VII
Tartufe aussi se nourrissait bien^ « buvant à son déjeuner quatre grands coups de vin, et mangeant fort dévotement deux perdrix avec une moitié de gigot en hachis»; il avait le teint fleuri et l'oreille rouge ; tous deux avaient profité du métier , et, quand on voit Grippeminaud jeter si prestement la patte sur les plaideurs et «les mettre d'accord en croquant Fun et l'autre » , on juge qu'il est digne de son confrère. Mais il agit ici d'une façon trop expéditive pour montrer son caractère tout entier. Le voici maintenant plein et achevé , « archipatelin , vrai Tartufe » , tout confit de mielleuses et pieuses paroles. C'est qu'il est pris au piège et demande secours au rat.
Cher ami , c'est a bon droit Que seul entre lés tiens, par amour singulière, Je f ai toujours choyé, t'aimant comme mes yeux. Je n'en ai pas regret, et j^en rends gr&ce aux dieux.
J^allais leur faire ma prière, Comme tout dévot chat en use le matin. (viii, 22.)
N'estrce pas le mot de Tautre :
Il est, Monsieur, trois heures et demie :
Certain devoir pieux me rappelle là-haut.
L'habitude est si forte qu'une fois délivré, son langage reste dévot comme auparavant.
Penses-tu que j'aie oublié Qvl après Dieu je te dois la vie ?
Ainsi 9 dans Shéridan, l'hypocrite anglais , Joseph Surface, se surprend à faire de grandes {durâmes devant son ami Snake. A force de prêcher, on finit par ne plus pou-
voir parler qu'en sermons.
V. Derrière le clergé et la noblesse , loin , bien loin , le chapeau à la main , dans une attitude respectueuse , marche le tiers-état , « frère cadet des deux premiers ordres » si on l'en croit, cr simple valet » selon la déclaration des gentilshommes. Les bonnes villes , bourgeoisies et corps de métiers, ont envoyé leur députation de ridicules , et La Fontaine , qui semble un bourgeois quand il raille les nobles , semble un noble quand il raille les bourgeois. Sa satire est impartiale parce qu'elle est universelle , et universelle parce qu'elle est de bon goût.
Nos bourgeois s'assemblent. Mais les mœurs et les délibérations varient suivant les communes. D'abord, on voit la grosse cité de Flandre , les gras et opulents bourgeois qui, à Rosebecque, étouffèrent dans leurs cuirasses , et partent pour la bataille , le visage frais et
66 DES CABAGTÈRES.
fleuri) avec force vivres dans leur bissac. Il faut admirer le bourgmestre.
C^était un maître rat , Dont la rateuse seigneurie S'était logée en bonne hôtellerie, Et qui cent fois s'était vanté De ne craindre ni chat ni chatte , Ni coups de dent, ni coups de patte.
Dame souris, lui dit ce fanfaron.
Ma foi ! quoi que je fasse.
Seul je ne puis chasser le chat qui vous menace. Mais assemblons tous les rats d'alentour :
Je lui pourrai jouer d'un mauvais tour.
Voilà bien Thomme content de lui-même, qui préside le conseil, et porte sur ses larges épaules toute la chose publique. Son dernier mot veut être malicieux , et il essaie à la fois de faire l'important et l'honmie d'esprit. Il court à l'assemblée des rats gastronomes , et arrive a les sens troublés, et tous les poumons essoufflés » . Le gros petit homme est d'un tempérament sanguin et asthmatique. W. Scott l'a retrouvé dans Quentin Durward. Il propose Tafifaire.
Chacun dit : Il est vrai, sus, sus, courons aux armes. Quelques rates, dit-on, répandirent des larmes ; N'importe , rien n'arrête un si noble projet. Chacun met dans son sac un morceau de fromage.
(xii, 26.)
Lafontaine garde jusqu'aux plaisanteries fanfaronnes et au ton trivial de ces recrues improvisées qui , « l'esprit content, le cœur joyeux » , vont à la guerre « comme à la fête » et promettent « de risquer le paquet » . Mais
DES CiBACTiRBS. 67
quand le chat s'avance en grondant, les galants chevaliers du beau sexe reprennent subitement leur circonspection conunerdale, et a font une retraite fortunée », laissant leur bonne amie entre les pattes du matou. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir sur Tesprit militaire de la bourgeoisie : à la vue du prince elle rentre dans son ta'ou.
Qu'elle y reste, car elle n'est guère plus habile en diplomatie. Le seigneur du pays Ta long-temps taillée et foulée à merci. « C'est sur eux qu'il fondait sa cuisine. »
Viriers et réservoirs loi payaient pension.
liais tout d'un coup il prend le ton familier , et se fait populaire. Il tire à part Técrevisse a sa conunère » et l'envoie charitablement avertir les poissons que dans huit jours le maître de l'étang péchera. Voyez le trouble de ce pauvre peuple , cet empressement , ce désordre d'esprit, ces questions accumulées, cette confiance précipitée.
