimés sur les côtés. La plupart des sutures étaient oblitérées.
68 déformations artificielles
Elle consiste dans l’aplatissement plus ou moins étendu de la région occipitale, et, par suite, dans le refoulement en avant de la voûte crânienne, de manière à relever le front sans augmenter très notablement sa courbure, et à diminuer la saillie du bas de la face. Dans les cas bien tranchés de cette déformation, la face est comparativement peu développée, les orbites sont ovalaires transversalement, les arcades sourcilières peu saillantes, les fosses frontales assez bien dessinées et les bosses pariétales proéminentes. La perpendiculaire abaissée du sommet de la suture transverse du coronal tombe généralement plus ou moins en avant du conduit auditif externe.
Elle présente des variétés, suivant le degré de pression et suivant que cette pression est exercée dès le bas de l’occipital ou seulement vers sa partie supérieure, et en même temps sur le bord postérieur des pariétaux.
Aux cas de déformation de la base de l’occipital, je rapporte ceux que le docteur Ruschenberg (1) dit avoir observés dans le cimetière de Santa au Pérou. Plusieurs crânes axaient Vocciput presque vertical , s'élevant tout à fait brusquement depuis le grand trou de la base ; mais il n’entre à ce sujet dans aucun autre détail.
La seconde variété, qui est la plus fréquente, offre un plan perpendiculaire ou oblique en avant à partir de la protubérance occipitale (pi. II, 6g. 5). Le vertexet le front sont, comme je 1 ai dit, plus ou moins relevés, et la direction de la face se rapproche de plus en plus de la perpendiculaire. Dans cette variété, on remarque aussi quelquefois que la partie de 1 os occipital qui se trouve au-dessus de la ligne semi-circulaire supérieure est séparée de la base par une suture transversale, et forme par conséquent un os séparé, un véri-
Crâne de la planche XI.
Les diamètres longitudinal et pariétal
égaux. F 0 „ces
Diamètre longitudinal.6 I
— pariétal.'6 0
— frontal. A 7
— vertical. 5 5
Arc intermastoïde. <6 5
Arc occipito-frontal. A A A
Périphérie horizontale. A 9 5
Capacité intérieure totale. 83 »
— de la chambreantérieure . 33 5
— de la chambre postérieure. A9 5
— de la région coronale. ..15 75
Angle facial, 8A degrés.
Crâne de la planche XI ( C ).
à peu près
Les diamètres longitudinal et pariétal presque égaux. Le développement de la partie postérieure et latérale très remarquable, et le vertex très proéminent. Les pommettes, quoique hautes, ne sont pas épaisses. La forme est symétrique.
Diamètre longitudinal.
Arc intermastoïde. . .
Ligne intermastoïde. .
Arc occipito-frontal. .
Périphérie horizontale.
Capacité intérieure totale. 77 V
— de la chambre antérieure . 28 »
— de la chambre postérieure. A8 „
— de la région coronale ... AA 3
Angle facial, 80 degrés.
Jl. Meyen (ouvrage cité) décrit aussi des crânes déprimés artificiellement en arrière, trouvés à Truxillo, dans l'ancien royaume de Chimu, et qu'il attribue aux indigènes primitifs (babitantsdes côtes) avant l’arrivée des Incas ; tandis que ceux qu'il considère comme appartenant aux Incas proprement dits(voy. sa planche îj2) seraient plutôt aplatis sur les côtés, volumineux en arrière, avec un front peu relevé, quoique peu fuyant, et une face proportionnellement assez développée et légèrement saillante, ce qui est en opposition avec les échantillons authentiques recueillis dans le temple du Soleil.
