‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 16 sur 72 · L.,WX!SU^A · texte numérisé non relu

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» été facile de se défendre contre les Huns, si TEmpire eût » été peuplé d'habifants aussi courageux » (448 ap. J-C). Nous avons vu, dernièrement, des villes médiocres faire des résistances semblables à des ennemis analogues. ^Tanl; il est vrai qu'une forteresse, même la plus petite, a toujours une grande valeur, quand elle est doublée de citoyens disposés à tous les sacrifices I

Les Huns s'éloignèrent, grâce à la fermeté de Marcien ; mais ce prince ne put empêcher quelques familles de Barbares de s'établir dans l'Empire. Les barrières en étaient forcées I (450-457 ap. J.-C.)^

Anastase, en prenant la pourpre (491 ap. J.-C), trouva le pays exposé à tous les dangers. Les Sarrasins ravagèrent la Mésopotamie, les Bulgares désolèrent la Thrace (498-502 ap. J.-C); enfin les Perses, éternels ennemis des Romains, à rOrient, recommencèrent la guerre.

Avant d'étudier les fortifications, que les Byzantins opposèrent à ces derniers , jetons un coup d'œil rétrospectif sur leurs luttes avec les Romains.

Ceux-ci reprochaient aux Parthes la défaite de Grassus (54)'; et, depuis lors, les disputes se continuaient. L'objet ordinaire de la querelle était l'Arménie , dont les deux peuples revendiquaient le droit à la tutelle.

Malgré les projets de Jules Gésar^, les expédittons d'Antoine (36-37)S les conquêtes de Trajan (114-117 ap. J.-C.)«, les renonciations d'Adrien (118 ap. J.-G.)*, les rigueurs de L. Yérus contre Séleucie et Gtésiphon^, les contestations se poursuivaient et les deux ennemis franchissaient TEuphrate tour à tour (161-169 ap. J.-G.).

Les empereurs Africains mirent toutefois un pied plus sûr dans la Mésopotamie. Septime-Sévère châtia Gtési-

i. Ostrogoths, en Pannonie; Sarmates et Hernies, en lUyric; Huns, dans la Scythie et la Basse Meesie; es. Lebas, Hist. Moyen-Age, p. 99. — 2. Plut., Crass.; Dion. Cass., XL. — 3. Plut., Ces., LXIV. — i. Plut., Antoine; Flor., ÏV, 10; VcU., Patcrc, U, 82. •- 5. Aurél. Victor. — 6. Spart. Adr., V. ~ 7. J. CaDitoL. Yérus, Vlll.

phon*, à cause de Tappui donné par les Parthes à Pescennius Niger, sgn ancien compétiteur à la pourpre; il mit, en revenant, une colonie romaine dans Nisibe^. Caracalla incorpora rOsroène dans l'Empire efr en fit une province '. Jusque-là les villes fortes de la contrée, Édesse -•, Carrhes *, Batnes, etc.,. subissaient continuellement toutes les vicissitudes de la fortune romaine, passant tantôt des mains des Pai-thes à celles de leurs ennemis et réciproquement.

Sous les princes Syriens, le royaume des Arsacides s'écroula, faisant place à la dynastie Sassanide (226 ap. J.-C). Les nouveaux rois songèrent à rétablir l'ancien Empire de Cyrus et firent valoir lem^s prétentions par les armes. Néanmoins, malgré trois victoires des Perses sur les forces divisées d'Alexandre Sévère, Artaxerxès resta impuissant à reprendre aux Romains les contrées revendiquées*, et Alexandre Sévère put profiter de sa présence en Arménie pour doter Amide (Diarbekr) du titre de colonie romaine ^. 11 revenait ensuite à Rome et s'écriait en plein sénat : a Nous sommes restés en possession des terres interfluviennes » (Mésopotamie) » (232 ap. J.-C).