Grande est Témute.
On conrt, on s^assemble, on dépnte
A Foiseau : Seigneur Cormoran , D*où TOUS rient cet avis? Quel est votre garant?
Etes-vous sûr de cette afEûre?
N*y saves-Yons remède? et qu*est-il bon de faire? (x, 4.)
lis se jetteraient volontiers dans son bec, et s'y jettent en effet. La bourgeoisie fera Hen de laissar l'administration comme la guerre aux seigneurs.
Quand ils ne sont pas à plaindre, ils sont ridicules*
58 DES GAEACTÈRES.
Tracassiers, importuns ^ bavards, ils s'agitent pour une vétille.
Le soleil, k leur dire, allait tout consumer. Il fallait promptement s'armer, Et lever des troupes puissantes.
Aussitôt qu'il faisait un pas.
Ambassades croassantes
Allaient dans tous les états.
A les ouir tout le monde,
Toute la machine ronde.
Roulait sur les loiéréts
De quatre méchants marais. (xii, 24.)
Ils sont inconstants , mécontents par état , frondeurs ^ faiseurs de remontrances, fatigants, obstinés, insupportables, et pardessus tout impertinents et poltrons. Ils se lassent de « l'état démocratique»; et quand Jupin, fatigué de leurs clameurs, leur donne pour roi « un boa sire, tout pacifique », la gent « sotte et peureuse » va se cacher dans tous les trous, jusqu'à ce qu'elle redevienne familière et insolente. Pourquoi sont-ils si déplaisants? Quand le roi des dieux leur envoie une grue « qui les. tue , qui les croque , qui les gobe à son plaisir » , on est presque du parti de la grue et de Jupiter. Ces ridicules, propriété publique de la bourgeoisie assemblée , sont encore la propriété privée du bourgeois rentré dans sa maison.
Les conditions font les caractères, car le caractère n'est que l'ensemble des sentiments habituels, qui naissent de notre état journalier. Nos occupations et nos habitudes sont comme une température morale qui fortifie et redresse notre àme , ou l'affaiblit et la fait ram-
p^. La fougère dans les climats chauds est un grand arbre, et chez nous une pauvre plante avortée. Le seigneur , entouré des respects , méprise les autres et se respecte lui-même. 11 prend de soi et des autres l'opinion que les autres ont d'eux-m&nes et de lui. L'artisan , dans son étroite échoppe , attaché à son mé* tier machinal , occupé tout le jour par la pensée d'un écu y perd le sens du beau , l'aisance d'esprit , la hardiesse des désirs, et son àme se rapetisse avec ses pensées. Nous naissons tous et nous croissons d'un mouvement spontané , libres , élancés , comme des plantes saines et vigoureuses. On nous transplante, on nous redresse , on nous émonde , on nous courbe. L'homme disparait , la machine reste ; chacun prend les défauts de son état , et de ces travers combinés naît la société humaine.
Le bourgeois sait qu'il est bourgeois et s'en chagrine. Sa seule ressource est de mépriser les nobles , ou de les imiter. Il se met au dessus d'eux ou parmi eux « et se croit un personnage ». Cet orgueil est raisonneur et esprit fort.
Le rat s^étonnait que les gens Fussent touchés de voir cette pesante masse, Gomûie si d^occuper ou plus ou moins de place Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Il est clair que ce philosophe de grenier est un disciple anticipé de Jean-Jacques , et médite un traité sur les droits du rat et l'égalité animale.
Mas qu'admire^-vous tant en lui, vous autres hommes? Serait-ce ce gi*and corps qui fait peur aux enfants?
Nous ne nous prisons pas , tout petits que nous spmmes , D'un grain moins que les éléphants.
Voilà bien le ton aigre d'un plébéien révolté, et la suffisance pédante d'un penseur qui s'est dégagé des préjugés vulgaires. «Gela veut raisonner de tout, disait le duc de Gastries , et cela n^a pas mille écus de rente. » Raisonner ! puissance et droit étrange , dont chacun conunence à user, jusqu'à l'âne, qui se demande ce à quoi bon porter les herbes au marché , et s'il faut pour cela interrompre son somme » . Il ferait mieux « de songer à attraper les morceaux de chou qui ne lui coûtent rien ». Quant au rat, il est réfuté à l'instant par un argument personnel.
Le chat, sortant de sa cage , Lui fit voir en moins d'un instant Qu'un rat n'est pas un éléphant. (viii, 15.)
