Beulé, Art. gr., p
21. Les forteresses en Angleterre au commencement de l'âge du fer. ' — Je passe maintenant en Angleterre pour visiter avec Lubbogk le fort de Staigne , dont la fondation, pense-t-il, quoique remontant à Tâge préhistorique, ne peut [être attribuée qu'à une époque plus récente que Tâge du bronze, probablement au commencement de Tâge du fer.
c Le fort Staigne, dans le comté de Kerry, est im enclos .» presque circulaire dont le diamètre extériefur est de 34",74 » et qui a dans Tintérieur des murs 26",81 de Test à Touest » et 26'",51 du nord au sud. Les pierres sont entassées sans » aucune espèce de mortier ni de ciment. Le mur a 3'',96 » d'épaisseur à la base, et 1"',57 de largeur au sommet, à Ul » partie la plus haute, où l'on voit encore quelques-unes » des anciennes pierres du fatte et qm a sur l'intérieur » S-jSS de haut^ »
22. CSonstruotlons pôlasgiiiaes de la Grèce et de lltalie. — Hésiode considérait les Gyclopes comme des Titans, ûls du Ciel et de la Terre ^; Eomère en faisait des géants anthropophages'; et le nom des Pélasges, race vaga-^ bonde, comparable à une nuée de cigognes (en grec pélargoï)^, se mêlait à ces fictions. On leur attribuait des travaux que dans l'imagination populaire, des géants seuls, des Gyclopes, avaient pu exécuter. De là l'origine du nom de constructions cyclopéennes, donné aux Qionuments pôlasgiques.
c Hélas I hélas I terre des Pélasges l n dit Electre dans l'Oreste d'Euripide » en pleurant sur les malheurs de la famille d'Agamemnon, « je commence les funestes gémisse- » ments en déchirant mon visage de mes propres mains, en » meurtrissant ma tête de coups redoublés, hommage qu'ac- » cepte sous la terre la déesse des morts , brillante do l'éclat » de la jeunesse et de la beauté. Que la terre des Gyclopes » pousse des hurlements, qu'elle porte le fer sur sa tête et
1. Lubbock, Appendice. — 2. Hésiode, Tlu'og. , iU). — 3. Iloin. , Odyss., IX. — 4. Myrsile de Lesbos.
» rase sa chevelure, dans le deuil où doit la plonger la chute » de la maison des Atridesl^ »
Ainsi donc pour les Grecs , Cyclopes et Pélasges étaient synonymes. Les uns les faisaient venir d'Argos, d'où ils s'étaient répandus sur toute la Grèce ; d'autres les représentaient comme étant sortis de la Sicile, où, habitant les antres ténébreux de TEtna, ils aidaient Vulcain à fabriquer avec Tairain les armures des dieux et des héros.
Les ethnologues modernes les classent dans la grande famille indo-européenne, parlant des langues dites à flexion, comme le latin et le grec. Pour eux, les Pélasges, nés en Asie dans la région caucasigue , poussèrent en Europe jusqu'aux Alpes, en laissant derrière eux de nombreuses colonies dans TAsie-Mineure , la Thrace et llUyrie. Ils s'établirent dans la Grèce et se répandirent jusqu'en Italie où ils furent arrêtés par des peuplades de la famille basco-berbère ou encore par des Celtes venus avant eux des contrées asiatiques.
La Grèce était pleine du souvenir des Pélasges, qui avaient construit Argos, Tirynthe et Mycènes.
« Mon fils, dit Amphitryon dans l'Hercule d'Euripide^, » a quitté Mégare, possédé du désir d'habiter Argos et de » vivre aU sein de ces murs fondés par les Cyclopes, dont je » suis exilé à cause du meurtre d'Électryon. »
Et encore dans Iphigénie en Aulide ^ : — Iphigénie : « 0 » terre où j'ai reçu le jour, ô Argos sur laquelle je devais » régner. — Le chœur : Pourquoi implorez- vous cette ville » de Persée bâtie par la main des Cyclopes? »
« Les Argiens détruisirent Mycènes par jalousie, dit à son » tour Pausanias *. On voit cependant encore quelques ves- » tiges de ses murs et une porte sur laquelle sont des lions. » Tout cel§ est, dit-on, l'œuvre des Cyclopes, qui bâtirent » aussi pour Prœtus les murs de Tirynthe. »
Les constructions pélasgiques présentent des aspects différents suivant leur degré d'archaïsme, -mais leur caractère
1. Eurip., Oresl. . III, III. — 2. Eurip., Herc, M, trad. Prévost. — 3. Id., Iphig. cnAul., V, VU. — i. Pausan.. Corinth., XVI.
général consiste dans remploi de gros blocs de pierre posés les uns sur les autres sans mortier. Ils sont polygonaux ou parallélipipèdiques .
Suivant M. Petit-Radel*, les blocs polygones appartiennent aux constructions les plus anciennes ; cependant il y a des exceptions à cette règle , comme Ta fait remarquer M. Blouet*, qui signale dans certains endroits Texistence de blocs polygones superposés à des blocs parallélipipèdiques et bien joints, ce qui peut faire penser que Içs Grecs hellènes ont imité parfois les procédés pélasgiques,
A ce sujet, M. Petit-Radel fait encore observer que les villes les moins anciennes sont nécessairement celles qui sont situées en plaine. « Celles-ci, dit-il, sont toutes con- » struites en pierres parallélipipèdiques. Au contraire, celles » qui, comme la Pharsale antique, se trouvent fondées sur » le haut des monts, sont en construction polygone ou cyclo- » péenne. »
D'après Aristote* les blocs polygones étaient appareillés au moyen de lei règle lesbienne, lame flexible en plomb qui dessinait exactement tous les contours de la pierre. Le frontispice de l'ouvrage de M. Petit-Radel sur les monuments cyclopéens représente un vieux Cyclope à Tœil central, tenant cette règle à la main. Telle était Tidée que se faisaient les Grecs de ces Cyclopes , qui avaient bâti Lycosure et Tirynthe. Ils se les représentaient par le portrait qu'HoMÈRE avait fait du géant Polyphème :
« A l'entrée de la cav'erne , dit le poète de l'Ionie *, le D monstre se débarrasse de son fardeau, qui tombe avec un » fracas terrible... Lorsque les brebis sont toutes entrées, il » soulève et place à l'entrée une roche d'un poids^norme , » que vingt-deux forts chariots à quatre roues ne pour- » raient ébranler ; telle est la haute pierre dont il ferme la a porte. »
Les blocs parallèlipipèdes ont été dressés par des Pélasges
1 . Petil-Radel, p. 207. — 2. Blouet, 1. 1, p. 149. — 3. Arist. , Traité des raauirs, V, 15. — i. Hom., Odyss., IX, tr. Giguet.
plus modernes. Euripide indique qu'on les appareillait au moyen de la règle droite dite phénicienne*.
DoDWELL, dans son Classical and topographical tour throug Greece^ adopte un mode de classification semblable à celui de M. Petit-Radel ; mais il établit des subdivisions au nombre de quatre. ^
La première comprend l'appareil à blocs polygones irréguliers, grossiers sur toutes les faces, bruts et posés sans ordre dans l'état où ils sont sortis de la carrière.
Le type est Tenceinte de l*acropole de Tirynthe dont la fondation remonte à 1710, suivant les uns, et à 1450, suivant les autres, a II ne reste de Tirynthe, dit Pausanias*, que les » murs qui sont Touvrage des Gyclopes. Ils sont construits » de pierres brutes , toutes d'une telle dimension que deux » mulets attelés n'ébranleraient pas la plus petite. Les » interstices en sont remplis de petites pierres qui servent » de liaison aux grosses. »
A ce système se rapportent encore quelques portions anciennes de Tacropole de Mycèoes, datant probablement de Fépoque de la fondation vers 1700^. La citadelle de Lycosure en Arcadie, dont Torigine e9t attribuée au personnage fabuleux Lycaon, fils de Péiasgus, passe pour avoir été le modèle de constriiction de toutes les autres villes cydo* péennes^. Cependant les voyageurs* font remarquer que les pierres y sont de moins grande dimension qu*à Tirynthe*.
En Italie , on rencontre à Signia (enceinte intérieure) et à Norba , villes des Volsques , des portions de murailles qui sont de ce genre ^.
Amphion, bâtissant les murs de Thèbes en Béotie, jouait, dit-on, avec tant de charme de la lyre qu'il avait reçue de Mercure , que les pierres venaient d'elles-mêmes se ranger à leur place et former les murs. Pausanias^, arrêté devant
1. Eurip., Herc, vers. 948.-2. Pausan., Corinth., XXV. — 3. Blouet, p. 148, t. II. ■— 4. Daniel Ramée, p. 340. 1. 1; Pausan., Corinth., VIII; Dodwell,-l. II, p. 395. — 5. Blouct, l. II, p. 40. — 6. Pclit-Radel, p. 178 et 190. — 7. Pausan., IX, 17.
