CHAPITRE VI
Jusqu’ici, je n’ai considéré les déformations crâniennes que sous le point de vue pour ainsi dire théorique; je me suis borné à les classer, à en étudier le mécanisme et 1 influence sur l’âme intelligente, ou sur quelques-unes des sociétés qui ont habité et qui habitent encore notre globe. Mais cette étude pourrait conduire à des résultats bien plus fructueux, si l’on pouvait en faire une application pratique à la marche et au perfectionnement de l’humanité.
Elle me parait surtout se rattacher à la grande question controversée des races primitives et de leur dispersion sur la terre, et me semble propre à jeter quelque lumière sur certains points obscurs de l’histoire des temps passés.
Malheureusement les faits recueillis sont trop peu nombreux, et le sujet est trop neuf, pour pouvoir espérer d’arriver à des conclusions non contestables, et je ne me sens pas de force d’aborder dans le moment actuel un pareil proie préfère, par conséquent, m’en tenir à quelques aperçus
La question d’hérédité dans les deformations crâniennes est la première qui se présente et celle qui a soulevé le plus de discussions, depuis Hippocrate jusqu'à nos jours (1). Les uns l’ont admise comme vraisemblable, d’autres la nient ; et
(1) Voyez Prosper Lucas , Traité philosophique et
l physiologique <
136 déformations artificielles
dans ce procès on est souvent embarrassé de porter un jugement définitif, faute de preuves.
Je reconnais, avec les adversaires de la transmission héréditaire de ces déformations, que la nature tend toujours à revenir au type primitif de l'espèce, dans les variétés qui résultent de changements d’habitude ou de climat, ou lorsque les croisements ont lieu d’une maniéré irrégulière et sans but déterminé. Cette tendance de la nature à réparer le tort qu’on lui a infligé au moment de la naissance m’est prouvée d’ailleurs par le fait qu’une fois la tête délivrée de ses entraves, elle se rapproche insensiblement, par la croissance, de sa forme normale. C’est ce que nous ont signalé MM. d’Orbigny, Duflot de Mofras, Scouler et Foville, et ce qui explique les variétés de déformations obtenues par les mêmes artifices, en tenant compte du degré de pression et de la durée de l'application. Mais je doute qu’il en soit de même lorsque des changements bien caractérisés sont produits systématiquement par hérédité et avec persévérance.
Je dirai donc volontiers, avec Blumenbach (1) : «Je ne me prononce pas maintenant, et suis prêt à me ranger avec ces derniers (les opposants), s’ils m’expliquent pourquoi des conformations particulières, obtenues d’abord par l’art ou l’effet d’accidents, ne pourraient pas se transmettre, tandis qu’on ne saurait assigner d’autres causes à des caractères communs à toute une race, qu’on observe particulièrement au visage, dans la forme du nez, des lèvres, des sourcils, et qui se propagent dans les familles pendant une suite plus ou moins nombreuse de générations, avec plus ou moins de constance et de régularité. Les maladies organiques, le bégaiement, etc., etc., sont aussi héréditaires; voudrait-on attribuer ces faits au hasard ? »
C’était bien aussi l'opinion du célèbre Cardan, médecin mi-
(1) De l'unilc du genre humain et de ses variétés, traduction française, par Chardel. Paris, 1804,1 vol. in-8, p. 134.
lanais, lorsque parlant des têtes déformées du littoral péru-
vien, Ù dit(l) : . x , JIJU . .