Le bourgeois frondeur, satirique, égalitaire, est rare au XVn* siècle. Pour échapper à la roture , il ne se fait pas philosophe, mais noble. Nous n'avons guère de Jean- Jacques , mais plus d'un M. Jourdain.
Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse
Et ne parlait incessamment
Que de sa mère la jument,
Dont il contait mainte prouesse :
Elle avait fait ceci, puis avait été là.
Son fils prétendait pour cela
Qu'on le dût mettre dans l'histoire. (vi, 7.)
Get âne , du moins, est encore un peu gentilhomme, et nous lui avouons que le ventre anoblit. Pour le singe , il s'invente au premier coup toute une parenté ; le Pirée d'abord, « son meilleur ami», puis <c son cousin le juge
maire » . Mais il n'est qu'un écervelé , et babille à tort et à travers. Voici la vanité sentencieuse, réfléchie, compassée, qui s'étale en discours étudiés. L'âne fait encore ici les frais de l'histoire.
J*ouis que Pun des deux disait à son confrère : Seigneur, trouvez-TOUs pas bien injuste et bien sot Lliomme, cet animal si parfait? Il profane
Notre auguste nom, traitant d*âne Quiconque est ignorant, d'esprit lourd, idiot ;
Il abuse encore d'un mot.
Et traite notre rire et nos discours de braire. Les humains sont plaisants de prétendre exceller Par dessus nous ! Non, non, c'est h, vous de parler,
A leurs orateurs de se taire.
Voilà les vrais braillards. Mais laissoiiâ là ces gens.
Vous m^entendez, je vous entends.
Il suffît. Et quant aux merveilles Dont votre divin chant vient frapper les oreilles, Philomèle est au prix novice dans cet art.
Vous surpassez Lambert. — L'autre baudet repart : Seigneur, j'admire en vous des qualités pareilles, (xi, 5.)
Ces ânes se décernent à eux-mêmes un brevet. Que ne peut-on avec le nom de gentilhomme en prendre l'élégance ! Mais sous un habit de cour un lourdaud est plus lourd encore.
Dans cette admirable pensée.
Voyant son maître en joie, il s'en vient lourdement.
Lève une corne tout usée, La lui porte au menton fort amoureusement, Non sans accompagner, par plus grand ornement, De son chant gracieux cette action hardie. (iv, 5.)
11 n'est pas jusqu'aux travers du noble qui ne soient
nobles. « Il n'y a rien de si délié , dit Labruyère, de si simple, de si imperceptible , où il n'entre des manières qui nous décèlent. Un sot ni n'entre , ni ne sort, ni ne s'a^ied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit. »
Ainsi le simple gourmand n'a pas la délicatesse aristocratique. Il mange bien, mais pour manger bien , et non pour honorer son estomac. Le rat, « qui ne connaît l'Avent ni le Carême » , est un joli petit gourmet, réjoui, tout rondelet et guilleret, et ne ressemble guère au héron dédaigneux et mélancolique.
Une grenouille approche et lui dit en sa langue : Venez me voir chez moi, je vous ferai festin. Messire rat promit soudain.
L'oiseau de qualité n'eût pas promis si vite ; il eût craint de se compromettre et eût vérifié le rang de son hôte. Il eût trouvé l'invitation laconique , et l'eût voulue plus respectueuse : son dîner est une affaire d'étiquette. Messire rat n'y 'fait pas tant de façons.
On imiterait encore plus aisément la gourmandise du seigneur que son impertinence : car il n'est gourmand que par accident, tandis qu'il est impertinent par nature. Nulle béte ou plante bourgeoise n'attrapera ce ton de compassion humiliante et cette quiétude de vanité bienheureuse qu'avait si naturellement le chêne. Le pot de fer n'est qu'un capitan qui propose son escorte (v, 2). Les plaisanteries du bourgeois riche ne sont que grossières. Saint-Simon prend un autre ton pour railler « la plume et la robe » . Nous n'avons ici qu'un Turcaret.
DBS CARACTÈRES. 63
Mon ami , disait-il souvent Au savant,
Vous vous croyez considérable ;
Mais, dites-moi, tenez-vous table?
Que sert k vos pareils de lire incessamment?
Us sont toujours logés k la troisième chambre, Yê4us au mois de juin comme au mois de décembre, Ayant pour tout laquais leur ombre seulement.
Cet homme n'estime en soi que « Targenterie de sa table^ le grand nombre de laquais qui le suivent, les six bétes qui le traînent » ; et il a raison. Il est politique comme le Giton de Labruyère, mais toujours sot et brutal.
La république a bien affaire
De gens qui ne dépensent rien !
Je ne sais d'homme nécessaire Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien. Nous en usons, Dieu sait ! Notre plaisir occupe L'artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe, £t celle qui la porte.
