‹ Essai sur les Fables de La FontaineChapitre 4 sur 21 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Tout graDd poète a construit des caractères : car être poète c'est créer, et qu'est-ce que créer, sinon produire de nouveaux êtres ? Joad , Acomat , Hamlet , Coriolàn , sont des personnages aussi complets et aussi vivants dans le drame que dans l'histoire ; les enfants du poète valent ceux de la nature , et la fiction égale ou surpasse la vérité. Ajoutez que sans ce don on n'a pas les autres ; car l'action dépend des caractères ; les êtres n'agissent que selon ce qu'ils sont. Si l'œuvre se développe et s'ordonne , la cause intime de ce mouvement et de cette harmonie est toujours le naturel des personnages ; sinon le drame n'est qu'une fantasmagorie dont la variété peut distraire , mais dont le désordre doit choquer. C'est la poésie en démence, et la poésie, comme la nature , n'est que raison. — Mais le style aussi bien que l'action dépend des caractères ; car pour que l'écrivain soit touché , il faut que les personnages soient complexes, vivants , humains. Il ne s'émeut pas pour des idées nues ; il ne s'intéresse qu'à des êtres semblables à lui. Dans une œuvre poétique , les caractères sont donc le premier ressort. La fable doit contenir tout un monde .

Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle, (v, 1.)

Et le livre de La Fontaine est une galerie de portraits.

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