‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 13 sur 72 · Les constractions militaires des Romains · texte numérisé non relu

Les constractions militaires des Romains

Romulus fonda sa ville suivant le rite étrusque* ; il manda de rÉtrurie les aruspices , qui , d'ordinaire ^ présidaient à l'établissement des cités ; il en fit venir sans doute aussi des ouvriers habiles dans Tàrt de la construction (753).

Fut-il simplement le restaiu*ateur d'une vieille acropole cydopéenne, comme quelques-uns le pensent^; ou bien, fut-il, dans le sens que Volnëy donne à l'expression^, le véritable fondateur de la Roma quadrata, que portait le Palatin? U nous importe peu de le savoir ! Le Tibre seul séparait cette colline de rÉtrurie, et derrière ce fleuve s'élevaient des constructions pélasgiques modifiées par le goût étrusque. C'étaient toutes les capitales ou grandes villes des lucumonies, Volaterre, Vetulonia, Rosellae, Cortone, Fiésolè, Véies , etc. En deçà , du ôôté du pays des Latins , chez les Volsques, les Berniques, les Èques , etc., et en général chez tous les peuples qui luttèrent les premiers avec les Romains, on retrouve le style pélasgique pur, les gros blocs cydopéens irréguliers, tels qu'on en voit encore à Cosa, Norba, Signia, Férentinum, Alatrium, etc.

Rome, fondée ou restaurée par Romulus , ne pouvait être bâtie autrement que les acropoles des villes voisines. Les architectes, venus des lucumonies, construisirent en gros blocs une enceinte , dont Tacite^ a donné le tracé , et dont on distingue encore quelques restes, dit-on, sur la coUiue JPalatine?.

En avant de cette acropole, et en attendant mieux, Ro-

1. Piutarq., Rom., XI; Denys d'Halic, I, XXI, 2. — 2. Ampère, Hisl. rom., à Rome, t. I, p. 119. — 3. Volney, Recher. nouv., t. II, p. 109. — 4. Tacil., Ann., XII, 21. — 5. N. des Vergers, t. II, p. 5.

ihulus fortifia de fossés et de levées de terre les collities environnantes, afin de fournir aux laboureurs et aux bergers une retraite en cas de guerre. Suivant l'expression de Julius MiNUTOLus^ ces forts étaient comme t avant-mur de Rome (veluti antemurale Romœ).

Dans la suite , ces châteaux forts ne furent jamais négligés pendant la guerre ; on y renfermait les provisions de bouche et les bagages. Tel était le fort du Mont- Capitolin , en dehors de Tenceinte de Rome , quand Tarpeïa le livra à Tatius^.

« Romulus et ses successeurs, dit Montesquieu^, furent » presque toujours en guerre avec leurs voisins pour avoir » d€S citoyens , des femmes ou des terres ; ils revenaient » dans la ville avec les dépouilles des peuples vaincus ; » c'étaient des gerbes de blé et des troupeaux ; cela y causait » une grande joie. »

On comprend, d'après cela, tout le soin que devaient, à leur tour, prendre les laboureurs de la campagne de Rome pour éviter les représailles ; aussi ces forts surttrbains servirent-ils maintes fois de retraites aux bergers , de protection aux moissons et aux troupeaux , pendant les longues guerres , que les Romains eurent à ^soutenir contre leurs voisins '•.

La plupart des postes fortifiés, que les Romains attaquèrent autour de Rome , pendant quatre siècles , jusqu'à la guerre du Samnium (343) , n'étaient vraisemblablement que des redoutes analogues aux fortins, qui viennent d'être décrits. Quant aux villes de l'Italie, elles étaient d'une faiblesse remarquable. Les murs , qui entouraient les cités bâties au pied des vieilles acropoles pélasgiques , n'avaient , ce nie semble, qu'une médiocre hauteur et probablement qu'une faible épaisseur. « Aussi, dit Maizehoy^, les empor^

1. J. Minutolus, Dissert., III, apud Sallengrc. — 2. Denys d'Halic. , II, X, 6 à 20. — 3. Monlesq., ch. I. — 4. Dcnys d'Halic.,' Il, X, 3; IH, XVI, 9 ; IV, IV, 7 ; IV, XII , 7 ; V, IV, 3 ; V, VI. 3 ; etc. — 5. Maileroy, Art. des Siëg., ch. V, Ire sect.

» tait-ou brusquement par escalade * ou eu faisaut la torlite.

i. L'action de vive force contre une place consistait à franchir, à la hâte et le mieux possible, les défenses de Tassiégé. L'agresseur avait de puissants auxiliaires dans la hache et le feu, devant les fortifications de bois des camps ou des postes fortifiés. Le succès de l'entreprise dépendait de la qualité de ses armes, de son audace et de son élan. L'enceinte, une fois franchie, la valeur personnelle et la force décidaient du sort des combattants. Mais contre des murs en maçonnerie, Yescalade directe ou la tortue d'hommes, devenaient des moyens indispensables, dont les projets d'exécution devaient être entourés du plus grand secret. V échelle de bois est un instrument trèsanciennement connu'; on en retrouve des représentations dans les monuments les plus anciens de TËgypte (Egypte desc. et ant., t. I, ch. IX). Elle est très-facile à confectionner. Mais on ne s'en sert qu'en s'exposant aux plus grands dangers. On se rappelle que Capanéc, l'un des sept chefs, qui allèrent au siège de Thèbes , périt précipité d'une échelle , avec laquelle il prétendait escalader les murs de la ville (Diod., IV, 66). L'échelle peut être brisée par des projectiles ou repoussée par des crochets , quand elle est appuyée contre les murs (^néas, Déf. des plac, XXXVl). Aussi, en face de murailles peu élevées , se bornait-on souvent à employer la tortue , espèce de formation d'hommes superposés et couverts d'armures défensives. Pour former la tortue, la troupe d'escalade se divisait en deux groupes". Le premier s'avançait sur plusieurs rangs jusqu'au pied des murs. Le premier rang se couvrait de front par les boucliers, tandis que les autres les élevaient à plat aunlessus de leur tête , de manière à donner à la formation l'apparence de la carapace d'jine tortue. Cette cuirasse d'airain, formée d'éléments bombés en leur centre, et se recouvrant les uns les autres, à la manière des écailles d'un poisson, était, à cause de ses nombreux recouvrements et de ses points d'appui multipliés, susceptible de porter de très-lourdes charges et parfois aussi de résister au choc violent des projectiles. Le dernier rang d'hommes s'étant abaissé en mettant un genou en terre, le second groupe s'avançait formé comme le premier, et, montant sur cet escalier humain , s'installait le mieux possible sur la plate forme de boucliers et tentait l'escalade (César, G.d.G..II, 6;Tacit.,Hist.,IlI, 27;IV, 23; Tit. Liv., XLIV, 9). Les engins perfectionnés d'escalade se rapportent à trois genres : les tollenons^ les sambuqties et les hélépoles. Les Grecs précédèrent les Romains dans l'emploi de ces moyens poliorcétiques. Ces derniers ne commencèrent véritablement à les mettre en usage que dans la seconde moitié du Ille siècle, au siège de Lilybée (250), à ceux de Syracuse (212), de Gapoue (211), etc. « 11 parait donc que c'est seulement depuis ces événements , dit Maizeroy,

» C'était particulièrement dans ces occasions que brillaient » la valeur et l'impétuosité romaine. »

» (Art. des Sièges, !« sect., ch. V), que les Romains brillèrent dans la

> poliorcélique , et se firent remarquer par leurs travaux dans de grands » sièges , tels que ceux de Carthage, d'Athènes , de Corinlhe , de Marseille ,