Ce gros rire libertin n'est qu'une fanfaronnade de mauvais goût. Le parvenu est jusqu'au ventre en la litière; mais il a beau faire^ on devine son père l'àne.
Un petit bout d'oreille échappé par malheur Découvrit la fourbe et Terreur.
Eh voyant sa lourdeur et sa suffisance , chacun est dis^ posé à le renvoyer au moulin.
L'impertinence est plus naïve dans le jeune homme (c que ses parents, gros messieurs, ont fait apprendre à lire »; mais elle est toujours ridicule, parce qu'elle manque de convenance. Le ridicule n'est que la dispropor-
64 DES GABÀGTÈRES.
tion. Dans le seigneur, le rang et la vanité sont d'accord; c'est pourquoi Torgueil, quoique offensant, reste noble. Dans le bourgeois , Toutreçuidance et la condition font contraste; c'est pourquoi son arrogance, quoique excusable, fait pitié. Voyez le souriceau qui commence comme un poète épique :
Tavais franchi les monts qui bordent cet état ^
Et trottais comme un jeune rat
Qui cherche à se donner carrière.
Lorsque deux animaux ont arrêté mes yeux.
Quant au rat son confrère , il fait comme Técolier de Faust. Du haut de son expérience improvisée , il contemple avec mépris la génération arriérée qui le précède, et sourit d'un air de grand homme, savant et pédant, en pensant à son père, « pauvre sire qui n'osait voyager , craintif au dernier point » . Cette vanité de bourgeois lui porte malheur. Qu'il renonce à l'impertinence ; qu'il rentre dans son caractère et se contente d'être lui-même ; qu'il redevienne homnie de ménage , il cessera de prêter à rire, et peut-être, un jour, se moquera du seigneur.
L'animal bourgeois par excellence est la fourmi ; sèche, discrète, prudente, active ménagère, qui se remue , trotte , range , amasse , et cherche encore sans autre but qu'amasser, sans autre plaisir qu'agir ; d'un esprit net , ferme et pratique , qui raisonne avec autant de précision qu'il calcule , railleur comme un homme d'affaires, incisif comme un avocat.
Mais elle préfère encore les profits aux épigrammes.
Adieu ! je perds mon temps ; laissez-moi travailler.
Ni mon grenier ni mon armoire Ne se remplît k babiller.
Peu prêteuse du reste , et dure comme une marchande.
Les mouches de cour sont chassées.
Les mouchards sont pendus; et vous mourrez de faim,
De froid, de langueur, de misère, Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère, (iv, 3.)
Celui qui n'a pas épargné sa peine ne plaint pas celle des autres. Il n'a pour les misérables qu'une indifférence froide , et pour les dépensiers qu'un mépris moqueur.
Vous chantiez, j'en suis fort aise :
Ëh bien ! dansez maintenant. (i, 1.)
Ce désir du gain et cet esprit d'économie est dans tous les métiers, à tous les étages. Juges, médecins, maîtres d'école, commis, avocats, charlatans, sous tous les habits il se cache ou se découvre. Le noble a fait fortune en se donnant la peine de naitre. Sa qualité lui épargne trente ans de travail , d'assujettissement et d'ennui ; il peut avoir l'âme généreuse et large. Mais l'homme du tiers , qui n'a rien , qui n'est rien , et ne parvient qu'à force de labeur, reçoit en naissant un joug qui courbe sa pensée vers les soucis d'argent et de place , qui devient une partie de lui-même , et qu'il garde par habitude, lors même qu'il a gagné le droit de s'en délivrer.
Pour bien connaître le juge , il faut voir d'abord le tribunal, l'enquête, les témoins, la chicane.
Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent : Des frelons les réclamèrent.
66 DES GàBACTÈRES.
Des abeilles s'opposant, Devant certaine guêpe on traduisit la cause.
Il était malaisé de décider la chose.
Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons ^ Des animaux ailés, bourdonnants, un peu longs, De couleur fort tannée, et tels que les abeilles, Avaient long-temps paru. Mais quoi ! dans les frelons
Ces enseignes étaient pareilles.
La guêpe, ne sachant que dire à ses raisons.
Fit enquête nouvelle, et, potir plus de lumière ,
Entendit une fourmilière, (i, 21 .)
Ceci a Tair d'être transcrit d'un journal du palais: Miais nous n'avons encore <f (Jue les contredits , les interlocutoires, le fatras et le grimoire » dé la procédure, et tout Tattirail de la pratique. Un peu plus loin vient l'avocat qui a pris ses grades , et tient boutique de détiàbâstration , injures, amplifications, exclamations et iûôuvemenfâ d'indignation.
Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangué Qu'il fallait dévouer ce maudit animal, Gepelé , ce galeux, d'où venait tout le mal.
