‹ Essai sur les doctrines politiques de saint Thomas d'AquinChapitre 13 sur 25 · IM · texte numérisé non relu

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partie de leur autorité de la coutume, il importe que les changements ny soient opérés qu'avec lenteur et ménagement, et s'ils sont de grande utilité, — précaution qui n'est pas nécessaire dans la pratique des arts ordinaires, où la raison seule commande et où toutes les améliorations doivent être acceptées aussitôt que connues (1).

Après ces données générales sur les lois humaines, vient la grande question de l' obligation qu'elles imposent à la conscience, et de l'obéissance qui leur est due.

Les lois humaines n'obligent pas la conscience en tant qu'elles sont une œuvre humaine ; jamais l'homme n'a le droit de commander à l'homme ; elles ne l'obligent que parce qu'elles sont une dérivation de la loi éternelle et qu'elles remontent ainsi, par leur origine, jusqu'à Dieu, à qui seul l'homme doit obéissance.

Si donc elles perdent leur caractère de conformité à la volonté divine, elles perdent, par là même, leur caractère de loi ; elles ne sont plus obligatoires.

En d'autres termes, les lois n'obligent que si elles sont justes, car la justice n'est que la con-

teriores mutaverimt instituentes aliqua quae in paucioribus deficere possunt a commuai ulilitate.

(1) Ea quae sunt artis habent efticaciam ex sola ratione, et ideo ubicumque melioratio occurrit est mutandum quod prius tenebatur ( /a\, id., ié., art. 2.)

formité à la loi .éternelle (1). C'est ce qu'avait déjà dit saint Augustin : Lex esse non videtur quœjusta non fuerit.

Les lois injustes ne sont pas des lois, elles sont plutôt une dépravation de la loi.

Or, les lois peuvent être injustes de plusieurs manières : ex fine quand elles sont contraires au bien public ; ex auctore quand elles dépassent le pouvoir du législateur ; ex forma quand elles violent la justice distributive qui doit présider à l'administration de la société.

En tous ces cas, les lois n'obligent pas.

Les hommes, cependant, feront souvent bien de les exécuter, soit pour éviter le scandale, soit de peur, en les violant, de tomber dans un mal plus grand ; mais, en principe et par ellesmêmes, elles n'ont plus d'autorité, et, à défaut de circonstances contraires, la désobéissance est un droit.

Elle peut être même un devoir, par exemple à l'égard des lois des empereurs qui ordonnent l'idolâtrie.

Sans doute, les chrétiens sont tenus d'obéir aux princes temporels, mais ils le sont seulement dans les limites de la justice, in quantum ordo justitiœ requirit. Si le pouvoir du prince n'est

(1) Justae leges humanae obligant hominem in foro conscientiae, ratione legis aeternae a qua derivantur. — C'est la conclusion de Part, k de la quest. 96, la 2*, Somme .

pas légitime, si l'ordre est injuste, ils ne sont plus tenus d'obéir, sinon pour éviter le scandale et le danger.

Il ne faudrait pas objecter que les supérieurs étant les intermédiaires naturels entre Dieu et les sujets, ceux-ci doivent toujours leur obéir. Les supérieurs, il est vrai, ont le droit de parler au nom de Dieu, mais ils ne l'ont que pour un objet déterminé ; par exemple un chef de soldats a ce droit, en ce qui touche le service militaire. En tout le reste, les hommes sont soumis immédiatement à Dieu.

L'homme d'ailleurs a, pour se conduire, la double lumière de la loi naturelle et de la loi écrite ; il ne doit donc obéir qu'aux choses licites.

L'obéissance est la plus grande des vertus morales, parce qu'elle suppose le sacrifice de ce qui est le plus cher à l'homme, sa volonté propre ; mais l'obéissance qui s'étendrait à tous les ordres deviendrait une obéissance indiscrète et serait un péché.

Tel est le résumé des principes généraux de saint Thomas sur les lois humaines et l'obéissance qui leur est due. Ces principes sont longuement développés au Traité des lois, particulièrement delà question 90 à la question 97 , prima secunclœ, et aussi à la question 1 04, de la secunda secundœ, où il est traité de l'obéissance. Je n'ai fait qu'en analyser et en traduire les propositions principales.

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