, Parmi les phénomènes du corps qui mententd être admi-
^sl'danslaprovincedu Vieux-Port, où les hommes manquent de cervex (occiput), (j'appelle ainsi cette partie du col qui est auprès de la vertèbre atlas), et dont la tête est carrée. -Mais cela s’obtient par l'art et non par la nature: il est aussi certain que l’art lui-même se transforme en une espèce de nature. En effet, les enfants de ceux dont la tête a été liée dans le principe entre des planchettes, et chez lesquels on l'a comprimée au moment de la naissance, ont contracté la même difformité. 11 est donc constaté que les formes humaines peuvent varier de plusieurs manières, sous l’influence soit de l’art, soit d’une succession prolongée. Il est également certain que ce qui se fait contre les lois de la nature devient nuisible: et cependant ces individus s’imaginent qu’en le faisant ils se mettent plus à l’abri des maux et deviennent plus robustes. Or l'accoucheur doit se rapprocher de l’état naturel et non s’en éloigner. Il ne faut pas croire toutefois qu ils soient entièrement prives de cervex (occiput) ; ils en ont un très pe-
Ensuite, je suis disposé à croire que cette divergence d’opinions tient, plus qu’on ne le pense, à ce qu’on a confondu dans la même catégorie, les conséquences très diverses de deux lois que j’ai rappelées dans le chapitre I", savoir : que les déformations pratiquées identiquement et au même degré d’intensité, sur les deux sexes, pendant plusieurs générations successives peuvent, sous l'influence prolongée des mêmes agents extérieurs généraux et locaux, se transmettre par hérédité d’une manière plus ou moins permanente, tandis qu’il
n’en est point ainsi, lorsqu’un des sexes y est seul soumis, ou que les déformations n’ont été pratiquées que sur une ou deux générations, ou d’une manière irrégulière et plutôt superficielle.
L’application de ces lois aux déformations du crâne semble eu confirmer la justesse. Déjà le cas que j’ai cité dans le chapitre précédent prouve que ces déformations, même accidentelles, peuvent être héréditaires ; l’étude de l’influence des sexes conduit à des résultats analogues.
En effet, les seules déformations crâniennes qui aient rempli toutes les conditions de la première loi, et sur lesquelles on ne peut avoir de doute, sont : 1" celles qui étaient pratiquées anciennement chez les Caraïbes insulaires, et peut-être chez les indigènes des cavernes d’ossementsfossiles du Brésil; 2° l’occipitale, observée chez un grand nombre de nations qui habitaient l’Amérique ; 3“ la mutilation nasale que l’on retrouve parmi diverses populations de l’ancien et du nouveau continent; U° on peut aussi y rattacher les déformations chez les deux sexes que reproduisent les monuments de Palenque, et enfin, 5° la déformation symétrique-allongée, observée en Bolivie.
La première a dû cesser avec l’extinction complète de ces races antiques brésiliennes, et des Caraïbes dans les Antilles, ou par le croisement de ces derniers avec d’autres populations adveutives.—La seconde a continué de subsister jusqu’à ce jour le long des côtes du Pérou, et a communiqué à divers crânes américains une dépression assez constante en arrière, pour que des auteurs aient cru pouvoir la considérer comme un caractère de race. — Suivant plusieurs voyageurs, la troisième aurait déterminé la transmission héréditaire des nez épatés, chez certaines peuplades. — La quatrième parait s’être perpétuée dans quelques familles du Guatimala, car Stephens fait la remarque « que cette espèce de tête ne se rencontre actuellement que chez un petit nombre d’individus
D’ailleurs, il est rare qu’elles n’aient pas été modifiées plus ou moins par le croisement.
Ce serait donc à tort qu’on s’étaierait de l’exemple de l’Amérique pour nier la transmission héréditaire des déformations artificielles, car les mutilations de la partie antérieure du crâne exercées sur un seul sexe, une fois abolies dans le pays, par les lois, la religion ou par la mode, la nature a dû se rapprocher insensiblement du type normal en redressant les parties déprimées.
On ne le pourrait pas davantage, en se fondant sur ce qui s’est passé en Asie, pour les déformations temporo-pariétqles et pariéto-nasales.