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le tombeau du fils d'Antiope , remarque que les pierres qui forment le soubassement de ce mausolée ne sont que grossièrement taillées. La tradition voulait que ce fussent<^lles qu'il attirait par ses chants. M. Petit-Radel estime que la première manière cyclopéenne est parfaitement décrite par ce passage de Pausanias^
Mais la seconde subdivision de Dodwell comprend un appareil d'exécution plus difficile. Les blocs polygones à surface aplanie sont séparés par des joints bien dressés. Chaque pierre devait être choisie de manière à s'eucaistrer exactement dans le vide des blocs déjà posés. C'était dans ce cas que l'emploi de la règle lesbienne devenait indispensable.
La porte de l'acropole de Gortys, bâtie dans le deuxième système, est surtout remarquable par la grandeur de ses blocs dont les plus ordinaires ont 2™ de long sur 1*" de haut^. A côté de murs du premier système formant Tenceinte de la Phoronicon d' Argos , se retrouvent des constructions cyclopéennes appartenant à la seconde subdivision de DoDVsrEi;.L; ce sont les substructions du château moderne de Larisse^. Enûn , on peut encore rattacher à ce genre une grande partie des murs de l'acropole de Mycènes , dont les pierres ayant ordinairement cinq joints , sont ajustées avec une grande régularité*. Les tours de Midée et quelques pans de mui*s découverts à Eleusis , à Calydon , à Pharsale et à Nauplie, présentent aussi le même aspect'*.
En Italie, les restes de l'enceinte de Ferentinum (soubassement) , de l'acropole de Signia (enceinte extérieure) , d'Arpinium, d'Auûdena, etc., sont aussi compris dans les modèles de la seconde manière de Dodwell •.
Les deux premières subdivisions de Dodwell sont celles qui peuvent véritablement s'appeler cyclopéennes. M. de
1. Petit-Radel, p, 269. — 2. Blouet. t. II, p. 35. — 3. Pelit-Radel, p. 233; Dodwell, t. II, p. 218.- 4. Blouet, t. II, p. 149. ~ 5. Petil- Radel, p. 233, 252, 257, 282, 2^17; DoTlwcll, t. II, p. 247,— G. Petit- Radel, p. 172, 17«.
PouQUE VILLE, dans son Voyage en Grèce, a reconnu de* ces constructions en Épire, en Macédoine, dans TAcarnanie, etc. Il a particulièrement signalé leur emploi sur les monts Castritza et Gardiki qui semblent porter les ruines de Tanlique Dodone^, la cité des Selles, à Conitza, qui est peutêtre l'Hécatompédon de Ptolémée^, à Amanlia^, à Byllis, fondée par Néoptolème, chef des Myrmidons*, Tundes héros- sortis des flancs du cheval de Ti'oie, à Épidarame, passée des mains des Corinthiens'* à celles des Corcyréens^ et qui fournit plus tard le prétexte de la guerre du Péloponèse, à Ambracie^, à Strates^, à Mégare®, etc.
La troisième subdivision de Dodwell est moins cx)mpliquée. Les blocs parallélipipèdes et bruts sont posés les uns sur les autres, comme ils se présentent, sans former d'assises. Les pnncipes de construction des modernes y sont tellement peu observés que souvent, comme à Mycènes, dans la portion des murs attribuée à la restauration de Persée (1390), les joints de plusieurs rangs de pierres superposées se corespondent exactement®. Il n'est pas rare non plus de trouver de nombreuses assises de pierres plus hautes que larges.
Le modèle le plus connu de ce genre se trouve à Mycènes aujfrès de la porte des lions, la grande entrée de l'acropole. On attribue généralement cette construction à une époque postérieure à la fondation et peut-être même à la restauration de Persée.
Outre ces murs, on rencontre encore en Grèce des constructions de ce style dans les murs de Midée , les tours de Rhamnus, Tenceinte de Chéronée, etc., etc.^®.
Kn Italie, les murailles de Setia^^ ville des Volsques et d'Ardée^^, capitale des Rutules, offrent aussi Taspect des monuments de la troisième subdivision de Dodwell.
1. Pouquevillc, Voy. en Grèce, t. I, p. 105, 135. — 2. Id., p. 168. — 3. Id., p. 274.— L ïd., p. 276.-5. Thucyd., I, 2i.— 6. Pouqucv., Voy: en Gr., t. II, p. 73.- 7. U., t. III, p. 153.— 8. Id., t. IV, p. 127. — 9. Gailhabaud, Mon. piHasg. — 10. Pelit-Radel, p. 252, 259, 262. - 11. Id., p. i5(). - 12. Id., p. 192; Noël des Vcr^'crs, t. I, p. 182.
La quatrième subdivision renferme les appareils , où un essai d'assises horizontales a été tenté. Les blocs sont sem- . blables à ceux du troisième genre, et n*ont pas d'autre préjiaration. Quoique ce système soit rarement appliqué à la construction des murailles des villes fortes, avant Tépoque dite hellénique, on en rencontre cependant quelques exemples et en particulier à Samicurii^ dans Tenceinte de son acropole. Le^ mm's de Missolonghi (probablement Tancienne Pleurion), dans le monument bizarre que renferme ce village, pour exercer la sagacité des archéologues, sont aussi bâtis dans le quatrième système pélasgique de Dodwell^.
Ce système constitue dans les monuments les moins anciens, où on le retrouve, le point de passage entre le genre pélasgique à blocs bruts et parallélipipèdiques et le type hellénique à assises horizontales, formées de pierres régulièrement disposées et taillées^.
On trouve déjà dans les deux dernières manières remploi des joints verticaux obliques, qui étaient encore en usage dans les constructions grecques de la plus belle époque de Tart militaire. Je citerai comme exemple quelques tours carrées de Tenceinte de Phigalie en Arcadie (ville basse) * et une tour carrée retrouvée en avant et à quelques kilomètres de Mantinée, où, au-dessus, d'un appareil à joints verticaux obliques et supérieurement à quelques essais d'assises régulières, se retrouve le système cyclopéen du deuxième genre*. Quelques ruines à Platée et à Chéronée® montrent aussi des spécimens du mode de construction à joints obliques.
Selon M. Pktit-Radel , on connaît aujourd'hui quatre cents villes environ, qui ont été murées en blocs de pierre de construction cyclopéenne. On ti^ouve dans les salles de la bibliothèque Mazarine à Paris quatre-vingt-quatre modèles, exécutés en relief sous les yeux du savant archéologue , qui permettent d'apprécier les formes de ces murailles, exacte- . ment comme sur les lieux mômes.
1. Blouel, t. I, p. 57. — 2. Gailhabaud, Mon. pélasg.. — 3. Daniel Rainée, p. 3i7. — i, Bloiict, t. 11, p. 3. — 5. Id., t. Il, p. 85. — 6. Mazuis, p. 30, t. I, d'après M. Cokcrell, architecte anglais.
23. Les forteresses des Étrusques. — A la l'amille pélasgique semblent se rattacher les Étrusques , du moins si Ton ne considère que les monuments militaires qu'ils nous ont légués.
Les uns les croient autochtones^; les autres pensent qu'ils sont venus de la Lydie , sous la conduite de Tyrrhônus , fils d'Atys^. Quelques-uns. remarquant que, d'après le témoignage de Denys d*Halicarnasse , les anciens Tyrrhéniens se nommaient eux-mêmes Rasènes, en concluent qu'ils descendirent un jour des Alpes rhétiennes par la vallée ,du Pô^. D'autres versions circulent encore sur leur origine , vérita- Weraent mystérieuse.
Il est probable qu'ils proviennent du mélange de plusieurs peuples et entre autres des Pélasges et des Celtes, déjà confondus eux-mêmes avec des Ligures, rejetons de la famille brachycéphale des basco-berbères.
Quoiqu'il en soit, ce peuple constituait déjà une nation très-puissante au début de la république romaine, comme le prouve la fameuse guerre de Porsenna. Ce prince réunit sous son commandement toutes les liicumonies tyrrhéniennes , et malgré l'ingénieuse légende de Mucius Scœvola et d'Horatius Codés , la Rome républicaine n'est pas parvenue à dissimuler à la postérité le premier de ses désastres. A la suite de cette guerre, elle fut contrainte de payer tribut au roi des Étrusques et elle lui fournit des otages dont était Clélie, l'intrépide héroïne qui , par son courage, mérita une statue équestre dans la voie Sacrée*.
Les anciennes constructions étrusques appartiennent au système pélasgique. La petite enceinte de Cosa et celle de Saturnia offrent des ruines du genre cyclopéen à blocs polygones*. Ont -elles été construites par les Pélasges eux-mêmes, qui habitaient» primitivement le pays? C'est possible,
1. Denys d'Halic, I, 27. — 2. Hérod/, I, 94. — 3. Ott. Muller, Les Étrusques, t. I, p. 71; Niebuhr, Hist. rom., t. I, p. 153> — i. Tile Liv., II, 9 à i4; Tac, Hist., III, 72. -- 5. iN. des Verg., t. I, p. 72.