Manger Therbe d'autrui ! quel crime abominable!
Rien que la mort n'était capable D'expier son forfait. . . . (vu, i .)
Ainsi précédé et annoncé , le juge s'avance avec une majesté solennelle, et voici l'abrégé d'un jugement :
Perrin, fort gravement ouvre l'huître et la gruge,
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit, d\in ton de président : Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille , Sans dépens, et qu'enpaix chacun chez soi s'en aille, (ix, 9.)
Le médecin va au môme but que le juge , mais par
d'autres voies. Il ne s'agit jamais « que de happer le malade ». Un- métier , selon le mot de Molière, est un moyen de traire les hommes. Le loup s'en vient donc
A pas comptés,
Se dit écolier d'Hippocrate; Qu'il connaît les vertus et les propriétés
De tous les simples de ces prés ;
Qu'il sait guérir, sans qu'il se flatte , Toutes sortes de maux. Si don coursier voulait
Ne point celer sa maladie,
Lui, loup, gratis le guérirait. *
Car le voir dans cette prairie
Paitre ainsi sans être lié Témoignait quelque mal, selon la médecine.
Voilà comment on se fait une clientelle. Mais aussitôt que don coursier se dit malade , il tombe en puissance de médecin , et THippocrate improvisé Tendoctrine en l'appelant « mon fils » . Ce ton paternel et magistral n'empêche pas la servilité des manières ni l'emphase du progranune. Le loup tire de sa poche son prospectus , et l'offre humblement.
J'ai rhonneur de servir nosseigno^H^s chevaux,
Et fais aussi la chirurgie. "'^ (v, 8.)
C'est que si le médecin a le droit de dire <îc mon malade »^ le malade a le droit de dire « mon médecin » . Chacun des deux appartient à l'autre ; du chaland et du marchand, on ne sait qui est le maître, et qui le serviteur. De là un ton ambigu , un patelinage mêlé de commandement , un air d'autorité et d'humilité tout epsemble. N'est-ce pas là la misère des conditions moyennes ?
68 DES GARÂCTèRE&.
Les extrêmes s'y assemblent et s'y heurtent ; les couleurs s'y effacent Tune l'autre ,' et l'on n'a qu'un tableau ennuyeux et choquant.
Il est plus triste encore d'observer ce que devient Ja science tournée en métier. L'esprit se change en une mécanique de bavardage , qui à tout propos , hors de propos , part et ne s'arrête plus. Lorsque nous naissons , les forces de notre âme sont en équilibre. Qu'un métier soit un emploi utile de ces forces, im remède contre l'ennui, à la bonne heure. Mais, ainsi qu'une maladie , il rompt ce balancement exact; en développant un organe spirituel, il fait périr les autres. Le rôle accepté détruit l'homme naturel. C'est un acteur qui partout est acteur, et qui , une fois hors de son théâtre , est un sot.
Le pédant , de sa. grâce ,
Accrut le mal en amenant
Cette jeunesse mal instruite :
Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtiment Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite . Se souvînt à jamais comme d'une leçon.
La-dessus il cita Virgile et Cicéron ,
Avec forc§||^^Be science.
' Son discours d^nPRi , que la maudite engeance
Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin. (ix, 5.)
Son défaut propre est de se perdre en maximes générales. Le pauvre homme n'est plus un homme , mais un livre , et quel livre ! un in-folio de morale.
Ah ! le petit babouin !
Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise ! Et puis, prenez de tels fripons le soin.
DES câbâgtères. 69
Que les parents sont malheureux qu'il faille
Toujours veiller à Si^nblable canaille !
Qu'ils ont de maux et que je plains leur sort!
Ayant tout dit , il mit l'enfant à bord. (i, 18.)
Il commente , et s'il était dans Teau lui-même , il commenterait encore. Avis aux commentateurs de La Fontaine 1 et plaise à Dieu qu'ils puissent en profiter ! Il nous faut une grâce d'état spéciale , et nous courons risque d'être un des personnages de notre auteur.
Dans cette triste et comique galerie, personne ne manque. La Fontaine transforme ses originaux pour le compléter. Voici par exemple dans Pilpayle discours des canards à la tortue :
<c Ce n'est pas sans peine que nous nous éloignons de vous j mais nous y sommes obligés. Quant à ce que vous nous proposez, de vous emmener, nous avons une trop longue traite à faire ; et vous ne pourriez nous suivre , parce que vous ne savez pas voler. Néanmoins , si vous nous promettez de ne dire mot en chemin , nous vous porterons ; mais nous rencontrerons des gens qui vous parleront, vous voudrez leur répondre, et ce sera votre perte. »
Dans La Fontaine, ils n'hésitent pas. Ce sont des commis qui montrent leur article. Il fallait bien faire le portrait du marchand.