Voici, au reste, ce qu'il dit des premiers (p. Si) : « Ces crânes sont arrondis ; le front n'est pas aplati, et même parfois il fait une saillie remarquable, étant poussé en avant par la pression occipitale (1). Les traits sont peu marqués, l'arcade sus-orbitaire est peu saillante ; les sinus frontaux manquant tout à fait, la surface mtersourcihère ( glabella ) devient très large. Les orbites sont plutôt dirigés en dehors et en bas ; la racine du nez est étroite et peu déprimée ; le dos du nez est saillant; les pommettes sont plutôt arrondies; la fosse susmaxillaire est très profonde ; mais ce qui distingue particulièrement ces crânes, c’est leur grande largeur relativement à leur hauteur. »
Les momies de ces habitants des côtes ou indigènes primitifs, fait remarquer M. Meyen, avaient la tête tournée du côté
de la mer Pacifique ou à l’occident, tandis que sur les plateaux, la tête des momies (avec aplatissement du devant du crâne) était tournée vers l’orient, du côté de la mer Atlantique.
M. Retzius, dans son mémoire sur la forme des crânes péruviens (1), donne les dimensions d’un des crânes découverts dans un tumulus près de la ville de I^sco, au sud de Lima. Sa description répond, soit à celle des crânes A’Incas de Morton, soit aux crânes des habitants primitifs des côtes de Meyen. Il ne s’occupe nullement des cas de déformations artificielles.
Plus au nord, un épisode du voyage de M. John Stephens dans le Yucatan (2) nous fait assister à l’ouverture du seul tombeau antique qu’il ait examiné au milieu des ruines de ce qu’il considère comme la ville de Ticul, et dont les fondateurs étaient vraisemblablement de race Toltécane. Un squelette de femme adulte, dans un état avancé de décomposition, y est déposé assis ; il en recueille les débris, les transporte à Philadelphie et les soumet au docteur Morton. Celui-ci, quoique le crâne fût brisé en plusieurs morceaux, parvient, à force de soins, à en rétablir les faces postérieures et latérales. L’occiput se trouve remarquablement plat et perpendiculaire, tandis que le diamètre interpariétal ne mesure pas moins de 5 8/10“ de pouce anglais (0",lû7). Ce savant ne balance pas à rattacher ce crâne déformé au type américain , et trouve des analogues dans les crânes des plus anciens habitants du Pérou et du Mexique.
Cependant l’inspection des crânes mexicains représentés dans les Crœniaamericana me semble prouver quecbez ces derniers, la dépression de l’occiput était loin d’être aussi générale et aussi marquée que parmi les lucas et que chez les crânes examinés par Meyen; car dans plusieurs d’entre eux, la tète est plutôt normalement développée en arrière.
I ^ Analomie un< * pl, y sio logie , elc., von Muller,
(2J Incidents oftravelin Yucatan, 2vol.in-8, i.I,p. 336. London, 1843.
diverses formes à la tête de leurs enfants. L’occiput, naturellement vertical, a sans doute été encore plus aplati par la coutume, adoptée presque généralement, de fixer d’une manière solide les enfants couchés sur le dos, contre une planche qui sert de berceau, et qu’on suspend ou qu’on transporte d’un endroit dans un autre. »
Sans me prononcer d’une manière plus positive que Morton sur ce cas spécial (d’autant plus que cet aplatissement de l’occiput peut avoir été transmis héréditairement, et que la perpendiculaire abaissée du sommet de la suture transverse du coronal tombant sur le conduit auditif semble indiquer un crâne normal), je conviens des difficultés que doit présenter l’aplatissement artificiel de la voûte crânienne dans la région où eile est la plus épaisse et la plus solide à l’époque de la naissance. Mais on ne peut nier la probabilité de ce résultat, si l'on réfléchit à la moindre résistance du point où se réunissent les rayons osseux de l’occipital et des pariétaux, et à l’influence du poids de la tête sur cette partie appuyée horizontalement.
Ce qui m’étonne, c’est qu’indépendamment de la transmission héréditaire, Morton n’ait pas fait jouer un rôle plus général à l’action prolongée de ce genre de berceau, le compagnon des peuples nomades, sur l’aplatissement du derrière de la tête, qu’il considère comme un caractère normal du type
Aussi, passant dans l’ancien continent, ne tardôns-nous pas à reconnaître que ce berceau plat et solide y a produit des effets analogues.
Les anciens habitants de la Scandinavie et de la Calédonie devaient s’en servir, si l’on en juge par la forme de leurs crânes.