Rosollœ présente à la fois les doux appareils , pierreà polygonales^, et blocs paralléliinpôdiques^.
Enfin les villes de Vétulonia, Populonia, Volaterre et Fiésole^ fournissent des exemples des deux derniers systèmes de DoDWELL, procédant par gros blocs parallôlipipèdiques horizontaux et souvent par assises régulières.
C'est surtout dans les deux dernières de ces villes que se rencontrent les restes les plus parfaits de lancienne architecture militaire étrusque. A Volaterre, M. Noël des Vergers a mesuré des blocs de 6" de longueur sur 3" de hauteur. C'est en parlant des murailles de ces cités que le ' savant historien de l'Étrurie a dit : « lies assises y sont » formées deparallélipipèdes se succédant dans un ordre par- » fait », et il ajoute : « La jointure des pierres est telle qu'il » faut une grande attention pour la découvrir. La règle, le » ciseau, Téquerre ont été constamment les instruments du » travail. »
Il y a donc déjà loin de ces belles assises régulières étrusques de Fiésole et de Volaterre aux grossiers parallélipipMes de Populonia et de Rosellœ, qui rappellent les systèmes pélasgiques de Sétia et d'Ardée en Italie, de Mycènes , de Midée, de Rhamnus et de Chéronée en Grèce.
Dans tous les genres pélasgiques, la taille des pierres n'existe véritablement pas; tout au plus y a-t-il quelques entailles , quelques ai*èfces abattues qui permettent l'encastrement des blocs les uns dans les autres ; les systèmes de DoDWELL ne diffèrent entre eux que par le choix des blocs ; les murs les plus parfaits sont ceux dans lesquels on a pris le soin de présenter sur le parement les surfaces planes des lits de carrière, en môme temps qu'on a recherché, pour former les remplissages des joints, des pierres petites suffisamment bien choisies po4ir s'y ajuster exactement*.
Dans le style étrusque, il y avait une autre tendance ; ce fut du reste aussi celle de l'art hellénique, comme je le forai
1. Gerhard, p. 410. — 2. Micali, t;i, p. lii. — 3. N. des Vcrg., t. I, p. 17, 66, 142, 202. — L Cs. Daniel Ramée, t. I, p. 3i5.
voir bientôt. Ou recherchait la perfection des joints, qui assurait d'une manière plus parfaite la liaison, des pierres, à une époque où le mortier et les ligatures métalliques n'étaient pas encore en usage, pour les constructions en gtos blocs.
C'est ainsi que le système à joints verticaux obliques, signalé plus haut dans les monuments pélasgiques et qui transforme le bloc parallélipipèdique en un trapézoïde, se remarque aussi dans les murailles étrusques de Volaterre , de Fiésole, de Gortone, etc.
On y rencontre encore le joint à cros^ette, se prolongeant par une brisure sîir les deux faces d'une pierre d'assise. Ce procédé, banni généralement des constructions modernes à petits matériaux, était excellent dans les constructions à gros blocs des Pélasges et des Étrusques. Il est évident qu'on ne retiré rien de la résistance d'une pierre de i^jS? de hautem*, quand on creuse, à la partie supérieure de cette pierre et dans un aagle, un sillon de quelques décimètres , surtout si comme à Mycènes, à la petite porte de l'acropole, le bloc a plus de i'",50 de largeur et sans doute autant d'épaisseur. D\ui autre côté, la pierre de 1^,40 de hauteur qui s'engage dans la crossette, tire de cet appareil une stabilité à toute épreuve. Dans des constructions à gros blocs non appareillés à l'avance et devant être mis en œuvre, à peu près dans l'oi'dre où lejiasard les fait venir de la carrière, la disposition à crossette devait être précieuse, pour éviter des lenteurs. En creusant de loin en loin des encastrements dans les blocs pour loger les angles trop saillants, en usant de pierres de dimensions plus petites, pour araser les niveaux d'assise de distance en distance, toutes les pierres trouvaient facilement leur place dans la construction au fur et à ijiesure de leur ai'rivée sur le chantier.
24. Les constructions helléniq[ues. — A peu d'exceptions près , l'emploi des blocs polygones constitue le caractère de l'archaïsme dans le style pclasgique. La modification
parallélipipèdique se produisit peut-ôtre sous l'influence des invasions égyptiennes ou asiatiques, qui eurent lieu du XVIP au XIIP siècle.
Depuis le XXIIP* siècle , TÉgypte était au pouvoir des Hycsos^ peuplade sémitique qui, selon Manéthon^, s'établit à Avaris (Ha-Ouar)^, non loin de Sais, et dévasta toute la Basse-Egypte. Cette occupation, qui dura plus de cinq cents ans , détermina sans doute de nombreuses émigrations. La tradition, en effet, consacre le souvenir d*un mouvement de rÈg^Tpte vers la Grèce à cette époque. Les chefs des colonies égyptiennes , qui abordèrent sur le sol hellénique , se nomment Inachus (1860), Ogygès (1790), Cécrops (1580), Danaiis (1570), etc.
En même temps, TAsie détachait aussi de nombreux convois d*émigrants* conduite par Cadmus (1550), Pélops (1360), etc.
Il semble que ces hordes étrangères se soient facilement mêlées aux populations indigènes ou pélasgiques. Ainsi Cécrops, abordant sur le sol de TAttique^* y épouse la fille du roi du pays * et lui succède après sa mort ; il fait des lois, qui sont obéies; il jette les fondements de làCécropie, acropole d'Athènes*.
De son côté,* Cadmus élève la Cadmée, future citadelle de Thèbes«.
Dans la crainte du brigandage et des corsaires , les villes s'établirent loin de la mer, dans des lieux élevés et d'un accès difficile. Les acropoles furent des forteresses, toujours prêtes à abriter les populations au moment du danger, à garantir leurs biens de la piraterie et du brigandage.
L'arrivée des Hellènes (1400 à 1300), autre fraction de la famille pélasgique, qui, quittant les coteaux du mont Œta, se jeta brusquement sur la Grèce, amena une transformation dans la constitution du pays. Le désordre produit .par les
1. Mariotlc, p. G5. — 2. Manctii., Joseph, conir. Ap., ch. V. — 3. Voy. pour celle ville, Rev. Arcli., 1855, p. 271. — i. Pausan., Att., H. — 5. Plin., VII, 56. ~ 6. Diotl., IV, 2.
allées et venues de la race conquérante, par ses luttes et ses jalousies de famille, plongea momentanément la contrée dans la situation la plus triste. Subjugués par les nouveaux venus, les Pélasges se fondirent au milieu d'eux, y perdant jusqu'à leur nom.
. A en juger par les récits d'HoMÈRE (900) , la race de Deucalion Jetait bien inhabile dans Tarchitecture des murailles. L'observation en a déjà été faite par le père Paolo : « Met- » tons à l'écart, dit- il ^ l'étonnante muraille des Achéens, » faite de pierres et de troncs d'arbres , si bien construite » qu'elle fut élevée en un jour et détruite en une nuit^, » d'une si prodigieuse hauteur, que Sarpedon en s'allongeant » un peu, saisit les créneaux, les tira à lui et que ses corn- » pagnons la franchirent avec facilité , dès qulls se furent » aperçus qu'il n'y avait plus de créneaux^.
j> Laissons là de même le mur du palais d'Ulysse appelé » le grand mur, qui nous est représenté par le poète , formé » de pieu]( enfoncés en terre et entrelacés de branches et de » joncs; ce qui formait deux haies fori rapprochées, dont les » intervalles étaient remplis de cailloux et de terre''.
» Il vante la,construction de ce mur, parce que les pierres » étaient si bien liées entre elles que le vent n'y trouvait » aucun passage*. Il semble donc que, poiir peu que ces » sortes de murs fussent construits avec moins d'exactitude, » ils laissaient un libre cours à Tair. »
Dans de telles conditions, les Hellènes ne purent changer le style de l'architecture militaire. Il semble au contraire qu'ils laissèrent aux Pélasges le soin de construire pour eux les epceintes des nouvelles villes, et que, de gré ou de force, ceux-ci devinrent les ouvriers constructeurs au service de la race conquérante, trop occupée de ses discordes pour se mêler à de semblables travaux.
Les forteresses pélasgiques, devenues insuffisantes par
1. Paolo, ap. Winkelmann, t. Ill, p. 45; Hora. , Iliad., XII, 29. — 2. Id., VII, 436, 461. — 3. Id.. XII, 396; XIll, 679; XV, 38i. — 4. Hom., bdvss., XIV, 5. - 5. Ilom., Iliad., XVI, 212.
