‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 15 sur 72 · CONSTRUCTIONS -ROMAINES D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTIONS -ROMAINES D'AFRIQUE

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» époque de décadence, et cependant ils sont tous construits «avec de belles pierres de taille de 0^,80 à l'",20 de » longueur, sur 0"*,60 à 0",40 de hauteur. Les assises sont » égales, les joints se correspondent bien; c'est presque le » grand appareil régulier. »

En résumé , les fortifications du premier ' Empire , en Algérie, montrent, par un certain cachet de grandeur, toute la confiance que les Romains possédaient alors dans Tavenir de leur colonie, déjà si riche et si florissante. Rome s'était habituée à la considérer comme son grenier, et , sous Vespasien, le retard , à la suite de vents contraires , de la flotte d'Afrique portant des blés , suffisait pour mettre la ville en alarmes ^

L'apparition des Vandales apporta lé trouble dans ces régions, que Rome n'eut pas le temps de protéger. Il ne lui resta que les quelques coins de terre, que les barbares daignèrent lui abandonner par des traités. La mort de Valentinien III (455 ap. J.-C.) fut le signal de la retraite générale des Romains, et toutes les tentatives de Majorien* et de Léon le Grand 3, pour reconquérir le terrain perdu, échouèrent successivement^.

Le pays resta vandale ou maure jusqu'à Justinien (535 ap. J.-C); ce qui rend brusque la transition entre l'art véritablement romain et l'art byzantin.

Inhabiles dans l'attaque des places, les Vandales pensaient que celles-ci pouvaient devenir, pour leurs ennemis , les points d'appui de leurs retours offensifs, a Aussi, maîtres » des villes, dit M. le colonel de la Barre Duparcq*, s'em- » pressaient-ils d'en abattre les murailles , erreur déplo- » rable , qui contribua au prompt renversement de leur » puissance , autant au moins que la mollesse de leurs » descendants. » Pensée que devraient bien méditer, à l'oc-

1. Tac, Hisl., IV, 38. — 2. Empereur d'Occident (457-461 ap. J.-C). — 3. Empereur d'Orient (457-474 ap. J.-C). — 4. Cs. Yanoski, Vand., Univ. pitt., p. 14 et suiv. — 5. De la Barre Duparcq, Art de la guerre, p 219.

casion, quelques-uns de nos folliculafres ou de nos bons bourgeois, si prompts, d'ordinaire, à mépriser les places fortes !

Avant de quitter le pays, je signalerai quelques constructions militaires à Tefaced (Tipsesa colonia). Elles rappellent les murs de forme de la plaine de Tarente et sont faites de béton et de rangs de briques ^ comme dans les appareils gallo-romains du IV* siècle. Les restes d'une portion d'enceinte romaine , à Philippeville (Rusicada) , visible encore à Fépoque de Texpéditicîn du général Vallée, comportaient aussi remploi des assises intercalaires de briques. «* Le paa » de mur encore debout, disait M. le capitaine du génie » DE Marsilly ^, aujourd'hui général , est composé d'un » massif de maçonnerie de moellons, coupée par des chaînes » de pierres de taille et par des assises horizontales en » briques, de manière à dessiner une série de carreaux. »

G*est en suivant pas à pas V Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger, et en se reportant aux recueils spéciaux, que publient annuellement les savants archéologues, de nos trois provinces algériennes, qu'on fera, avec le plus de fruit, l'étude des établissements romains du nord de l'Afrique. Les synonymies géographiques sont, aujourd'hui, suffisamment établies pour qu'il n'y ait, dans ce travail, aucune difficulté 3.

L'Afrique proconsulaire a été aussi, depuis quelque temps, l'objet de recherches spéciales, et on a visité de nouveau les ruines de Garthage. Après sa destruction par Scipion (146), Caïus Gracchus y conduisit une colonie romaine (112), qui oublia le delenda Carthago de Gaton^, et s'établit sur le sol de la vieille cité punique, qui prit le nom de Junonia^. La nouvelle cité, enclose seulement d'une palissade, abrita bientôt Marius, proscrit par Sylla (87)®;

i. Leclerc, Rev. arch., 1850, p. 553. — 2.' De Marsilly, Ann. arch. de Const., 1853. — 3. M. Féraud a entrepris, dans les Annales archéologiques de Gonstantine, l'histoire des principales villes anciennes de la province. — 4. Piin., XV, 20. — 5. Plut., G. Grac, XL. — 6. V. Palcrc, II, 19.