Voyez-Yous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons par l'air en Amérique.
Vous verrez mainte république, Maint royaume, maint peuple; et vous profiterez Des différentes mœurs que vous remariquerez.
Ulysse en fit autant.
Marché fait^ les oiseaux forgent une machine»
A présent , nous savons la cause de cette amplification éloquente. Les canards indiens sont des amis obligeants ; les canards français ne sont que des eirtrepreneurs de transports.
Un petiiplus loin viennent les fournisseurs « pressés d'argent, qui vendent la peau de Tours sans Favoir nous par terre. »
C'étaîtle roi des ours. Au compte de ces geiis,
Le marc^hand de sa peau devaitfaire fortune.
£lle garanti8s;yii^t des froids les plus cuisants ^,
On en pourrait fourrer deux robes plutôt qu'une, (v, 20.)
Peut-être , dans Rabelais , la faconde intarissable de Dindenfant qui étourdit le chaland, ne le laisse plus respirer, le couvre, l'ensevelit, le noie sous un flux de paroles , est-elle une méthode conmierciale plus heureuse. Le client rendu muet, assourdi, hébété, est à demi vaincti. Mais danë cette inondation d'éloquence affadissante La Fontaine était forcé de choisir.
Dindenant est le marchand conquérant , qui demande insolemment à son client s'il n'a pas nom Robin Mouton, et s'il n'est pas le joyeux du roi. Quand Panurge hasarde une timide objection : « Tes fortes fièvres quartaines, lourdaud sot que tu es. Par le digne vœu de Charrons, le moindre de ces moutons vaut quatre fois mieux que le meilleur de ceux que jadis les Coraziens, en Lusitanie , vendaient un talent d'or. Et que pensestu, ô sot à la grand paie, que valait un talent d'or ? — Bénoist monsieur , dit Panurge, ne vous échauffez
er.
ar
BE8 GARJ^CTÈRES. 71
en voti:e harnais. Bien tenez , voyez là votre argent. » Le singe a des manières plus insinuantes et plus flatteuses. Il est très humble serviteur du public ^t danserait volontiers pour l'honneur.
Votre serviteur GîUe,
Goasin et gendre de Bertrand,
Singe du pape en son vivant,
Tout fraîchement en cette ville Arrive en trois bateaux exprèspour vous pari Car il parle, op^Pentend, il sûii4amutt haU
Faire dgfe lours de toute sorte, Passer en^es cerceaux, et le tout pour six blancs, 1^<>D» "J'^sieurs, pour un sou. Si vous n'êtes contents, ^^"S/rendrons k chacun son argent à la "porte.
f^\. Mais insensiblement nous sommes descendus "'[hin degré. Le marchand n'est plus ici qu'un opérateur, /éitla bourgeoisiedeyient peuple. LaFontaine s'estamusé ! à peindre le langage des villageois. Si la poésie rustique coule dans Homère comme un vin pur et généreux, chez nous on croirait goûter un filet de vinaigre. On entend les voix aigres des pâronnelles sous. ces métaphores expressives et proverbiales.
Quand trois filles passant. Tune dit : C'est grand honte Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils, Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis, Fait le veau sur son âne, et pense être bien sage.
Ces quolibets manquent d'urbamté. Les paysans du bon pays de France sont gausseurs par nature , mais leurs plaisanteries ressemblent aux taloches qu'ils s'assènent quelquefois par plaisir dans leurs fêtes et qui pourraient
ïj2 DES CARACTÈRES.
assommerunbœuf. Le meunier répond comme Sancho, en homme qui sait les proverbes. H y a toute une littérature de village , composée de dictons , de bons mots, depetites phrases originales et précises, que la tradition conserve comme elle transmettaitau tempsd'Homere
les magnifiques surnoms des dieux. Le quidam la sait aussi bien que le meunier.
Qui de l'àne ou du maître est fait pour se lasser? Je conseille h ces gens de le faire encb^r.
it» UBott» icuio sonners et conservent leur^©. Nicolas au rebours, car quand il va voir Jeanii^^i Il monte sur sa bête et la chanson le dit.
Beau trio de baudets î
Apres , grivoises , ces plaisanteries ont le goû^"^^ et piquant du crû, et sentent l'économie campagnarK® '
Ils usent leurs souliers ! (m, \/
Quiconque a vu ces paysans marcher nu-pieds , chaussure à la main, pour la faire durer et s'en faire honneur à la ville, comprendra le sel rustique de ce bo' mot. Cela touche au vif Thomme qui pour rendre âne flf plus frais et de meilleur débit » Ta lié par pieds et le porte comme un lustre. A la fin il regim contre les conseils et devient têtu comme son baudet.