i. Spart., Sept. Sévèr., XVI. — 2. Opperl. t. I, p. 60. Nisibc. déjà célèbre dans Ips annales assyriennes (Oppert, id.), restaurée par Séleucus Nicator (vers 293), était, depuis, passée successivement aux mains des Arméniens (149), des Romains de Lucullus (68) (Plut. LuculL), des Parthes de Suréna, lieutenant d'Orode (53). Trajan l'avait ensuite reprise (116 ap. J.-C.)* — 4. Édesse, capitale de l'Osroène, dut souvent son saJut à un oracle, qui déclarait que les Perses ne réussiraient jamais à forcer ses murailles. Les rois des Perses s'arrêtèrent parfois devant la place, sans oser Fassiéger, gr&ce à la foi superstitieuse qu'ils avaient dans cette protection divine; témoin Gayade (503 ap. J.-C). La ville possédait de bonnes murailles grecques, du temps des Séleucides, sans doute. — 5. Carrhes, qui est, peut-être, la Haran d'Abraham (Génès., XI, 31), servit de point d'appui à Grassus, dans sa malheureuse retraite, après la victoire de Surèna. — 6. Lamprid., Alex. Sévèr., LV et suiv. — 7. Comme Nisibe, cette place est citée dans les inscriptions assyriennes; es. Oppert, t. I, p. 51. Jusqu^au règne de Constantin, elle fut de faible importance : c Civitas (lerquam brevis », selon l'expression d'Ammien Marcellin (XVUI, 9).

Le premier des Sassanides, en mourant, légua à Sapor P', son fils, ses projets de conquête.. Ce prince vit alors TEmpire romain livré entièrement à la dernière des anarchies, celle des armées. Les empereurs presqu'aussitôt égorgés qu^élevés, se succédaient rapidement sur le trône des Césars. Ainsi passèrent les deux Gordien, Balbin, Puppien et le Goth Maximin (235-238 ap. J.-C).

 la faveur de la désorganisation impériale, le roi des Perses franchit TEuphrate, après avoir pris Nisibe et Carrhes; puis, pénétrant en Syrie, il avait déjà rangé Antiochç sous sa loi, quand Gordien III, aidé de son précepteur Misithée, fut assez heureux pour le forcer ^ rentrer dans ses États (242 ap. J.-C.)<.

Les mêmes incursions se reproduisirent sous Valérien (253-259 ap. J.-C); et, toujours, les garnisons romaines abandonnaient les places de la Mésopotamie, sans doute parce qu'elles étaient trop mal remparées ou peu soutenues en arrière. L*empereur, après avoir délivré Antioche et avoir essayé de porter à Ëdesse le secours qu'elle réclamait, fut assez simple pour se confier à la bonne foi de ses ennemis. « En sa personne, dit M. de Chateaubaiand ^, furent » expiés la honte et le malheur de tant de rois humiliés au » Capitole. Enchaîné et revêtu de pourpre, il prétait sa tête, » son cou ou son dos, en guise de marche-pied à Sapor, » lorsque celui-ci montait à cheval. Sapor croyait à tort fou- » 1er la puissance ; l'Empire persan ne s*était pas élevé; c'était » TEmpire romain qui s'était abaissé. »

Grâce à Odenat^, l'époux de Zénobie, et l'un des trente tyrans, le territoire romain fut encore une fois sauf; mais la conquête de Carrhes, de Nisibe et d'une partie de l'Orient n*avait été faite par ce psince qu'au profit de sa maison ; et Aurélien dut venir, à son tour, en disputer la possession à la trop célèbce reine de Palmyre, que le vainqueur fit traîner derrière son char de triomphe', après avoir détruit sa capitale.

1. J. Capitolin, Gordien, XXV. — 2. Ghateaubr., Etud. hi'st., I, 2. — 3. Treb. Pollion, "Gall. père, X; id., Trente tyrans, XIV.

Diodétien, pour surveiller de plus près les opératioDS de ses armées, s'installa à Antioche. G*est alors qu'il fit compléter les fortifications de Nisibe^ et que, pour parer à toutes les éventualités et s'opposer à une nouvelle marche sur la capitale de la Syrie, il ordonna de couvrir toute TEuphratèse de nombreux ouvrages défensiCs en terre ^. On se contentait en ce moment, faute de mieux, de demander secours aux moyens les plus expéditifs, tant était grande la désorganisation de TEmpire. Narsès, vaincu par Dioclékien, céda aux Romains toute la Mésopotamie et cinq provinces au delà du Tigre (297 ap. J.-C). La paix signée avec Diodétien dura 40 ans, jusqu'à Sapor II (337 ap. J.-G.)i qui fit rédamer à Constantin les provinces cédées jadis par Narsès et attendit la mort du grand empereur byzantin, pour se jeter sur les possessions de TEmpire.