> de Jéru^lem et plusieurs autres , qu'il est inutile de nommer. » Tous les engins, dont nous nous occupons ici , s'amenaient au pied des murs après le comblement des fossés, quand ce dernier existait. On les relevait sur des terrasses, quand les murailles étaient très-hautes. Ces terrasses étaient de gros amas de terre, de troncs d*arbres, de pierres, et de menus branchages, qu'on dressait devant les murs et qu'on élevait le plus haut possible. On les commençait de loin, de maaièro à présenter en arrière une rampe très-douce accessible aux machines. Du côté de la place , au 'contraire , -des talus raides permettaient de rapprocher très-près des murs, les machines que supportaient les plates-formes. Rien de plus simple que le tollenon , caisse remplie de soldats , que l'assiégeant venait déposer sur les remparts , en la soulevant avec une grue ou corbeau. Un double mouvement de la grue autour de son axe et de celui-ci autour de son pivot, en même temps qu'une translation sur roulettes de tout l'appareil, permettaient d'amener les toUenons en un point quelconque des murs. Quant aux sambuques, si les formes pouvaient en être variées à l'infini, le principe de leur construction n'en restait pas moins le même pour toutes. C'étaient des machines roulantes, composées d'échelles et de cordages, maintenus sur une charpente légère. Les premières sambuques durent ressembler beaucoup à un instrument de musique à cordes, appelé aussi sambuque et qui donna son nom à ce genre de machines d'escalade. Joly de Maizeroy, dans son Traité de l'art des ' sièges (appendice, art. l^r), restaure une sambuque de Biton et une autre d'ApoIlodore ; cette dernière n*est qu'une échelle à compartiments. Robert. Valturin, dans son Traité d'art militaire, donne aussi la représentation d'une sambuque munie de soldats. Plus sûrement que les frôles appareils précédents, les hélépoles, menaient à la prise des places. Immenses charpentes, mobiles sur des roues, -colosses munis de plusieurs étages avec des meurtrières et garnis de machines de jet sur leur plate-forme supérieure, les hélépoles, une fois traînées sur les terrasses, venaient vomir par un pont-levis, abaissé sur le sommet des murs au moment favorable, le flot des assaillants massés dans les galeries d'approche, qui se ruaient sur la ville par cette voie. Souvent la vue seule des hélépoles amenait, avant l'assaut, la reddition de la place (César, G. d. G., H, 12, 30, 31;. Des plaques de fer, des p^aux fraîches, des couvertures de laine ou des draps de crin, les gjiranlissaiont contre

On a dit quelque part^ que, même au temps de sa plus grande splendeur, Rome n'avait jamais eu que de l[nédiocres murailles. Cependant tous ses rois ont travaillé à organiser ses défenses. Mais, sans s'imposer la tâche, que devait se donner Ëpaminondas à Messône, d'intimider les ennemis par l'aspect brillant des murailles , ils se sont contentés de faire l'indispensable, sans viser à l'élégance. Rome ne fut jamais qu'un camp retranché , plus fort que ceux , dont ses vaillants soldats avaient l'habitude de s'entourer, toutes les fois qu'ils sortaient de ses murs.

Il ne faut pas cherrcher d'uniformité dans ses murailles. Les points faibles étaient fortifiés suivant le besoin et d'après les-circonstances , mais*sans plan bien arrêté dans l'organisation des défenses.

C'est ainsi que Romulus , après avoir bâti la Roma quadrata sur le mont Palatin, fut forcé d'en faire rehausser les murs, pour se défendre contre les menaces des Sabins. Pour la même raison , il fit fortifier d'un fossé et d'une levée de terre le mont Avéntin et le mont Capitolin*.

Târpeïa ayant livré à Tatius le fort du Capitolin, dont son père était le gouverneur, procura aux Sabins une position qui devint inquiétante pour la Rome Palatine^.

A la paix, Romulus et Tatius jetèrent sur les monts Quirinal et Cœlius le trop plein de la population ; mais ils ne fortifièrent pas encore ces établissements , du moins par des murailles^. Plus tard, Romulus fit entrer le mont Capitolin dans l'enceinte de la cité ; ce qui peimit à Numa de bâtir le temple de Yesta entre le Capitolin et le Palatin (714 à 672)».

Numa ajouta le mont Quirinal h la ville et il l'enferma de murs*. TuUus Hostilius (672 à 640) en fit autant pom» le

l'incendie. L'alun et le vinaigre avaient aussi la réputation de préserver du feu les bois, qui en étaient arrosés. — 1. De Boausobrc, Tabl. mil., XXXI. suppl., p. 182. — 2^Dcnys d'Halic, I, XXI, 2 ; II. X, 3. — 3. Id., II, X, 6 à 20. — 4. Id., II, Xll, 1.-5. Id., Il, XMI, 3. — G. Id., II, XVI, 2.

CONSTRUCTIONS ÛSOUES, PUNlÇlitS, ROMAINES

mont Cœliiis^ et Ancus Marciua (C40 à 616) pour le moat Aveutia^. •

^e Palatin et TAventin , fortifiés d'abord séparément par Romulus , laissaient entre eux une vallée profonde , que le temps finit par combler, ce qui rendait 'facile l'accès de TAventin. Les ennemis qui s'en seraient emparé, y am*aient trouvé une position avantageuse contre Rome. Aussi Ancus ût-il creuser, entre les deux collines, un fossé défensif , qui prit le nom de fossa Quiritium*, parce qu'il était l'œuvre de la population romaine de la cité. Une muraille remplaça sur la montagne de TAventin les levées de terre, dont Romulus l'avait bordée.

Ancus Marcius fit aussi entourer de murs le Janicule, autre colline située au delà du Tibre. Une garnison , qu'il y plaça, devait assurer la navigation du fleuve contre les attaques des Étrusques^.

Tous ces ouvrages n'étaient vraisemblablement que de simples fossés , des levées de terre ou des murailles grossières.

« Avant Tarquii^rAnden (616), dit Denys d'Halicarnasse^, » les murs de Rome étaient de pierres brutes , mal polies , » et posées l'une sur l'autre sans aucun art. Il commença » le premier à les faire bâtir de grosses pierres de taille » bien polies, dont chacune faisait la charge d'une charrette. »

C'est le style étrusque, déjà modifié peut-être par l'in- . fluence grecque , en ce qui concerne la régularité de l'appareil. (Ofl prétend, du reste,. que Tarquin était le fils du Corinthien Démarate', exilé de sa patrie par le tyrah Cypsèle.) Le plus beau modèle de cette architecture se trouve à Rome , dans la Cloaca maximal à Signia , dans les portes jumelles de la ville^, et à Ferentinum, dans des restaurations romaines, qui datent aussi de cette époque^.

Servius TuUius continua l'œuvre de son prédécesseur ; il

1. Denys d'Halic, 111, 1, i. — 2. Id.. III, XIV, 1. — 3. Id., III, XV, 3. — L Id., III, XX, 3. - 5. Id., IV, VI, 30 et Ci. — G. Filon, liai, anc, Univ. pitt., t. I, p. 5. — 7. Pclil-Radel, p. 184. — 8. ld„ p. 172.

ajouta à la cité les monts EsquiUa et Viminal et il les entoura de défenses. On dit qu*il bâtit des murs élevés. Selon Denys^ il est le dernier des rois, qui ait augmenté Tenceinte de la ville, en ajoutant ces deux collines aux cinq autres quelle renfermait avant. son règne, ce qu'il n'exécuta, du reste, qu'après avoir consulté les aruspices, comme c'était la coutume , et après avoir fait les autres cérémonies de religion ordonnées par les lois'.

'Suivant quelques auteurs^, Servius* pa^se pour avoir introduit à Rome l'usage des maçonneries en moellons et mortier de chaux et de sable (cœmenta et cake mûris nnlla arte œdificatis), Gaton le Censeur, qui possédait dans la Sabine un manoir, qu*il cultivait, quand les affaires de la République lui en laissaient le loisir (234 à 149), a écrit sur l'économie rurale un traité , dans lequel il indique la manière de construire les murailles des maisons de campagne^; il recommande de lior les moellons de la maçonnerie avec du sable et de la chaux. Il ne parle pas de ce ciment comme d'une Those nouvelle. Vithuve, Pline, Gicéron, Saint-Augustin*, ont aussi parlé des mortiers de chaux et de ^able, dans leurs écrits*; mais aucun d'eux n'a fixé la date de leur premier emploi.

Les Romains , comme les modernes , distinguaient deux sortes de pierres^ propres à la construction des murailles : les moellons (casmenta), ou petites pierres' non équarries, brisées à la carrière, et les grosses pierres (saxa quairata), sortant de la carrière avec des formes parallélipipèdiques , grâce à la direction de leurs plans de clivage. L'expression ftaxîim quadratum ne désigne donc pas spécialement une pierre taillée, mais bien une pierre grossièrement équarrie.

1. Denys d'Halic, IV, IV, 2 et 3. — 2. Nibby, dans son Ilin^^raire de Rome, dit que Ton a retrouvé dans la vigne Barberini c des restes des murs de Servius TuUius, construits de blocs carrés de luf grisâtre. • Voy. Dezobry, Rome sous August., t. 1, p. i83. — 3. Lucias Faimus, I, 4. — 4. Porcins, Cat. Re. rusl., XIV, XV, XVK — 5. Saint-Aiigust., Cite de Dieu, XXI. — 6. Cs. Hassenfratz, p. 33 et pass.