Hippocrate (1) fait observer au sujet des têtes allongées de certains peuples. «Que celte disproportion n’avait d’abord été chez eux que l’effet d'une coutume ; mais qu’avec le temps la nature s’y était tellement pliée qu’elle n’avait plus besoin d’y être forcée par la mode. » Puis il ajoute : « Si cela n’arrive plus aujourd’hui chez eux comme autrefois, c’est que cette pratique étant tombée en désuétude par la négligence des hommes, les têtes ont repris insensiblement leur forme naturelle. »
Or, les Arabes qui avaient hérité de cette coutume, en avaient fait, comme les Macrocéphales, l’apanage exclusif du sexe masculin, du moins si l’on s’en rapporte au témoignage des auteurs.
Les guerriers d’Attila et de ses successeurs, dont le crâne et le nez avaient été aplatis dans l’enfance, de manière à les assimiler au type mongol, après avoir envahi, à plusieurs reprises, les provinces du nord du Danube et s’y être fixés, renoncèrent insensiblement à cette mqljj^tion barbare de leurs garçons, ou se croisèrent avec les fewrmes du pays; dès lors les conséquences de la prédisposition héréditaire acquise artificiellement, disparurent chez leurs descendants, et leur
(I) Ouvrage cité, §§ 80, 81, 82,
tête reprit son caractère primitif, car elle appartenait au type caucasien, aussi bien que celle des Maggyars qui, vers le
-iècle abandonnant la cliaine du Caucase, s'établirent dans le même pays.
Ce résultat aurait-il eu lieu, si la déformation pariétonasale eût été appliquée aux deux sexes d'un manière uniforme et suivie?
On peut d'autant mieux supposer le contraire que 1 on voit les Kirghis, d’origine turque, et par conséquent dans le principe de race caucasienne, conserver jusqu’à un certain point le cachet mongol. —11 en est de même des Jakoutes, suivant Blumenbach (1). Ce savant auteur nous dit : « La plupart des auteurs qui ont traité des antiquités septentrionales font descendre les Jakoutes de la race tartare; et aujourd’hui, ils ont les traits des Mongols. Je possède le crâne d’un Jakoute qui présente tous les caractères propres à ceux de ces derniers peuples. » Ce crâne est, en effet, figuré dans sa seconde Décade, page 10.
Alors, comment ne pas être tenté d’admettre que la race mongole, elle-même, a pu devoir son origine à une cause semblable, puisque cette forme de tête a été considérée jusqu’ici comme un caractère essentiel de la race, tandis que la couleur de la peau peut être attribuée à des causes secondaires climatériques?
Et si l'expérience vient à constater la réalité de ces transformations artificielles et héréditaires du crâne, les bases actuelles de l’ethnographie ne se trouveront-elles pas modifiées?
Enfin, comme résultat désirable de la théorie et des faits observés, ne pourrait-on pas suggérer lapossibilité de rétablir, 11 r «de de la dépression occipitale artificielle , l’équilibre, qui se trouve en quelque façon rompu, entre les facultés intellec-
tuelles et les passions irréfléchies, chez les races d’hommes qui, naturellement, ont le front déprimé et la région occipitale très développée ?
Quoiqu’on en dise, il est évident que ces races, tels que certains Nègres, les habitants de la Nouvelle-Hollande, etc., ont un cachet héréditaire d’infériorité intellectuelle et morale, qui tient non moins à la structure de leur cerveau, qu’au défaut d’instruction et d’éducation. Ces dernières ne peuvent d’ailleurs porter d’heureux fruits, qu’autant que l'instrument de l’intelligence se prête à leur action.
Attendre, d’autre part, un changement régénérateur du croisement successif des races prognathes avec celles qui sont mieux douées, ce serait renvoyer indéfiniment cette amélioration, et maintenir un germe d’infériorité chez les générations obtenues par ce croisement.