Grâce sans doute à la longue paix, dont on venait de jouir depuis Diodétien, les places fortes de la Mésopotamie se trouvaient dans un état fort pitoyable. Gar, à Tapprodie de Sapor, la plupart d'entre elles furent abandonnées de leurs garnisons, les soldats n'osant se confier à leurs murailles. Gomme toujours, la ville de Garrhes, mauvaise bicoque, fut la première délaissée par les légions, qui coururent s'abriter au delà de l'Euphrate, derrière des forts de terre, surmontés de palissades fprœacutm 8udes}i En même temps, dit âhmien Marcellin ', les Romains incendiaient toutes les moissons» de manière à enlever à l'ennemi ses moyens de subsistance ; puis, ils faisaient replier les habitants des campagnes et leur bétail vers les villes au delà du fieuve.

Pendant cette guerre, Gonstance fortifia la ville d'Âmide (341 ap. J.-G.). La place fut dotée de murailles magnifiques dans le style romain : « On admire encore aujourd'hui » comme des merveilles, les murs de Diarbekr (Âmide), » dit M. Offert *. Les différents assauts qu'Amide eut à supporter sous Sapor sont décrits dans Ammien ; et n'eût-on pas

i. O^rt, t. I, p. 60. — 2. Procop., Édif., II, 8. — 3. Amm. Marcel., XYIIÏ, 7. — 4. Oppert, t. 1, p. 51.

de vieux restes encore debout -de cette cité importante, on poiu'rait, rien que par les récits de l'historien, s'édifier sur la valeur de ses défenses, après leur restauration par Gon-» stance. Le roi des Perses,- malheureux dans ses tentatives sur Nisibe, venait de tourner ses armes contre Âmide. La viUe fut prise au moyen de terrasses, que les Perses appuyé* i*ent contre les murs ; mais ils n'entrèrent toutefois dans la ^lace qu'après avoir ^rdu 30,000 des leurs en 273 jours/^ Ce ne fut donc (pïxxn succès relatif ; aussi Sapor s'en vengeat-il immédiatement sur Singare et Bézabde, deux autres villes romaines de la Mésopotamie.

Les murs de Singare, tout frais encore des réparations faites par les Romains, ne purent résister à Faction du bélier ; car les moellons, empâtés dans un mortier nouveau^ solais* saient facilement désagréger'.

Quant à Bézabde, ville naturellement forte, située sur une hauteur, et couverte dans sa partie basse par une double muraille^, les gouverneurs romains avaient, depuis longtemps, pris si peu de soin d'entretenir ses murs, que ceuxci tombaient de vétusté '*. Ce délabrement facilita les efforts de Sapor; et il en fit réparer les brèches immédiatement. Car il ne pouvait supposer que les Romains laissassent longtemps ce boulevard en sa possession, sans essayer de le lui reprendre. La suite des temps justifia ses prévisions; mais Constance trouva la place si bien rétablie et défendue, qu'il dut retourner à Ântioche, après avoir levé le siège (361 ap. J.-C).

Enfin parut Julien, qui vengea les malheurs des villes précédentes sur les places des Perses, Pirisabore et Maogamalche *. Il mourut trop vite poiu» restaurer la puissance byzantine en Orient ; car Jovien, son successeur, se hâta de rendre à ses ennemis, par un traité, les cinq provinces cédées au delà du Tigre par Narsès à Dioctétien, ainsi que Nisibe et Singare. Il rendit aussi quelques autres châteaux

4. Aram. Marcel., XIX, 8, 10. —2. M., XX, a. — 3. IJ.', XX, 7. — 4. Id., XX, H. — 5. Id., XXIV, 2, 4.

dans les mêmes parages. Les autres places de la Mésopotamie, ainsi qu'Âmide, restèrent aux Romains. Les habitants de Nisibe furent transférés dans cette dernière ville. Gomme le dit Ammien Marcellin \ « Jovien abandonnait ainsi la )) clef de ses provinces, une cité, gui, de temps immémorial, » avait été la sauvegarde de TOrient » (363 ap. J.-C).

