CHAPITRE YII
DE LA MATIÉRB DE L'ENSEIGKEMEHT.
Quel est renseignement religieux le plus approprié aux besoins de Tenfance, celui qui conduit le plus directement et le plus sûrement à la connaisgance de la vérité qui est selon la piété?
Nos réformateurs ont paru s'attacher de préférence aux ouvrages nommés catéchismes^ lesquels mis entre les mains des enfants, étaient appris par cœur, répétés mot à mot et développés ensuite parles explications qu y ajoutait le pasteur. Cette forme est encore celle de la plupart des instructions religieuses données aux élèves de beaucoup d'écoles chrétiennes.
Nous ne prétendons pas ici nous élever contre ce genre de livres élémentaires, ils ont leur utilité et je crois que ce serait une imprudence grave que de les retrancher de renseignement que TEglise donne à la jeunesse.
A r époque de la déformation et dans les temps qui Tout immédiatement suivie, il fallait donner à ceux du dedans et à ceux du dehors, c'est-à-dire
aux membres deLEgliseetà eeuxqain*eà faûaient
pas encore paitie, une idée claire et précise des doctrines évangéliqnes. Or un catéchisme était évidemment le moyen le plus commode pour atteindre ce but. Celui qui possédait son catéchisme et qui en avait entendu T explication élémentaire, pouvait en {^^éuéral dire ce qu'il croyait et rendre raison de s&foi. L'abrégé que Ton avait entre les mains était uue arme pour se défendre contre les adversaires, et au bescNui pom^ les attaquer.
Les circonstances ne sont plus les mêmes ; k
controverse a perdu de son intensité et Ton s'attache maintenant aTant tout à former l'esprit, à toucher le cœur et à donner à chaque âge une instruction religieuse en rapport avec le degré de son développement.
Or la plupart dès catéchismes connus, bmis pour le jeune homme et pour Tadulte^ présentent de graves inconvénients quand on s'en sert avec les enfants, parce que leur enseignement se compose de principes, de déductions, de formules, incompréhensibles pour le premier âge, qui n'est nullement habitué aux abstractions et à ce qui s'en rapproche.
De plus, les catéchismes sont généralement secs et dépourvus de vie; de telle sorte qu'en s^en
servant avec les jeunes enfants, on ne parle ni à
leur mtelligeuce ni à leur cœur. Ce manque de Yie est surtout sensible dans le catéchisme d'Osterwald et Ton ne saurait que regretter Tusage général qu on en a fait dans les Eglises réformées. — Celui de Heidelberg est moins sec peut-être, mais il porte l'empreinte d'une rigueur théologique qui rappelle trop les débats du seizième siècle. Admirable d ailleurs dans son plan et dans nombre de détails, on peut s^en servir encore avec avantage dans un enseignement plus relevé.
Cdui de Superville et celui de M. Verny ont plus de cette onction qui va au cœur, et ils sont excellents par Tintérèt ded développements. Mais ils ne sont ni Tuu ni Tautre à la portée des jeunes enfants.
Les catéchismes sont très utiles pour servir de résumés aux cours de dogme et de morale; ils donneiit au jeane homme des idées nettes sur les doctrines et les devoirs; ils lui apprennent à parler le langage propre de la science reUgîense. ils mettent de Tordre dans son esprit, présentent les doctrines dans une succession logique ; tout cela est précieux; mais il faut se servir de ce moyen d&ns le moment fiivorablé, à Tâge où ïiùftelligence a déjà reçu quelque culture : autrement le livre, bon en lui-même, ne produit pas les eSets
qu'on en attend.
Quel sera donc le texte des leçons que recevront
leg élèves de T école du dimanche? Leur ferons nous apprendre la Bible ou tout au moins ses principales parties ? Mais qui ne voit que ce serait un travail gigantesque dont ils ne Tiendraient jamais à bout? On ne pourrait étudier avec eux que deux ou trois livres du volume sacré, on leur don* uçrait là-dessus ce que j'appellerai d'exicellentes monographies, mais ils m*auraient évidemment ni la liaison ni Teusemble* Les leçcms auraient nécessairement un caractère fragmentaire.
J'ai entendu dans certaines écoles du dimanciie et dans des catéchismes, des enfants réciter quelquefois des portions de la Bible, par exemple des chapitres tirés des Evangiles, des Actes, des Epîtres ou de la Genèse, et j'avoue que malgré Tintérèt que présentait T explication fiûte par des hommes pieux et parfois doués de grands talents, je ne pouvais m' empêcher de me dire : « £st-ce là « ce qu^on appelle un cours ? J*«n vois bien le « commencement i mais quelqu un pourra-t-il en « voir la fin? » Or j'estime qu'un cours doit se renfermer dans un cercle déterminé.
