‹ Essai sur les eaux minérales d'Evaux, leurs propriétés physiques, chimiques, thérapeutiques, et sur leur mode d'administrationChapitre 11 sur 17 · GOUTTE · texte numérisé non relu

GOUTTE

De vieilles traditions locales avaient établi comme chose jugée que les eaux d'Evaux ne convenaient pas dans la goutte, telle était aussi l'opinion de nos prédécesseurs; nous devons faire observer que sous leur administration , une grande partie des malades qui fréquentaient nos sources étaient des habitans de campagne. Que ce soit l'effet de leurs travaux pénibles et continus , et de leurs habitudes de sobriété, toujours est-il qu'ils se trouvent à l'abri des atteintes de la goutte ; à défaut d'une série d'observations exactes , il était donc impossible de baser une opinion bien arrêtée sur ce point; mais dès l'instant que la classe opulente a été appelée à visiter notre modeste établissement, nous avons bientôt été à même de faire la part de la vérité. En nous appuyant sur des faits , nous nous empressons de signaler à nos honorables confrères ce nouveau moyen que nous croyons propre a éloigner ou tout au moins à diminuer le mal.

Sixième observation.

Monsieur Henri L.,de Diort, Agé de G9 ans, tempérament bilioso-nerveux , constitution robuste, a ressenti depuis dix

3 9 ans divers accès Je goulte. D'après l'avis de notre célèbre physiologiste Broussais, M. Henri a passé plusieurs saisons à Néris et s'en est trouvé assez bien. En 1 854 "n de ses amis lui parla de la propriété de nos sources , il abandonna Pîéris pour venir lesviiiler et n'eut pas lieu de s'en repentir. Le traitement fut simple ; des bains de. 54 degrés et d'uno heure de durée , six et sept verres d'eau pris en boisson chaque malin (fontaine du petit cornet) , une douche d'un quart d'heure sur les membres inférieurs, spécialement sur ceux qui avaient été plusieurs fois le siège de la goutte; tel fut le traitement suivi pendant trois semaines et qui eut les plus heureux résultats.

Monsieur Henri , sujet aussi depuis long-temps à de violentes et subites irritations pulmonaires qu'on pourrait attribuer également au principe goutteux , les a vues se calmer en même temps, l'expectoration a été facile, et ce n'est qu'à de longs intervalles que quelques quintes de toux se font sentir, mais elles sont de peu de durée.

Quant à la goutte , il en a éprouvé depuis quelques légères atteintes a peines senties. Ce malade a été si satisfait d'avoir usé avec tant de succès de nos eaux, qu'il a fait l'acquisition d'une action dans notre établissement , où il vient chaque année passer trois semaines.

Septième Observation.

M. le baron V... de G..., pair de France , fut affecté, pendant l'hiver de 1 836 , d'un catharre goutteux qui, de l'état aigu , passa a l'état chronique.

M. le docteur Breschet, l'un des médecins les plus érudits de notre époque, lui conseilla d'aller au printemps a Néris ; par un secret sentiment de prédilection pour le sol du pays, M. V... de G... donna la préférence eaux aux de son dépar-

tcment et arriva à nos sources. Chaque matin paraissait un violent accès de toux , suivi d'une abondante expectoration muqueuse; nous fîmes prendre les premiers jours de trois à cinq verres d'eau de la source du jardin; l'estomac la digé ranl très bien , nous eûmes recours à celle du petit cornet; comme moyeu dérivatif, nous fîmes prendre des bains de jambes de 58 degrés, pendant un quart d'heure, suivis d'une douche de dix minutes sur la même partie , et nous pûmes augmenter la quantité d'eau prise en boisson , jusqu'à huit verres par jour. À l'aide de ce traitement et de légers laxatifs, nous obtînmes la diminution des accès de toux.

M. le baron V... de G..., se trouvant déjà mieux qu'à l'époque de son arrivée , quitta nos eaux avec le projet, d'y revenir : le mieux obtenu sur les lieux devint bien plus sensible deux mois plus tard, et se soutint sans interruption jusqu'à l'apparition delà grippe. An mois de juillet 1807, M. V... de G... est venu à Lvaux où il a suivi, d'après mes conseils et avec non moins de succès, le même traitement que l'an dernier.

Les médecins de la capitale avaient conseillé aux deux personnes qui font l'objet de ces observations les eaux de Néris. Depuis deux ans , nous avons reçu dans notre établissement un grand nombre des habitués de ces eaux. Tous se sont très bien trouvés de leur voyage à Èvaux. C'est donc à juste titre que dans nos contrées les eaux minérales d'Lvaux jouissent de la même réputation et sont regardées comme douées des mêmes propriétés que celles de nos voisins.

M. Chevallier, chimiste habile et professeur à l'école depharmacie de Paris , s'étant livré à quelques recherches sur nos sources, crut leur reconnaître la plus grande analogie avec celles de Néris. Cependant il les croit plus efficaces, en raison du soufre qui y existe et dont il a pu reconnaître la

présence d'une manière incontestable. Celle observation déjà faite précédemment me confirme dans l'idée que les eaux de JN'éris Ci) et celles d'Évaux ont entre elles les plus grands rapports, circonstance qui ressort d'ailleurs plus évidemment de l'examen comparé des analysesqui en ont été faites. Nous terminerons nos réflexions sur la propriété de nos eaux pour combattre la goutte par une dernière observation.

Huitième Observation.

M. Meu...., âgé de quarante ans, d'un tempérament bilieux, fut subitement atteint d'un violent accès de goutte qui tour à tour paralysa plusieurs membres; l'accès dura pendant quelques mois. M. Guisard, médecin distingué de Guéret, lui fit prendre un remède antigoutteux dont il est rinvenleur. Aussitôt que les douleurs furent diminuées , il nous adressa son client encore impotent. Pendant trois semaines , des bains de deux ou trois heures de durée , d'une température maintenue h 5G degrés , dissipèrent entièrement les suites de l'accès goutteux et permirent au malade de se rendre chaque jour à pied de la ville, où il logeait, h l'éla blissement thermal , trajet qu'il n'avait pu faire les premiers jours qu'en voiture , encore n'en descendait-il qu'aidé parles "•arçons baigneurs qui le transportaient dans le bain, la marche étant presque impossible, tant il avait de faiblesse et de raideur dons les articulations des membres inférieurs,

M. le docteur Guisard m'a adressé quinze malades pen-

(;) M. Duclos compare les sels qu'il a recueillis dans les eaux minérales

d'Evabon à ceux obtenus par l'évaporation des eaux de Néris. Cette analogie

entre ces eaux se trouve encore indiquée dans une description topograpbiqur

et naturelle de la France , pays de Combraille.

(Nature considérée, x 799, t. 3, p. 62.) •

dant le cours de la .«oison des eaux , il m'annonce que tous, à l'cxceplion d'un seul, affecté de coryza chronique, se trouvent parfaitement du traitement suivi. M. Meu..., quia été si promptement débarrassé de ses restes de gouttes, depuis son départ des eaux n'en a ressenti nulle atteinte.

Neuvième Observation.

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