elle n*était encore alors qu'une agglomération de mauvaises cabanes ; mais elle reconquit bientôt son antique splendeiiiL\ César* et Auguste^ y envoyèrent tour à tour de nouveaux colons qui l'appelèrent Colonia Carthago. Pomponius Mêla, dans sa Degcripiion de la terre, vantej'opulence de la seconde Carthage^; Adrien y lit redresser, en belles pierres de taille, un magnifique aqueduc d'origine punique^, et ne put résister au désir de lui donner son nom , Hadrianopolis , dont Ciommode la dépouilla bientôt. Il lui offrit en échange celui de Alexandria Commoda Togata, croyant sans doute lui faire beaucoup d'honneur'. Enfin , Théodose le Jeune fit relever les anciennes murailles (424 ap. J.-C.)*. L'empereur ne pouvait alors soupçonner la venue des Vandales jusqu'en Afrique ; mais il pensait , sans doute , que l'Empire romain commençait à s'étouffer sous la pression des invasions , et qu'il devenait nécessaire de lui créer de solides points d'appui, pour étayer sa faiblesse.

Dans cette restauration , on respecta autant que possible le plan punique , et on se servit des anciennes murailles comme de soubassements solides, sur lesquels s'élevèrent les nouvelles constructions. « Siu* certains points, dit » M. Beulé^, les soubassements puniques étaient trop n ruinés pour servir. Là^ il fallut tout détruire et réédifier » sur le rocher. »

« De Carthage à la Petite-Syrte, dit Pomponius Mêla®, les » seules villes qui méritent quelque attention sont Adru- » mète, Leptis, Glupée, Macomade, Thenée et Neapolis. » Je ne dirai rien de ces cités peu connues. Je nommerai seulement encore , dans la Proconsulaire , Thagaste , patrie de saint Augustin, aujourd'hui Souk-Arras, petite forte* resse de la circonscription de Bône ; puis Madaure , patrie d'Apulée, actuellement Mdaourouche. « Je ne rougis pas de

1. Strab., XVil ; Plut., Ces., LXIII. — 2. Dion Cassius. — 3. P. M^Ja, I, 7.-4. Cs. Yanoski, Carth., Univ. pitl., p. 148. — 6. Id., p. 152. — 6. W. r^ 7. Bculé, Carth., Rcv. arch., 1859, p. 175. — 8. P. Méla,I, 7.

».ma patrie, dit rauteur de V Apologie*; £lprès avoii* été » donnée à Massinissa par le peuple romain, elle fut repea- » plée plus tard par des vétérans et devint une colonie très- » florissante. »

Je franchis d'un pas rapide la Byzacène et la Tripolitaine, si complètement étudiées par M. Pélissier , dans ses Lettres à M. Hase^.

Je traverse aussi à la hâte la Cyrénaïque romaine, ea prenant seulement le temps de nommer Adriana , retrouvée par M. Letronne^, après avoir si longtemps désespéré les géographes. Dans Tesprit d'Adrien, cette place devait relever le pays, ruiné par les insurrections. Mais l'empereur comptait alors sans les Mazikes et les Ausuriens, peuplades africaines , qui ne cessèrent de désoler le pays , depuis le règne d'Arcadius jusqu'à Justini^n (398-540 ap. J.-C). Ils vinrent même assiéger Cyrène, et Wvêque Synésios s'écriait alors dans sa douleur* : « Romains , vous possédiez jadis. la » Pentapole ; aujourd'hui il faut la rayer de la liste de vos

» provinces Rien n'a arrêté les bai'bares, ni les mon-

»tagnes, ni les forts Qui voudrait énumérer les

» châteaux qu'ils ont démolis ?... La Pentapole est perdue ; » je n'ai plus de patrie. »

Enfin, j'arrive à l'Egypte. Les Romains y continuèrent les traditions des Ptolémées, mettant même souvent la dernière main aux ouvrages commencés par ceux-ci. La possession de l'Egypte, comme celle de l'Afrique, était précieuse poiu: Rome , qui lui demandait une partie de son alimentation. Auguste en fit faire la garde par trois légions, chargées d'y assurer la tranquillité. L'une d'elles tenait garnison dans la Babyjone du Nil (Kasr el Chama). Des ruines romaines très-imposantes existent encore, aujourd'hui, sur l'emplacement de cette cité. « On reconnaît à

1. Apulée, Apol., collect. Nisard, p. 217. — 2. Pélissier, Rev. arch.. 1816 et suiv., passim. — 3. Lelronne, Rev. arch., 1848, p. 279. — A. Synésios, Catastase; es. d'Avczac, Afriq., Univ. pitt., p. 127 el suiv.

