Cassiod, pass. — 2. Procop./Goth., I, 8, 9, 10, 22, etc
très-embrouillées, quoique bien des auteurs se soient mis en peine de les étudiera Cependant les assyriologues modernes, en comparant les témoignages des Anciens , semblent avoir démontré qu'avant l'invasion des Sémites arabes dans la Babylonie, vers l'an 2000, trois peuples de races bien différentes étaient venus successivement s'y installer, en se chassant les uns les autres, ou plutôt en se fondant les uns dans les autres K Le premier était d'origine méridionale ou éthiopienne^; le second au contraire venait du Nord et constituait une branche de la fatnille Aryane^ ; le dernier tenait aux Scythes ou Touraniens '.
A leur tour parurent les Arabes. Venant du désert, fatigués de la vie nomade, ils furent tentés par l'aspect des plaines mésopotamiennes ; ils s'arrêtèrent et devinrent agriculteurs.
Pour se garantir contre les incursions des Scythes *, encore nomades , ils fortifièrent Babylone , qui jusque-là , peut-être, n'avait été qu'un campement. Sur cette terre , où toutes les familles humaines semblaient s'être alors donné rendez-vous, toutes avaient sans doute laissé derrière elles, en se retirant, quelques-uns de leurs représentants. Des Éthiopiens , des Mèdes, des Scythes, des Arabes, tels furent les éléments de la population primitive de Babylone. Tout
i. Cs. Hérod., I, 178 et suiv. ; Diod., II, passim; Béros. ap. Joseph., Ant. judaîq. et contr. Appion., ap. Euseb., Chronic, ap. Georg. Syncell., Chronog.; Just., 1, 1 et suiv.; Velieius Patercul., I, 6; Agathias. de reb. gest. Justiani; P. Orosc, Hist., I, i\ Fabricius, Bibliolh. graîc, t. XIV, fragment. Berosi Chaidaei. Le livre des antiquités de B(!rose, contenu dans Gryphius, Lugduno, 1552, antiquitalum auctores, est apocryphe et dû à l'imagination d'Annius de Viterbe. Cs. Fréret., Chronoi. de l'Assyrie, Mém. de TAcad. des inscrip., 1^ série, t. 5. Oppert., Ëxp. scient, en Mésopot., passim. — 2. Cs. Gnillemin, Hist. d'Orient, p. 25 et suiv.; Menant, Niniv., Rev. cont., 31 mai 1865, p. 241 ; id., Babyl., Rev. cont., 15 janvier 1863, p. 107. — 3. Génès., X, 8, 9. — i. Beros. ap. Euseb. — 5. Oppert., Arch. des miss, scicntif., t. V, 5e cahier, p. 218. — 0. E. Lame', Rev. cont., 30 juin 1803.
dut y être mélange, confusion, chaos. Religions \ langues^, mœurs, rien n'y était égal.
1 . Les Chamites ou Éthiopiens formaient un des groupes les plu^s excentriques de la famille nubio-soudanienne et d'une parenté incontestable avec la population la plus ancienne de l'Egypte, qui, selon toute probabilité, était monothéiste, c La religion ^ptienne, dit M. Champollion Figeac, était un > monothéisme pur, se manifestant extérieurement par un polythéisme syoï- • bolique, e'est-a-dire un seul Dieu dont toutes les qualités étaient person- » mfiéesen autant d'agents actifs ou divinités obéissantes. » (Égypt., Univ. pitt^, p. 245; €8. de Bougé, Monum. du Louvre, p. iOâ.) <Les Mèdes ou Arias appartenaient à la grande famille indo*caucasique. Us descendaient des moqtagnes de la Haute-Asie, d*oiî ils avaient glissé conune une avalanche. D'après le Zepd-Avesta, un taureau placé dans l'Eriene-Veedljo , par Orrouzd le principe du bien , donna naissance à l'humanité. Mais Ahriman, le dieu du mal, glaça de son soufQe ce séjour de l'âge d'or, où auparavant Tété régnait la plus grande partie de l'année. (Souvenir d*une débâcle boréale. Gs. Rodier et Lehon, Lois cosmiques.) La race aimée d'Ormuzd, conduite par Djemschid, un des premiers rois des Perses, s*exila et vint s'établir dans les vallées. Sa religion était un polythéisme, tendant au monothéisme. Ormuzd et Ahriman sont nés indépendamment Tun de l'autre; ils sont fils du