La guerre des Perses recommença d'une manière sérieuse sous Anastase. L'empereur essaya de conjurer le péril,- en fortifiant ses frontières; car l'état des places fortes était alors plus pitoyable que jamais.

Théodosiopolis, ville de la Grande Arménie, assiégée et prise par les Perses (502 ap. J.-G.), puis reprise par les Byzantins, fut environnée d'une muraille, qui, d'un château, en fit une ville forte, portant créneaux*.

Les murs de Batnes, d'Ëdesse, en Mésopotamie, furent aussi relevés ou réparés ; et, à l'instigation de Geler, son lieutenant, Anastase ordonna encore de fortifier le bourg mygdonien de Dara. L'empereur lui donna son nom, Anastasiopolis, et il est probable qu'on soigna, autant que possible, la construction de cette ville, objet de sa prédilection. L'art était alors tombé si bas, que, dans cette place si chère à l'empereur, les murailles, qu'il fit dresser, fiu'ent bien misérables. Procope dit, en effet ', que les murs étaient trop bas et qu'ils ne suffisaient nullement pour mettre à couvert les habitants ; « les pierres étaient mal posées et mal jointes ; ainsi » la plupart^des tours ne pouvant résister ni à la neige ni au » soleil, se démentirent en plusieurs endroits. »

Ge récit est suffisant pour montrer à quel point de décadence en était arrivé l'art byzantin, en Orient. G'est que, le plus souvent, on était obligé de bâtir à la hâte, ne liant les pierres que par du mortier de boue. On trouvait même dans l'Ëuphratèse beaucoup de murs faits seulement de terre desséchée, comme le pisé. Procope cite Zeugma et Néocésarée,

r. Âmm. Marcell., XXV, 9. — 2. Bâtie sur Temphiceinent d'uo fort élevé par Tliéodosfî, elle avait été assiégée vainement en 421 ap. J.-G. par Vararane V; es. Procop., Édif., III, 5. — 3. Id., II, 1, Irad. Cousin.

toutes deux villes romaines, dont les murailles étaient ainsi construites ^ Celles d'Apadnaset de Byrton dans la Sophène (Grande Arménie) étaient semblables aux précédentes ^. Du reste, le même auteur insiste sur Fétat de la plupart des forteresses de TAsie avant Justinien. « Elles étaient, dit-il, » dans un état tout à fait pitoyable ^.Certains murs, ajoute )> I^GOPE, jusqu'à Justinien, étaient si bas et si faibles, » ^ils ne servaient qu*à rendre la ville plus aisée à prendre » et qu'elle aurait pu même être prise par des enfants "•. »

Avec le nouveau prince (527-565), TEmpire se couvrit de places fortes. « Lorsqu'on n*eut plus que de mauvaises ar- » mées, dit Montesquieu ', que souvent même on n'en eut » point du tout, la frontière ne défendant plus FintérieuiL, il » fallut le fortifier; et alors on eut plus de places et moins » de force, plus de retraites et moins de sûreté. La campagne » n'étant plus habitable qu'autour des places fortes, on en )) bâtit de toutes parts. Il en était comme de la France du » temps des Normands, qui n'a jamais été si faible quelors- )) que tous ses villages étaient entourés de murs.

)> Ainsi, toutes ces listes des noms des forts, que Justinien » fit bâtir, dont Procope couvre des pages entières, ne sont » que des monuments de la faiblesse de l'Empire. »

Justinien fit certainement mieux que ses prédécesseurs, sans que Tart eût une renaissance; car l'art n'existait réellement plus ; on mit seulement plus de soin dans les constructions; et celles-ci, j'entends celles de Tordre militaire, furent exécutées ordinairement avec l'intelligence de la situation présente.

