FABRIQUE DB BOULÉ FRÈRES, RUE MOREL
Dans les derniers mois de Tan VIII (1800) deux négociants de Douai, Louis Boulé et Glo vis Boulé son frère, acquirent rueMorel, un terrain à Teffet d'y faire construire une fabrique de faïences dites grès anglais. L'importance de celle de la rue des Carmes , et le succès qui avait accueilli les débuts de Martin Dammann, semblaient d'un heureux augure aux créateurs de ce nouvel établissement.
L'érection des bâtiments et l'installation des divers appareils nécessaires au bon fonctionnement de l'usine prirent une partie de l'an IX.
Dès la fin de cette année, elle comptait 40 ouvriers et les produits qu'elle livrait au commerce tels qu'assiettes, plats, tasses, représentaient une somme de 26,790 livres (1).
Le cinquième de ces marchandises était consommé dans le département, le surplus était expédié dans l'intérieur , à Paris, Rouen, etc.
(1) Dieudonné. Statistique du départmnent du Nord^ tome II , pag. 10*7.
Les sieurs Boulé frères, employaient le charbon pour la cuisson de leurs faïences.
Toutes les matières premières étaient tirées des mômes lieux que la manufacture de la rue des Carmes; il fallait, disent les frères Boulé, dans une requête adressée au Préfet du Nord, les chercher à plus de trente lieues de Douai, et les faire revenir par charrois.
Les commencements d'une entreprise industrielle sont toujours pénibles ; c'est sans doute à cette difficulté qu'est due la requête adressée par MM. Boulé frères, au gouvernement, en l'an IX, afin d'en obtenir des subsides.
Voici cette demande qui peint bien les inquiétudes et les angoisses de ces nouveaux industriels :
FnietidoranIX.
Au cUoyen Préfet du d^foirUment du Nord.
Louis Bonlé et Glovis Boulé frères, négociants en la commune de Douaj, ont l'honneur de tous représenter qu'ils cmt fbnné rétablissement d'une manufaoture de grès à la feçon anglaise et semblables aux deux autres qui existent à Douay ; cette concurrence est propre à procurer Tabondance et les travaux dont le fruit est si nécessaire à la subsistance des ouyriers , de leurs femmes et enfeuits, surtout dans une commune où rouyrage et le commerce n'ont jamais eu deyigueur.
La fonnation de cet établissement, en construction et ustensiles, est un objet très dispendieux ; les matières premières se prennent à plus de trente lieues de Douaj , les diarrois à pareille distance font une autre impense très considérable ^ sans 7 comprendre les journées du grand nombre d'ouvriers nécessaires aux ateliers et à toutes les branches qui entrent dans TactiTiié de cette manufacture : toutes ces dépenses surpassent les facultés des exposants, eux qui sont obligés de payer au comptant les matières premières, les charrois et les ouvriers, tandis qu'ils vendent à crédit, du moins aux débitants ; mais ils fondent leur espoir du succès de leur entreprise, sur la bienfaisance que le Oouvansment a mamCestée à l^gerd des fabriquas et manufactures existantes dans les grandes villes de la Bépublique, et qu'il a communiquée à d'autres villes oommupalee. Oui, le (jouvemement | toujours attentif au bien public, a pensé dans sa sagesse qu'il était de sa gloire et de celle de la nation, de procurer les ressources propres à l'encouragem«it, è la maintenue et à la formation des fabriques
et manuftctures qui sont les branches les plus fortes du commerce et dont les rameaux alimentent principalement la classe des ouvriers : ce fut dans des vues de bienfaisance et d'utilité publique que le Gouvernement a accordé des emprunts gratuits aux entrepreneurs^ à charge de les rendre dans un terme proportionné à l'interyalle nécessaire à la rentrée des f<mds yersés dans les dépenses.
Les exposants, pénétrés de la plus grande confiance, ont tout lieu d'espérer que le Gouvernement leur accordera la même grâce qu'aux autres entrepreneurs, qui jouissent du bienfait de l'emprunt gratuit ; ils espèrent aussi d'exposer au Muséum les pièces les plus rares de leurs ouvrages et ils continueront leurs vœux pour la conservation du Gouvernement et de votre personne , citoyen Préfet.
(Signé) Louis Boulé , Glovis Boulé.
Douay, le 25 fracUdor an IX de la République française. Le Préfet du deparUment du Nord au Maire de Douay.
Gtoyen Maire ,
Les citoyens Boul^ frères , négocians à Douai , exposent qu'ils viennent d'établir à Douai une manufacture de grès façon anglaise ; que pour parvenir à se procurer les ustensiles nécessaires pour mettre cette nouvelle fabrique en activité, ils ont fait de fortes dépenses et ils demandent que je sollicite en leur faveur auprès du Gouvernement, des fonds à titre d'encouragement.
Les circonstances actuelles ne permettraient peut-être pas au (Gouvernement d'accéder à leur demandai mais comme cette manufacture serait extrêmement avantageuse à la ccmmiune de Douai , vous jugerez sans doute qu'il H^onvient de faciliter sa mise en activité.
Je vois avec une véritable satisfaction que les habitants de cette commune se livrent aux arts utiles et que, sous l'influence d'un gouvernement qui protège tous les genres d'industrie, bientôt cette commune présentera de nombreux ateliers qui la rendront florissante.
Je vous invite donc, citoyen Maire, après vous être assuré du succès de l'entreprise des citoyens Boulé frères et de la garantie qu'ils présentent pour la sûreté des fonds qu'ils demandent , de faire assembler le Conseil municipal afin qu'il délibère sur les moyens de leur accorder, à titre d'avance, une somme sur les fonds qui sont à sa disposition (1).
J'ai l'honneur de vous saluer.
(Signé) DiEUDONNÉ,
(l) Archives de DouaL