‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 14 sur 72 · CONSTRUCTIONS GALLO-ROMAINES · texte numérisé non relu

CONSTRUCTIONS GALLO-ROMAINES

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A la fia du IIP siècle, les murailles gallo-romaines prennent définitivement le cachet original qui les distingue ordinairement de œllesdes époques précédentes ^ L'emploi de la brique se généralise , en ce qui concerne son mélange avec le moellon*; et ce dernier prend la forme d'un petit tronc de pyramide, dont la plus petite base s'engage dans un massif de blocage et de ciment, qui constitue le corps de la muraille, tandis que Tautre base présente sur le parement sa face carrée de 0*^,08 à 0",10 seulement de côté. Les zones horizontales de briques, qui séparent les assises de moellons, de distance en distance , en formant de grands ^cordons sur le parement , se composent d'éléments longs et larges et peu épais, comme le pentadoron ou le tétradoron des Grecs. Ces cordons, qui pénètrent peu profondément dans le massif, ornementent le parement et servent à l'arasement régulier des assises de moellons.

Les Romains importèrent l'usage de ces tuiles plates dams la Gaule, à l'époque de la conquête, pour les substituer aux toits de chaume, les seuls en usage alors dans le pays^. L'épaisseur ordinaire de ces tegulœ varie de 0"',O27 à 0'",034, leur longueur de 0"*,48 à ©"jSÎ et leur largeur de 0",35 à 0™,37, d'après M. Baraillon^. Il y en avait cependant de dimensions plus petites; toutefois M. de Gaumont assure qu'elles ne descendent jamais au-dessous de 0"',31 de longueur et de 0'",22 de largeur':

Quant au mortier en usage dans ces constructions , rien , parait-il , ne lui était comparable , et il devenait aussi dur

ou même à Adrien (117-138 ap. J.-C), servait de porte à la ville (Arausio colonia secundanorum). Sa splendeur même en fiiit Fœuvre d'une époque 8e décadence. Il fut construit après les murailles de la ville, dans une brèche qu'on y pratiqua alors. Voy. Courtet, Rev. arch., 1848, p. 113 et suiv., et p. 209 et suiv. — i. Le Cours d'antiquités monumentales de M. de Gaumont, t. II, p. 159 et suiv., est le travail le plus complet qui ait été fait sur la matière. -^ 2. C'est surtout à partir de GaUien (257-269 ap. J.-C), que ce mode de construction se répand dans la Gaule. — 8. BotUn, Soc. des Antiq., t. III, p. 467. — 4. Baraillon, Acad. des Inscr. — 5. De Gaumont, t. II, p. 161.

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que la pierre elle-même, et, le plus souvent, il était formé d'un mélange de chaux et de briques pUées^ Son épaisseur entre les couches de briques égalait parfois celle des briques, et il en était de même entre les moellons, dont aucuns, dit M. DE Caumont*, « ne sont en contact immédiat, mais ea » quelque sorte incrustés dans le ciment. »

Tels sont à peu près les principaux caractères distinctifs des murailles gallo-romaines de la fin du Haut-Enipire , comme on {Veut le voir encore dans quelques restes des anciennes enceintes de Tours, de Bordeaux (fin du HP siècle), de Saintes, du Mans, de Lillebonne, d'Orléans, d'Angers, etc. (IV* siècle)*. On peut aussi les observer dans quelques ruines militaires à Agen (Aginnum des Nitiobriges)^, à Massencôme près d'Aiguillon (Lot-et-Garonne) ', à la métairie des Châtelliers près de Murs (Maine-et-Loif^)*, à Die (Drôme)^ et encore dans ime multitude de vieilles stations romaines , sur le sol de la France.

Malgré la précipitation, conséquence des temps, avec laquelle la plupart de ces enceintes durent être construites, on y voit parfois reparaître ce goût pour l'ornementation, qui tourmentait les architectes de Tépoque. A défaut de moulures et de leurs ombres , les coi*dons de briques rompaient la monotonie des grands murs. Ailleurs, avec des cubes de pierres variées, on produisait des damiers ou mosaïques, essais de marqueterie lapidaire, qui est si originale dans les murs du Mans®, de Langres^, de Cologne (palais du prétoire) *®, etc.