Vésale [Opéra, lib. I, cap. v, § 25) nous apprend que la déformation occipitale s’observait même chez les Germains de son époque: «Germmi vero compressa plenimque occipiie et
[alo cof'te spectmlur, quoi pueri in cunis dorso semper ineum- Imt, oc manibus fere dira fasciarum usum, cunarwm lateribus utrinque alliguntur. »
De même qu'en Amérique, cette pratique, en Allemagne, devait être commune aux deux sexes.
II n’en est pas ainsi à Taïti, où elle ne s’exerce que sur les enfants du sexe masculin, au rapport de M. de Marivaux, lieutenant de la frégate Uranie, qui a passé trois ans dans cette Ile vers 1869.
11 m’a affirmé que depuis 1815, grâce à l’influence des missionnaires anglais, les habitants ont abandonné- l’ancienne déformation occipito-frontale ; mais que les mères se bornaient à comprimer le derrière de la tête de leurs garçons, soit avec les mains, soit en les fixant sur le dos contre une planche servant de berceau, de manière à aplatir le crâne au niveau de la rencontre de l’occipital et des pariétaux. Ils considèrent cette déformation comme une beauté, et lui donuent le nom de Upoo-Paraurau (tête aplatie). Chez quelques individus elle s’efface peu à peu, mais dans un certain nombre elle subsiste pendant le reste de la vie. a
La même pratique est signalée par Nicolas Fontana (ouvrage cité) dans les îles de Nicobar. Voici comment il s’exprime : « Les hommes n'ont que peu ou point de barbe ; la partie postérieure de leur tête est beaucoup plus plate et plus déprimée que la nôtre, a Et dans une note annexe : « C’est la coutume parmi eux de comprimer avec les mains l’occiput de l'enfant nouveau-né, afin de le rendre plat. »
Je crois enfin devoir placer au nombre des déformations artificielles du crâne les têtes de Siamois dont MM. Ruschenberg (1) et Finlayson (2) ont donné la description, quoi-
W Siam an
que ces auteurs aient négligé de nous fournir des explications
à cet égard.
En effet, on remarque une dépression anormale extraordinaire de la région postérieure du crâne, qui rappelle les déformations cunéiforme-relevée ou trilobée, et quelques-uns des crânes'trouvés à Santa, au Pérou ; car la dépression est presque perpendiculaire depuis le trou occipital jusqu’au vertex. Mais celui-ci est également aplati, et vers ce point convergent en même temps les côtés, de sorte que la tête prend la forme d’un cylindre ou plutôt d’un cône tronqué qui la distingue des autres espèces déjà décrites.
Voici comment s’exprime le docteur Ruschenberg :
« La portion occipitale de la tête est presque verticale et très petite, comparée aux régions antérieure et sincipitale, et je remarquai ce que je n’avais vu dans aucun autre crâne que dans ceux des anciens Péruviens de Pachacamac, savoir, que les deux côtés du crâne n’étaient pas symétriques. Dans la région de la fermeté, la tête est très saillante; cela est surtout remarquable chez les Talapoins (caste des prêtres). »
M. Finlayson, de son côté, dit que leur tête offre cette particularité, que le diamètre antéro-postérieur est extrêmement court, ce qui donne à la forme générale une apparence cylindrique. Le trou occipital, dans un grand nombre de cas, est placé tellement en arrière, que la ligne tracée depuis le vertex à la nuque, est presque droite. Le front est très bas et très étroit, surtout en haut, le sommet de la tête en général aplati ; les pommettes sont saillantes, larges et développées sur les côtés et à contour arrondi; l’espace intersourcilier est plat et plus large que dans le commun des hommes ; le nez n’est cependant pas aplati comme celui des nègres, mais il est plutôt petit et les ailes ne sont pas très étendues. La face est remarquablement large et plate, et le menton est de nouveau étroit, de sorte que le contour de la figure représente plutôt un losange qu’un ovale. La mâchoire inférieure est néanmoins forte
Il* II» Uil 1 ' triï
qu’exécutent consécutivement les apophyses montantes du maxillaire supérieur tend à faire saillir en avant le bord antérieur des alvéoles, tandis que la dépression qu’éprouvent les dents molaires fait relever et obliquer les dents incisives, en même temps que les pommettes sont écartées. Il en résulte donc un prognathisme sensible ; mais comme la mâchoire inférieure n’a été affectée qu’indirectement, son développement reste plutôt normal. Le menton paraît en retrait, et les dents incisives inférieures se dirigent quelquefois perpendiculaire-
S’agit-il de la déformation frontale, il se manifeste aussi une espèce de prognathisme, en conséquence du refoulement successif de la voûte et de la base du crâne, avec déplacement en avant du trou occipital et déviation de l’apophyse basilaire; mais ce prognathisme s’accompagne de la dépression de la voûte sus-orbitaire, d’un changement de direction dans l’axe des orbites et de la saillie du menton, de sorte que toute la face se trouve placée sur un même plan oblique.