Temps ; ils doivent lutter pendant de lo^gs siècles ; mais, à la résurrection des corps, Ahrimafi cessera d'être mauvais et il se confondra dans le bien avec Ormuzd. Les Parses, descendant de l'Eriene, se firent suivre.de tout le cortège de leur dualisme mazdéen. Avec eux vinrent les férouers et les dews, les izeds et les daroudjs, les anges et les démons, les esprits qui présidaient aux eaux pure? et ceux qui animaient les noires couleuvres. (Voy. Anquetil Duperron, Zend-Avesta, Izeschne, «Vispered et Vendidad, p^ssim; H Boun-Dehesçb., p. 343' et suiv.) Les Scythes venaient de la mer Caspienne et du Palus- Méotide. Nomades, ils traînaient avec eux leurs femmes et leurs enfants dans des chariots couverts de cuir. (Hérod., liv. 111.) Ils avaient longtemps erré dans les solitudes du Nord sous la conduite de leurs chefs. Ils apportaient avec eux toutes les pratiques grossières d'une religion panthéiste, doublée de sorcellerie. On leur rapporte l'invention de l'écriture cunéiforme. (Cs. E. Lamé.,Rcv. cont., 30 juin 1863.) Les Arabes étaient monothéistes, comme la plupart des Sémites. Cette religion se modifia au contact des éléments asiatiques, auxquels elle se heurta, et devint chez les Babyloniens un polythéisme hiérarchique, doublé de naturalisme et d 'astrologie, qui révoltait les Sémites judaïques. — 2. La langue des Chamites de Babylone devait ressembler beaucoup aussi à celle de l'Egypte ancienne, qui appartenait au genre que
Ji —
Quand le chef de la bande sémitique , désireux de faire dresser les murailles de sa ville, fît appeler à lui tous ses sujets, débris d'invasions multipliées, il dut se faire difiBcilement comprendre de tous. C'est peut-être le souvenir de ce * désordre , que la Bible nous a conservé dans la légende de la tour de Babel : « Le Seigneur avait confondu leur langage, » et ils ne purent s'entendre *. »
Jje flot sémitique s'étendit jusqu'à Ninive. Resen, Acad, Arach, Calné, Rohoboth, Galah, toutes villes que mentionne la Bible, furent, sinon bâties, du moins occupées par les Sémites , qui sans doute les fortifièrent en s'y installant '.
Babylone, centre d'action de la population sémitique, paraît avoir conservé toutes ces villes sous sa dépendance jusque vers l'an 1550^. La révolution se fit à cette époque qui coïncide avec le commencement du grand Empire d'Assyrie. Babylone, ville toute sacerdotale, aux mains des Chaldéens, tomba à son tour sous l'autorité de Ninive, la ville militaire, où l'élément scythique dominait et qui avait eu le temps de fortifier ses armées. Jusques vers Tan 800 les rois de l'Assyrie, résidant à Resen ou à Ninive, fuient les maîtres de toutes les régions du Tigre et de l'Euphrate, et ils purent ajouter à leur titre de fils d'Assour, celui de vicaire des dieux à Babylone*, C'est l'époque de la splendeur de l'Empire assyrien. Sardanapale III (Assour-Nasir-Pal) » remplit l'Asie centrale de sa gloire (923 à 899) et Salmanassar III (880), continuant
les philologues nomment monosyllabique. L'idiome cophte, quoique chargé d'emprunts faiu aux langues sémitiques et même au sanscrit, peut encore en donner une idée. (Gs. d'Eckslein, Recherches sur Thumanité primitive ap. deLanoye, Ramsès, p. 253.) Les Mèdes parlaient une langue à flexion, le zend; et les Scythes une langue agglutinante. Quant aux Sémites arabes, leur langage était aussi du genre dtt à flexion. (Cs. E. Lamé, Rcv. cont.] 30 juin 18G3.) - i. Génès., XI, 5 à iO. — 2. Id., X, iO à 12. — 's. Voir dans M. Oppcrt la liste des rois de Babylone de la dynastie chaldécnnc, t. I, p. 286; cs. Menant, Niniv., p. 2 il. — 4. Guillemin, llisl. d'Or.', p. 77. — 5. Gs. Menant, Sardanap., Rov. cont., 28 février 1H67, p. 620.
