‹ Essai sur les déformations artificielles du crâneChapitre 5 sur 11 · DD CRANE · texte numérisé non relu

DD CRANE

Amérique, soutiennent qu’elle n’influe en aucune manière sur les facultés intellectuelles.

Morton, en particulier, cite, a l'appui de son opinion, l’exemple d’un jeune Cliinook dont la tête était fort déprimée en avant, et qui vint à Philadelphie en 1839. Il parlait anglais correctement, avait un bon accent, paraissait posséder plus de finesse mentale qu'aucun autre des Indiens qu’il avait connu, était communicatif, enjoué, et avait de bonnes ma-

Au rapport de Lewis et Clark, ils sont loquaces, d'une intelligence qui ne manque pas de finesse, doués d’une bonne mémoire, enjoués, mais jamais gais, soupçonneux et filous, mais non voleurs, doux et inoffensifs.

Suivant Townsend (ouvrage cité, page 175), l’intelligence de cette race d’hommes ne paraît pas en être beaucoup affectée, car (à l'exception des Kajoux) aucune nation ne lui a semblé plus rusée et plus intelligente.

Suivant Scouler, leurs facultés intellectuelles n’en paraissent point troublées. (Mémoire cité.)

51. de Castelnau m’a dit porter un jugement analogue sur la nation des Conibos ou Canivos, dont il a décrit la conformation occipito-frontale, et qu’on avait représentée ci devant comme dépourvue d’intelligence (1).

MM. Morton et d’Orbigny ont soutenu la même thèse eu regard de la déformation svmétrique-alloDgée au Pérou, et ils se basent sur des preuves tirées, les unes du volume du cerveau, les autres de documents historiques.

Examinons la valeur respective de ces diverses preuves. #

Quant au volume total du cerveau dans ses rapports avec les déformations crâniennes, Morton s’exprime ainsi qu’il suit dans l’ouvrage publié par M. Sclioolcraft. « Quelque extraordinaires que soient ces formes et quelque opposées qu’elles

(1) Expédition dans les contrées centrales de l'Amérique du Sud, exécutée de 1843 i 1841, I. IV, p. 330 et 393. 1 vol. in-S. P«ris, 1851.

puissent être à nos idées préconçues, elles ne le sont pas moins que deux vérités physiologiques bien établies et qui sont en relation avec elles ; savoir, que le procédé pour les produire ne diminue pas le volume du cerveau et n’affecte pas d’une manière sensible le caractère moral et intellectuel des individus (1). »

M. d'Orbigny, de son côté, dit (page 12 de son Homme américain) : « Nous avons tout lieu de croire que dans ce cas il n’y avait que déplacement de parties et non altération, et les facultés intellectuelles devaient en être peu affectées. » Puis il ajoute: « Les savantes observations de M. Parchappe(2) éclairent plusieurs points curieux du rapport du volume du cerveau avec les facultés, ce qui peut prouver jusqu’à un certain point que la forme plus ou moins variable du crâne chez les hommes des diverses contrées ne saurait avoir une influence directe sur les facultés. »

Et (page 314) il termine par ces mots : « Rien, absolument, ne vient nous éclairer relativement à l’influence que devait avoir sur les facultés intellectuelles des Ayraaras la déformation artificielle de leur tête, puisque les anciens historiens

qu’il n’y avait q ue déplacement des parties constituantes du cerveau, sans disparition, ni même lésion de ces dernières. »

Or, admettant que le volume total du cerveau ne soit pas changé d'une manière notable par les déformations artificielles du crâne, s’ensuit-il nécessairement que les facultés morales et intellectuelles n'en éprouvent aucune modification, ainsi que le veulent les auteurs sus-mentionnés? Je ne le pense pas, et voici mes raisons.

D'abord, je ferai observer que les opinions attribuées à 51 . Parchappe ne sont pas entièrement conformes à celles qu’a énoncées ce savant physiologiste ; puisque, après avoir déclaré qu’il ne s’occupait que du volume du cerveau et non de la forme du crâne, il tire de son travail les conclusions suivantes (pag. 96-97).

« De toutes ces considérations, il me paraît résulter en définitive que l’influence du volume de l'encéphale sur le développement de l’intelligence peut se résumer en ces propositions.

» La quantité de matière dans l’organe de la pensée a une influence sur l’intensité de la force fonctionnelle. Cette influence se révèle par des différences dans le poids, dans le volume, dans l’étendue des surfaces de la matière organisée, corrélatives à des différences dans le nombre ou dans 1 énergie des facultés intellectuelles et morales, soit qu’on compare les animaux entre eux, soit que l’on compare les individus dans chaque espèce, et notamment dans l’espèce humaine.

» L’intelligence n’est pas absolument proportionnelle à la

» Elle paraît être proportionnelle à la masse des hémisphères , surtout si l’on tient compte de la surface dont le volume n’est qu’un élément, et qu’influent surtout le nombre et la profondeur des circonvolutions, et probablement aussi, si l’on tient compte du volume partiel des fractions des hémi-

sphères qui constituent des organes spéciaux, organes pour chacun desquels le rapport serait absolu. »

Ainsi, sans revenir sur les considérations physiologiques que j'ai consignées dans le chapitre I", relativement aux rapports qui paraissent exister entre les diverses parties de l’encéphale et les diverses tendances intelligentes ou affectives de l’âme, il est facile de concevoir, en partant de ces principes, que deux cerveaux conformés de manière à présenter un volume égal dans l’ensemble de leur masse, puissent toutefois exécuter des actes intellectuels différents, selon les proportions relatives des organes spéciaux.

Le volume total des organes n’entre donc que pour peu de chose dans ce calcul des influences réciproques de leurs diverses parties.

C’est ce qu’a bien compris M. Philipps (1), lorsqu’il compare le volume du cerveau chez les tribus barbares, avec celui des Mexicains et surtout des Péruviens.

« Les traits prédominants du caractère des sauvages du nord de l’Amérique, » dit-il, « sont le stoïcisme, une cruauté très grande, une extrême vigilance et cette brutalité grossière qui résulte de l’entière prédominance des penchants animaux. Ces derniers prédominent tellement sur la partie intellectuelle du caractère, que celle-ci se trouve entièrement subordonnée, faisant ainsi de l’Indien un homme dont le développement intellectuel est très borné et incivilisable.

» Le lobe intellectuel du cerveau chez ces peuples, s’il n’était pas ainsi dominé par cet excès des penchants et des passions animales, les aurait mis à même de faire de plus grands efforts que ceux que nous savons avoir été faits, et leur aurait permis de faire quelques progrès dans la civilisation.

» C’est ce qui paraît constituer la différence des cerveaux

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