La matière de renseignement doit être tirée de la Bible, c'est sur quoi on est d'accord; mais que prendra-t-on dans la Bible?
Gboisira-t on de préférence les livres historiques ou les livres dogmatiques et moraux ou les livres prophétiques? Je . ne crois pas que. la
question doive être ainsi posée. Il yiiut mieux demader : « Qu'est-ce qu ou donnera aux plus « jeunes et qu'est-ce qu'on donnera aux plus ayan- « cés? >» La réponse devient alors facile. Il faut faire étudier aux commençants l'histoire biblique ; puis on donnera plus tard à ceux qui auront suivi pendant quelques années T école, des instructions dogmatiques et morales propres à affermir leur foi et à faire d'eux ces hommes de Dieu accomplis dans toute bonne œuvre^ dont parle saint Paul.
On commencera par Tiiistoire, parce que tout le christianisme repose sur des faits et que donner des faits c'est établii* les fondements sur lesquels s'appuie tout Fédifice.
L'iiistoire du peuple d'Israël est la manifesta* tien éclatante des perfections de Dieu et spécialement de sa puissance» de sa sainteté et de sa fidélité. Les promesses sont liées aux faits, comme on le voit dans l'histoire d'Abraham et des autres patriarches. Les instructions morales découlent d'une manière naturelle et admirable des événements. L'ensemble des voies de Pieu à l'égard de la nation élue est une préparation à l'alliance nouvelle qui devait comprendre les hommes de toute nation, de toute tribu et de toute langue. *
Dans le Nouveau Testament l'étroite liaison
des doctrines aux événements est encore plus
évidente. La naissance, la vie, la mort, la résurrection, rascension de Jésas-Christ, TeiiToi du Saint-Esprit, son œuvre dans la fondation de TEglise, voilà Torigine de tout le reste. — Otez les faits, tout rédiiice s'écroule et s'anéantit. Aussi lious n^hésiterons pas à le dire : ceux qoi alla* quent les faits attaquent le ciu*istiauisme dans . son essence et dans ses fondements.
Donner les faits, c'est donner tout ce qui en découle. Enseigner les faits, c^est enseigner la religion.
D'ailleurs nous voulons oSHr à Fenfant un enseignement qui soit à sa portée; or, rien n'est plus à sa portée que l'histoire. Elle est comme son élément, et il s'y ment avec un singulier plaisir. Si l'on essaj e de le transporter sur le terrain d'un enseignement dogmatique proprement dit, il écoutera avec Lien moins d'attention, malgré les efforts que Ton fera pour le captiver, et il se trouvera, finalement, qu on ne lui a fait apprendre que des mots qui laissent dans son esprit peu d'idées claires. Yiande creuse! qui ne l'a pasnonrri.
Avec l'histoire, tout est intéressant, clair, vivant ; les élèves avancent sans peine , ils sont rarement fatigués et ce qu'ils reçoivent ainsi leur reste ; ils ne l'oublient plus. — - On sait que les enfants ne se lassent jamais de répéter ou de
Mrë répéter les mêtoes récits ; preuye qae c^est là un aliment tout à fait approprié à Tétat de leurs facultés dans cet âge tendre.
Bemarquons en outre que toutes les leçonà pratiques se rattachent avec la plus grande facilité aux histoires; chaque détail de la narration rappelle un enseignement donné sur tel vice ou sur telle vertu. Ainsi aucune partie de Tinstraction ne se perd.
L^histoire sainte pour les enfants: le dogme et la morale pour les jeunes gens; voilà, il me semble, le partage et Tordre indiqués par le bon sens et r expérience.
« L'histoire sainte, dit H. le ministre Lefort * , « excite la curiosité de T enfant, elle parle à son . « imagination ^ mietix que toute autre histoire; « elle développe son sens moral, car elle lui ra- « conte avec fidélité ce qui est bien et ce qui est « mal;- eUe lui montre un grand nombre d'actions « suivies, presque immédiatement, de leur châ- « timent, ou de leur récoinpense* Sous une formé « qui plait à son âge, elle lui fait connaître les « perfections touchantes et sublimes de notre « Dieu, ses desseins à notre égard et les devoirs ^ que nous ayons à remplir. Toutes ces idées
• Plaîi pour U7ie école primaire dans la ville de Genève, rapport lu à la Société genevoise d'utilité publique^ le l*"' décemlure 1S42.