Du côté de la Perse et de l'Arménie, l'empereur s'attacha surtout à remettre en état les vieilles enceintes bâties par ses prédécesseurs; il en modifia le tracé ^, en rehaussa les reliefs 7, en changea les matériaux^, en augmenta les défenses ^; en un mot il mit les fortifications des villes en rapport

i. Procop., Édif., 11, 9. — 2. Id.^ 11, 2. — 3. Id. —4. Id., II. 7. — - 5. Montesq., Gr. et décad., XX. — 6. Procop., Édif., II, 7. — 7. Id., II, 1.— 8. Id., II, 2,9. — 9. Id.,II, pass.

^vec la valeur des ennemis, qu'elles étaient chargées d'arrêter. Dara^ Théodosiopolis ^, Coustantine ', et tous les forts qui dépendaient de ces villes, reçurent des soins tout particuliers *. Ëdesse', Batnes, etc., villes déjà citées précédemment, attirèrent aussi son attention. Dans TËuphratèse, où les murailles, si médiocres, eussent été incapables de soutenir un siège, JusCinien les fit abattre; et, suivant Procop£, « il en éleva d'autres avec des pierres dures d'unnar- » geur et d'une hauteur raisonnables ®. i>

U voulait qu'aucune place ne fût hors 4'état de se défendre ^ ; et comme les Perses savaient surtout se bien servir de leurs longues échelles, pour franchir les murailles; que leur légèreté de corps le^r en facilitait l'emploi, il jugea qu'il fallait augmenter la hauteur des murs. Gomme conséquence, il devenait indispensable de les épaissir. Voici le moyen qui fut employé à Martyropolis, ville d'Arménie. « La muraille, » dit Progope^, n'était large que de 4 pieds (environ i"',20) » et haute de 20 (6"',00}, de sorte qu'il était aisé de monter » par-dessus, sans être obligé d'user de machines pour la sa- » per. Justinien fit creuser au dehors à 4 pieds de distance D et jeter les fondements d'une autre muraille , large aussi » de 4 pieds et haute de 20. Il fit remplir ensuite avec des )) pierres et de la chaux l'espace, qui était demeuré vide on- » tre deux. Enfin il fit élever un mur de la hauteur de 20 au- » très pieds sur la longueur de tout l'ouvrage. »

On retrouve dans la Macédoine des murs de semblable façon. C'est ainsi que M. Pkrot, après avoir visité les ruines de Philippes (la ville des Crénides), rapporte qu'il y a rencontré des murailles byzantines épaisses de 2*", 20, bâties de moellons empâtés dans du ciment. « L'enceinte qui » subsiste, dit le savant explorateur ', parait contemporaine » des- premières invasions des Barbares. »

Justinien ne se borna pas à se munir contre les Perses; il

1. Procop.. Édif., U. 1. — 2. Id., Ill, 5. — 3. Id., II, 5. — 4. Id., II, 6. — 5. Id., II. 7. — 6. Id., il, 9. — 7. Id., iV, 2. — 8. id., Ill, 2, ^ trad. Cousin. — 9. Pérol, Rcv. arch., 1860, t. I, p. 450.

CONSTRUCTIONS BYZANTINES D'AFRIÇUE

songea aussi à ses ennemis d'Europe; et la Macédoine, la Thessalie, TÉpire, l'IUyrie, etc., furent également couvertes de forteresses nouvelles. L'énumération de tous ces travaux est faite dans le Livre des Édifices de Procope ; j'y renvoie le lecteur.

M. DE PouQUEviLLE a visité un grand nombre 'de villes de rÉpire et de la Macédoine , dans lesquelles il a observé des retouches byzantines. La plupart de celles-ci sont faites avec des briques.

Parmi les forteresses en ruines, qu'il a reconnues, je citerai Buthrote, en Épire. Elle était entourée d'une double enceinte en briques ; et les soubassements de son acropole, de construction pélasgique, se trouvaient également surmontés de massifs de briques ^

A Byllis, autre ville d'Épire, on voit encore les trois modes d'architecture militaire, qu'a connus la Grèce : cqnstructions pélasgiques du 2* genre de Dodweix, avec réparations helléniques en pierres et restaurations byzantines en briques^.