Le moyen que je me permets de suggérer, paraît plus rationnel; car, à l’exemple des Incas, des anciens Péruviens de la côte ou de la caste noble de Taîti, il peut être matériellement très efficace pour faire saillir en avant la voûte du crâne, et pour contrebalancer, jusqu’à un certain point, par le développement plus considérable des lobes antérieurs du cerveau, le moindre volume total de cet organe, ou la prédominance, naturelle chez eux, de la partie postérieure. Il ne serait suivi d’aucun accident et n’entraînerait aucune perte de temps. Le redressement de la forme du nez ne présenterait pas davantage de difficultés, et pourrait amener peut-être une modification dans la face prognathe. On appliqueraitcette pratique immédiatement à la génération naissante, et exercée invariablement sur les deux sexes pendant plusieurs générations successives, elle pourait introduire chez ces peuples une transmission héréditaire de l’amélioration obtenue, tout en favorisant l’influence bienfaisante de l’éducation intellectuelle, religieuse et morale.
Les recherches historiques peuvent, ce me semble, tirer un
rlinou moins précieux que l’ethnographie, de l'étude des déformations artiBcielles du crâne.
J'ai déjà montré, en passant, l’influence qu’elles ont dû exercer dans quelques parties de l’Amérique, et j'ai cherché i établir leurs coïncidences avec les faits historiques. Il serait également important, pour l’histoire ancienne et celle du moyen âge, d’examiner leurs rapports avec les grandes migrations des peuples asiatiques, qui ont eu lieu à des époques
Noos voyons, en effet, que ces déformations étaient pratiquées avec assez d'extension chez certains peuples pour devenir nationales, et assez enracinées pour accompagner leur établissement dans des pays lointains. Je ferai remarquer en particulier que la déformation latérale, si commune dans les régions de la Médie et de la Perse, se trouvait encore en faveur chez des peuples septentrionaux, tels que les Belges et les Saxons qui tiraient vraisemblablement leur origine des pays
par les Arabes mahométans, le long des bords de la Méditerranée jusqu’en Espagne.
La dépression frontale de quelques crânes a pu faire soupçonner la présence accidentelle d’étrangers africains dans des cimetières plus anciens, découverts en Savoie et dans le canton de Vaud. —L’allongement de la tète ne pourrait-il pas nousguider sur les traces des Ibères appartenant à la famille des Berbères d’Afrique, qui, au dire de certains auteurs, auraient passé le détroit de Gibraltar vers l’an 2000 avant notre ère, pour s’établir en Espagne et dans le midi de la France? Etdanscecas,serait-il invraisemblable quelamoded’allonger la tèteen arrière, qui, comme nous l’avons dit, subsiste de nos jours dans quelques départements du sud de la France, y ait été introduite par eux?
L influence passagère de la déformation naso-pariétale chez les Huns blancs, nous a mis sur la voie de leur origine com -
mune avec les Maggyars du nord du Caucase, et les Maggyars du sud des Carpathes.
La coexistence de la déformation cunéiforme-relevée dans la Polynésie et chez plusieurs peuples de l'Amérique, surtout au Pérou, ne serait-elle pas une présomption en faveur de l’origine commune de quelques-uns de ces peupleséloignés? Des traditions font entrevoir que des peuplades du centre de l’Asie ont émigré à l'Orient et au Nord jusqu’au détroit de Behring. Jusqu’à quel point ces migrations civilisatrices ou sauvages ont-elles des rapports avec les diverses familles américaines? Quelles connexions existent en particulier entre les Japonais et les Toltèques, entre les peuples guerriers des hauts plateaux de l’Asie et les Athacaspas, ou les Lenapes et leslroquois?
Ces questions et bien d’autres pourront peut-être recevoir une solution à l’avenir, lorsque les observateurs attacheront plus d’intérêt à ce nouveau mode d’investigation que je propose.
Mais c’est surtout sous le rapport de l’hygiène, de la médecine légale et de l’éducation que nous aurons à gagner, en portant une attention toute spéciale à l’influence des déformations crâniennes sur la santé, l’intelligence et les passions. Et pour cela il suffit de rappeler un fait incontestable et dont malheureusement on n’a pas assez la conscience, c’est que ces déformations sont encore de nos jours pratiquées en Europe, même dans des contrées très civilisées.