Les dépressions temporo-pariétale et occipitale produisent un effet opposé : le développement du front et du vertex en est favorisé, la ligne faciale se rapproche davantage de la perpendiculaire, et la face devient plutôt orlhognathe.
L’application des bandes, des compresses, des planchettes, dessine sur les os plats des empreintes plus ou moins apparentes, des gouttières et des enfoncements superficiels, séparés par des arêtes ou des boursouflures. Ailleurs, ces arêtes résultent du chevauchement des os les uns sur les autres, du frontal sur les pariétaux, et de ceux-ci sur l’occipital. Ici on aperçoit des sutures oblitérées sur les points comprimés, ou bien dans les intervalles elles restent quelquefois ouvertes au delà du temps fixé par la nature; là on remarque que les pommettes et les arcades zygomatiques sont tantôt poussées en dehors, tantôt déprimées sur les côtés.
La symétrie du crâne est altérée dans beaucoup de cas;
enfin il semblerait même que, sous certaines conditions, l’ostêogénie normale soit enrayée au point que des têtes d'adultes déformées présentent des caractères qui ne se retrouvent que
Dans tous les cas, ces anomalies artificielles peuvent servir à éclairer le diagnostic, et comme le centre de gravité est nécessairement entraîné dans un sens ou dans un autre, on conçoit la valeur que j’ai dû attacher au caractère distinctif de ces déformations crâniennes, tiré des rapports qui s’établissent entre la perpendiculaire fictive abaissée du sommet de la sature transverse du coronal et le conduit auditif externe.
L'influence des déformations ne se borne pas à ces changements extérieurs; elles déterminent aussi le développement irrégulier de la cavité crânienne, le déplacement des organes qui y sont contenus, une gêne de la circulation dans certaines parties, un accroissement de nutrition chez d’autres, par conséquent une rupture d’équilibre ou d'harmonie dans l'encéphale, et le germe d’altérations pathologiques pour le corps
Toutefois les opinions des auteurs relatives à l’influence physique, morale et intellectuelle, qu’ont dû exercer ces diverses déformations sur les individus qui y étaient soumis, sont très variables et souvent opposées.
La plupart des voyageurs anciens, et parmi les modernes MM. d'Orbigny, Morton etScouler, se taisent sur la question de santé, ou signalent les peuples à têtes déformées comme remarquablement vigoureux, agiles et bien portants; quelques-uns même affirment que le mode d'action lent et gradué de ces pratiques ne parait point avoir eu d’influence fâcheuse sur la sauté des enfants. Mais des observateurs plus exacts sont venus modifier ces assertions exclusives ou trop
8 Nous'avons vu ce que disait un auteur anonyme dans le Recueil des voyages du Nord, sur l’effet immédiat produit par
ces compressions brutales chez les malheureuses petites vic-
Le docteur Scouler lui-même, après avoir avancé v que la santé des enfants n’en paraît point souffrir, » fait l’observation suivante : « One circonstance remarquable chez les tribus qui compriment leurs têtes est la fréquence de l’apoplexie. J’en ai connu deux qui moururent le même jour de cette maladie; mais il est difficile desavoir si cette disposition dépend de la forme de la tête. »
M. Duflot de Mofras, tout en reconnaissant la vigueur constitutionnelle des sauvages de l’Amérique duN.-O., ajoute également, que les Européens qui ont résidé parmi eux, et le savant Mac-Loughlen entre autres, [remarquent qu’ils sont fort sujets à l’apoplexie. »
Le docteur Foville prouve, par des faits positifs et nombreux, que les effets les plus constants et les plus fréquents de la déformation dont il s’est occupé, quoique portée bien moins loin que d’autres, sont des maux de tête, des étourdissements, des congestions cérébrales, des méningites, des cérébrites et des épilepsies; que l’idiotisme ou la folie viennent trop souvent terminer cette série de maux, et que les hôpitaux d’aliénés recrutent parmi ces malheureux un grand nombre de leurs pensionnaires.