Mais c'est surtout en Afrique que se retrouvent.les ruines byzantines les plus belles, de l'époque de Justinien. Là, contrairement à ce qui avait lieu vers la Perse et l'Arménie, les matériaux de construction ne manquaient pas. Genséric, en donnant l'ordre de raser les murailles de toutes les villes^, n'avait pu donner celui d'en disperser toutes les pierres; et celles-ci subsistaient encore à l'endroit, où les vieux Romains les avaient autrefois mises en œuvre, quand Justinien entreprit de reconquérir le pays sur les Vandales et sur les Maures. ^

Un des plus beaux restes, peut-être, de l'architecture byzantine en Afrique est l'enceinte de Tebessa, décrite si soigneusement par M. MoLL, conmiandant du génie , dans un mémoire publié en 1862.

D'après cet officier supérieur, la vieille enceinte romaine, rasée vers 535 ap. J.-C, fut relevée en 539 par Solomon*,

1. De Pouqucv., Voy. en Grèce, t. I, p. 370. — - 2. Id., p. 276. — 3. Procop., Vand., I, 5. — i. Moll, p. 77, 83.

successeur de Bélisaire. « Les murs de Tenceinte , ajoute- » t-il^ ont? plus de deux mètres d'épaisseur et, dans le prin-

» cipe, ils atteignaient une hauteur de neuf à dix mètres

» Toutes ces maçonneries sont en pierres de taille posées par ]» assises réglées et tirées des ruines de Tancienne ville. Celle » des tours est dans un état de conservation remarquable, j» et il est facile de voir que l'ingénieur a mis beaucoup de B soin à leur construction. »

Le patrice Solomon fit aussi reconstruire les murailles de Calama, la moderne Guelma. C'était à une époque où Ton avait hâte de s'enfermer dans des enceintes de pierre*, pour résister aux incursions des Maures ^. « Aussi ne doit-on pas » s'étonner, dit M. Ravoisié^, de trouver, parmi les assises » des remparts, qui appartiennent à la dernière période ro- » maine, des portions d'entablement, des profils d'imposte, » des frises ornées de caractères romains, des piédestaux, des j» fragments de statues et de bas-reliefs , des fûts de colonne, » des autels votifs, enfin plusieurs sarcophages couverts d*ins- » criptions. »

On voit encore en Algérie beaucoup de débris de forteresses antiques de l'époque byzantine, qui présentent l'emploi de matériaux provenant de la démolition d'anciennes murailles ou de vieux édifices romains.

Je citerai Ksar-Zana, située à 39 kilom. ouest-nord-ouest de Batna. Cest l'ancienne Diana- Veteranorum de Numidie. « On y remarque, dit M. Renier "•, une forteresse byzantine, » dont les remparts construits en énormes matériaux , pro- » venant pouf la plupart de la démolition des édifices de la » ville antique, ont encore 5 à 6 mètres de hauteur. »

Puis Mdaourouche (l'ancienne Madaure) : « On y voit en- » core un château de construction byzantine , au-dessus de » la porte duquel se lit une inscription bilingue , grecque et

1. Moll, pi. 85. — 2. Après la prise de Gafthage par Bélisaire, TAfrique rentra au pouvoir des Romains ; il y avait 107 ans que Genséric en avait fait la conquête. Mais pendant une quinzaine d'années encore, le pays fut troutlé par les incursions des Maures. — 3. A Ravoisié, t. II, p. 20. — 4. Renier, Rev. arch., 1852, p. 45.

A latine, qui constate qu*il a été élevé sous le règne de » Justinien et de Théodora , par les ordres du patrice » Solomon^... »

La province de Garthage , la Byzacène et la Tripolitaine sont également remplies de ruines de forts byzantins. On se rappelle que les murs de Garthage avaient été rebâtis par Théodose; ils fiu*ent les seuls qu'épargnèrent les Vandales de Grenséric. Sauf quelques brèches que Bélisaire fit boucher ', ils étaient donc encore alors dans leur état primitif.

Mais les autres places de TAfrique propre étaient toutes dépourvues de défenses. Justinien ordonna la réédification de beaucoup d'entre elles et en fit aussi construire de nouvelles. Je ne m'y arrêterai pas davantage.