Tarrivée des nouveaux venus , s'agrandirent. Au pied des acropoles , se dressèrent de nouvelles demem*es , qu'il fiallut protéger par des murs, contre les brigands, les corsaires, les animaux féroces et les incursions des peuplades helléniques elles-mêmes, toujours prêtes à se disputer entre elles la possession du territoire. Les légendes de Bellérophon, de Persée , d'Hercule et de Thésée rappellent les efforts des princes de l'époque primitive pour délivrer la Grèce des bêtes fauves gui la désolaient, des brigands qui Tinfestaient et pour lui rendre la .tranquillité qu'elle semblait avoir perdue depuis J'arrivée des Hellènes.
Les Pélasges furent chargés de pourvoir par des enceintes à la sûreté des villes. Ainsi s'éleva la muraille qui, autour de la Cadmée, enveloppa la ville de Thèbes aux sept portes ; et la légende d'Amphion, un des successeurs de Gadmus, prouve qu'elle fut bâtie dans le système cyclopéen à blocs irréguliers, comme Tirynthe et Lycosure.
M. Petit-Radel fait remonter à Tan 1380 environ la fondation de Tacropole dé Galydon^ dont les murailles sont aussi du système cyclopéen à gros blocs ^ D'après M, Ràolx RoGHETTE , celle de Chérouée en Béotie doit être reportée jusqu'à l'an 1210, et l'on retrouve, dans les Vuines de cette ville , des portions de murailles à blocs parallélipipèdiques qui doivent dater de cette époque ^.
Athènes aussi en 1120, c'est-à-dire 60 ans après la guerre de Troie, fit entourer son acropole de murs cyclopéens polygones^ dont les architectes furent les 'Pélasges euxmêmes sous les ordres d'Agrolas et Hyperbius^.
L'art hellénique du siècle de Pisistrate (560) n'est véritablement que l'amélioration du système pélasgique, produite à la longue. L'emploi des gros blocs, l'absence de ciment^ tout s'y retrouve. U y a en plus la taille des joints et des parements dressés, qui se perfectionnent au fur et à mesure qu'on s'approche du siècle de Périclès (444). Ce même siècle fut pour l'architecture, comme pour la plastique, l'époque
1. Pelil-Radel, p. 282. — 2. Id., p. 262, — 3. Pausan., AU., XXVIll.
de Tapogée du goût et de Télégance. Les dimensions des pierres, toutefois, tendirent de plus en plus à s'affaiblir.
Les villes détruites par les Perses, dans les guerres médiques (480), furent généralement rebâties avec une certaine précipitation, qui s*explique par la crainte qu'on épix)uvait du retour de l'invasion étrangère. C'est ainsi que la vieille enceinte de Thasos , relevée en 478 , présente comme dans les systèmes ' pélasgiques , quoique avec plus d'art , des pierres inégales , des assises irrégulières , des blocs assemblés à crossettes^
Le mur de Thémistocle à Athènes, redressé promptement aussi (478) avec des matériaux non choisis^, se sentait également de la rapidité de son exécution. Thucydide rapporte que des filts de colonnes , des marbres sculptés , des pierres de taille de toute espèce non appareillées y entrèrent pêlemêle 2.
Mai» le mur de Cimon (468) et ceux au Pirée (478) laissent déjà entrevoir la grande régularité , la simplicité et l'harmonie qu'on rencontrera plus tard dans Tarchitecture militaire^.
La Grèce avait apaisé la crainte de l'étranger ; elle était fière de sa victoire et Athènes allait enfanter Périclès , qui poussa le désir de la gloire jusqu'à absorber, au profit de sa patrie, les deniers de guerre, que toute la Grèce lui avait confiés (438) ^
La capitale de l'Attique avait, malgré Lacédémone, relevé ses murailles abattues par les Perses, et Thémistocle l'avait dotée du Pirée. Conon venait de rétablir avec l'or des Perses (390) les murs renversés à nouveau par Lysandre (404)*.
• Épaminondas, à son tour, voulut ruiner la puissance de Sparte dans le Péloponèse, et entreprit de bâtir Messène (371) à l'endroit où fut Ithôme, transformé en un amas de
1. Arch. des miss, scient., 186i. — 2. Thucyd., I, 93; Corn. Nt^., TWmist., VII. — 3. Nicard., § 106; Beulé, Acrop. d'Alhènes, \. l p. 32. — i. PJul., Péricl. — 5. Corn. N»\p., Conon, iV; Xénoph., Hi>l. gr., IV, 8.
décombres depuis bientôt trois cents ans (723) ^ Cette ville fut par ses murailles la plus belle de toute la Grèce. Ses murs élevés avec des pierre^ choisies et surmontés de créneaux portaient de hautes tours, et Pausanias^ assure qu'ils étaient plus forts et plus élevés que ceux de Byzance et de Rhodes. Le mont Ithôme, fortifié de la même manière, fut compris dans Tenceinte de Messène, dont il devint la citadelle.
Les ruines des murs de cette grande ville existent encore sur un circuit de 16 kilomètres ; on y retrouve les traces de ses nombreuses tours et de quelques-unes de ses portes '.
La décadence de Tarchitecture militaire Jiellénique commence à l'époque où, avec Alexandre, le pays fut privé d'une partie de sa liberté, dont la perte acheva de se consommer, à la ruine de Gorinthe, par la conquête romaine.
Déjà dans l'enceinte antique de la ville des Grénides^, bâtie par Philippe vers l'an 360 , on ne retrouve plus la régularité, la simplicité par lesquelles se distinguent, au milieu des autres constructions, les murs d'Éleuthères, ceux du Pirée , les murailles de Messène et celles de Thasos , dans la partie qui fut relevée en 411 , à la fin de la guerre du Péloponèse , quand cette ville passa sous la domination des Spartiates'.
«La solidité, dit Raoul-Rochette*, brille au premier » rang dans les constructions des Grecs et des Étrusques; » mais là, comme dans tout le reste, cette qualité s'est » empreinte du caractère particulier de chaque peuple. » Ghez les Étrusques, c*est la solidité avec tout ce qu'elle » peut affecter de puissance ; chez les Grecs , c'est la solidité » avec tout ce qu'elle comporte de grâce, d
Les joints des pierres étaient souvent* si parfaits qu'ils
1. Diod..XV, 66. — 2. Pausan., Messèn., XXXI. — 3. Pouqueville, Gr. anc. univ. pilt., p. 29 et 175; Blouet, t. I, p. 24 et suiv.; Lo Bas, Rev. arcli., 18i4, p. 421 et suiv. — 4. Perrot, Rev. arch., 1860, p. 450. — 5. Arcb. des miss, scient., 1864. — 6. Raoul-Rochette, p. 117.
ressemblaient à un fil mince. « C'est, ditWiNKELMAjJN *, ce que » quelques écrivains ont appelé harmoniw, art qu'on admi- » rait particulièrement au temple que Scopas bâtit à Tégée. »
« C'est une vérité généralement reconnue aujourd'hui » par l'observation d'un grand nombre d'édifices antiques , » dit à son tour Rondelet ^, que les anciens constructeurs » posaient les pierres sans mortier ou que celui dont ils » faisaient usage était si clair et si fin , qu'il ne servait qu'à » remplir les inégalités *des lits et n'empêchait pas que les B parties entre les inégalités ne posassent immédiatement » les unes sur les autres.
B La méthode de poser los pierres à cru les unes sur les » autres est bonne pour les constructions en très-grandes » pierres , qui ont par elles-mêmes une stabilité capable de » procurer une force d'union suffisante ; mais dans les ou- » vtàgés en pierre de taille de petite ou de moyenne gran-» » deur, l'usage du mortier bien employé peut être très-utile » pour augmenter leur union et leur adhérence et leur » donner une plus grande stabilité. Dans ces circonstances » les anciens ont ordinairement fait usage, au lieu de mortier, » de goujons et de crampons de bronze ou de fer, scellés en » plomb. PoCKOKE dit avoir trouvé dans les ruines d'Hélio* » polis en Egypte les restes d'un mur de 3 pieds 8 pouces » d'épaisseur, dont les pierres étaient reliées par des cram- » pons de fer. Quelquefois ils se servaient de clefs de 'bois » très-dur et liant, taillées en queue d'aronde. »
Les crampons de fer (ancon) dont se servaient les Romains pour relier entre elles les pierres de grand échantillon avaient la forme d'une double équerre. On en a retrouvé aa Colysée qui avaient cette forme'. Peut-être ceux des murailles du Pirée étaient-ils confectionnés de la même ma* nière*; peut-être encore ceux du fameux pont de Babylone, qui, selon Diodore*, réunissait, à travers l'Euphrate, les deux palais des rois. A la fin du siècle dernier on a vu dans
1. Winkelmann, t. II, p. 558. — % Rondelet, t. 11, p. 23. — 3. Rich., p. 32. - 4. Tbucyd., I, 93. - 5. Diod., Il, 8.
les ruines de l'île de Philœ sur le Nil, des pierres coatiguës sur la surface desquelles se présentaient de doubles entailles en queue d'aronde tracées en sens opposé. Dans quelques-unes de ces échancrures se trouvaient encore logés des tenons de bois de même forme que les entailles. Ils servaient évidemment à la liaison des pierres, et on présume que, de loin eu loin, quelques tenons de métal se substituaient avantageusement à ceux de bois*.
