Revue historiqtte de droit français, 1875, p. 659 et s
peut affranchir un esclave en le déclarant libre in sanctis et en faisant confirmer sa décision par onze cojurateurs. On voit que les idées s'enchaînent parfaitement et que les deux actes juridiques sont intimement liés ; mais on comprendra encore mieux le sens de ces actes, si on fait intervenir Fidée de la tradition. En effet, dans le droit franc la tradition ordinaire pouvait s'effectuer, soit par une investiture corporelle, soit par une investiture symbolique qui pouvait avoir lieu par un procès réel ou fictif ou par la remise d'une carta.
Or, que nous apprend la Loi des Ghamaves? 1® Que Finvestiture de la qualité d'honjme libre peut , en effet , s'effectuer à la suite d'un procès réel , si par exemple celui qui est réclamé comme serf arrive à prouver qu'il est ingénu * ; 2® qu'elle peut avoir lieu à la suite d'un procès fictif, si le maître jure en public que l'esclave est libre et si ce serment est confirmé par onze cojurateurs ~ ; 3® qu'elle peut avoir lieu par la remise d'une carta ^:
Ces données sont confirmées par les mots et se ille forts de eo miserit, qui indique un dessaisissement de la part du maître, et par les mots per hantradam dont l'étymologie probable vient encore corroborer l'explication donnée.
Il est indiscutable que dans le mot hantrada^ le terme hand signifie main, mais on n'est pas d'accord sur le sens de rada. Jusqu'ici on a cru que rada venait de râdi *, qui signifie un ustensile, quelque chose que l'on peut tenir à la main. Cer-
\ . Lex Chamavorum, § 9. Il y aurait peut être ici un rapprochement intéressant à faire avec le droit romain. L'affranchissement vindicia et Vin jure cessio n'étaient aussi que des procès fictifs, et on y usait
aussi de certains objets symboliques.
2. Leœ Chamavorum , § 10 : a Qui per hantradam hominem ingenuum dimittere voluerit, in loco qui didtur sanctum sua manu duodecima ipsum ingenuum dimittere fadat. »
3. Lew Chamavorum, § 11 : Qui per chartam aut per hantradam ingenuus est .. »