Après Justinien, TEmpire d*Orient perd de joiu*en jour du terrain. Les Francs, les Lombards et bientôt les Arahes réduisent les possessions byzantines à bien peu d'étendue.

Semblables aux vieux états qui n'ont jamais de bonnes lois, parce qu'on y greffe ordinairement les nouvelles ordonnances sur les anciennes , les Byzantins n'eurent non plus de bonnes places forjtes, quoiqu'ils eussent relevé partout où ils ont pu le faire, les murailles des villes ruinées du monde ancien. Les procédés antiques de défense restèrent impuissants devant les masses de Barbares, qui se jetèrent alors sur l'Empire. L'invention de la poudre et l'emploi des canons les eussent certainement arrêtés ; mais , comme la Providence en avait décidé autrement, le monde tomba dans la barbarie, pour de longs siècles, jusqu'à ce que l'équilibre se fût fait de lui-même,

32. Gonstruotioxis militaires des Gtoths. -- Pendant qu'à l'Orient les Byzantins poursuivaient, tant bien que mal, les traditions romaines, les Gk)ths essayaient de les continuer à l'Occident. Admis par Valens au partage des terres, ils s'étaient forcément éclairés au soleil de la civilisation latine, en flottant sur les frontières de l'Empire.

1. Renier, Rev. arch., 1857, p. 131. — 2. Beulé, Rev. arch., 1859, p. 176*

Ils voulaient être Domains, plutôt que Barbares ; et la main de Placidie^ sœur d*Honorius,donnéeà Ataulfe, successeur d'Alaric, parut, un instant, devoir être le gage de la nouvelle alliance de TEmpire d*Occident avec la puissance naissante des Visigoths (413 ap. J.-C).

Vallia, successeur d'Ataulfe, après avoir conquis TEspagne^ alors aux mains des Àlains, des Suèves et des Vandales, s'installa, avec Tautorisation de la coiu' de Ravenne, dans la Gaule méridionale et fit de Toulouse sa capitale (4 1 9 ap. J.-C).

Là se dressait le château Narbonnais, « séjour des magis- » trats romains ^. » Il était bâti « de terre cuite et de cail- » loux, avec de la chaux; le tout entouré de grandes pierres .» sans mortier, mais cramponnées avec des lames de fer » scellées de plomb '. » Autour de cette citadelle s^élevait la grande enceinte de briques, mentionnée par Ausone.

Tel fut peut-être le modèle romain , sur lequel les Visigoths vinrent fixer leurs regards, avant de s'essayer euxmêmes à la construction des places fortes. Car chez eux, dans^ leurs forêts, les Goths n'avaient point appris à bâtir des forteresses. En marché , dans les plaines , leurs chariots leur servaient de retranchements*. Ils ne furent jamais fort habiles, non plus, dans Tart des sièges ; du moine on peut le penser, quand on se rappelle que, sous Justinien, Vitigôs, roi des Ostrogoths (538 ap. J.-C), songea, devant Rome, à faire avancer ses machines d'escalade , au moyen de bœufs , qui les traînaient à découvert. Ce procédé , par trop naïf, témoigne de la longue ignorance des Goths , dans la poliorcétique.

Cependant les Visigoths furent peut-être, dans cet art , supérieurs aux Ostrogoths ; ils devaient sans doute cette supériorité à leur plus long contact avec les Romains. Sous

1. Jornaad., Goth., XXXI. — 2. Nodier, Yoy. pitt. en France, Languedoc, Toulouse. — 3. Lafaille, Ann. de ta ville de Toulouse, 1. 1, p. 436 ; Gompar. Viollel-Leduc, Arch. mil., p. 9, — 4. Delà Barre Duparcq, Art de la guerre, p. 216.

Théodoric II (462), ils s'emparèrent de Narbonne. La ville, il est vrai , leur fut donnée par la trahison d'un comte romain ^ ; mais les Barbares n'en avaient pas moins fait à ses murs dés brèches terribles, sujet de larmes bien amères pour Sidoine Apollinaire , gui exhale 0£i douleur dans les termes suivants : « Mais toi , Narbonne , le souvenir de tés hauts » faits inspire la vénération ; les attaques , que tu as gêné- » reusemenl soutenues, prouvent ta force et ta fidélité *. »

Les campagnes d'Euric, d'Alaric II et d'Amalaric, dans la Gaule, contribuèrent surtout à former le goût des Visigoths, par la vue des modèles romains ; et les exploits de Glovis leur apprirent à se servir des forteresse^, qu'ils avaient bâties ou réparées à la mode romaine.