On sait que c'était aussi avec de lioubles queues d*aronde de métal que les Grecs et les Romains assemblaient les pièces de fonte, dont ils formaient leurs statues. On a trouvé à Herculanum six figures de femme de grandeur naturelle , dont les pièces moulées séparément avaient été réunies au moyen de ces appareils*.
Ce serait une erreur de penser que les Grecs ne construisaient les murs de leurs villes qu'avec de gros matériaux et sans mortier.
iENÉAS, qui est le plus ancien des auteurs militaires et qui vivait probablement à l'époque de Philippe père ' d'Alexandre (359 à 336) , indique dans son chapitre XL les différents moyens de défendre une grande ville avec peu de monde. « Si la ville est grande, dit-iP, que le nombre des » troupes ne suffise pas pour en défendre toute l'enceinte et » que vous vouliez cependant ne la défendre qu'avec celles » qui y sont , il faut construire des retranchements extrê- » moment élevés et étroits (en manière de digue), et telle- » ment raides, que si Tennemi y était parvenu , il ne pût » descendre de la ville, qu'en sautant et périssant sous sa ]^ chute. Ces retranchements doivent être faits dans les » endroits où l'ennemi aurait le plus de facilité à pénétrer 9 dans la ville. Servez- vous pour cela de tous les matériaux » les plus à portée. »
Le même auteur^, enseignant les moyens de s opposer aux béliers qui attaquent les murailles, expose qu'il sera très-
i. Égyt^. Ant. Desc., ch. l, § VllI. — 2. Winkelniann, t. Il, p. 86. — 3. Trad. de M. de Beausobre. — 4. JEnéàs, ch. XXXII.
utilB de faire préparer ce qui suit : « Connaissant sur quelle » partie de la muraille **les ennemis vont faire jouer le » bélier, il faut que vous ayez un autre bélier pour s*opposer » à celui des ennemis; pour cet effet, vous ferez percer » votre mur du dedans au dehors dans l'endroit que le bélier » ennemi doit frapper, en laissant le trou masqué au dehors » par Jes dernières pierres. Par ce moyen , les ennemis ne » s'en apercevront pas et approcheront leur bélier avec con- » fiance. Après cela il nPfaut abattre ces pierres et pousser » votre bélier contre celui de Tennemi, que lorsqu'ils auront » approché du mur la tête du leur^ »
1 . La plus puissante des machines de sapé fut le bélier, d'origine trèsancienne. Après lui venait la fatuc (Végèc, IV, 14), appelée plus tard par FoLARD (Att. des places) corbeau démolisseur, machine moins active que le bélier, décrite par Végèce , par César , lequel l'employa au siège de Bourges [52] (Voy. Ces., G. d. G., Vil, 12). Les fables les plus variées ont couru sur Tinvention du bélier; les Grecs du reste n'ont pas manqué, comme toujours, de s'en approprier le mérite. Pline écrit que le cheval d'Epeus au siège de Troie, n*ètait autre que le bélier (VII, 57). Quant à ViTRUVE, il en rapporte la découverte aux Carthaginois du siège de Gadès (Cadix), et il ajoute qu'un charpentier de Tyr, Pèphasmenos, en a complété l'organisation (X, 13). Folard pense que le bélier était connu en Palestine du temps de David (107i à 1016), d'après ce que la Bible lui apprend. Homère (900) n'en parie pas, Hérodote non plus (484 à 450) (Voy. Folard, Att. des pi., XVII). D'ordinaire le bélier se composait d'une forte poutre suspendue à la charpente d'une baraque en bois appelée tortue. On pouvait encore la faire rouler sur des rondins. Garnie à l'une de ses extrémités d'une masse de fer ou de bronze et à l'autre d'un trélingage , son nom lui venait, soit -de ce qu elle agissait avec le liront comme le vrai bélier, soit de ce qu'on la faisait reculer pour frapper avec une plus grande force, encore à la manière des béliers. L'analogie était ordinair^'ment rendue plus fi'appante par la forme de la tôte de bélier,. qu'on donnait à la masse de métal garnissant l'avant de la poutre bélière (Végèc, IV, 14). Semblable à la 4ortue , qui , tantôt sort la tête de sa carapace et tantôt l'y rentre, la poutre bélière, dans son mouvement , s'agitait sous sa charpente, ce qui avait valu à celle-ci le nom de tortiie bélière. Deux ou plusieurs tortues bélièrcs accolées et soutenues eu arrière par des machines de jet , ouvraient la brèche. Elles tiraient surtout du secours des hélépoles ou tours roulantes, montées sur des terrasses, qui servaient de retraite aux travailleurs
Quoiqu'il en soit de la valeur de ces moyens pour la défense des places , il faut en conclure que les fortes murailles d'OEgosthènes , d'Ëleuthères et de Méssène, n*offraient pas le seul modèle de murs, employé sur le sol de
en cas de sortie, et protégeaient les attaques de loin. On avait si bien reconnu l'utilité de ces tours de soutien , qu'on en construisit en maçonnerie pour parer complètement aux chances d'incendie , auxquelles les tours de bois restaient toujours soumises, malj^é toutes les précautions qu'on pouvait prendre. César, au siège de Marseille (49), en fit faire une en briques (G. civ., II, 8 à il), carrée, large de 30 pieds avec des murs de
5 pieds d*épaisseur. Quant à la hauteur, elle fut portée successivement à
6 étages, César ayant reconnu que plus elle serait haute , plus il en tirerait de secours. A force de coups de bélier, le mur finissait par céder, et les tortues bélières ramenées en arrière laissaient le passage aux colonnes d'assaut. Mais l'inégalité des débris de la muraille écroulée, rendant souvent la. brèche impraticable, il devenait nécessaire de iaire avancer les hèlépoles. La sape n'avait donc servi qu'à abaisser le mur au niveau des ponts-levis de Ja machine d'escalade. Aussi, dans la suite, arma-t-on les hèlépoles d'un bélier. Le rez-de-chaussée de ces tours bélières fut transformé en tortue bélière et les étages et la plate-forme supérieure continuèrent à jouer le rôle de tour de soutien. La tour placée directement en télé de la galerie d'approche devenait de plus , au moment favorable , une machine d'assaut. II suffisait d'abaisser son pont-levis. Cette amélioration fit éviter la perte de temps qu'amenait inévitablement le remplacement, devant la brèche, de la tortue bélière par l'hélépole. Le corbeau démolisseur achevait la destruction commencée par le bélier. C'était une poutre armée d'un fer recourbé à l'une de ses extrémités, d'où lui venait le nom de faux [faix (César, G. d. G., VII, 12) ou asser falcatus (Tit. Liv., XXXVIII, 4, 10)]. Suspendu comme le bélier, le corbeau agissait comme lui sous une tortue. César rapporte qu'au siège de Bourges , les Gaulois détournaient les faux avec des lacets et que lorsqu'ils les avaient saisies, ils les attiraient à eux avec des machines. D'ordinaire, quand il y avait un fossé devant les murailles, on ne le comblait que jusqu'à une certaine distance du mur, mais toutefois assez près pour permettre l'action du bélier. Le vide ménagé entre la muraille et le comblement recevait les débris de la brèche. On les rt^galait et la rampe était adoucie autant que possible pour l'assaut direct , ou bien on amenait les hèlépoles à ponts-levis. Enfin, à défaut de celles-ci, on eut quelquefois recours à des ponts volants, espèces de planchers portatifs qu'on jetait sur la brèche au moment de l'assaut, pour en faciliter In montée.
là Grèce, même à l'époque de lapogôe de Fart. Les belles enceintes à assises régulières étaient réservées aux grandes places, dont la position toute stratégique exigeait des défenses solides. Mais le plus grand nombre des villes de la Grèce , ordinairement peu riches , n'avaient vraisemblablement que de médiocres murailles , de simples murs de clôture , souvent bâtis à la hâte ou restaurés avec précipi* tation au moment du danger. Dans ces faibles enceintes de petites villes , les moellons reliés avec de la boue ou du mortier de chaux et de sable, laissaient facilement pénétrer le bélier, qui, souvent, au premier choc y faisait un trou et montrait sa tête aux assiégés , comme le dit M. db BEA.usoBRE^ Il suffit, du restc, de parcourir les historiens grecs, pour voir avec quelle rapidité les places se munissaient de remparts, avec quelle facilité Tennemi les rasait après s'en être emparé, ce qui n'aurait pu s'exécuter avec des murs comme ceux de Messène et d'Ëleuthères , que le temps n'a pu encore renverser.