L'artisan est plus gai. Il n'amasse pas comme 1 paysan. Il n'a pas besoin de prévoir de loin, de craindre la saison, de calculer la récolte. Il vit sur le public et laisse le gain venir, insouciant, bavard, hardi du reste, et jugeant son curé d'un air assez leste, dans des matières où l'autre s'empêtrerait respectueusement, et s'agenouillerait, son chapeau à la main.
Or çà^ sire Grégoire, Que gagnez-vous par an? — Par an? ma foi, Monsieur,
Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière •De compter de la sorte, et je n'entasse guère Un jour sur l'autre ; il suffit qu'à la fin J'attrape le bout de l'année.
Chaque jour amène son pain. . .
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer. On nous ruine en fêtes , L'une fait tort à l'autre, et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône.
(vin, 2.)
La Fontaine aussi est un rieur. N*a-t*il pas appelé sa fable une comédie ? Mais au fond de toute gaîlé il y a de la mélancolie. Ce qui est ridicule est laid, et, après ravoir raillé, ou finit par le plaindre. Quelqu'un a-t-il parlé des hommes avec plus de compassion et de la vie avec plus de tristesse que « le prince des moqueurs », Voltaire? Candide est une plainte douloureuse aussi bien qu'une ironie amère ; et quand il gambade , comme il ledit à madame duDefiFant, c'est sur un tombeau. Nous oublions la grossièreté , la ladrerie , la stupidité de ce pauvre peuple. Nous le voyons porter toutes les misères et toutes les grandeurs du règne , et , les bras raidis de fatigue, le front contracté de douleur, se traîner vers son unique repos, la mort. La Fontaine ne songe à réhabiliter personne; mais quand vient l'occasion, il trouve ces traits pénétrants et cette pitié contagieuse qui prouvent qu'un homme d'esprit est aussi un homme de cœur.
Un pauvre bûcheron , tout couvert de ramée.
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
74 DES gârâgtèbes.
Gémissant et courbé marchait à pas pesants , Et tâchait de gagner sa chaumière enfumée.
Enfin , n'en pouvant plus d'effort et de douleur, Il met bas son fagot; il songe à son malheur. Quel plaisir a-t~il eu depuis qu'il est au monde? En est* il un plus pauvre en la n>achine ronde? Point de pain quelquefois^ et jamais de repas. Sa femme, ses enfants, les soldais, les impôts,
Les créanciers et la coryée...
11 appelle la mort... Oi 16.)
Au bout de cette charmante galerie rassemblée par La Fontaine se trouve un sombre tableau de Holbein.
VIL Deux hommes au même siècle essayèrent de peindre leurs contemporains : l'un, moraliste , Labruyère ; Tautre , historien , Saint-Simon. Un moraliste fait une science, un historien copie la nature ; nous avons vu que la poésie participe et diffère à la fois de la science et de la nature, et qu'elle prend et ôte quelque chose à toutes les deux. Ainsi, en opposant entre eux les trois genres de portraits, nous trouverons une des règles généralesdeTart. Nous necherchons pas autre chose et nous n'observons les détails que pour y démêler des lois.
Le livre de Labruyère est plutôt une satire des vices qu'une peinture des caractères. Chaque travers est mis à part, séparé du cortège de bonnes et mauvaises qualités qui dans la vie ordinaire l'environnent; expliqué, développé dans sa cause, dans ses effets, mais toujours seul. Tous les adoucissements, tous les tempéraments qui en fait le rendent supportable, ont disparu. Dorénavant on le reconnaîtra partout, on ne courra jsunais
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risque de le confondre avec un autre. C'est une maladie décrite avec ses symptômes, ses progrès, ses accidents, ses commencements, son issue , classée, définie, cataloguée dans le grand livre de médecine morale ; et rien de plus. Maintenant, le mal connu , il faut le guérir. La Bruyère est aussi bien un médecin qu'unanatomiste; or, pour l'être, il faut rendre à tout prix le vice odieux ou ridicule. Il ne s'agit pas de le peindre tel qu'il est, il faut lui donner la perfection du laid et de l'absurde. La Bruyère est donc contraint d'employer les expressions les plus amères, les oppositions les plus choquan^ tes , les tours de phrase les plus saisissants ; d^étre tendu, presque affecté, souvent fatigant, de prodiguer Tantithèseet l'hyperbole, et cequi est le pire des reproches, de passer pour un artisan de style. Sous ces phrases si symétriques, si énergiques, si heurtées,^si calculées, on n'aperçoit plus le mouvement, la liberté, la variété ondoyante des choses. Molle et fluide , la vie s'est transformée sous la main du satirique en un cristal étincelant et dur :
<i Aristarque se transporte sur la place avec un héraut et une trompette. Celui-ci commence ; toutela foule, toute la multitude accourt et se rassemble. Ecoutez , peuple, dit le héraut, soyez attentifs , silence ! silence ! Aristarque, que vous voyez présent, va faire une bonne action. » (Des Grands.)