Il y a à peine quelques années que nous sommes débarrassés, dans les campagnes des environs de Genève, du maillot et du fronteau, espèce de serre-tête triangulaire, qui, comme son nom l’indique, s’appliquait sur le front, prenant on point d’appui à la nuque, et qui, par sa pression continue, gênait, pendant plusieurs mois après la naissance, le développement normal des lobes antérieurs du cerveau.
Nous avons rapporté, etl’on ne sauraitassez le répéter,que
daD s Plusieurs parties de la France on ne se contente pas de oétrir, d'une manière absurde, la tête des nouveau-nés. mais qu'on exerce à l'aide de bandes, de mouchoirs, une pr^ion artificielle très puissante sur le sommet elle devant de la tête, aux dépens de la santé et des facultés intellectuelles. Ici. ce sont des crânes violemment déformés qui favorisent les maladies cérébrales des enfants, ou qui prédisposent l'âge adulte à l'apoplexie ou à la folie ; là, ce sont des individus à fronts aplatis et à occiput bombé, qui souffrent pendant toute leur vie, d'une faiblesse d'intelligence, d'un défaut de jugement, ou qui sont assaillis par des passions brusques et violentes, soustraites fréquemment au contrôle de la réflexion et de la volonté, et ayant parfois pour résultat des actes déshonorants ou même des crimes
Que d'infractions à la morale publique, que d'habitudes de débauche, favorisées, peut-être par la prédominance anormale et artificielle de la région cérébelleuse !
Que de méfaits commis sous l’influence de déformations artificielles, dont les auteurs ont été traités par la loi, non comme des aliénés incurables, mais comme des coupables jouissant de la plénitude de leur volonté et de leurs facultés intellectuelles !
Qu'on réfléchisse aux conséquences d’un pareil état de choses s'il se prolongeait, et il n’est personne qui ne sente la nécessité d’v remédierau plus tôt, dans l'intérêt de l'avenir de la société humaine et pour accomplir les vues de la Pro-
L'homme a dû sortir, parfait au physique et neutre au mo-
II est né harmoniquement perfectible, et des pratiques absurdes viendraient enrayer son perfectionnement !
Il est destiné à soutenir une lutte morale sur cette terre, et
les défauts permanents imprimés à l'instrument de l’âme, priveraient celle-ci des ressources nécessaires pour assurer son indépendance dans la lutte !
Les sociétés elles-mêmes qui composent l’humanité tendent successivement à sortir de l’enfance et à s’émanciper par la civilisation intellectuelle et morale, et ces efforts seraient paralysés chez quelques-unes d’entre elles par l’arrêt matériel que leur imposeraient l’ignorance et les préjugés!!!
Non, il n’en sera pas ainsi, j’en ai la ferme espérance, dès qu’on aura connu la cause du mal et qu’on en sondera la gravité, et surtout, dès que les parents et les gouvernements auront compris la terrible responsabilité qu’ils assument, par une négligence coupable à cet égard.
Disons aussi, disons-le hautement, la religion chrétienne a contribué plus que toute autre à détruire ces pratiques immorales, chez les peuples païens. Elle ne nous fera pas défaut dans cette croisade contre l’ignorance et les préjugés de quelques-uns de ses enfants.
D’ailleurs, les moyens de combattre ce fléau ne sont ni difficiles, ni compliqués, et sont à la portée de tous.
Ils se résument, pour ainsi dire, dans les quelques conseils donnés par le docteur Andry, dans son Orthopédie, et qui, par leur à-propos, méritent d’être cités.