Les foadations des murailles étaient ordinairemeat faites avec C3S grosses masses brutes^ et presque carrées de tuf \Mmiej roche commune dans la campagne de Rome'.

Pour obtenir des murs secs, hauts et styles, avec des pierres non taillées, il fallait leur donner beaucoup d'épaisseur, c'est ce qui explique la masse colossale des murailles cyclopéennes , les dimensions énormes de leurs matériaux , et le soin , qu'on avait pris , de remplir tous les interstices entre les grosses pierres avec des cailloux plus petits^.

L'emploi des pierreB taillées, dans les monuments helléniques ou étrusques , ainsi que dans ceux de la Sicile et de la grande Grèce , permit de réduire de beaucoup les massifs des murs , sans rien changer à leur hauteur. Mais toutes les villes n'étaient pas assez riches pour acheter un pareil luxe. L'invention des mortiers offrit le moyen d'élever de hautes murailles encore moins épaisses.

La terre pétrie avec de l'eau, et quelquefois mélangée de paille» le limon des rivières, furent sans contredit le premier de tous les ciments, dont l'emploi remonte à une antiquité incalculable. Ainsi, une construction de Tâge antéhistorique , retrouvée dans l'île de Théra, et que M. François Lenormant fait remonter à plus de 1415 ans avant notre ère, nous montre l'usage, à cette époque reculée, du mortier de boue (lutum), dont parle Porgius Caton^. C'est une petite maison, ayant la forme d'un parallélogramme irrégulier, dont les angles sont arrondis ; « les pierres sont reliées par de l'argile pure, sans emploi de T» chaux , mêlée à des matières végétales , paille hachée et » algues marines ; des poutres ^ placées de distance en dis- » tance, et dans différentes directions entre les pierres, » forment comme la carcasse de l'édifice. » Il n'y a dans ces débris aucune trace d'objets en métal , et au contraire on y a retrouvé des armes et des couteaux en pierres de différentes espèces '.

1. yjlruv., I. 5. — â. Rich., Dict. ant., p. 556. ~ 3. Pausan., Gorinlli., XXV, — 4. V Caton, Re. rust., XIV. — 5. F. tcnormant, Rev. arch., 1866.

PiBTRO DELLA Valle , gentilhomme romain , rencontra au XVII* siècle, sur les ruines de Babylone, dçs restes antiques de maçonneries de ])riques, qui n'étaient reliées qu'avec de la boue^ Je noterai en passant que le même voyageur vit au môme endroit (probableinent au Mudjelibeh ou Kasr, château de Nabuchodonosor) « plusieurs autœs briques de » la biesme grandeur et grosseur, mais plus solides et cuites » au fourneau , et massonnées auec de bonnes chaux , ou du » bitume. » M. Botta vit aussi des maçonneries de mortier de boue, au monticule de Khorsabad (Mespile de Xéno- PHON^) en Assyrie^, et M* Poussielgue , d'après M"* de BouRBouLON , assure que la grande muraille de la Chine j dans le Kan-Sou, S0 réduit à un amas de pierres cimentées avec de la boue ^

Du reste, sans avoir recours aux explorateurs modernes , TiTE LivE^ nous apprend que les murs des re tirades, construites au siège de Sagonte par Annibal (219), iVétaient liés que par de la terre , et il ajoute que c'était l'usage des ândens. On rencontrait en effet, en Espagne, beaucoup de murs de clôture, faits d une espèce de béton de pierres et de terre , coulé entre deux parois , comme le pisé. (Quod ex terra et lapUlis compoiiiis in formés, ut in Hispama et agrù Tarentino}^, Gomme on le voit, ces murailles de forme (paries fartnaeeia), étaient aussi fort à la mode dans la plaine de Tarente. La plupart des forteresses que Justinien ât réparer sur les frontières de la Perse et de l'Arménie , n'avaient aussi que des murs en mortier de terre ou même des murs de boue^.

Supportant mal l'action de la pluie , le limon dut être bientôt détrôné par le bitume, comme à Babylone^, par le plâtre, comme à Tyr^, et enfin par les mortiers de chaux et

1. Piet. délia Valle, p. 42; Hoëfer., Univ. pitt., Babyl., p. 204. — 2. Oppert, t. I, p. 83; Xénophon, Anab., Hl, 4. — 3. Hoéfer., Baby!., Univ. pitt., p. 276. — 4. Poussielgue/ Voy. de Shang-Haï à Moscou^ Toup du Monde. 1863. — 5. Tit. Liv., XXI, 41. — 6. Varron, Re. rust., I, XIV. — 7. Procop., Édîf., II, 9. — 8. Vitruv., 1. 5; Hérod., I, 79. — 9. De Beausobre, Tab., milit., XXXI, suppl., p. 177.

de sable , que leur facilité de fabricatioa et l^ur valeur reconnue mettaiei^ au-dessus de tous les autres ciments.

Pour conserver aux murs leur stabilité, sans accroissement d'épaisseur, dans le cas d'une grande élévation , on pouvait encore composer à la muraille une espèce de squelette en charpente, dont les intervalles étaient remplis de pierres sèches sans mortier. Ce moyen , applicable seulement aux ouvrages passagers, devait âtre très-précieux au moment d'un siège , quand il s'agissaif de relever à la hâte certaines portions tombées d'une enceinte, ou d'en rehausser d'autres; Il fut mis eu pratique^ au siège de Platée (429). C'est encore ainsi que les soldats de Tigrane, à l'embouchure du Scolopeîs , construisirent les murailles de leur camp nau<* tique (479). Ils avaient eu, en outre, la précaution de doubler la défense par une palissade en bois d'olivier*.

8ervius Tullius, en enseignant aux Romains l'usage des ciments, leur donna le moyen d'élever rapidement des murailles de moellonsi Pour un peuple, qui poursuivait la conquête de l'Italie , qui laissait des garnisons faibles dans toutes les places, dont il s'emparait, il^était nécessaire d'avoir un moyen de pourvoir le plus vite possible à leur sâreté.

On mit d'abord les moellons en œuvre sans aucun art, et les constructeurs les posaient les uns sur les autres , comme le hasard les présentait. Avec ces moellons inégaux, grossiers, tels que les offrait la carrièi*e , on produisait l'appareil nommé par Vitruve opus incertum vel antiqmtm^. On on retrouve des exemples dans un grand nombre de villes que les Romains ont restaurées.

« Tout le circuit des murs en ruines de Fundi , dit » M. Petit-Radel^, est de construction cyclopcenne sur- » montée de Vopiu incertum» » Il eu est de même à Pompèi , dans les réparations romaines, qui, selon Mazois^, y furent exécutées au moment de la- guerre civile entre César et

i. Thucyd., 11, 75. — 2. Hérod., IX, 97. — 3, Vitru^v., li, 8. - 4. r.-RadcI, p. 153. — 5. Mazois, p. 35.

Pompée. On ^uve encore Vapw xncertum dans Tenceinte de Volsinies^ '

Rondelet fait remarquer que les angles et extrémités des murs, construits à joints incertains, ont besoin d'être consolidés par des parties de maçonnerie ordinaire disposées par rangs d'assises horizontales. Dans plusieurs édifices antiques, ces parties sont construites en briques. Il cite l'exemple des murs de Pompéi'.

Uofins reticttlalum, dont on l'etrouve peu d'exemples dans les ruines des murs de villes , résultait de l'emploi de moellons losanges dressés sur les joints et posés sur un de leurs angles , de manière à donner à la maçonnerie l'aspect d'un réseau'.

Les Romains fabriquaient des mortiers d'une grande valeur, qui formaient des maçonneries très-liées. M. de I^ Paye, en 1778, a cru retrouver leurs procédés*. M. Vicat a aussi écrit un livre sur les mortiers des anciens'. M. Has- SENFRATZ n'a pas négligé non plus de donner quelques analyses de mortiers, retrouvés dans les murs des forteresses romaines®. Je renvoie le lecteur à ces ouvrages.

YiTRuvE a indiqué l'emploi, que les Romains faisaient du mortier; il a aussi parlé de la valeur des compositions dans lesquelles entrait la pouzzolane^.

Enfin, le général Creuly, en 1^53, a démontré que les Romains savaient, comme M. Chanoine , donner de l'hydraulicité à la chaux grasse, en l'enfermant dans des enveloppes de toile'*.