Et cependant la plupart de ces places fortes n'étaient plus construites alors , comme au siècle d'Auguste , dans le but d'étonner les populatiojns nouvellement soumises par le spectacle des splendeurs romaines. Les murailles des villes

1. De Hibiers, Soc. des Antiq., t. V, p. 317. — 2. DeCaumont, 1. 11, p. 160. — 3. 1(1., pass. — 4. De Crozanncs, Soc. des Antiq., t. Il, p. 371. — 5. Id., p. 393. — % Bodin, Soc. des Antiq., t. Ill, p. 219. — 7. Courlct, Rev. arch., 1847, p. 203. — 8. De Caumont, t. H, p. 356 et pi. XX. — 9. Balissicr, p. 20i. — 10. De Ring, t. H, p. 26.

allaieal devenir nécessaires pour akriter TEmpire conti*e les Barbares , et il fallait se hâter de les élever.

Dans un fossé creusé à la hâte , on jetait précipitamment de grosses pierres, arrachées aux édifices les plus voisins ou enlevées aux ruines les plus proches. Semblables aux murs de Thémistocle^ à Athènes, ceux des ailles gallo-romaines , au IV'' siècle, reçurent dans leurs fondations des fûts de colonnes, des débris d'autels, des pierres sépulcrales, des statues même , mélange de débris d*œuvres d'art d'un autre siècle, que poussaient dans la fosse profonde des mains impatientes de s'enfermer dans une enceinte. Ces amas cydopéens, sans ciment, sans liaisons, constituant néanmoins un enrochement de première solidité, semblable à ceux des digues des ports de mer, recevaient quelques assises de grosses pierres mieux dressées , posées égalemen t h sec; et, c'était^ sur ce soubassement de rude apparence qu'allait s'élever la muraille, formant la chemise de la dté. Gomme il fallait utiliser tous les débris, les éclats, les déchets de toute nature allaient, dans le massif de la maçonnerie , se noyer dans un bain de ciment. L'ensemble se trouvait parementé, au fur et à mesure de l'élévation du mur, par de petits moellons de pierres diverses, que des ouvriers spéciaux choisissaient et taillaient dans les flancs des temples, des thermes ou des amphithéâtres ,, édifices d'un autre âge ^

Dans les pays, où les pierres constituaient un objet de luxe, les Romains , pratiques en tout et toujours, construisaient leurd murailles avec des briques. Les empereurs romains à Trêves n'avaient pas, do reste, exigé d'autres matériaux pour la construction du palais qu'ils y habitèrent après Maximien Hercule^ (296 ap. J.-C). II en fut de même pour les murailles de Toulouse (Tolosa), la capitale des Volces Tectosages, si célèbre par son or de Delphes. Elle fut colonisée probablement vprs la même époque que Narbonne*,

1. Cs. xlQ.Cauinont, t. II, p. l&i et pass. — 2, Lafaille, Hist. de Toulouse, t. 1, p. il.

sa voisine, et le poète ^âusone, qui y avait été élevé, Ta célébrée dans ces vers^ :

Non unquam altricera nostr! reticebo Tolosam Coclilibus mûris quam circuit arobitus ingens.

30. Fortifioationâ romaines en Afrique. — J'aborde sur la côte lybienne, où les Hespérides gardaient si com* plaisamment, sans tours ni murailles, à Taide du dragon de la fable , les fameuses pommes d'or de Jupiter. La nuit la plus noire règne sur l'histoire primitive.de cette contrée, et on n'y trouve d'abord qu'une longue suite de légendes.

C'est Hercule terrassant Antée, roi géant de Mauritanie'; il fonde, dans l'Afrique propre, Gapsa^, que les serpents et et les sables protégeaient à la manière d'un rempart. Il amène de la Perse ou de la Médie les premiers colons de la côte numide ; et ceux-ci , à défaut de cabanes , retournent , sur la plage , la carcasse de leurs vaisseaux *.

