‹ Essai sur les doctrines politiques de saint Thomas d'AquinChapitre 20 sur 25 · III. Commerce. — Usure · texte numérisé non relu

III. Commerce. — Usure

Saint Thomas traite assez mal le commerce; il y voit quelque chose de honteux quand il a pour but le gain ; pour devenir légitime, il faut que l'exercice en soit purifié par une intention honnête, comme celle d'entretenir sa famille ou de secourir les indigents (1).

Du reste il en reconnaît la nécessité et ne le blâme pas en lui-même ; mais il ne veut pas que la cité compte uniquement sur son commerce et son industrie pour pourvoir à ses besoins. Cette voie est pleine de dangers ; elle n'est pas sûre; elle entraîne le mélange avec les étrangers, ce qui corrompt les mœurs et altère l'esprit public. — Un autre inconvénient, c'est que le désir du lucre envahit toutes les âmes, et que, par suite, la vertu civique se perd ; la vertu militaire décline aussi. Enfin la cité est moins tranquille, moins pacifique que si beaucoup des habitants étaient occupés à la campagne à la culture des champs. Pour toutes ces raisons, saint Thomas préfère qu'une cité trouve dans l'agriculture sa ressource principale ; aussi recommande-t-il de bâtir les villes dans des pays fertiles où les habitants puissent recueillir ce qui leur est nécessaire ; seulement, au travail des champs , il faudra ajouter un commerce extérieur médiocre,

(:!) Somme ±ri '2*. qijpst- 77. art. 4.

— |;.,s — car il est presque impossible qu'aucun pays fournisse à la totalité des besoins des habitants (1). Tout cela est de l'Aristote tout pur.

Ce qui ne semble pas venir des Grecs, ou du moins ce que je n"ai pas trouvé dans Aristote, c'est la sévérité que saint Thomas met à condamner les fraudes qui se commettent dans les ventes et les achats. Il pose en principe qu'il y a un prix courant des choses auquel il faut se conformer, sans vendre au-dessus ni sans acheter au-dessous, sauf une légère tolérance. Le vendeur pourtant, s'il éprouvait un grand détriment par suite de là vente, pourrait vendre plus cher, et de même l'acheteur pourrait acheter moins cher si, par suite de l'achat, il éprouvait un détriment semblable; mais, au contraire, le vendeur ne peut pas légitimement profiter des besoins de l'acheteur, pour élever le prix au-dessus du cours. ni l'acheteur de ceux du vendeur pour abaisser ce prix.

Le vendeur est tenu de faire connaître la marchandise telle qu'elle est ; il ne peut jamais sans péché tromper, si peu que ce soit, ni sur le poids ni sur la mesure ; il doit même déclarer les défauts de la chose vendue, s'ils sont cachés et s'il peut en résulter des préjudices pour l'acheteur (2) .

Cette sévérité dominicaine se retrouve dans la

(1) De regim. princ., liv. n, ch. 3.

(2) Somme, 2a2w, quest. 77, art. \, % 3.

proscription que saint Thomas, conformément à renseignement de l'Eglise, fait de toute usure, c'est-à-dire de tout intérêt exigé pour prêt d'argent ou de choses qui se consomment par Tusage. La principale raison donnée par saint Thomas est que l'usage de l'argent et des autres choses qui se consomment par l'usage, ne peut être vendu indépendamment de la chose ellemême. Exiger d'abord le prix de la chose et en plus le prix de son usage, c'est vendre deux fois la même chose (1).

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