Demandons à La Bruyère de se juger lui-même : ce Je dirai plus simplement et sans figure : Quelqu'un faitbien, veut-il faire mieux? Que je ne sache pas qu'il
fait bien, ou que je ne le soupçonne pas de me Tavoir appris. »
11 voit si bien le genre que lui impose son métier de moraliste, qu'il se fait son propre interprète^ et joint à l'hyperbole, ordonnée par la satire, l'expression simple qui la traduira.
Saint-Simon raconte Thistoire, et son œuvre, si animée qu'elle soit, est une copie. C'est pourquoi il marque les petites nuances, corrige à chaque instant un trait par un autre, accumule touche sur touche , et peint avec ces couleurs si composées , si mélangées , si particulières, qui sont la nature, et qui font les originaux. Car chaque homme est soi-même, ses vices et ses vertus ne sont qu'à lui. Il ne marche, ni ne parle, ni ne sent comme un autre. Tout ce qu'il est , et tout ce qu'il fait, est marqué d'une empreinte incommunicable, tant son être est complexe, tant les proportions des qualités opposées y sont délicates, tant il est vrai de dire avec Leibnitz que l'individu enveloppe l'infini.
a Sévigné était un fort bon honnête homme , mais moins un homme d'esprit que d'après un esprit; qui avait eu des aventures bizarres, peu, mais bien servi, et qui, du naturel charmant et abondant de sa mère , et du précieux guindé et pointu de sa sœur, avait fait quelque chose d'assez gauche. » (Ch. 544.)
Fuir les termes généraux et nobles que conseille Buffon, et qui ne conviennent qu'à l'éloquence réfléchie ; décrire avec les expressions les moins calculées , les plus originales , les plus familières ; saisir au vol ces
témérités de langage qui correspondent seules aux té* mérités de la nature ; pousser en avant et hardiment aveeces élans brusques, inégaux, passionnés, bizarres, qui sont 1q mouvement même de Tàme ; tout improviser et tout hasarder : tçl est le style du portrait de la duchesse de Bourgogne. )»(Ch. 521.)
« En public, mesurée, sérieuse, respectueuse avec le roi, et en timide bienséance avec W^^ de Maintenon, qu'elle n'appelait jamais que ma tante, pour confondre joliment le rang et l'amitié. En particulier, causante, sautante, voltigeante autour d'eux, tantôt perchée sur le bras du fauteuil de l'un ou de l'autre, tantôt se jouant sur leurs genoux ; elle leur sautait au cou, les embrassait, les baisait, les caressait, les chiffonnait, leur tirait le dessous du menton , les tourmentait , fouillait leurs tables, leurs papiers, leurs lettres, les décachetait, les lisait quelquefois malgré eux, selon qu'elle les voyait en humeur d'en rire, et parlant quelquefois dessus. »
Comme la duchesse de Bourgogne, ce style prend ses mots dans tous les tiroirs, manque à l'étiquette, aux règles, aux convenances. Mais vif, audacieux, rapide, bondissant, il est , comme elle , naturel et vrai.
Description de qualités isolées et abstraites qui conviennent à tout le monde, voilà le livre de La Bruyère. Portraits détaillés et complexes qui ne conviennent qu'à un original unique, c^est l'ouvrage de SaintrSimon. Entre ces deux extrêmes sont les figures de La Fontaine. Il faut au poète des caractères plus complexes, des portraits plus circonstanciés, des pasisions plus enchevêtrées qu'au moraliste j il imite la nature , et l'autre
ne songe qu'à la corriger. Il lui faut des âmes moins dispersées en sentiments contraires, des traits mieux r«menés à l'unité , des passions plus dominmit^s qu'à l'historien ; il embellit la nature , et l'autre ne cherche qu'à la copier. Ainsi les caractères de La Fontaine sont plus détaillés et plus vivants que ceux de La Bruyère, plus universels et plus réguliers que ceux de Saint- Simon. Il peint des originaux, mais dans la multitude des traits réels il choisit ceux qui conviennent le mieux à la passion maîtresse ou à la condition sociale. Il les ordonne d'après un vice ou une vertu principale; mais il y ajoute des traits accessoires, qui y mettent la vie, sans en ôter l'unité. L'ours, le chi^i de qualité, le chêne, le héron, la mouche, sont tous divers, mais leur tond est l'esprit aristocratique. La couleur dominante n'efface pas les nuances, et les nuances ne brouillent pas la couleur dominante. Le poète ôte à l'historien et ajoute au moraliste. Il est l'un et l'autre , parce cpi'il est entre les deux.