‹ Essai sur les déformations artificielles du crâneChapitre 8 sur 11 · DO CRANE · texte numérisé non relu

DO CRANE

tend à * répandre et s'établir. Les nations clialdéennes, syriaques, égyptiennes, grecques et romaines, s’élèvent à un dœréremarquable de culture et d'industrie; leur face n’est «bit proéminente; leur front est naturellement relevé dans la classe aristocratique, et l’on se garde bien de le déformer chez les citoyens libres, chez les hommes de conseil, chez les savants ou les prêtres.

La civilisation pénètre en Amérique par l’Orient et l'Occident et l'on suit, pour ainsi dire, ses traces à la forme des crânes, soit normaux, soit légèrement déprimés en arrière, mais toujours plus ou moins développés sur le devant, même chez le sexe féminin, et qui sont particulièrement l’apanage de la noblesse lettrée ou religieuse.

C’était bien la pensée que voulait exprimer M. le professeur Retzius, sous un autre point de vue, lorsqu’il dit (1): aEn général, il parait que Y orthognathisme est indigène en Asie, et a choisi l’Europe pour son lieu d’élection, comme l’a fait le prognathisme dans d’autres parties du monde. 11 est remarquable que, depuis les temps les plus anciens, la ligne droite et perpendiculaire de la face a servi de caractère aux races les plus nobles de l’espèce humaine, et a été, pour ainsi dire, la compagne de la civilisation, tandis que le prognathisme a été plutôt associé à la sauvagerie, au défaut de culture (Rohheit), et au paganisme grossier ( Heidenlhum ). »

Si la vanité nobiliaire détermine la forme globuleuse de la tête chez les Turcs, c’est comme type de beauté et de noblesse que les insulaires de Nicobar, de Sumatra, de Java et de Taiti, ont adopté l’aplatissement du derrière de la tête.

J’ai parlé ailleurs de l’influence mécanique exercée dans la déformation occipitale par le genre de berceau adopté par quelques peuples; je me borne à le rappeler ici, en faisant observer toutefois que ce moyen de compression était plus (t) A l> 8n du mémoire cité (Archiv. der Anatomie uni ier PhysMo-

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particulièrement adopté dans les contrées septentrionales de l’ancien et du nouveau continent, et qu'il était en général remplacé par le simple massage, dans les régions équatoriales et méridionales.

Quant aux déformations involontaires de la partie antérieure ou supérieure du crâne, si fréquentes encore de nos jours dans l’Europe civilisée, et dont quelques parties de la France nous offrent en particulier l’exemple, nées de préjugés ou de pratiques populaires, elles sont dues pour la plupart à une tout autre cause.

Nous avons vu, qu’àla naissance, les os de la voûte du crâne sont très minces, et qu’ils manquent même presque entièrement vers les fontanelles antérieures. Aussi le cerveau y est plus en contact avec les intempéries atmosphériques ou plus exposé à des lésions matérielles. En conséquence, les mères soucieuses cherchent à abriter cette partie délicate, la couvrent de pièces d’étoffes chaudes ou de compresses plus épaisses, et pour les y fixer solidement, se servent pour l’ordinaire d’un bandeau (serre-tête). Et quoique dans la déformation pratiquée à Toulouse et aux environs on se contente de comprimer le front, c’est encore la crainte que l’enfant ne prenne froid qui porte les parents à agir ainsi.

Telle est, chez nous, l’origine de la plupart de ces funestes mutilations; telle est la théorie qu’a exposée le docteur Fovilie, au sujet de la tête annulaire, ajoutant qu’elle se dessine plus particulièrement chez les femmes que chez les hommes, parce que eeux-ci peuvent s’y soustraire passé la première enfance, tandis que la mode des hautes coiffures féminines usitées en Normandie et dans les départements voisins de la Vendée trouve dans la gouttière crânienne qui s’est formée un moyen d’y fixer ses échafaudages.

C’est encore la mode qui influe sur le pétrissage de la tête au moment de la naissance. Telle ou telle forme de tête est en faveur dans certaines contrées, chez certains peuples, dans

„es familles, et de génération en génération, les masoumettent souvent le sort des enfants à ce caprice à™,ne opinion factice et aveugle. Ainsi, nous avons vu les anns Beiges affectionner la tête allongée et aplatie sur les clués ; les Turcs, la têteronde, etc, et l’on m'assure que chez Z campagnards du Languedoc, on cons.dère encore la tête Uoneée en arrière et à front fuyant, comme la plus élégante. 1 Déjà M. Forster le père avait fait une observation analogue an sujet de la déformation du nez (1). « Les sages-femmes de Taïti, dit-il, imaginant qu’un nez large, un peu plat, est un rnement, compriment celui des enfants au moment de leur naissance’ et elles répètent cette opération tant que le nez est encore tendre. Ce singulier usage se retrouve chez d’autres peuples, v—Rochefort (ouvrage cité, p. 385) nous dit aussi :

« On met pour beauté.entre les femmes Tartares, d’estre

fort camuses ; mais, pour relever les attraits de leur nez, elles se frottent d’un onguent fort noir. Entre les Guinois, d’avoir de grands ongles et le nez plat. C’est pourquoi ils l’aplatissent et l’enfoncent avec le pouce à leurs enfants, dès qu’ils viennent au monde, comme font aussi les Brésiliens. » D'ailleurs, les sauvages à nez épaté, et à narines largement ouvertes pouvaient penser que cette pratique donnait plus de finesse au sens de l’odorat. — En revanche, la mode avait multiplié artificiellement les nez aquilins en France, au xvf siècle, suivant l'observation de Lery.