On mélangeait les mortiers avec un instrument nommé

1. Rondelet, t. 11» p. 264. — 2. Id. — 3. Dans la reconstruction des murailles de la citadelle de Carthage, sous Théodose, l'ingénieur fit retailler les pierres carthaginoises, eC certaines portions furent relevées suivant le mode de construction, opus reficulatum. (Voy. Beulé, Ruines de Carthage, Rev. arch., 1859, p. 174 et suiv.) — 4. La Faye, Recherches sur la préparation que les Romains donnaient à la chaux. — 5. Vicat, Recherches expérimentales sur la chaux. — 6. Hassenfratz, Art de calciner la pierre calcaire. — il. Vitruv., II, 6. -7" 8. Grculy, Ann. arch. de Gonstantine, 1853.

a«cta, indiqué par Vitruve^', et doût la représentation se trouve sur la colonne Trajane. C*est le rabot des maçons modernes. L'ouvrier poseur .tenait à la main un petit pic acisculm^, muni d'une pointe à Tune de ses extrémités et d'un marteau à Tautre.

Le mortier se transportait à Tépaule dans des auges ou dans des seaux, assujettis à un jong par des crochets ou des lanières, à la manière des porteurs d'eau de Paris^.

Les Romains employaient aussi pour les constructions des murailles les appareils dits iiodomnm, pseudisoiotnum et empleeton , dont il a déjà été question plus haut à propos des Grecs*.

On peut faire remonter l'emploi des murs terrassés (ag gères) à Rome, à Tépoque de Tarquin le Superbe (516). TiTE LivE dit que Servius Tullius entoura la ville d'aggeres, de fossés et de murs; mais le mot agger, dans la sphrase,. semble s'appliquer à une terrasse simple , à un rempart en teri-e précédé d'un fossé , plutôt qu'à une terrasse accolée à un mur^. Au contraire, Dents d'Hâligarnasse rapporte que Tarquin , pour mettre la ville à couvert des insultes -des Gabiens, la fit fortifier du côté du chemin de Gables*. Pline , à ce sujet, fait une distinction entre les défenses qui la protégeaient du côté de l'orient et celles qui la garantissaient des autres côtés. « La ville, dit-iF, est fermée du » côté de l'orient par le rempart de Tarquin le Superbe ]» (clattditur ab oriente aggere Tarquinii Superhi), C'est un ouvrage » des plus admirables , car il l'éleva à la hauteur des murs » du côté où la plaine les laissait le plus à découvert (eum » mûris œquavii). Des autres côtés , la ville était munie de

1. Vilniv., VU, 7; Rich., Dict. ant., p. 58. — 2. Id., p. 8. — 3. On trouve bon nombre de représentations de ce joQg (jugum), sur des lampes en terre, sur des objets d'ornements, etc. Voy. Varron, Re. nisl., H, 2, 10; Aristoph., les Grenouilles, VIII; Rich., Dict. ant., p. 3i0. Cs. Annuaire archéol. de Constantine, 1862, figure d'une laropc romaine, dessinée par M. Féraud. — 4. Vilruv., II, 8; Pline, XXXVI, 51. — 5. Tit. Liv., I, M. — 6. Denys d'Halic, ÏV, XII, 8. - 7. Plin., III, 5.

» murs élevés ou de montagnes escarpées (munita erat prcs- 9 cekis mûris , aut abrupiis fMntihus), »

Denys D'HALiGiUiNAssE^ Complète cette description, quand il parle des défenses de la ville de Rome , à l'époque de sou siège par les Èques et les Volsques (461). « L'enceinte de la » ville de Rome, dit-il, était en ce temps-là environ aussi B grande que celle d'Athènes'. Une partie de cette place » n'avait point d'autres fortifications que celles d& la nature, » parce qu'elle était située sur des montagnes et sur des 1» rochers escarpés » de sorte qu'il ne fallait qu'une médiocre » garnison pour la garder de ce côté. '

» Un autre côté était défendu par le Tibre qui lui servait 9 de rempart.

n La seule partie de la yille , par où on pouvait l'attaquer, p était depuis la porte Ësquiline jusqu'à la porte Colline. » Mais les fortifications, faites de main d'homme, la garanti tissaient de l'inculte. Car elle est munie d'un fossé profond » de 30 pieds et large de lOÛ et davantage , à l'endroit où il » l'est le moins. Au-dessus de ce fossé, s'élève un miu* » soutenu en dedans de la ville d'une haute et large terrasse, 9 de sorte qu'il ne peut être ébranlé par les béliers , ni » renversé par la sape.

» Les Romains, postés par bandes en cet endroit, qui a n environ 7 stades (875 pas) de longuem* et 50 pieds de » largeur, repoussèrent d'autant plus facilement les attaques 9 de l'ennemi qu'on n'avait pas , en ce temps-là , l'usage » des madriers et des tortues^, pour combler les fossés, ni

1. Denys d'Halic, IX, XIX, 5. — 2. Voyez h ce sujet unfl dissertation de Juste Lipse, De militia romana, liv. V, d'après Dion Chrysostome, Orat. de tyrannide. — 3. Dans un sit^ge, les attaques devaient %c cornnaenccr au delà des limites de Taction des machines de jet postées sur les remparts de la place; fit pour s'approcher des murs on marchait à couvert. Toutefois, comme les camps devaient se trouver plus loin encore que Torigine des attaques et qu'il était essentiel de dérober à l' ennemi la vue des mouvements de troupe et de matériel, les communications à ciel ouvert des camps aux attaques devaient être masquées soit par des haies ou des palissades , soit

» des machines qu'on a inventées depuis pour emporter les » villes. » (Traduction de François Bellanger, 1G23.)

par des plis de terrain ou des épaulements artificiels. Peut-être même exôcutait-on de véritables boyaux de irandiée, analogues à ceux dont on se sert de nos jours dans les sièges. Des galeries en charpente continuaient la communication jusqu'à la place. Composées d'éléments , qu'on poussait en avant un à un, elles formaient un long corridor couvert depuis l'origine des attaques jusqu'au pied des murs. Afin de donner le change à l'ennemi et de diviser ses forces, l'assaillant Inullipliait ses galeries d'approche. Dès lors le défenseur, placé dans la nécessité de faire face à plusieurs attaques, usait plus de munitions, consommait plus vite ses ressources et fatiguait davantage son monde. Conservant jusqu'au dernier moment son indécision sur le véritable point d'attaque, il lui était impossible de créer partout, en arrière des points menacés, desdéfesses destinées à suppléer à celles qui pouvaient être renversées dans les attaques. L'assaillant conservait ainsi la chance de le surprendre sur le point où il était le moins préparé. Des galeries du même modèle, placées perpendiculairement aux premières, devaient relier entre elles toutes les attaques, faciliter les communications de l'une à l'autre et fournir encore à l'assaillant de véritables parallèles, pour masser ses troupes avant l'assaut. L'élément de la galerie d'approche, la vigne, constituait une espèce de maison roulante, rectangulaire, avec un toit A deux égoûts et des pignons ouverts. Les &ces, ciayonnées avec de gros scions, devaient pouvoir résister au choc des projectiles. Les vignes de Végèce ont 7 pieds de haut, 8 de krge et 16 de long. On les recouvrait de peaux fraîches , de couvertures de laine ou de vieilles bardes mouillées, pour les garaiitir de rinoendie (Végèce, IV, 15). Des fripiers spéciaux, centonarii, faisaient à Rome le commerce de ces couvertures pour les roaclnnes^de guerre (César, G. d. G., II, 9. Voy. Rich., Dict. ant., p. 136). On ajustait les vignes bout à bout. La première, une fois posée , était poussée en avant d'une longueur, et sur son emplacement devenu libre, on en établissait une deuxième, et ainsi de suite. Pour faciliter ces opérations, des batteries de machines de jet, élevées sur des plates-formes, devaient inquiéter le défenseur derrière ses murs, déioxAir le couronnement des murailles et ruiner les édifices par l'incendie. On utilisait, pour leur établissement, tous les mamelons, les rochers isolés et les accidents de terrain du sol des attaques. Des épaulements, des mantelets de bois, des rideaux de câbles ou autres engins préservateurs y garantissaient les machines, qu'on amenait démontées, pour les remonter à la hâte. A défaut de plates-formes naturelles, on improvisait des terrasses, dont j'ai déjà indiqué plus haut le mode d'exécution. Ayant dit comment

En résumé, si Ton se rappelle que ce fut Servius Tullius , qui entoura d'un mur élevé les monts Esquilin et Viminal, on s'apercevra immédiatement, que la construction de ce roi s'étendait précisément aussi de la porté Colline à la porte Esquiline, faisant face au chemin de Gabies. C'est cette même partie des murailles que Tarquin le Superbe renforça d'un agger, de manière à les fortifier contre les machines de choc.