« La tête, b dit-il (en parlant sans doute de la tête française), « pour être bien faite par rapport au crâne, doit être un peu ronde et horizontalement un peu longue, avoir par-devant et par-derrière une médiocre avance, et être un peu plate sur les côtés. C’est là sa figure naturelle, mais cette figure se corrompt souvent par la manière dont on gouverne les enfants. Il faut prendre garde aux bonnets qu’on leur donne et aux bandes dont on leur serre la tête. Si ces bonnets ou ces bandes les pressent sur les côtés, elle s’allongera plus que de mesure et deviendra à peu près comme celle des peuples
cause de leurs têtes démesurément longues, ont été MacroeépMes, du mot grec qui signifie têtes longues. ” ” „ ^re trop cette partie, non-seulement par les côtes. Jais aussi en devant et en arrière, elle s’élèvera en pointe, et deviendra semblable à celle de ce Thersite, si connu dans l’histoire, lequel avait la tête en pyramide. La tête de 1 enfant, selon quelle est pressée dans un sens ou dans un autre, prend telle ou telle figure. ».
enfant ai
la tête bien
« La bonne méthode, pour qu’un faite c'est de ne la contraindre en rien et ae la laisser au gré de la nature. D’ailleurs, en voulant ainsi obliger la tête à prendre une certaine figure, on gêne le cerveau et l’on risque de déranger les organes, ce qui peut avoir de mauvaises suites pour l’esprit. Le meilleur parti, pour le répéter encore, c’est de laisser à la tète la figure qu’elle a naturellement, à moins que par quelques cas extraordinaires, elle n’en ait une difforme, auquel cas on y remédierait par des bandes molles et souples qui ramèneraient, sans efforts, la tête de l’enfant à la figure légitime. »
Aces conseils si sages, adressés à nos populations européennes, uous nous permettrons seulement d’ajouter quelques détails d’exécution.
Le premier devoir des magistrats, avec l’aide des médecins et des ecclésiastiques, sera de connaître les pratiques vicieuses en usage dans le pays qu’ils administrent, et de les combattre par toutes les ressources dont ils peuvent disposer, soit en éclairant les matrones, les sages-femmes, le peuple ignorant des villes et des campagnes, sur les dangers auxquels ils exposent les enfants, soit en cherchant à déraciner leurs préjugés et à détruire les anciens errements, en leur substituant des directions dans le genre des suivantes.
Si dans un accouchement difficile et surtout dans un premier accouchement, la tête de l’enfant a éprouvé un àllon-
gement considérable en arrière, ou une déformation latérale accidentelle, on peut sans inconvénients, et pour favoriser le travail de la nature, repousser doucement en avant, à l’aide des mains, la voûte du crâne, ou ramener la tête à sa forme normale ; il convient même de chercher à relever les os du nez lorsqu’ils ont été écrasés ; mais dans tout autre cas, il faut se garder de recourir à de semblables manoeuvres, et se contenter des mesures de propreté, qui facilitent les fonctions de la peau du crâne.
En second lieu, si la saison est chaude, que les cheveux soient bien fournis, il ne faut couvrir la tête nettoyée convenablement, que d’un bonnet de coton ou de soie simple et léger, qui ne plaque point à la tête, mais plutôt évasé en haut et sur le devant, et qui sera fixé sous la mâchoire, à l’aide de deux ganses et d’un cordon. Si la saison est froide, que les cheveux soient rares, il conviendra de doubler le bonnet à sa partie supérieure d’un morceau de flanelle, ou bien on recouvrira la tête d’une double calotte dont l’intérieure sera plus chaude, mais toujours large en devant.
Enfin, l’enfant devra être couché dans son berceau, autant que possible sur le dos, la tête un peu relevée et reposant habituellement sur un coussin plutôt résistant, et point chaud. On évitera surtout les coussins de plume qui font porter le sang à la tête. On évitera également toutes les attaches et les ligatures qui ne sont pas indispensables pour empêcher que l’enfant ne sorte de sa couchette ou ne se découvre imprudemment, et dans tous les cas, ces attaches seront larges et pas trop serrées.
