‹ Essai sur les Fables de La FontaineChapitre 19 sur 21 · DES CONDITIONS DD BEAU · texte numérisé non relu

DES CONDITIONS DD BEAU

chaque idée est une action. C'est pourquoi nous aimons les détails qui développent et varient en cent façons ub événement ou un caractère. L'esprit, d'abord restreint à une action monotone , s'élance , parcourt les circonstances , se jque avec elles , presse son mouvement comme elles , change à chaque instant d'allures j et bondit avec la liberté et l'agilité de la jeunesse dans le large champ de la vie. Ce mouvement multiplié est une action, et partant un plaisir. — Mais, par la même raison , l'unité des parties diverses nous agrée* Car l'esprit , qui auparavant ne se mouvait que par petites actions (détachées , se meut maintenant par une grande action qui enveloppe toutes les autres ; chaque idée partielle , isolée tout à l'heure , réveille à présent les précédentes et appelle les suivantes; à mesure qu'il avance , il se souvient des unes et prévoit les autres; chaque instant lui ouvre de vastes horizons en avant , en arrière, et ses idées présentes renouvellent les passées et anticipent les futures. Son être disséminé se concentre incessamment , et il est tout entier dans chaque parcelle de son mouvement. — Ce mouvement agrandi est une action accrue^ et partant un plaisir augmenté. La perfection d'un objet est dans sa plénitude ; plus il est limité, plus il est imparfait; son progrès est de reculer ses bornes , et ce progrès s'accomplit de deux façons. Tantôt une qualité ou une force se développe en propriétés et en facultés subordonnées , comme on voit dans un animal la vie se multiplier par des organes nouveaux et des fonctions différentes , ou , dans

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