Il ne peut être question, dans Denys, d'aucun autre mur plus récent, puisque cet auteur a déclaré précédemment \ que , depuis Tullius jusqu'à son temps , l'enceinte de Rome ne fut plus agrandie , parce que les oracles des dieux ne le permettaient pas.

Strabon^ pai'le aussi de ce mur terrassé, qui va de la porte Colline à la porte Esquiline. Ce*mur, dit-ii, portait des tours de distance en distance, et une troisième porte, la Viminale, s'ouvrait au milieu de l'intervalle, entre les deux premières.

Cet auteur semble parler des fortifications de Rome avec un certain mépris, ce qui justifie ce que j'en ai dit précé-

l'assiégeant venait sous les vignes jusqu'au pied des murs, je pourrais lui laisser prendre la place par l'escalade simple, la sape ou la mine, comme le faisaient les premiers Romains, avec les villes d'Italie, qui étaient généralement mal remparées. Mais pendant que l'invention des machines de jet révolutionnait Fart de s'approcher des places, on apprenait aussi à les escalader mieux qu'avec des échelles simples; à désorganiser les murailles autrement que par le pic à main. L'art du mineur, peut-être, restait seul stationnaire, cTles galeries souterraines, cédant le pas aux approches à ciel ouvert, on apprit à pousser de grosses machines de siège (lollenons, sambuques, hélépoles), devant lesquelles le défenseur allait bientôt tirerobler sur ses murailles. Toutefois, peur pouvoir conduire au pied des murs ces colosses inventés par la mécanique, il fallait franchir le fossé, quand il existait. A cet effet, une ^igne dite tortue de comblement ; placée en tôte des galeries d'approche, facilitait cette opération. Vitruve Ta suffisamment décrite (Vitruv., X, 14). De dimensions plus grandes que les vignes ordinaires, elle portait en outre un avant-toit sur Tun de ses pignons. Il garantissait des coups plongeants les hommes chargés du comblement, qui venaient sous son abri remplir le fossé de fascines, de terre, etc. — 1. Denys d'Halic, IV, IV, 3. — 2. Slrabon, V, III, 7, Irad. Tardieu.

demment. <K Ce sont là, dit-il, toutes les fortifications de la » ville et il faut convenir qu'elles auraient grand besoin » elles-mêmes d'être fortifiées. Mais les fondateurs, j'ai idée, » auront calculé que, dans leur intérêt, comme dans Tin- D térét des générations à venir, il fallait que Rome dût son » salut et sa prospérifé plutôt aux armes et au courage de » ses habitants , qu'à la force de ses remparts , jugeant avec » raison que ce ne sont pas les remparts qui protègent les hommes , D mais bien les hommes qui protègent les remparts. »

C'est à tort, je crois, qu'on a l'habitude de présenter les murs de Pompéi comme un modèle de fortifications construites par les Romains. Ces murailles existaient dans leur ensemble bien avant Sylla, qui y porta pour la première fois les aigles romaines en 88 , à la fin de la guerre sociale , et qui, loin d'apporter des améliorations à l'enceinte, y exécuta un commencement de démantèlement ^ Toutefois, il est possible que les défenses de Pompéi, élevées d'abord dans le style grec par les Osques , furent terrassées dans les endroits les plus faibles \ et suivant la mode romaine, inaugurée par Tarquin, quand la ville passa au pouvoir des Samnites ou des Étrusques , peuples qui , par leurs guerres avec les Romains , furent souvent à même d'apprécier les moyens militaires de ceux-ci.

Je reviendrai plus loin sur l'organisation des murs terrassés.

Les Gaulois , qui incendièrent la ville en 365 , rasèrent sans doute des portions de ses murailles; mais Je dégât ne parait pas avoir été considérable. Tite Live^ raconte que les maisons furent rebâties à la hâte et sans ordre , que chacun les construisit sans s'inquiéter s'il bâtissait sur son terrain ou sur celui d'un autre, et que la ville parut plutôt bâtie au hasard par le premier occupant, que tracée d'après un plan régulier. Il ne parle pas de la reconstruction des murailles. Strabon' n'en dit pas

1. Cs. Mdzois, p. 9 et suiv. — 2. Tit. Liv., V, 55. — 3. Strab., .V, m, 7.

davantage; il semble que, pour lui, les murs de Servius existent toujours.

C'est à ces mômes remparts et à leurs tours qu'en 350 , après la guerre de Gœré et œlle des Falisques , -les légions, ramenées à Rome pour y passer le reste de l'année, furent employées à faire des réparations ^

La plupart de* œs réparations, que les Romains faisaient à leur ville ou à celles dans lesquelles ils plaçaient des garnisons, s'exécutaient avec des briques. C'était du reste aussi av^c des briques, que l'on bâtissait les maisons. Jusqu'au siècle d'Auguste , qui se vantait souvent d'avoir trouvé une ville de briques et de l'avoir transformée en ville de marbre^, on fit surtout usage de briques crues. Après sa destruction par les Gaulois, Rome, à cause de la précipitation qu'il fallut apporter à sa restauration, fut entièrement rebâtie en briques crues. Ordinairement on exigeait deux ans de fabrication avant remploi, pour les briques crues, afin qu'elles fussent suffisamment desséchées^.

D après La Fate, Hassenfratz'*, etc., et bien des auteur», qui ont écrit sur les mortiers et les briques , les anciens employaient deux sortes de briques crues : « les unes ,. en » terre plus ou moins argileuse, plus ou moins sableuse ; n les autres , en mortier de chaux et de sable ou de chaux et » d'autres substances. »

On se servait du reste aussi de briques cuites. Celles des Romains et des Grecs étaient moins épaisses, relativement à leur longueur, que ne le sont celles dei modernes. Elles portaient des noms différents, suivant leurs formes et leurs dimensions '.

La, pentadoron, de 5 palmes de longueur, était une brique carrée, de 0"*,55 environ de côté, sur 0"»,046 d'épaisseur.

La iétradorott, de 3 palmes, avait la même forme, mais une longueur réduite de O'^jSS et une épaisseur de O'^jOSS environ.

1. Tit.,Liv.,VII, 20. —2. Suétone, Aug., XXVIII. — B.Plin., XXXV, 49. — i. Hassenfratz, 376 et passira. — 5. Vitruv., 111, 2, 3 ; Plin., XXXV, 40.

Ces deux espèces de brigues étaient surtout en usage ciiez les Grecs.

La troisième espèce se nommait didarûn ou de 2 palmes ; ayant la forme d'un rectangle de 0™,22 de long environ, O"",!! de large et.0°>,027 d*épaisseur. On l'appelait aussi la lydienne\ et elle était particulièrement en usage à Rome. Sauf l'épaisseur, c'était à peu près la brique moderne.

On employait encore les briques triangulaires, dont un . des côtés formait parement sur le mur. Parfois on mélangeait les briques et les moellons. C'était probablement une ornementation; cependant la porte d'Herculanum à Pompéi était ainsi faite par couches alternatives de moellons et de briques, le tout revêtu de stuc blanc ^.

Partout où les Romains ont passé , on retrouve ce mode de construction rapide, par lequel on évitait les lenteurs de l'extraction, de la taille et du transport des pierres.

Sous la République , ce peuple , impatient de fonder d^s

^ses colonies des établissements durables, s'inquiéta peu de

faire de Tarchitecture élégante, comme lés Grecs savaient

en produire ; mais il se fit surtout remarquer par la valeur

de ses ciments.

Ce ne fut que sous les empereurs , à une époque de décadence, que le luxe commença à s'introduire jusque dans les murailles, comme en font foi tous les débris de Tépoque gallo-romaine, en France et en Allemagne. L'emploi de la voûte et des arcades, dans les portes et dans les arcs de triomphe, souvent accolés aux murailles , donna surtout aux travaux des Romains un caractère particulier, qui les distingue encore aujourd'hui de ceux des autres peuples. On put, tout en employant des matériaux de petites dimensions, donner aux constructions militaires un cachet de variété et de légèreté, que n'eurent jamais les monuments grecs à architJi^aves monolithes et à gros matériaux.