Plus tard, à mesure que la tête grossira, on aura soin d élargir les bonnets, de manière qu’ils ne plaquent jamais sur le front, et si le temps ou la santé le permetlent, on enlèvera toute coiffure de tête. Lorsqu’on jugera convenable d’en donner une pour mettre l’enfant à l’abri des intempéries ou du soleil, on aura toujours égard aux conditions prescrites
pour 1»
forme, les dimensions et les attaches du premier
^ la su i te de l’éducation physique, tant que croîtra la trte on ne négligera aucune de ces précautions, et soit les chapeaux ou les casquettes des garçons, soit les coiffures des filles, ne comprimeront jamais le devant de la tête ; les couchettes mêmes seront toujours plus ou moins horizontales ( à moiiis d'un état maladif), ou légèrement obliques comme un lit de camp, et plus ou moins dures, surtout dans la partie où repose le derrière de la tête.
Dans l'adolescence, l’exercice habituel et journalier des muscles sera un auxiliaire puissant pour contre-balancer l'activité des fonctions cérébelleuses passionnées. L’éducation intellectuelle, religieuse et morale, viendra à son tour faciliter le développement de la partie antérieure de cerveau ou le jeu de ses organes, et lui communiquera une énergie propreàsuppléer au défaut de volume, lorsqu’il existe ; en même temps qu’elle maintiendra les passions dans un état de calme et d’équilibre.
Ainsi l’intelligence se perfectionnera et les passions se tairont, ou ne s’exerceront que sous l'empire de la volonté, sous le contrôle de la réflexion, sans perdre de leur activité normale salutaire. Et lorsque la tête sera développée dans un sens favorable à l’intelligence et à la moralité, elle aura des chances d’être transmise à la génération suivante par une prédisposition héréditaire, et de pouvoir contribuer, pour sa part, au perfectionnement de la société.
Tels sont les avantages qui peuvent découler d’une éducation judicieuse et persévérante.
Conclusions. — Des faits et des considérations qui précèdent je crois pouvoir déduire les corollaires suivants :
I* Les déformations artificielles du crâne chez les enfants nouveau-nés ont existé depuis les temps les plus anciens jusqu’à nos jours.
2° Elles ont été pratiquées et se pratiquent encore dans toutes les parties du monde, même dans l’Europe civilisée.
3“ Elles ne sont pas identiques, mais ont varié suivant les peuples, les castes, les familles, les sexes ou les moeurs.
k° Elles ont paru exercer dans tous les lieux une certaine influence sur la santé, ou sur l’intelligence et les passions.
5“ Leur influence semble plutôt avoir été nuisible à la santé, lorsque les moyens employés ont été appliqués sans modération et pendant longtemps.
6” Leur influence, même modérée, lorsqu’elles déprimaient la partie antérieure et moyenne supérieure du crâne, semble avoir été plus ou moins nuisible à l’harmonie des facultés intellectuelles, et favoriser les passions irréfléchies. Portée plus loin, elle a pu enrayer le développement de l’intelligence, ou altérer les facultés intellectuelles, et favoriser les passions brutales.
7" Leur influence modérée, lorsqu’elles déprimaient la partie postérieure du crâne, n’a point paru nuire au développement des facultés intellectuelles ni à la civilisation ; et même elle leur aurait été plutôt favorable, dans certains cas, en rétablissant l’équilibre entre les diverses parties de l’encéphale.
8“ L’ignorance ou des préjugés divers leur ont donné naissance, dans la plupart des cas, et les déformations accidentelles du crâne dans l’accouchement ont pu en faire naître l’idée ; mais elles ont été entretenues quelquefois dans un but calculé d’avance, et le plus souvent par une routine aveugle.
9° Les déformations du crâne et de la face, soumises aux lois de l’hérédité, ne paraissent, en général, se transmettre que d’une manière irrégulière et pour un temps, lorsqu’elles n’ont été pratiquées que sur un seul des deux sexes, ou sur un petit nombre de générations, ou irrégulièrement — Mais lorsqu’on les a pratiquées d’une manière identique et au