« se gravent dans re&prit, tandis que les idées « qui en découlent pénètrent dans le cœur. »
Maintenant il nous reste à examiner si, ne pouvant pas entreprendre de faire étudier aux enfants les livres historiques de la Bible dans leur entier, nous aurions qûelque extrait bien faits à mettre entre leurs mains. •
Or nous sommes heureux de pouvoir dire qu'un tel travail a été fait avec succès en Altemagne^ en Suisse, eu Irunce, dans des livres ou rott trouve Thistoire sainte racontée dans les termes mêmes de la Bible et dans Tordre le plus convenable. Nous indiquerons particulièrement, parmi ces ouvrages, ï Histoire sainte de Zahn, directeur de TEcole normale de Meurs (Prusse rhénane) ; le même livre, traduit €|i français, par M. le pasteur Morel, du canton de Vaud; enfin les récits de TAncien et du Nouveau ïesUunent, par M. le pasteur A. L. Moutandon. Ce dernier travail est complet, et il répond si J>ien au besoin de nos écoles du dimanche qu'il a été généralement adopté. En Tindiquant comme devait servir de texte aux leçons bibliques, nous ne faisons que suivre Topinioa de TEglise et aiccepter on fait accompli.
Seulement, le dh^cteur chargé de renseignement principal dans T école du dimanche doit avoir soin de bien établir la liaison des évéue-
ménts de rhistoire^ afin qa*(m en saiûsse ren<»
chaînement et l'ensemble.
Dans les groupes inf érieurSf le Catéchisme historique que j'ai rédigé pourrait être employé avau tageusement comme résumé. 11 serait appris par cœur.
En Angleterre et en Amérique c'est ordinairement le texte miéme de la Bible qui est étudié. Mais comme on y suit Técole du dimandie, non pas pendant quatre ou cinq ans seulement, mais pendant une portion considérable de la vie, ce qui n'est pas encore praticable chez nous Test dans les Eglises de ces pays abondamment bénis. Il est jbrt à désirer qu'un jour nous soyons assez avancés pour suivre leur exemple.
Le cours d- histoire devra se terminer dans un nombre d'années qui ne soit pas trop considérable. Quatre ans semblent suffire pour cet enseignement. Deux ans seront consacrés à l'étude des récits de F Ancien Testament et deux à ceux du Nouveau.
Le Nouveau T^tament est la suite et le complément de l'Ancien ; mais en étudiant r Ancien, il ne faut pas oublier qu'il offre constamment des lueurs qui annonçât le Nouveau. L'un est inséparable de 1 autre dans l'étude qu'on en fait.
La classe supérieure pourra s'occuper des principales portions des épitres ; en traitant d'à*
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bord la partie dogmatique, puis la partie morale.
Les épîties aux Epliésiens, aux Philippiens, aux GolossienSy peuvent facilement être expli*quées de la sorte. Celle aux Romains exige beaucoup do clarté et de solidité chez le maître , et une maturité déjà assez grande cliez Télève.
L'étude de Tépître de saint Jacques, de la de saint Pierre et de la de saint Jean complétera admirablement le cycle de cet enseigne* ment dogmatique et moral.
M. le pasteur Montandon a lui-^nème donné, h la suite des récits du JXouveau Testament^ àss extraits des épîtres qui, exactement appris par les élèves et développés soigneus^ént par un instructeur expérimenté et par le directeur, peuvent réaliser ce qu'on attend de renseignement biblique dans la classe supérieure.
Quant À renseignement des vérités et des de* voirs de la religion, développés dans un ordre méthodique, comme seraitceluid'un catéchisme, il y a une sorte d'inopportunité à le présenter aux enfants dans une école du dimanche. Leur esprit n'est pas encore capable de relier en un tout les nombreuses leçons qui exposeraient le système de la doctrine et de la morale évangéliques» surtout de dimanche en dimanche, dans le long espace de temps qu'il faudrait consacrer à Texécution de ce plan. Il serait fort à regretter qu'on
eût jamais ia pensée de considérer un tel enseignement comme une sorte d^instraction de catéchumènes. Nous ne saurions donc recommander nne pareille marche. Si toutefois le directeur d'une école du dimanclie voulait aborder, par exception, quelque sujet dogmatique ou moral, et le traiter d'une manière expresse, il consulterait avec fruit, pour ce genre de leçons adressées aux enfants, deux ouvrages traduits de ïodd : Simr pies instructions y 1 vol. in-l8; et Simple et vrai^ 1 vol. in-18. Ce dernier a pourtant le défaut de subdiviser à l'excès et d'allonger outre mesure le tableau des perfections de Dieu, qui sont le sujet exclusif de l'ouvrage. On peut recourir également aux livres qui ont pour titres : Etude élé^ mentaire du symbole des apôtres^ — Du Décalogue^ — De VOraUùn dominicale et des sacrements^ par M. le pasteur Montandon. Ces matières y sont expliquées d'une façon très intéresêanté et tout à fait en harmonie avec les besoins des enfants.