Les architectes s'accordent généralement à penser que la découverte de la chaux eut lieu à la suite de lïncendie de quelque monument en pierres calcaires. On sait aussi, d'après Pline ^ et Vitruve*, que dans la Grèce et dans ro rient , la pâte de chaux servit d'abord à faire des enduits siu: les murs de briques crues ''.^Mais ce que l'on ignore, c'est l'époque de son premier emploi dans les mortiers.
Pline , d'après Gellius, attribue l'invention du mortier à Dokius fils du Ciel , qui en eut l'idée en voyant des nids d'hirondelles*. Cela s'applique plutôt aux mortiers de boue qu'aux ciments de chaux et de sable. H éàt mieux fait d'avouer de suite son impuissance à en retrouver les origines.
Les Grecs au V® siècle employaient quelquefois déjà le mortier dans la construction de leurs murailles, puisque
1. De Beaus., Tab. mil. d. Gr., XXXI, suppl., p. 179. -— 2. Plin., XXXVl, 53, 1. — 3. Vitruv., II. 4. — 4. Cs. Deuter., XXVII, 2, 4; voy. Paolo ap. Winkelraann, l. III, p. 32. — 5. Plin., VII, 57, 4.
Thucydide* qui vivait en ce temps (471 à 401) rapporte, à propos des murs du Pirée, que, dans l'intérieur de la construction, on n avait mis ni blocage ni mortier.
Quand Démosthènes , général athénien , reconstruisit les murs de Pylos (425), dans la septième année de la guerre du Péloponèse , « les soldats manquant d'outils pour tailler les » pierres , les choisissaient une à une et les assemblaient de » leur mieux. Fallait-il du mortier, et défaut d'auges , ils le » portaient sur leur dos, en se courbant pour le maintenir » et en croisant les bras par derrière , pour Tempêcher de » tomber^. »
ViTRUVE^ dit positivement que les- Grecs faisaient des maçonneries en moellons et mortier, par assises réglées (cœmenlis et materiâ). Il ne peut, en effet, être question de la maçonnerie en pierres de taille (saxis quairaêis) dans le chapitre VIII dir livre II de son architecture; car U annonce en commençant^ que la maçxtnnerie, quUl va décrire, ne doit pas être méprisée (non est coniemnenda Grœcorum structura). Cette réflexion eût été inutile, s'il avait voulu parler des maçonneries , en grosses pierres dressées , de la belle époque de la fortification grecque. Au contraire, il dit que c'^t l'espèce de maçonnerie, dont le^ Grecs se servent, lorsqu'ils ne bâtissent pas de pierres de taille soigneusement polies et qu'ils n'emploient point des pierres équarries. « ils » se bornent, dit jVitruve^, à mettre les unes siu* les autres » des rangées de cailloux ou de pierres dures , en sorte que » les pierres sont posées alternativement comme des briques ; » et cette disposition donne aux murailles une force , qui les » fait durer à jamais. Ils font cela de deux manières : Tune » est appelée mdomum ; c'est celle où les assises sont d'égale » épaisseur ; l'autre pseitdisodomum est celle où les assises » sont inégales. »
Le même auteur indique encore une troisième manière de bâtir avec des moellons ; c'est ïemplecton, à l'usage des
1. Thucyd., I, 93. — 2. Id., IV, 4, trad. Bctant. — 3. Vilruv., if, 8. — i. Id.
gens de la campagne et de ceux qui sont pressés. On a l)eaucoup discuté sur la nature de ce mode de construction. Dans cette' discussion , l'Académie des Inscriptions a rendu
son jugement dans les termes qui suivent : « Enfin
» Templecton ou la construction entrelacée, dans laquelle les » assises ou rangées sont composées de pierres inégales, de » manière qu'une rangée semble, par la différente hauteur » de ses pierres, se mêler ou s'entrelacer avec la rangée » supérieure. Vitruve, en s'arrêtant à cette troisième espèce I» de construction à rangées (ordinariœ) , a remarqué qu'une » différence importante existait dans la manière dont l'em- » plecton était exécuté par les Romains et la manière em- » ployée par les Grecs; remarquons qu'il est question de » ciment dans l'une et dans l'autre. Il préfère la méthode » grecque à celle des Romains, parce que, dit-il, ceux-ci » posent de champ les pierres, qui forment les parements » (arredd coria locanles), et ils garnissent le dedans d'un » blocage , qui ne peut pas tenir assez solidement aux deux » parements. Les -Grecs, au contraire, ne garnissent pas » dé blocage ces constructions ; mais les pierres , doat ils » les forment, sont couchées (plana collocantes); plusieurs » d'entre elles se prolongent inégalement dans l'épaisseur » du mur, et quelques-unes vont même d'un parement à 59 l'autre.
» Cette différence rend l'emplecton des Grecs plus solide, » tandis que celui des Romains n'est censé pouvoii* durer » que 80 ans. Les constructions en briques , contiaue-t-il , » sont bien plus solides.
» Ces raisonnements, ces détails, ces comparaisons mou- » trent évidemment que Vitruve n'a pas entendu désigner » par le nom d'emplecton les constructions en gros blocs » sans ciment, mais seulement une espèce de construction » cœmentitiœ et ordinariœ, comme il l'a dit expressément à » la fin du chapitre VII, c'est-à-dire qu'il â rangé l'emplecton » dans le nombre des constructions composées de petites » pierres (cœmentitiœ) et où les petites pierres sont disposées en » cours d'assises (ordinariœ) » (Aead. insc, 14 août 1811.)
DoDWELL a rencontré à Delphes , à Zébadée et à Pharsale des murs de Tespèce emplecton , dans lesquels les moellons étaient liés entre eux par du cimenta
Les Grecs employaient aussi les briqiffes dans la construction de leurs murailles. Pline* prétend, qu'ils ont préféré les murailles de briques , partout où ils n'ont pas trouvé de silex à employer. A Athènes (ville basse), le mur, qui regardait le Mont-Hymetté et le Pentélique, était en briques*. On se rappelle aussi que les six cents hoplites , qu'Hippocrates, général athénien^ débarqua la nuit dans Tîle de Minoa, dépendance de Mégare, la huitième année de la guerre du Péloponèse, y attendirent le jour, blottis à courte distance de la ville, dans un fossé, d'^où Ton tirait des briques pour les murs (424).
A Mantinée, les habitants, sonmiés par les Lacédémoniens de raser leurs miu's (385), virent Agésipolis barrer à sa sortie le fleuve , qui traversait leur ville. L'eau ainsi arrêtée fut refoulée jusqu'au pied des murailles , dont léf base était en briques crues. Le mur commençait à se fendre et avait déjà cédé en partie , mçilgré les efforts faits par les assiégés pour Tétayer, quand, vaincus par les eaux, ceux-ci résolurent de rendre la place , dans la crainte de subir les traitements réservés aux villes prises d'assaut . Xénophon dit que c'est une leçon de prudence donnée aux hommes pour ne pas laisser désormais un fleuve passer dans leurs murs*. Quant à Pausakias , qui rapporte aussi le fait , il en profite pour dire que les murs de briques résistent bien mieux aux machines de guerre que ceux en pierre. « Ceux-ci, en eOet, pense-t-il, » se rompent, et les pierres sa désunissent et tombent. Les » briques soufîi'ent beaucoup moins, mais elles se dissolvent » dans Feau , comme la cire se fond au soleil^. » L'illustre voyageur refuse à Agésipolis le mérite de l'invention du
i. Dodwcll. t. I, p. 96, 163, 245; t. lï, p. 120; Daniel Ramée, l. I, p. 345. — 2. Plin.. XXXV, 49. — 3. Vitruv., H, 8; Plin., id. — 4, Thucyd., IV, 67.-5. Xénoph., Hist. gr., V, 2.-6. Pausan., Arcad., VllI, tra'd. Clavier.
stratagème de Mantinée. « Cimon , fils de Miltiade, ajoute- » t-il , en avait déjà fait usage précédemment pour prendre » Eïone , ville sur le fleuve Strymon^ qui était défendue » par le Mède Bogès (466). »
Ainsi donc , depuis le moellon transportable à la main , depuis la brique crue, la brique légère, jusqu*aux pierres colossales, qu'on traînait sur des chariots ^^ la construction des murailles grecques comportait tous les formats. « A » 36" en avant des Propylées, s'élèvent, dit M. Beulé^, les » véritables fortifications de l'acropole d'Athènes. » Là se dressaient deux grandes tours carrées en pierre, qui étaient séparées par un mur de marbre, percé d'une porte dorique. « Le mur du milieu , ajoute le savant explorateur, est com- » posé de marbres pris à différents monimients , mais disif posés cependant avec une certaine régularité et un certain » goût, qui parait inspiré par un modèle plus ancien. » Ce luxe n'avait rien de surprenant dans une ville voisine du riche Pentélique.