Le docteur Lunier, dans le département des Deux-Sèvres, arrive à des conclusions, si ce n’est identiques, du moins très semblables, comme nous le verrons plus tard.
Quant à moi, plus je me suis occupé du sujet, plus j’ai réfléchi aux altérations que subit le système sanguin cérébral , dans les cas de déformations artificielles portées à un haut degré (comme dans celui de la tête cunéiforme), moius j’ai compris comment on a pu méconnaître leurs effets désastreux sur la santé des enfants ; et, d’autre part, j’ai dû reconnaître l’innocuité de compressions exercées avec prudence et modération sur certaines parties de la tête. Aussi je ne puis
Le rédacteur du Mercurio Peruano fait la même observation au sujet des Indiens du Pampa del Sacramento et de la déformation qui les caractérise : « Ces Indiens sont indubitablement le peuple le plus stupide et le plus privé d’esprit qui existe sous le soleil. »
Garcilasso de la Vega peint ceux des habitants du Pérou à tête déformée antérieurement, comme des peuples superstitieux et cruels. Aussi les Incas abandonnèrent-ils l’idée de civiliser quelques*uhs d’entre eux.
M. Philipps, dans son mémoire, Sur la mesure des crânes des principaux groupes d'indiens des Etats-Unis (i), dit, au sujet des Orégoniens : « Ces peuples sont connus comme le type le plus bas de toutes les tribus de l’Amérique du Nord. Et le volume de leur cerveau, de 4 pouces cubiques moindre que la moyenne générale, et de 8 pouces moindre que celle des Iroquois, est parfaitement en harmonie avec la dégradation de leur caractère. »
M. Duflot deMofras dit positivement de ces mêmes sauvages (page 347 de son ouvrage) : « La compression du cerveau exerce sur les facultés des Indiens une influence funeste. Il n’est donc pas étonnant que de toutes les tribus de la côte, celle des Têtes-Plates soit la moins intelligente. »
Le P. du Tertre (2), tout en rappelant la docilité, l’insouciance, l’imprévoyance enfantine, l’esprit subtil et même la faculté de raisonnement des Caraïbes insulaires à têtes déformées, reconnaît qu’ils sont grands rêveurs et comme absorbés pendant des journées entières, qu’ils portent sur leur visage une physionomie triste et mélancolique, et que, quoique d un naturel bénin, dans certains moments, ils sont très vindicatifs, et deviennent par fois brusquement
(I) Informations respect,ng the hislory , lhe condition of the Indien tribes, by Schoolcraft. t. IL n
est déformée annulairement « la faiblesse, le développement incomplet de l’intelligence est également une coïncidence qu’on rencontre aussi souvent qu’un caractère bizarre et surtout emporté. »
Virey était aussi d’avis que les compressions exercées sur le devant de la tête peuvent être extrêmement fatales au développement des facultés intellectuelles.il a vu l’idiotisme survenir chez un individu, dont la tête s’était allongée sous la compression artificielle dans l’enfance.
Le docteur Lunier vient ajouter à cette liste d’infirmités physiques et morales, des faits non moins positifs que nombreux tirés de sa pratique à Niort. Voici comment il les expose (ouvrage cité, pages 11 et suivantes) :
« Les détails dans lesquels je suis entré ont dû faire pressentir quelle part d’influence j'attribue à ces déformations de la tête sur les fonctions du cerveau. Sans admettre, comme le font à tort les pbrénologistes, que chaque saillie, chaque dépression du crâne correspond à une saillie, à une dépression du cerveau, on ne peut nier|que l’encéphale ne subisse l’influence des déformations un peu notables de la voûte du crâne. J’ai sous les yeux celle d’un imbécile mort tout récemment dans mon service et dont l’examen ne peut laisser aucun doute à cet égard. Ce crâne présente, en effet, immédiatement en arrière de la suture fronto-pariétale, une dépression transversale assez peu prononcée, et à laquelle correspond néanmoins, à la face interne, une saillie qui est évidemment le résultat de cette dépression.