Ce que je viens de dire sur l’influence d’une cause aussi générale que la mode m’engage à revenir sur une circonstance qui a joué un rôle important dans l’histoire des déformations artificielles du crâne. Je veux parler de leur inégale répartition suivant les sexes. On ne peut qu’être frappé, en effet, de leur prédominance chez le sexe masculin, et déjà j'ai

pu en tracer une des causes parmi les peuples sauvages et guerriers. Mais il en est une autre qui mérite d'être signalée, car elle s’applique aussi bien aux sauvages qu’aux peuples demi-civilisés.

Il est positif que chez toutes les nations dans l’enfance, et même chez un grand nombre de celles qui se disent avancées, la femme s’est trouvée placée, plus ou moins, dans une position d’infériorité abusive, et que plus on remonte vers le berceau des sociétés, plus ces abus sont souvent criants. Sans entamer ici de discussion sur un fait accompli, il n’en est pas moins vrai qu’une de ses conséquences a étéqu’anciennement, dans la plupart des cas, les garçons comptaient seuls dans la famille et que les filles étaient complètement négligées. Or, la noblesse, le rang, le nom, n’étant transmis alors que par les hommes, il en est résulté que là où les déformations étaient considérées comme un caractère honorable, elles n’étaient appliquées qu’aux garçons. Nous n’avons remarqué jusqu’à présent qu’un petit nombre d’exceptions à cette règle, celle par exemple où, la barbarie étant portée à l’extrême, comme chez les Caraïbes insulaires, aucune caste privilégiée n’y existait, et le cas des peuples dont la déformation artificielle était plutôt favorable aux progrès de la civilisation, tels que les Incas, les Péruviens de la côte, et, en général, les Toltèques.

Le rang inférieur qu’occupaient les femmes, et surtout les filles, dans l’échelle sociale, chez la plupart des peuples, nous donne aussi la clef du silence ou des erreurs qu’on peut reprocher aux voyageurs et aux historiens anciens sur le sujet qui nous occupe.

Avant de terminer ce chapitre des causes, il me reste à dire un mot sur une classe de déformations de tête qui, sans être artificielle, a dû exercer une influence puissante sur la reproduction imitative de ces dernières.

Ce sont les déformations qui s’opèrent accidentellement

dans le moment des couches, au passage de la tête de l’enfant à travers le bassin de la mère, soit qu’il y ait disproportion entre le volume de la tête et le diamètre du bassin, soit que la tête se présente dans une mauvaise position, ou que la forme du bassin offre une défectuosité.

Dans les cas ordinaires d’accouchements réguliers, la tête peut s’allonger naturellement, mais après la naissance cette déformation passagère ne tarde pas à disparaître. Il n'en est pas toujours de même lorsque l’accouchement est très difficile, et que la tête est restée très longtemps engagée dans le bassin après l’écoulement des eaux ; alors la déformation passagère devient quelquefois permanente, ou du moins ne disparait pas complètement, si l’on n’a pas eu soin de rétablir promptement l’équilibre dans les parties violemment déplacées. Aussi, les observe-t-on plus souvent chez les femmes primipares, et ce sont les garçons, dont la tête est, en général, plus volumineuse que celle des filles, qui en sont surtout les victimes. — Une autre remarque, non moins intéressante, c’est qu’une fois établies, elles peuvent, jusqu’à un certain point, se transmettre par hérédité.

La plus fréquente de ces déformations accidentelles est celle du aez et de la partie antérieure du crâne.

J’ai eu dernièrement l’occasion d'en voir une, chez laquelle les parties latérales de la tête étaient comprimées, de manière à reproduire la déformation artificielle des Colchares, décrite par Hippocrate. Elle me paraît donc digne d’être mentionnée ici un peu plus en détail.

Le sujet, M. B... est un homme de cinquante-quatre ans, d une constitution saine et robuste, d’une taille movenne qui «aquit à Genève en 1800. Sa mère était petite délicate et primipare ; la tête de l’enfant était très volumineuse; l’accou- -a™ e,,t fUt P! * r consét l ue,,t , très >°"S ^ difficile. À la naisie sur les côtés, et le nez

à la base. On n

îener les parties à

leur forme normale, et dès lors M. B .. a conservé cette anomalie de structure, que ne présentaient ni son père, ni sa mère, ni aucun de ses ancêtres ou parents.

Voici les dimensions que la tête a acquises :

Diamètre occipito-frontal. . . 8

— occipito-nasal. ... 8

— interauriculaire. . . 5

— ioterpariélal .... 5

— inlerfrontal. 4

Espace inlerauculaire. 1

Périphérie du crâne à sa base. 23

Arc occipito-nasal. 10

Angle facial, 85 degrés.

M. B... a eu plus tard une sœur dont la tête était normale, ressemblant à celle de la mère.

En 1822, il se maria à une demoiselle un peu plus âgée que lui, et dont la tête était petite et arrondie.

La même année, ils eurent une fille qui naquit avec une tête semblable à la mère.

En 1824, il leur vint un fils. L’accouchement fut pénible, sans être irrégulier, et la tête de l’enfant, naturellement volumineuse, présenta à la naissance une déformation latérale, identique avec celle du père, sansqu’on cherchâtà la modifier. Aujourd’hui, elle a acquis à peu près les mêmes dimensions ; le front seul me paraît un peu plus étroit.

Enfin, en 1828, ils ont eu une seconde fille dont la tête ressemblait également à celle de la mère.

M. le docteur Alquié du Val-de-Grâce m’a affirmé avoir vu à Montrejo, département de la Haute-Garonne, une famille dont le père avait une déformation de tête semblable à celle de Sl. B..., avec front et occiput saillants, et dont les trois filles ont présenté à leur naissance une conformation de tête analogue.

Ces exemples suffiront, je pense, pour faire comprendre le

,41e qu'ont dù jouer les déformations accidentelles, dans la question qui nous occupe.

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