» première vue, dit M. de Bois Atmé', qu'une partie de > Feucelute est de ooDstructiiHi romaine; des portions de » murs en pierres de taille, d'antres formées d'assises alter- » natives de moellons et de grandes briques, enfoncées » dans des couches épaisses d'un mortier de pouzzolane, la » distinguent de la partie moderne, qui a été construite » avec moins de soin, et où Ton a employé de mauvais 9 matériaux. Dans les endroits ou le mur est par Rassises » alternatives de pierres et de briques , les assises de pierre » ont ordinairement 0*,90 de hauteur et ceUes de briques 9 moitié moins. » (Ce que M. de Bois AmÉ nomme assise est la réunion de plusieurs rangées.)

Adrien voulut faire plus que tous ses prédécesseurs; il construisit une ville neuve de toutes pièces, sur les ruines de Tancienne cité égyptienne, Bésa. Elle prit le nom du favori de l'empereur et fut appelée Aniinoé. C'était, pour Le prince, une belle occasion d'incruster son cartouche sur des pierres égyptiennes. Les murs d*Antinoé furent faits de briques mélangées de quelques chaînes de pierre de taille ^.

Marc Aurèle , Septime Sévère visitèrent aussi TÉgyplc ; le pays était désolé par les insurrections ; et Dioclétien se vit forcé d'en refaire la conquête. Ixîs dissensions religieuKe.4 achevèrent son affaiblissement. Enfin, l'édit de Théodose fut son arrêt de mort (381 ap. J.-C). L'Egypte, ainsi réglementée, perdit à la fois ses traditions et son repos, et les décrets des empereurs byzantins restèrent impuissants à y ramener la tranquillité , troublée par les séditions ; la peste et la famine ajoutèrent encdre à la désolation générale ; de sorte qu'il ne fut pas difficile à Amrou d'y établir l'islamisme (641 ap. J.-C).

31. Fortifications byzantines. — Constantin, désireux de donner son nom à une grande ville , s'arrêta sur le Bosphore (328 ap. J.-C), et ferma d une muraille, allant d'une mer à l'autre^, la presqu'île , au fond de laquelle s'élevaient

1. Égyp., Ant. Descr., ch. XV. §1.-2. Id.. ch. XIX. — 3. Zosiin., II.

les riûDes de la Tieille cité grecque de Byzance^ renversée par Septime Sévère (197 ap. J.-C.)*.

Située dans une position topographique adnûrable, Gon^ stantinople devenait TcBil de l'Europe, fixé sur les Goths et les Perses, alors les principaux ennemis de l'Empire.

Baignée de trois côtés par les eaux, cette ville n'était accessible par la terre qu'à l'occident; et là, des murailles la protégeaient contre les coups de main.

Ces murs n'étaient sans doute pas inférieurs à ceux de Chalcédoine, situés en face, et dont Ck>nstantin lui-même avait déjà fait poser les premières assises, quand il se décida à transporter sa capitale de l'autre côté du Bosphore. Il s'était rappelé, un peu tard, ce mot célèbi'e de Mégabaze, lieutenant de Darius , fils d'Hystaspe : c Ils étaient donc » aveugles, les Ghalcédoniens ; autrement, comment, ayant » le choix entre deux sites, lun très-beau, l'autre nullement » agréable, auraient-ils pris ce dernier? » On venait dédire à ce général perse que les Ghalcédoniens avaient fondé leur ville , dans le pays, dix-sept ans avant les Byzantins^.

G'étaient ces murs de Ghalcédoine que Valens avait juré de raser, parce qu'ils avaient abrité Procope de Gilicie, dans sa révolte contre l'Empire. Gomme ceux de Tantique Byzance, « ils étaient de la plus belle structure, bâtis de » larges pierres carrées »^. En un mot, c'étaient des murs grecs. Valens donna l'ordre de les démolir; mais, s'étant laissé fléchir par des prières, il se contenta, pour être fidèle à son serment, d'en faire abattre quelques portions. « Il y » fit' faire plusieurs brèches , ^u'on referma de blocage. » Tel était, du reste, le mode de réparation, qui allait être mis si souvent en pratique, pendant toute la période byzantine.

1. Les murailles de Byzance étaient très-renommées. Zonare rapporte que leurs parements étaient composés de pierres carrées , réunies par des barres de fer. Voy. Zonar., Const. Jean Xiphiiin prétend que les pierres étaient entremêlées de pièces de bois, attachées avec du cuivre. Voy. Xipbil., Sévèr. — 2. Sévère rest:iiroisans devant Byzance. — 3. Hérod., IV, 144, trad. Giguet. — 4. Lebcau, Uist. du Bas^Ëmp., t. IV^ p. 92.