» Mais si aux déformations que j’ai signalées dans la boite osseuse de la tête, correspondent des anomalies du cerveau complètement identiques, la question se réduit à celle de savoir si cet organe peut être impunément contrarié dans son évolution, ou, en d’autres termes, si les vices de conformation de l’encéphale ne doivent point porter atteinte au libre développement des fonctions qui lui sont dévolues. Ains i posé, le
problème est résolu d'avance. Je dois ajouter, d’ailleurs, que ces vices deconfonnation survenant surtoutdans la première enfance, les lésions fonctionnelles, à la production desquelles elles contribueront, devront être principalement des maladies propres à cet âge, c'est-à-dire l'idiotie, l’imbécillité et l’épilepsie. Ici les faits donnent complètement raison à la théorie comme le démontrent les documents statistiques qui suivent!
* Sur les 38 malades du quartier des femmes qui m’ont présenté les déformations que j’ai signalées, il y a 13 idiotes, 5 imbéciles, 1 épileptiques, 1 hystérique fort peu intelligente! 2 paralytiques, 8 démentes, 1 Iypémaniaque et 3 érotomanes! J’ai été frappé de l’allongement du crâne chez les femmes affectées d’érotomanie; d'un autre côté l’érotisme est fort commun chez les idiotes. Ces deux faits viendraient à l'appui de l’opinion des auteurs qui ont assigné pour siège au sens génésique la partie postérieure de l’encéphale.
» Quoi qu’il en soit, les chiffres que je viens présenter démontrent que la déformation du crâne doit toujours être considérée comme un symptôme fâcheux. Je n’ai point encore vu guérir complètement un seul malade qui en fût atteint
» Sur les 10 hommes qui m’ont offert la déformation caractéristique (déformation annulaire), il y a 1 idiot, 2 imbéciles, 2 épileptiques et 5 déments.
a J’ai déjà dit que les femmes présentaient beaucoup plus souvent que les hommes la déformation du crâne. La différence est en effet considérable. Je l’ai rencontrée chez 38femmes sur 80, c’est-à-dire dans presque la moiliédes cas; 10 hommes seulement sur 60, ou un sixième, me l’ont offerte. Aussi la proportion des idiots, imbéciles et épileptiques estelle loin d’être la même dans les deux quartiers. Dans celui des femmes, cette catégorie de malades forme la moitié de la population. Dans le quartier des hommes elle en fournit à peine le tiers.
» Ces documents contribueront peut-être à expliquer cer-
tains résultats statistiques qui sont loin d’offrir cette conformité sans laquelle ils perdent beaucoup de leur valeur.
» N’est-il pas évident, par exemple, que les déformations du crâne, généralement plus communes chez les femmes, peuvent, en augmentant le nombre des idiots et des épileptiques, modifier singulièrement la proportion des cas de folie dans les deux sexes? Cette cause d’allération des fonctions de l’encéphale doit être, donc, prise en sérieuse considération. »
Indépendamment de ces exemples pris dans l’asile des aliénés, le docteur Lunier en cite plusieurs autres observés en dehors, et qui tous viennent confirmer le jugement qu'il a porté sur les rapports qui existent entre les déformations du crâne et l’altération des facultés intellectuelles.
Jusqu’à ce jour jen’ai pu apprécier officiellement l’influence perturbatrice qu’aurait exercée la déformation Toulousainesur les fonctions du cerveau, des considérations sociales et individuelles rendant chez nous ce genre de recherches très difficile et très délicat (1). Toutefois les faits assez nombreux qui sont venus à ma connaissance me paraissent indiquer que
daol l'expérience nous démontre que dans beaucoup de cas les individus qui en sont doués pèchent par la réflexion, la prévoyance et le jugement.
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