Le siècle d'Auguste semblait avoir amené la paix éternelle ; et le temple de Janus , fermé seulement deux fois

1. VUruv., m, 2, 3; Piin., XXXV, 49. - î. Mazois, t. I, p. 28, 29.

avant lui, le fut trois fois sous sou règne, ainsi que le rapporte Suétone ^ On démolit même quelques enceintes de forteresses, aux environs de Rome, tant on était confiant dans la stabilité de la tranquillité présente ; c'est du moins ce qu'on fit à Pompéi, d'après Mazois^. Je montrerai plus loin que tous les soins de l'empereur se reportaient alors sur les colonies et particulièrement sur celles du Rhin et du Danube , aux limites de TEmpire.

Rome, à cette époque ^ ne possédait encore que ses vieux murs de Servius Tullius, tellement noyés au milieu des maisons des faubourgs que, selon Denysd'Halicarnasse, on aurait eu beaucQup de peine à les suivre, malgré les traces nombreuses , qu'ils laissaieiy, apercevoir de distance en distance. lies oracles, ajoute l'historien, ne permettaient pas qu'on agrandît l'enceinte fortifiée de Rome^.

Sylla, Auguste, Claude, Trajàn , se bornèrent à reculer le pomœrium, c'est-à-dire la zone sacrée, qui primitivement touchait aux murs, mats que ceux, qui agrandissaienH l'Empire, pouvaient seuls en séparer, pour l'accroître*.

Tous ces accroissements d'une limite de convention', gardée par des bornes®, ne furent sans doute exécutés que pour la satisfaction d'une vanité personnelle, et ils ne contribuèrent pas à garantir les faubourgs , qui , selon l'expression de Pline^, constituaient au delà de la ville ellemême plusieiu*s autres villes. Ces faubourgs restaient dans l'état, où DÊNYS les avait connus, c'est-à-dire entièrement à découvert, sans murailles, sans remparts, sans fortifications ; et il eut été très -facile aux ennemis de se rendre maîtres de ces espèces de cités sururbaines,

1. Suet., Aug., XXII. •— 2. Mazois, Pompéi, t. I, p. 35. — 3. Denys d'Halic, IV, IV, 3. — 4. Tac, Ann., XII, 23. — 5. Voy. pour les accroissements successifs du pomœrium, Overbeke, t. III, p. 59 et âuiv.; Alex. Donatus, I, passim; Vospisc. Aurel., XXI. — 6. Dezobry, Rom. s. Aug., l. I, p. 483 ; Varr., Ling. lat., IV ; AuL GelK, Xlll, i4 ; voy. dans Gruter une inscription, qui rappelle que, sous Adrien , le collège des augures rétablit les bornes du pomœrium. -- 7. Plin., 111, 5.

qui, .depuis Auguste, s'étaient étendues dans de grandes proportions.

Aussi à l'approche des premières légions de barbares, quand Rome, la maîtresse du monde, dut elle-même songer à prendre ses sûretés contre des ennemis nouveaux, fadlut-il renoncer aux vieilles superstitions. C'est alors qu'Aurélifîn, dépassant les prévisions des augures , se- mit en peine de rendre aux murs de la grande ville , leur véritable position , en les accolant de nouveau au pomœrium, au delà des limites des faubourgs , ce qu'il ne flt du reste qu'après avoir consulté le sénat. Plus tard seulement , il recula à son tour le pomœrium ^ Une nouvelle enceinte commencée sous son règne (273 ap. J.-C.)^, ne fut terminée que sous Probus (280 ap. J.-C.) ; et , sauf la partie transtibérine , elle avait, dit-on^, à peu près les mêmes dimensions que la viUe actuelle. On voit aujourd'hui, mêlés aux constructions sub- » séquentes, dit Chateaubriand^, quelques restes de con- "d jstructions d'Aurélien. Les murailles de Rome ont , elles » seules, donné lieu à une curieuse histoire, où les infor- » tunes de la ville éternelle sont comme tracées par son » enceinte. Rome s'est, pour ainsi dire, remparée de ses » calamités. Un siècle et demi devait encore s'écouler avant

1. Âdhibito consilio senatûs, «muros urbis Romas dilatavit. Nec tamen pomœrio addidit eo tempore, sed posteà; Vospisc, Aurel., XXI. — 2. Zosim., 1; Vopisc, id., XXXIX ; Eutrop., Brev. hist. rom., IX, 9 ; Crevier, Hist. des E»pcr., l. VI, p. 29. —3. Theil, p. 513. On a beaucoup discuté sur l'étendue de la Rome aurélienne.; on trouvera dans Overbekc le résumé de ces discussions (t. ill, p. 6i), auxquelles sont mêlés les noms de I. Vossius, Juste-Lipse, Borrichius, Nardinus, ctcl, tous auteurs qui ont écrit siir la topographie de la ville de Rome. Le texte latin d'Alexandre Donat fournit aussi sur la matière plusieurs ensei^ements utiles d'après Blondus, Marlianus, etc. Je citerai* le suivant : c Credimus » super fundamentis priscis muros nunc existenteâ extructos fuisse i (Marlianus, Initie Romae restauratae, I, 5); et celui-ci : < Quamquam » mûri partim collepsi et corrosi sint, partim ruinam multis in locis mi- > nentur, in ipso tamen rémanent prkco vestigio veleris fundaroenti. t (Blondus). — 4. Gbateaub., Étud. hist., dise. I, part. II.

» qu'elle subit le joug des barbares, et déjà Aurélien élevait » les inutiles bastions , qu'ils devaient franchir. »

On se rappelle en effet qu'en 401 , Alaric, roi des Visigoths^ passa les Alpes et vint mettre le siège devant Aquilée. Sana. le Vandale Stilicon, c'en était fait de Fempereur Honorius , qui, enfermé dans le château d'Asti, y serait mort de frayeur. Il fallut les victoires de PoUentia et de Vérone , pour délivrer momentanément l'Italie des Goths, qui la menaçaient. Mais bientôt Radagaise, à la tête de .ses Germains , apparut à soa tour (405 ap. J.-Ç.). Le destin en avait décidé ainsi, sans doute, pour permettre à Stilicon d'offrir, une dernière fois, au monde romain, le spectaele d'un général renouvelant la tactique des vieux capitaines de la République , en affamant des ^barbares dans les gorges de Fésule- C'était peut-être encore une bonté de la Providence, voulant fournir au sénat romain Toccasi^m de faire dresser le dernier de ses arcs de triomphe.

A la suite de Radagaise reparut Alaiic » doublé de barbares et d'aventuriers , qui , avant de profaner les murailles de la ville éternelle, se donnèrent la satisfaction de la rançonner deux lois en insultant à sa faiblesse (410 ap. J.-C).

Les murailles de Rome, à cette époque, valaient ses institutions, et Overbeke a pu en dire qu'elles étaient corrompues de vieillesse"*. Arcadius et Honorius en avaient cependant fait réparer quelqpies parties^ ; mais il semble que le second de ces princes n'eut jamais grande confiance dans leur appui , puisqu'il abandonna Rome , lui et sa cour, pour aller à Ravenne y établir le siège de l'Empire. Il faut dire que cette place forte se trouvait, par la mer, plus près de Gonstantinople que Rome; c*était sans doute assez pour calmer les terreurs du fils timoré de Théodose.

Théodoric le Gitind, roi des Ostrogoths^, Bélisaire, général de Justinien^, l'eunuque Narsès, s'efforcèrent tour

4. Overbeke. l. III, p. 61. — 2. A. Donat.. I, 15. — 3. W., I, 18 : Theodorici» muros urbis vetustate cAlIabentes, diligcnter reficicndos curavit. Voy. Gassiodore, I. — 4. Procop., G. d. Golhs, XXIV.

à tour de réparer les brèches nombreuses, que le temps,' Alaric (410 ap. J.-C.) et Totila (546 ap. J.-C.) fireut à leuceinte romaine. Les papes aussi, dans cette d3uvre de replâtrage ou de restauration, apportèrent leur concours. et aidèrent les vieux murs d'Aurélienii se soutenir. Enfin, l'art moderne de la fortification imposa le tribut de ses exigences, pour la transformation des défenses anciennes. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les archéologues aient tant de peine , aujourd'hui , à se reconnaître , dans le mélange des restaurations multiples de Tcnceinte murale de la capitale de l'ancien monde.