Valentinlen P' venait de fortifier les places du Rhin, dans la crainte des Allemands. Il complétait la défense de ses limites , par des tours et des fortins , élevés de distance en distance, depuis la Rhétie jusqu'à TOcéan germanique

(369 ap. J.-C.)^

Yalens , aussi , inquiété par les Goths , que poussaient les Huns , avait ordonné d'élever de nouvelles forteresses sur le Danube, et de réparer celles qui en gardaient les passages. La brique , la chaux , la pierre , étaient employées à ces ouvrages , qui coûtaient très-cher, parce que les maté-r riaux venaient de fort loin ^.

Mais ces princes comptaient également sur un autre moyen de protection, qui leur fut fatal. Ils songèrent à user des Barbares contre les Barbares. L'empereur d'Occident appela à lui les Bourguignons, pour faire la guerre aux. AUemands (370 ap. J.-C.)».

Six ans plus tard, son frère, à l'Orient, autorisait les Visigoths à franchir leurs limites. Il se vit immédiatement forcé dp refuser la même faveur aux Ostrogoths (376 ap. J.-C.)^

La nation des Goths tout entière ne «tarda pas à se trouver sous les murs de Gonstantinople (378 ap. J.-C), après la sanglante bataille d'Andrinople, et malgré la belle résistance que fit cette viUe aux nouveaux envahisseurs. « Le courage » les abandonna tout à fait , dit Ammien Marcellin , en 9 voyant de loin l'immense circuit des murailles de Gon- 3> stantinople , et le développement prodigieux des quartiers, » et leurs magnificences inaccessibles, etc... Ils détruisirent T> leur appareil de siège, après avoir perdu plus d'hommes » qu'ils n'en avaient tué , et tournèrent à la débandade vers » les provinces du Nord , qu'ils traversèrent sans être » arrêtés* » (378 ap. J.-C.).

Telle était la ville , que Théodose le Grand allait encore

i. Amm. Marcel., XXVIII, 2. — 2. Themist., Or., 10. — 3. Aram. Marcel., XXVIII, 5; — i.Jd.. XXXI, 4. — 5. Id., XXXI, 16, trad. N isard.

fortifier par de nouveaux ouvrages , dont la vue excita l'admiration d'Athanaric, roi des Visigoths* ; quand, chassé par Fritigerne, ce prince vint, à Gonstantinople, solliciter Thospitalité de Tempereur d'Orient (381 ap. J.-rC.)^. « Le roi » barbare qui n'avait vu, jusqu'alors, que les forêts et les » cabanes des Goths , ne put considérer sans étonnement la » situation de cette ville, la hauteur de ses murs, etc. * »

La cité devint si florissante que Théodose le Jeune (413 ap. J.-C.) dut, à son tour, l'agrandir. On démolit les anciennes murailles et on les reporta en avant ; Anthémius fut chargé de la reconstruction^. Ce n'était pas assez pour garantir la sécurité de cette grande ville ; Théodose la ût encore border d'une muraille du côté de la mer (438 ap. J.-C.)'. Cirus exécuta ce travail, avec tant d'habileté et de promptitude, que l'empereur lui-même fut jaloux de l'admiration du peuple pour cet ingénieur, a Constantin a fondé » la ville , criait-on dans le cirque de Constantinople , et » Cirus l'a agrandie et embellie •. » L'ingénieur, forcé d'entrer dans les ordres, pour calmer l'irritation du prince, devint, depuis, évêque de Smyme.

Neuf ans plus tard (447 ap. J.-C.)^, un tremblement de terre renversait les murs bâtis par Anthémius, et, avec eux, cinquante-sept tours. Les factions bleue et verte du cirque se piquèrent d'honneur pour les relever, et, grâce à la rivalité qu'elles déployèrent dans tette œuvre de reconstruction , Constantin, préfet du prétoire, termina l'ouvrage en soixante jours.

Il n'était, du reste, que temps d'en finir; car Attila s'avançait, ne laissant debout aucune ville forte. Cependant, a dans la désolation générale , » dit M. Lebeau ®, la petite place d'Asemonte ® « osa seule résister et fit voir qu'il eût

1. Amm. Marc, XXVII, 5. — 2. Id. — 3. Lebeau, Hist. du Bas- Emp., t. V, p. 46. — i. Id., t. VI, p. 4U. — 5. Socr., VII, 46. — 6. Zonar., Théod. le J., éd., Cousin, t. II, p. 510. — 7. Lebeau, Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 195. — 8. Id., p. 207.— 9. Située entre la Thrace cl rilivrie.

C0NSTRUI:TI0NS byzantines D'AFR[QUE.

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