Plus loin, Didon, fille de Tyr, jette les fondements de Carthage et inspire à Hiarbas, roi des Numides, ime passion que le prince déclare ne pouvoir apaiser que par la guerre , si la sœur de Pygmalion refuse le partage de sa couche*.

Que nous importe la valeitr de ces fictions mythologiques ou de ces légendes 7 Elles suffisent pour nous dévoiler l'origine de la civilisation africaine , venue à la suite de Grecs ou de Phéniciens, désireux d'étendre leurs relations commerciales. Tous les progrès leur sont dus ; car les indigènes eussent toujours été incapables de les produire seuls.

Sauvages, grossiers, non vêtus ùu mal couverts, se couchant en plein air, vivant de rapines , ceux-ci possédaient à peine sur le bord des rivières quelques tours , destinées

1. Auson., Cit. célèb.,,XII. Ausone naquit Tan 299 de notre ère et vécut 84 ans. — 2. D'après le témoignage d'Eusèbe, cette expédition phénicienne serait contemporaine de la guerre de Troie (1184). Voy. Lacroix , Univ. pitt., Numid., p. 7. — 3. Flor., IIl, 2. Cette ville est aujourd'hui Gafsa en Tunisie. Cs. PouUe, Ann. arch. de Constant., 1863. — 4. Sali. Jug..XVIlI. -5. Just.,XVlll, 6.

à receler le produit de leurs brigandages ^ Les moins rudes tressaient des huttes de jonc et d'asphodèle, transportables comme des tentes'. Les plus intéressants se distinguaient par leur- malpropreté habituelle', leur impudici^ légale^, ou la coquetterie criminelle de leurs fenmies'. Seuls, les Lybiens, à l'ouest du lac Triton, semblent s'être fixés plus vite que les autres, si l'on en croit Hérodote*, qui déclare qu'ils étaient laboureurs et habitaient des maisons. Là, suivant Diodore^, au sein du pays des Atlantes, les plus civilisés de toute l'Afrique septentrionale, florissait une cité splendide, la fameuse ville de Cerné. Elle fut assiégée par Myrina, reine des Amazones de Libye, qui y conduisit cinquante mille de ses guerrières , bien avant la guerre de Troie, dit-on. La ville prise, les mâles furent passés au fil de l'épée et les femmes et les enfants emmenés en esclavage purent, en quittant leur patrie, voir s'écrouler, sous les coups du vainqueur, les derniers pans de murailles de leur magnifique cité.

On rechercherait vainement, sanis doute, auprès du lac Triton , les traces de l'architecture ceméenne , qui n'exista probablement jamais que dans l'imagination de ces poètes historiens, dont parle Diodore. Les ruines lybiennes sont, du reste, très- rares, et l'histoire monumentale, comme la tradition écrite, est presque nulle, en Afrique, jusqu'aux beaux jours de Carthage.

Alors Utique, Adrumète (Soussa), les deux Leptis, Hippo regia (Bône), Igigellis (Djigelli), etc., étaient des comptoirs phéniciens ^. Carthage s'élevait au-dessus de tous ces emporia du littoral et dominait, sur toute la côte, depuis l'autel des frères Philènes jusqu'aux colonnes d'Hercule. A son début, elle avait trouvé les populations africaines encore nomades; et ce fut sous son influence, certainement, qu'une

i. Diod., III, 48. — 2. Hérod., IV, 190. — 3. Les Asymachides , Hérod., IV, 168. -^ 4. Les Nasamons, Hérod., IV, i7i. — 5. Les Gindanes, Hérod., IV, 176. — 6. Id., IV, 191. — 7. Diod., III, 53. -^ 8. Dureau de la Malle, Prov. de Gonst., p. 6.

partie des peuplades errantes songea à se construire de véritables cités.