29. Murailles gallo-romaines..-^ La Gaule, dit-on*, payait à Rome un tribut équivalent à ceux de toutes les autres nations réunies; aussi César put- il, avec ses dépouilles, acquitter d'énormes dettes personnelles, offrir à Servilie des perles d'un prix immense , doubler la paie des légions et encore léguer à la République, pour l'embellissement de Rome, une somme de cent millions de sexterces (vingt millions de francs)^. C'étaient de semblables régions que les Romains aimaient à favoriser de leur appui , leur offrant, en échange de leur liberté, le partage de leur civilisation. Ils entouraient volontiers de leurs soins les provinces riches et populeuses, habitués, qu'ils étaient, de vivre aux dépens de leurs protégés. Ils y fondaient des colonies, portant les noms des princes latins, et les monuments, les routes , les camps , les places fortes , s'y dressaient rapidement. Leurs établissements militaires, tout en assurant la prospérité de la province , en garantissaient la soumission à l'autorité romaine et la mettaient à l'abri des incursions des étrangers.

C'est ainsi qu'appelés par les Massaliotes^, inquiétés eui"mémes par les Ligures , les soldats de Sextius ne purent s'empêcher de rêver la conquête de la Gaule méridionale , à leur profit , et de transformer en une ville militaire , remparéc de murailles, le lieu de leur premier campement, que

i. Balissicr, p. 1«G. -- ± Siirl., Ct»s., XXVI. - 3. Flor., IIF, 2.

garantissaient jusqu'alors de simples palissades surmontant une mauvaise terrasse*. Telle fut rorigine d'Aquae Sextiœ {Aix)2, véritable sentinelle romaine sur le sol gaulois, en arrière de laquelle se forgeaient déjà les entraves de la liberté celtique , et se faisaient les projets de conquête de la Transalpine (122).

Aussi, vit-on, dès Tannée 118, Martius Narbo conduire à Narbonne la première colonie romaine , et donner son nom à la nouvelle cité ^. -

Avant les Romains, cette ville n'était pas un de ces forts op[)ida (ou places de guerre), dans lesquels les Gaulois s'enfermaient d'ordinaire, pour soutenir la défense de leur indépendance nationale. C'était seulement un emporium, un lieu de commerce, depuis longtemps floiissant ^, où les produits indigènes s'échangeaient contre les denrées de trafic que les Phéniciens apportaient par la mer intérieure. De Marseille , de Narbonne , et de tous les comptoirs grecs de la côte méditerranéenne , ces productions étrangères remontaient les vallées du Rhône, de la Saône et de la Garonne, pour se répandre de là dans toute la Gaule. Ces contrées méridionales devaient beaucoup, en effet, à la civilisation grecque et au commerce phénicien. Alise, Tua des boulevaitls les plus considérables des Gaules, à l'époque de la conquête, était, dit-on, redevable de sa naissance à l'Hercule tyrien, symbole du commerce asiatique*. Une nouvelle Rhodes , aussi , avait tenté de s'établir sur la côte méditerranéenne et d'y conserver, jusque dans son nom , le souvenir de la mère patrie ®. Enfin, qui ne connaît l'origine de la cité massaliote^, la bonne hospitalité du ix)i Nannus , l'accueil fait au Phocéen Ruxène , les amours de la belle Gyptis et les fables gracieuses , qui entourent le berceau de la florissante Marseille ?

1. J. Solin. Géog., 11. — 2. Strab., IV, 1. 5. — 3. Plin;, 111, V. 2; Velleius Patcrc, II, 8. — 4. D'après Pylliéas de Massaiie; es. Nodier, Voy. pilt. en Frarscc, Languedoc, Narbonne. — 5. Diod., IV, 19 ; V, 2i. — (). Plin., 111, V, 2. - 7. Jiislin, XLIII, 3.

Ëmporiuni sous les Gaulois, Narbonne resta emporium sous les Romaius *. Elle fut destiaée , dans l'idée de ses nouveaux maîtres, à contrebalancer rinfluence de leur antique alliée, et, dans leur pensée, elle devait accaparer, à leur profit, tous les éléments de prospérité, qui servaient si bien Massalie.

César fit plus en huit ans (59-50), pour la réduction de la Gaule, que tous ses prédécesseurs en plus d'un demi-siècle. Mais, ce fut Auguste, sm*tout, t|ui y fonda les colonies qui ont le plus prospéré depuis , et les noms de Lyon , de Nîmes, de Dijon ^, d'Âutun , etc., sont ceux des cités, qu'il éleva da»s la Gaule orientale, pour en assurer la pacification^ rinitier aux mœurs romaines, lui faire connaître les arts de ritalie , la maintenir dans le devoir, et encore la protéger contre les agressions étrangères.

De toutes ces cités, Nîmes (Nemausus) est peut-être celle, qui, dans la Transalpine , a conservé les ruines ro* maines les plus belles. Je n'ai pas à parler de sa Maison carrée. Je devrais aussi passer sous silence son amphithefitre, autrement appelé les Arènes. Bâtie, dit-on 3, sous les Antonins (138-161 ap. J.-C.), pour des spectacles à lamode romaine, Cette immense enceinte joua cependant le rôle d'une citadelle sous les Visigoths (472 ap. J.-G.) , et les Sarrasins en firent, à leur tour, le centre de leur résistance contre Charles-Martel (737 ap. J.-C).

Devenue romaine l'an 121, avant lere chrétienne*, Nîmes , la cité des Volces- Arécomiques , fut dotée , par le premier empereur romain, de murailles solides (15), comme le témoigne une inscription latine, que conserve, encore aujourd'hui, la frise de la grande entrée de la ville, la porte d'Auguste *.

1 . 11 est bien entendu qu'elle fut fortifiée par les Romains , qui l'entourèrent de hautes murailles, flanquées de tours carrées. Voy. France hist. et monum., p. 107. Cs. Sidoine Appollinairc, lettre à Consenlius, «arm. XXIIl. — 2. Taylor, Voy. pill. en France, Bourgogne, p. 43. — 3. Nisard, Nîmes, p. 138. — i. Germer Durand, Dict. topogr., Gard., Inlr., p. VI. — 5. Nisard, id., p. 125.

D.JUX autFvis portes romaines subsistent dans cette cité , qui, suivant certains auteurs*, en aurait eu jusqu'à dix. Mais, parmi celles-ci, la porte de France est, avec celle d'Auguste, la seule qui soit bien conservée.

On trouve encore à Nîmes une tour célèbre, la tour Magne, con^ruction qui semble avoir eu également, dans Torigine, quelque destination militaii'e, et qui, paraît-il^, date du temps des Antonins , comme les Arènes.

Les murailles romaines de Nîmes appartiennent à la pi^emière époque de Tère gallo-romaine. Majesté, simplicité, grandeur, tels sont les principaux caractères des constructions, militaires et autres, de cette période, qui commence à Jules César et s'étend jusque sous les premiers successeurs d'Auguste'.

Ces murs se composent d'un blocage de mortier et d'éclats de pierres^, revêtu sur ses faces d'un parement soigné de petits moellons réunis par du ciment,- genre de revêtement que les ingénieurs militaires modernes nomment parements de moellons smllés ou par amses réglées.

Les murailles d'Autun (Augustodttnum) , de la même époque que celles de Nîmes , sont construites de la même manière^.

Plusieurs constructions contemporaines, ou antérieures peut-être, ont leurs moellons d'assises entremêlés de rangées de briques plates , suivant un appareil , qui fut très à la mode chez les Romains du Haut-Empire. Ce mélange existe dans les ruines du château de Salles®, près de Clermont (Auvergne). Les briques, sur trois rangs, y forment de longs cordons, qui s'étendent sur toute la longueur de la construction, et qui séparent, de distance en distance, les assises de moellons en groupes de sept à huit rangées. Ce

1. Ménard, Hist. des antiq. de Nîmes. — S. Batissier, p. 152. — 3. M. de Laborde, t. 1, p. 63, divise la période gallo-romaine en quatre époques: !<> celle d'Auguste; 2o celle des Antonins; 3o celle de Dèce; 4o celle de Constantin. — 4. 'A. Lefôvre, p. liO» — 5. Id. — 6. De Luborde, id.

geare de décoration , premier avant-goût des mosaïques ou marqueteries de pierre, dont Tusage devint bientôt général, pour les murailles des villes fortes, se trouve déjà trèsrépandu dans les monjiments du siôde d'Auguste. ,

La porte dorée de Fréjus (Forum Julii) est encore un bel exemple du mélange des assises de briques et ^ moellons, déjà signalé précédemment en Italie, dans la porte d*Herculanum de Pompéi. Ce monument de Fréjus est particulièrement remarquable par la régularité de ses assises de petits moellons smillés taillés en forme de briques ^ C'est le môme appareil , sauf les briques , que celui de Taqueduc de Jouy-les-Metz, construction connue de tous les ingénieurs militaires et d#nt Foriglne remonte à Drusus', fils de Livie, malgré la tradition populaire, qui en a fait quelquefois Tœuvre du diabl.e lui-même, ou encore celle d'Azita, fille de Noé, en peine de se précautionner contre un nouveau déluge ^.