Semblable à l'acropole d'Athènes, la citadelle de Memphis, le Mur Blanc ^, devait sa splendeur et son nom à la belle pierre du Mokattam*.
Mais Hérode le Grand, en Palestine, devait plus tard dépasser cette magnificence (25). Il porta jusque dans les nmrailles un luxe inusité, en faisant construire sur l'enceinte de Jérusalem trois tours superbes en marbre blanc , dont les pierres étaient si bien taillées et les joints si imperceptibles, qu'elles paraissafent d'une seule pièce*. Les pierres en marbre blanc, rapporte Josèphe, avaient 20 coudées de long
1. Hérod., VII, 113; Thucyd., I, 98. — 2. Les pierres, pour la construction des murs du Pirée, étaient apportées sur des chariots attachés deux à deux (Thucyd., I, 93), c'est-à-dire des haquets ajustés bout à bout, de manière que la pierre était supportée d'un bout par l'un d'eux et de l'autre bout par l'autre (Note de M. Bétant, traduct. de Thucyd). '— 3. Beulé, Acrop. d'Athènes, t. I, p. 99. — -4. Thucyd., I, 104; Hérod., III, 91. — 5. De Lanoye, Ramsès, p. 169 ; Chateaubriand, Itin., VI. -^ 6. Joseph., G. d. J., V, 13.
(9"), 10 coudées de large (4",50) et 5 coudées de haut (2",25).
25. Les colonies grecques. — Pour en finir avec l'architecture grecque, il faudrait pousser jusqu'en Asie- Mineure, dans les nombreuses colonies qui portèrent en Orient les traditions helléniques. En général, les Ëoliens, les Ioniens et les Doriens conservèrent , dans leur nouvelle patrie , les mœurs et l6s coutumes de la Grèce , ainsi que le même esprit d'indépendance. Ils subirent, il est vrai, successivement, comme les autres peuples de FAsie-Mineure , la domination des Lydiens et celle des Perses ; mais au milieu de leurs infortunes, ils siu*ent toujours conserver Tespoir de reconquérir leur liberté, et ils restèrent Grecs quand même.
Il ne serait pas inutile non plus de visiter quelques villes en ruines dans la Cyrénaïque. On se rappelle que des Grecs de Théra, conduits par le premier des Battiades (631), fondèrent la ville de Cyrène, sur la côte libyenne^ La cité devint bientôt florissante, grâce aux nombreux colons, que lui dépêcha la Pythie de Delphes. A côté de Cyrène, s'élevèrent successivement Barcé, Teuchire, ApoUonie , Hespéride^, etc. Barcé, fondée 'par des Cyrénéens expatriés volontairement, était entourée de défenses solides'. Phérétime, mère d'Arcésilas III, tyran de Cyrène, qui, s'étant réfugié à Barcé, y avait été assassiné, assiégea vainement la ville pendant neuf mois , à la tête d'une armée de Perses. C'est pendant ce siège, qu'un Barcéen eut l'idée de promener un bouclier d airain sur le sol au pied du#empart, pour découvrir, par les vibrations du métal , les points où travaillaient les mineurs enneûiis, après quoi on éventa les
1. Hérod., IV, 150 et suiv. — 2. ApoUonie était lo port de Cyrène, elle était fortifiée et elle fut Tobjet de vives disputes à l'époque de Thimbron ; Teuchire est citée comme une ville fortifiée ; es. Diodore, XVIII, 20 ; voy. d'Avezac, Uhiv. pitt., p. 68 et 102. — 3. Voy. pour Barcé, Hérod., IV, 160, 200, 201, 202.
mines des Perses par des contremines^ Phérétime ne fut pas plus heureuse dans les assauts qu'elle livra. Elle réussit mieux par la ruse , en attirant les habitants hors de leurs portes, sous le prétexte d un traité, dont elle n'observa pas les clauses. Une fois la ville tombée en son pouvoir, elle se fît livrer les prétendus auteurs du meurtre de son fils , les fît mettre en croix autour des murailles, et ordonna de mutiler
1 . La mine fut sans doute imaginée pour suppléer à Tescaladc , devenue impraticable avec de hautes murailles bien gardées , quand on n'avait pas encore inventé les machines de choc. C'était une galerie souterraine poussée jusque sous l'enceinte, où elle s'élargissait en une vaste chambre étayée par de fortes pièces de charpente. Un amas de matières inflammables , qu'on y déposait, devait en consumer le bois , pendant qu'une troupe commandée pour l'assaut, attendait le moment de s'élancer sur la brèche, à l'instant où le mur s'écroulait avec fracas (Cs. Maizeroy, Art. des siég., 3^ sect., eh. Ili). Il arriva aussi que les mines furent poussées jusqu'à TintérieuT des villes , pour y pénétrer directement par leur canal, opération difficile , qui exigeait que le débouché fût fait dans un lieu détourné, privé de surveillance (Végèc., IV, 24); car l'assiégé avait bien des moyens de s'apercevoir qu'on le minait. La vibration d'un bouclier placé sur le sol, ou le bruit sourd de quelques coups de mîirteau, pouvait l'en avenir. Alors, il éventait les galeries en creusant des fossés profonds en avant des murs (i£néas, Déf. des plac, XXX VU), et s'il rencontrait le mineur, une lutte corps à corps s'engageait sous terre; puis quand il avait repoussé l'ennemi dans son trou, il l'y poursuivait, l'y enfuQiait ou l'y incommodait par des essaims de guêpes ou de bourdons. Au siège d'Ambiacie (189), un jet de fumée de plumes, lancé par un soufflet dans la galerie, la rendit inhabitable à l'assiégeant (Tite-Live, XXXVIII, 4> à 10). L'écroulement des murs se produisait encore par la sape , en établissant, au pied des murs, sous des abris improvisés, des honunes chargés d'en désorganiser la maçonnerie. Pour constituer rapidement ces bâtisses légères nécessaires au sapeur, voici un des moyens indiqués par iENÉAS : « Joignez les timons de deux chariots , élevez leurs pointes , en • sorte qu'elles se joignent et qu'ils penchent en arrière contre le terrain.
> Disposez ensuite sur ces deux chariots réunis toutes sortes de bois , de
> roseaux et autres choses propres à faire un parapet; enduisez le tout, » selou la nécessité, de terre grasse, ce qui se fait cependant rarement. Vous $ pourrez pousser et ramener cette machine où vous voudrez , au moyen de » roues, et vos hommes en seront à couvert. » (^Enéas, Déf. des pi., XXXVII, trad. de Beausobre.)
leurs malheureuses épouses, en leur faisant arracher les mamelles (510).
Plus tard, Barcô fut encore pillée par l'es Perses d'Arsames, lieutenant de Xerxès^, ses principaux habitants ayant péri dans un guet-apens , à un rendez- vous donné hors de la cité par les assiégeants (485-465).
La Cyrénaïque ne retrouva son -indépendance que vers 450^. Ni les Perses, ces dominateurs passagers qui les ont maltraitées , ni les Égyptiens , qui contrarièrent leurs premiers efforts d'installation, n'ont pu fournir aux colonies grecques de la Cyrénaïque le style de leurs constructions militaires. Grecques par l'origine, elles durent rester grecques par 4es arts.
En Sicile se retrouve aussi le souvenir des Grecs : d'abord à Naxos^, colonie de Chalcis en Eubée (735) qui fonda à son tour Catane (730)*; ensuite à Syracuse , dont l'île d'Ortygie, célèbre par la fontaine Aréthuse, fut le premier noyau (734). Archias y aborda, un jour, à la tête d'une colonie corinthienne. A l'époque de sa plus grande puissance, elle renfermait, dit-on', cinq cent mille âmes. Elle lutta vaillamment contre les deux grandes capitales du monde ancien, Rome et Athènes. Athènes y perdit une flotte dans son port (413)^. Rome ne put pénétrer dans la grande ville sicilienne qu'après deux ans d'un siège difficile^, dans lequel s'illustra le géomètre Archimède (212). On voit encore, sur les ruines de Syracuse, des débris de murailles construites dans le genre hellénique, en matériaux de moyenne dimension, comme à Messone. « Les pierres, » dit M. Raoul-Rochette *, qui a visité ces débris , sont » posées avec un soin et une précision merveilleuse. »
Après Syracuse , viennent Zanclé appeléj plus tard Messine, fondée par des pirates de Cymé (01)7) ; Hybla Mégara,
i. Voy. (l'Avrzac, Univ. pitl.. p. 88. — 2. Duniy, Hist. gr., p. 203. — 3. H(5rod., V]I, 154. — 4. Voy. pour toutes les colonies siciliennes Thucyd., VI, 3 cl suiv. — 5. Tlicil., p. 597. — 6. Thucyd., VU, 71. — 7. Tit. Liv., XXIV, 31. — 8. Ibonl-Rochcltc, p. Ii7.