Le style punique militaire , nous le connaissons déjà ; je Tai signalé dans les plus vieux murs de la Byrsa de Carthage; il se retrouve, dit-on, dans quelques restes^ de la plus célèbre des cités numides , Girta , la moderne Gonstantine^

« Les murailles (de Gonstantine) qui subsistent encore , » dit M. Tezier', sont dç trois époques: U première, que » Ton doit fai^ remonter aux rois numides , présente un » appareil d'une pi*écision merveilleuse, en pierres de » grand échantillon, irréguUères, mais par assises réglées. »

Le cachet de cette architecture est aussi bien grec qn^ punique. Faut**il en attribuer le mérite aux Grecs que Massinissa' attira dans sa ville, ou doit-on le reporter aux anciens Numides eux-mômes? Qu'importe, puisque, grecque ou punique , les formes en étaient à peu près les mêmes, comme on l'a vu précédemment, à propos de Garthage.

Girta, nommée par les Arabes la viUe de l'air, se trouvait dans une position unique au monde. Qui n'a, en effet, entendu parler de Tiûimense crevasse qui lui sert de fossé et au fond de laquelle bouillonne le RoumelTNe sait-on pas aussi, qu'au point où son torrent protecteur l'abandonne, elle domine une immense vallée, qu'elle laisse à plus de trois cents mètres au-dessous d'elle? Gette forteresse n'est abordable que par une langue de terre fort étroite, qui la relie au reste du pays. On peut dire , sans paradoxe, que c'est à sa situation exceptionnellement forte qu'elle dut l'honneur -d'avoir été si souvent attaquée; car tous les conquérants ont pensé que leur victoire, en Afrique, ne pouvait être complète, sans la possession de cette ville.

A l'époque des premières guerres puniques, la Mauritanie

1 . J*ai le regret d'être passé bien près de ces antiques débris , sans les avoir soupçonnés. — 2. Texier, Alg., Rev. arch., 1846, p. 732. -— .3. Slrab.,XVII.

et la Numidie étaient encore partagées en une foule de petits États soumis à des chefs particuliers. Rome, en peine de ruiner Tinfluence carthaginoise en Afrique , dut même compter avec eux , et faire tous ses efforts pour gagner à sa cause chacun de ces roitelets ^ La réunion des petites agglomérations nimiides se fit néanmoins à la longue , et après la mort de Syphax, Massinissa devint le grand chef de toute la Numidie (203).

Girta brillait au-dessus de toutes les villes^ des anciens rois numides , et autour d'elle se groupaient d'autres places très-fortes, Zamia-regia^, Bejà*, Thala*, Capsa*, Sicca*, etc., qui coûtèrent tant d'efforts à MételluB ou à Marins dans la guerre de Jugurtha. La plupart de ces cités étaient à la ibis fortifiées par la nature et par Tart, et Ton sait les terribles assauts que les Romains leur livrèrent , ou les stratagèmes qu'ils durent mettre en usage pour parvenir à s'en rendre maîtres.

La Numidie et la Mauritanie, réduites en provinces romaines , la première par César (46) , la seccmde sous Qaude (42 ap. J.-C), reçurent à leur tour les faveurs du peuple roi. Devenue le grenier de Rome, l'Afrique ne pouvait manquer d'être de sa part l'objet d'un soin tout particulier; car, non-seulement il faDait en assurer la libre possession , mais il était encore nécessaire que les nouvelles colonies ne laissassent rien regretter de leur patrie aux vétérans, qu'on y transportait, pour y faire la garde des établissements créés.

i. Tit. Uv., XXIV, 49. — 2. Sali. Ji^., LVl. Les Romains de Méteiius y furent reçus par des blocs de pierre, des pieux enflammés, enduits de poix et de résine et mille autres projectiles. Le général romain leva le siège (108). — 3. Sali. Jug., LVIL ~ i. Id., LXVIl. Succomba après 40 jours de siège, par Mètellus. L'absence d*eau dans un rayon de 50 milles, et l'aridité de la plaine environnante en faisaient une place très-forte. — 5. Sali. Jug., LXXXIX. Située dans des conditions analogues à celles de Thala. Marins, après l'avoir prise, jugea qu'elle était trop difficile à garder. Il la rasa et vendit ses habitants à l'encan. — 6. Fut la première ville numide qui se rendit à Mètellus. '

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