Ce mélange de la porte de Fréjus constitue néanmoins une exception; car les portes de ville.de Tépoque sont, d'ordinaire , en belles pierres de taille de grand appareil , comme à Nîmes ou encore à Autun , cité romaine qui succéda à Tantique oppidum de Bibracte*. La porte d'Arroux, dans cette ville , est un monument grandiose , mais simple , caractérisant parfaitement le style architectural militaire du moment. « L'appareil en pierres de taille, dit M. de » Laborde'^, est de la plus grande précision; les assises en » sont tellement unies , qu'en bien des endroits elles échap- » peut à la vue, et, nulle part, on ne pourrait faire entrer, » dans les joints, même la lame d'uu couteau. »

Des pilastres corinthiens dans la|)orte d^Arroux*, ionique:»

1. De Laborde, t. I, p. 62. — S. Fils do Tiborinus Nero et de Livie, laquelle, pendant sa grossesse, devint l'épouse d'Auguste. — 3. Lu Franc, iilust., Moselle, p. 10. — A, L'ancienne Bibracte -se trouvait sur le mont Beuvray, à 13 kiiom. 0. d'Autun. Nnp. III, Ilist. de J. César, III, III, VI. - 5. De Laborde, l. 1, p. 70; et pi. X^CXIl. — 6. J. Taylor, Bourgog., p. 148

dans celle de Saint- André ^ sont de puissants éléments de décoration, qui font de ces entrées des places fortes de véritables arcs de triomphe.

Cette fabrique romaine est le perfectionnement de la construction hellénique. On y retrouve tous les caractères ordinaires Êk ce dernier style : les dimensions des pierres , Tégalité des assises , l'assemblage par des coins de bois ou des queues d'aronde de métal , Tabsence de ciment , la précision des joints, la taille soignée, etc., etc.

Introduit à Rome jpar des artistes venus d*Âthènes ^, le le goût grec se développa surtout à Tépoque des premiers empereurs; il se faussa plus tard par l'excès d'ornementation, surtout après Adrien, (117-138 ap. J^-C), empereur architecte, qui, au sentiment de la simplicité , commença à substituer celui de la magnificence et du fini des détails ^. L'art romain n'est que l'heureuse association à des murailles épaisses, crénelées avec soin, de l'arcade à plein cintre des Tyrrhéniens, des pilastres grecs de tous ordres, des frontons,.des attiques, etc. La vue de ces mélanges dus à l'esprit romain, toujours prêt à s'assimiler le bien découvert chez le voisin , a conduit certains auteurs à l'énoncé de cet aphorisme, qui n'est véritablement applicable qu'à l'époque impériale primitive : « Bome a excellé dans la construction » des enceintes fortifiées*. »

Avant de poursuivre , je mentionnerai les établissements fondés sur le Rhin et sur le Danube pour la surveillance des frontières. C'étaient des villes murées, des châteaux forts, des tours de garde, de grands retranchements en ligne continue^.

1. Celte porte, suivant M. de Laborde (t. I, p. 80), est de la 2» époque gallo-romaine (Dcce à Dioclétien, 249-305 ap. J.-C.)- < L'aspect de cette

> porte, dit-il, nous porte à croire qu'elle a été faite sur le modèle de la porte

> d*Arroux , mais par des ouvriers moins habiles et dans une époque , où » l'architecture penchait vers sa décadence. > — 2. Nicard, § 186. — 3. Batissier, p. 152. — i. A. Lefèvrc, Merv. de l'arch., p. 439. — 5. J'engage le lecteur à se reporter à l'excellent ouvrage de M. Max de liing, sur les établissements romains du Rliin et du Danube.

Trêves ( Augusta Trevironim) * , Augsbourg ( Augusta Vindelicorum) ^, la cité des Rauragues près de Bâle (Augusta Rauracorum)^, etc., etc., indiquent assez, par leur nom ' même, Tépoque de leur colonisation.

J'allais oublier de citer la plus ancienne des colonies du Rhin, Yetera Ubianorum, peuplée de vétérans Tan 17 avant l'ère chrétienne*;

Puis Cologne (primitivement Ubium), autre cité des Ubiens , coloûisée 49 ans après J.-G. Elle fut la patrie d'Agrippine, femme de Claude', qui obtint pour elle le nom de Colonia Agrippina. On y trouve encore quelques restes de tours romaines* ;

Goblentz (Confluentes), à la jonction du Rhin et de la Moselle^ ;

Enfin Mayence (Magontiacum) , vieille cité gauloise des Mattiaques, successivement fortifiée par Drûsus, augmentée par Adrien et ruinée par les Alamans (406 ap. J.-C). Elle avait cependant, « grâce à sa colossale b&tisse » , dit M. de RiNG^, résisté jadis aux assauts de Civilis , dans la fameuse guerre des Bataves (70 ap. J.-C).

Il reste peu ou pas de ruines militaires romaines de la première époque, dans ces places fortes les plus anciennes', dont le système de défense se doubla d'abord de lignes de tours et de castels, que Drusus^®, Tibère et Germanicus**, échelonnèrent successivement sur la frontière du nord.

Domitien*^, Adrien et leurs successeurs*^, complétèrent cette organisation protectiice par le grand rempart des Champs décumates, qui, plus tard, s'étendit sur unelon-

1. Colonisée l'an 5 ap. J.-C. — 2. Colonisée Tan li av. J.-C. — 3. Cs. de Ring, t. 1, p. 172. — i. Id., t. II, p. 23. — 5. Id. — 6. Do Ladoucclle, Soc. des Antiq., i. IV, p. 507. — 7. De Ring, t. I, p. 188. — 's. Id., t. I, p. 59, 127; l. II, p. 49. — 9. Le petit livre de M. Ch. Roach Smith, intitulé : « Notes ofthe antiquities of Trêves*, Maypnce, etc., • imprimé à Londres en 1851 chez J. Russel Smith, sera un bon guide pour rétude de ces débris militaires. — 10. Flor., IV, 12. — 11. Tac, Ann., 1, 50. — 12. Front. Stral., l, 3, 10. — 13. Cs.de Ring, t. I, p. 117.

gueur de plus de deux cents lieues depuis Reginum , au coafluent de rÂltmûhl et du Danube , jusqu'au village de PoUy sur le Rhin, situé un peu au-dessous de Cologne *.

Ce rempart célèbre ne fut, dans le principe, suivant Spartien', qu'une clôture de bois (Stipitibus magnis in modum muralis sepis); mais il se continua bientôt par des miirailles de pierres brutes, sans mortier, renforcées seulement, de distance en distance, par des tours fortes mieux maçonnées^.

Mais des fortifications de cette nature, élevées à la hâte » pour maintenir les hommes du nord dans leurs limites n'étaient alors, par rapport aux villes fortes de TEmpire , que ce que peuvent paraître , chez nous , des redoutes de campagne et autres ouvrages passagers et grossiersi comparés aux villes murées. Leur étude ne peut donc, au point de vue du style architectural militaire de Tépoque , nous apporter aucun éclaircissement.

Rome, sous Adrien, ne pouvait encore songer sérieusement à la possibilité d'une invasion de barbares jusqu'au cœur de TEmpire, et les Romains du jour devaient, pendant quelque temps, continuer à orner la Gaule, le pays de leur prédilection , de monuments distingués , de villas magnifiques , de temples superbes, de routes soignées, de canaux, etc., comme s'ils eussent dû jouir éternellement de ce séjour enchanté , que quelques empereurs , dans la suite, devaient préférer à l'Italie elle-même.

Sous les Antonins, la Gaule se couvrit d'arcs de triomphe, édifices grandioses, servant parfois d'entrées aux villes fortes. C'est à ce titre seul que je dois en parler ici. Bien plus que les murailles elles-mêmes , ils subirent les variations du goût. Une grande accumulation d'ornements , une profusion de détails, une tendance à Tabandon des proportions, tels sont les caractères prédominants de cette seconde époque *.

1 . Cet immense retranchement a été eaticTcracnt reconnu et décrit par M. de Iling. — 2. Spart. Hadr., XII. — 3. De Ring, t. I, p. 147. — i. L'arc d'Orange, attribué par quelques-uns à Marc-Aurèle(16l-180ap. J.-C.)

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