colonie de Mégare de Grèce (665) , qui , plus tard , fonda à son tour la malheureureuse Sélinonte (651) , dont les ruines amoncelées rappellent les infortunes.- Après avoir été fort maltraitée en 409 par les Carthaginois \ celle-ci fut rasée complètement en 249, et ses habitants allèrent renforcer la population de Lilybée , dont Carthage voulait faire un boulevard contre Rome^. Les débris de quelques temples accusent encore aujourd'hui la place où fut Sélinonte, ville qui, à Tépoque de sa splendeur, pouvait mettre 30,000 hommes sous les armes. ^
Passant de la Sicile dans la Grande-Grèce , je rencontre en Lucanie :
Crotone , fondée par les Achéens (710) ^ et célèbre surtout comme résidence de Pythagore (540 à 510);
Sybaris, dont la mollesse est proverbiale ; elle appartient aussi aux villes achéçnnes de la Lucanie (fondée en 720)*;
Tarente, ville des Japyges, très-ancienne*, qui fut peu- .plée par les Parthéniens, bâtards des Lacédémoniens, nés à la suite de la première guerre de Messénie (708) ;
Métaponte, dorienne aussi, qui fut colonisée à une époque inconnue très-reculée*. Les Samnites la détruisirent au commencement du VP siècle. Les Sybarites, achéens, la relevèrent pour s'en faire un boulevard (^ntre les Tarentins, doriens;
Enfin Pœstum, la ville de Neptune, appelée primitivement Posidonia^. Elle devait le jour aussi aux Sybarites (524). PcBstum était munie de belles fortifications , dont il reste quelques ruines. « Ces murs, dit Winkelmann®, sont bâtis » de très-grandes pierres quadrangulaires ou oblongues , » jointes ensemble sans ciment, de manière que le côté » extérieur de ces pierres offre une surface taillée en forme
1. Diod., XIII, 5i et suiv. — 2. Beulé, Art. gr., p. 87. — 3. Slrab., VI, I, 12. — 4. H., VI, I, 13. — 5. Id., VI, III, 2. — 6. Strabon, d'après Ântiochus, dit que Métaponte passe pour avoir é\é fondée par les Pyliens qui accompagnaient Nestor à son retour de Troie, VI, I, 15. — 7. ld.,VI, I, 1. — 8. VVinkelmann, t. II. .p. 5^26.
jb de diamant. Ces murs sont couronnés de distance en dis- » tance par des tourelles rondes. » (Dimensions ordinaires des pierres : longueur 1",00, largeur 0'",50, hauteur 0",25.)
26. Les vieux murs de Pompéi. — Du pays des Lucaniens, j'entre facilement dans la Campanie. Avant d'arriver à Ciunes, première colonie des Grecs en Italie (1050), on rencontre les ruines de Pompéi , au pied du Vésuve. « La » ville, dit MAZ0IS^ était bâtie sur une élévation isolée, » formée par la lave et qu'on peut même regarder comme » une ancienne bouche de volc£|n. »
Le même auteur, en parlant de lappareil des murs les plus anciens de la cité , s'exprime ainsi : « La construction » n'est point appareillée compie l'isodomum ordinaire des » Grecs , mais plutôt comme les murs étrusques, que l'on voit » à Cortone, Fiesole, Volterra et autres lieux de l'ancienne » Étrurie , c'est-à-dire que les joints verticaux sont inclinés » sur les lits ou joints horizontaux , en sorte que le pare- » ment ou surface extérieure de chaque pierre , présente la » figure d'un trapèze au lieu d'un parallélogramme. Quelques » pierres même, surtout dans les premières assises, sont » encastrées l'une dans l'autre , de manière à se maintenir » mutuellement. Comme cette façon de construire remonte n'a une haute antiquité et qu'elle semble avoif immédiate- 9 ment suivi les constructions pélasgiques ou cyclopéennes , » dont elle conserve quelques traces , on peut conjecturer » que la partie des murs de Pompéi bâtie ainsi , est un » ouvrage des Osques , ou au moins des premières colonies » grecques qui vinrent s'établir dans la Campanie. Cette » opinion semble d'autant plus probable, que certains carac- » tères isolés , gravés sur un grand nombre de pierres et » qui servaient de marque, soit aux ouvriers , soit aux perj» sonnes préposées aux travaux, présentent des lettres » osques, ou appartiennent au plus ancien alphabet grec. »
Ainsi donc les vieux murs de Pompéi appartiennent à
\. Mazois, t. I, p. 12 et suiv.
une époque de transition entre la construction pélasgique et le style hellénique. C'est le terme moyen entre Tart cyclopéen et Tart grec, comme la construction étrusque est le point de passage entre le genre pélasgique et le genre rflmain.
^ Les remparts de Pompéi sont du genre agger^ dont je parlerai plus loin ; modification du style grec , qui se retrouve dans presque toutes les mm-ailles, qui, comme celles de cette ville, ont été retouchées ou construites par les Romains.
27. Les murs de la Byrsa de Garthage. — A cette époque de transition , gui vit s'élever chez les Osques les vieilles murailles de Pompéi, semblent remonter aussi les plus anciens murs de Tacropole de Garthage. Si l'on se rappelle que les Pélasges venaient d'Asie ; si, de plus, on songe que Garthage était la fille de Tyr, ville phénicienne, dont les relations s'étendaient dans tout l'univers, on sera moins étonné de rencontrer, sur le littoral de l'Afrique propre, les modifications du style pélasgique qu'on vient de voir chez les Osques, et qui s'introduisirent aussi dans la Grèce ellemême, un peu avant le siècle de Pisistrate.
Les succès rapides d'Agathocle sur le continent africain (310 h 307), prouvent suffisamment le peu de valeur des défenses permanentes de la plupart des places carthaginoises, avant les guéries puniques. « Les villes, disait Aga- » thocle à ses soldats nouvellement débarqués sur la terre » libyenne, ne sont ni entourées de remparts, ni construites » sur des montagnes, mais situées dans la plaine et ouvertes » de tous c6tés ; la crainte de leur destruction entraînera » facilement les placer dans notre parti*. »
Mais Garthage était bien mieux fortifiée que ses villes suzeraines ; Rollïn , dans son livre , a fait une description brillante de ses défenses^. Ghateaubriand , dans son Itiné-
1. Dureau de la Malle, Carth., Univ. pitt., p. 20. — 2. Rollin, Hist. rom., XXVI, § 3.
raire', a reproduit cette belle page. Je renvoie le lecteur à ces auteurs ; il y verra à quel degré de perfection l'art de fortifier avait été poussé à Cartilage et quels obstacles dut surmonter le second Scipion Africain , avant d'amener à Rome, derrière son char de triomphe, le dernier des Carthaginois de Carthage (146).
En 1859, M. Beulé a exhumé les restes de Tantique Byrsa, la citadelle de Carthage. Didon en fixa elle-même remplacement jadis (843). Parmi les fables qui d'oi^dinaire entourent la naissance des villes, celle de Byrsa, racontée par Justin, est originale. Élissa, dit-il^, en débarquant sur la cote d'Afrique, demanda à acheter tout le terrain que pourrait couvrir la peau d'un bœuf. La sœur de Pygmalion fît couper la peau en lanières fort étroites, et n'ayant presque rien demandé, acquit ainsi une surface considérable. Sur le sol ainsi délimité fat dressée Byrsa.
« J'ai cite les constructions archaïques de la Grèce et de w l'Étrurie, dit M. Beulé ^. Ce nom s'applique au système » d'architecture, qui sert de transition entre l'architecture » pélasgique et l'architectm'e du siècle de Pisistrate. Au lieu » de disposer les assises par lignes régulières et suivies, les » architectes d'alors ménageaient des parties saillantes et des » parties rentrantes, qui s'adaptaient exactement et reliaigit » les pierres les unes aux autres, comme les dents d'un engre- » nage ou les mortaises d'une charpente. Ainsi firent les » Carthaginois, jusqu'à ce que l'expérience leur enseignât, » de même qu'aux Grecs , combien était inutile uile précau- » tion dispendieuse, qui pouvait ajouter à la solidité, mais » nuisait à l'élégance.
» Un second caractère des constructions archaïques, c'est » le volume des matériaux qu'elles emploient. Il semble » quun art, encore défiant de lui-môme, cherche, dans » l'énormité, des garanties de force et de durée. Ce caractère » se retrouve également à Byrsa. Tel bloc présente 4 pieds 1/2
1; Chaleaub., Ilinér., VII. — 2. Justin, XVJJI, 5. — 3. Beulé, Rcv. arcli., 1850, p. 171 et suiv.
» d<i largo, 4 pieds de haut, 3 pieds d'épaisseur, ce qui » donne 54 pieds cubes. Tous ceux que Thistoire de l'art » intéresse seront frappés de trouver chez les Phéniciens de » Garthage le même système qui a prévalu longtemps chez » la race grecque. »