‹ Essai sur les doctrines politiques de saint Thomas d'AquinChapitre 18 sur 25 · II. Propriété · texte numérisé non relu

II. Propriété

Les hommes ont un droit naturel sur tes choses, non pas en ce sens qu'elles leur appartiennent en elles-mêmes, — elles n'appartienii!;ni (îii'à Dieu, mais <mi ce sens qu'ils ont le

droit de s'en servir pour leur utilité comme de choses faites pour eux (1) .

Ce droit est commun à tous les hommes.

Or, ce droit naturel de l'homme sur les chose comprend : 1° le droit de les administrer et d'en disposer (potestas procurandi et disperisandi) , et 2° celui d'en user (usus) .

Quant à l'administration et à la disposition, les choses ont été partagées entre les hommes par le droit positif humain, qui, en place de la communauté primitive, a institué la propriété privée (2).

Cette institution est bonne, elle est même nécessaire à la vie humaine ; elle offre en effet ces trois avantages : — que chacun donne plus de soin à l'administration de sa propre chose qu'il n'en donnerait à l'administration de la chose commune ; — que, chacun soccupant de sa chose, il s'établit plus d'ordre dans la société que si chacun s'occupait indistinctement de toutes choses; — et qu'enfin il y règne aussi plus de paix, parce que chacun se contente de

(1) Est hominis rerum exteriarum aliqua naturalis possession non quidem quantum ad naturam earum, sed quantum ad usum.

(2) Secundum jus naturale non est rîistinctio possession um. sed magis secundum humanum condictum, quod pertinet ad jus posithum. (Quest. 00, art. I .)

ce qu'il a, et qu'on évite les dissensions que font naître ordinairement les possessions indivises.

La distinction des biens est donc un changement heureux et nécessaire fait par la loi humaine à la loi naturelle, en ce qui concerne le droit d'administrer les choses et d'en disposer; mais quant au droit d'user, les choses ne doivent pas être considérées comme propres, elles restent communes, et leur possesseur est tenu de les partager avec les hommes qui en ont besoin (1) .

Cette distinction entre le droit d'administrer et de disposer, qui a été justement divisé entre les hommes, et celui d'user, qui a conservé sa règle primitive et doit toujours être considéré comme appartenant à tous, forme le fond de la théorie. Saint Thomas y insiste et s'en sert pour expliquer plusieurs passages des Pères qu'on allègue ordinairement contre le droit de propriété.

Saint Basile, par exemple, a comparé le riche, qui s'est emparé des biens communs de l'humanité, à un homme qui, étant entré le premier dans un théâtre, voudrait empêcher les autres d'y entrer ; — il les condamne tous les deux ; — mais ce n'est pas, dit saint Thomas, pour avoir pris possession, l'un du théâtre et l'autre des

(1) Aliud jus qtiod competit homini circa res exteriores est usus ipsarum, El quantum ad hoc non débet homo habere res exteriores ut proprias sed ut communes, ut scilicet de facili aliquis eas communitct in necéssilate aliorum. (Quest. 66, ait. -2.)

Page 1