Parmi celles-ci, brillait Carcassonne ; la victoire de Vouillé (507 ap. J.-C.) et la prise de Toulouse (508 ap. J.-C.) amena les Francs devant ses murs. Ils étaient en partie bâtis « sur » des souches romaines '. » Us ont résisté aux efforts du temps, malgré bien des assauts et des révolutions. M. Viollet-Leduc décrit ainsi leur structure : « Les courtines*, fort » épaisses, sont composées de deiix parements de petit appa- » reil cubique, avec assises alternées de brique; le milieu est » rempli non de terre, mais de blocage façonné à la ohaux '. »

Grâce aux secours apportés par les Ostrogoths d'Italie *, les Visigoths purent conserver la Septimanie et Narbonne, qui devint le siège de l'Empire, Toulouse étant aux mains des Francs.

Narbonne, Agde, Béziers, Toulouse offrent encore aujourd'hui des spécimens de l'architecture militaire visigothe, sur laquelle je ne m'étendrai pas davantage. Comme le fait remarquer M. Yiollet-Leduc ^, auquel je continue à faire des emprunts, ces villes « furent entourées de remparts formi- » dables, construits d'après les traditions romaines des bas

1. Dreyss., p. 174. — 2. Sidoine AfN>Uioairo, lettre â Coasentius, carm., XXIII; es. Nodier, Langued., Narbonne. — 3. Viollet-Leduc, Arcli. mil., p. 14. — <4. On entend par courtine Tintervalle compris entre deux toun». 5. VioUcl-Leduc, p. 9.-6. iornand,Coth.,LVm.— 7, ViolIet-Muc,pM>.

» temps^ si Ton en juge par les portions importantes d'en- » ceintes qui entourent encore la dté de Garcassonne. Les » Visigoths, alliés des Romains, ne faisaient que perpétuer n les arts de TEmpire, et cela avec un certain succès. »

Au moment où les Visigoths , réduits à la première Narbonnaise, pliaient sous les efforts des Francs, les Ostirogoths, sous Théodoric le Grand, étaient à Tapogée de leur puissance. Ce prince, sorti des Alpes Juliennes (489, ap. J.-C), venait d'acquérir le royaume d'Italie, par l'assassinat d'Odoacre. Il avait vainement assiégé son rival dans Ravenne, pendant deux ans; autre exemple de l'incapacité poliorcé tique des Goths (491-493 ap. J.-C).

La grande préoccupation de ce roi barbare, élevé à la cour d'Orient, fut toujours de faire revivre en sa personne la majesté impériale ; et tout le secret de sa politique est dans ces trois mots, qu'il avait l'habitude de faire écrire à ses lieutenants : Vestimini maribus togatisK

Ainsi donc, Théodoric et tous les Goths , sans distinction de famille, ne furent que des Barbares latinisés ; et leur architecture militaire dut se ressentir de cette tendance à l'inféodation des constructeurs aux mœurs romaines.

La mort de Théodoric laissa l'Empire des Goths sans soutien (526 ap. J.-C.); les Francs ravagèrent de nouveau les possessions des Visigoths dans la Septimanie et pillèrent Narbonne (531 ap. J.-C), puis ceux-ci furent bientôt obligés de se réfugier en Espagne. En Italie, les Ostrogoths disputaient encore Naples et Rome à Bélisaire, et Totila allait renverser une partie des murailles de la ville éternelle (546 ap. J.-C)^. Enfin la péninsule latine retomba encore une fois entre les tnains des empereurs, Justinien et Justin II, jusqu'à ce que Teunuque Narsès eût appelé les Lombards à sa conquête (569 ap. J.-C).

33. Gonstraotions militaires babyloniennes et ninivites. — Les origines assyriennes sont très-incertaines et

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