Tœuvre de son prédéœsseur, accumule à Calah (NiiUFOud) de superbes édifices * .
Mais Babylone supportait mal Tautorité de la capitale assyrienne. Aidée par les Mèdes, elle ruina sa rivale, qui fut rasée de fond en comble et si bien, que, des monuments du * premier Empire, il ne nous est parvenu que la statue mutilée d'un roi (Tiglat-Pileser P')*. A cette époque régnait à Ninive un prince du nom d'Assur-Lihous (788)^. Les savants assyriologues, qui illustrent notre siècle, se refusent à appli-^ quer à ce prince, dont rien ne nous a dévoilé la mollesse, la fameuse légende du Sardanapale des Grecs, dont on recherche vainement les traces dans les tablettes d'argile de Thistoire assyrienne^.
Malgré les efforts de Babylone, les Assyriens réussirent, au bout de vingt ans, à secouer le joug des Ghaldéens et formèrent le second Empire assyrien, dont le siège jusqu'à Sennachérib (703 à 679) fut à Nimroud (Calah) ou à Khorsabad (Mespile)'. Ecbatane, qui était née de la révolution de 788, ferma désormais la route de la Haute- Asie aux rois de la nouvelle Assyrie^. Arrêtés vers l'Orient, les Assyriens se ruèrent sur l'Occident et allèrent faire sentir le poids de leurs armes jusque dans la Syrie et dans la Palestine ^. Ils en arrachèrent les habitants pour les transplanter sur les rives du Tigre et en peuplèrent de nombreuses colonies *.
Enfin , après une autre secousse, due encore à l'action de Babylone, Ninive vit définitivement arriver son heure fatale. Elle fut rayée de la liste des cités (625).
« Ninive est détruite, dit le Prophète •; elle est renversée, » elle est déchirée. Où est maintenant cette caverne de » lions? où sont ces pâturages de lionceaux, cette caverne
» où le lion apportait les bêtes toutes sanglantes, qu'il avait
1. Oppert, t. I, p. 83. — 2. Menant, Nin., p. 242. — 3. Menant, Sardanap., p. 625. — i. Oppert, 1. 1, p. 288; Menant, Sardaoap., p. 629. — 5. Oppert, t. I, p. 289. — 6. Hérod., I, 98 et suiv. — 7. Isaïe, X, XIV, XYl, XYII, XXII; comp. les inscrip. assyriennes dans M. Oppert, t. 1 et II. — 8. IV, Rois, XVII, 5. - 9. Naluim, II, 10, H, 12.
» égorgées, pour en nourrir ses lionnes et ses lionœaux, » remplissant son antre de sa proie et ses cavernes de ses » rapines ?»
Babylone, héritière par les armes de la puissance assyrienne, suivit à rOccident la route déjà tracée par les Ninivites ; et les. Ghaldéens de Nabuchodonosor, excités sans doute par les incursions des Égyptiens , qui avaient poussé jusque vers TEuphrate , allèrent bientôt à Jérusalem et à Tyr (587).
Enfin , quand il plut à Cyrus de tourner ses armes contre la grande ville, celle-ci succomba par le fleuve même qui devait la défendre S et ses murailles devenues inutiles à cause du stratagème des Perses, ne piu^^it l'empêcher de céder à la bonne fortune du roi élamite, qtd, de ce coup, engloba TAssyrie dans son Empire (538).
Quand on étudie dans les auteurs anciens Thistoire de Babylone et de Ninive, on se heurte immédiatement contre les noms de quelques personnages semi-historiques, semi-fabuleux, dont la place dans la chronologie laisse toujours une* grande incertitude. Faute de connaître les origines des^ choses, les auteurs ont souvent accumulé sur ces noms toutes les gloires de l'Empire. Tels sont, chez nous, bon nombre d'antiquaires, qui aiment à attribuer à César tous les anciens camps, qu'ils rencontrent sur le sol français.
La figure la plus remarquable , parmi celles dont il vient d'être question, est incontestablement Sémiramis. Elle passe pour avoir été l'épouse d'un ancien roi d'Assyrie, Ninus, incertain aussi, dont elle suivit les armées au siège de Bactres. Elle était, dit-on, la fille de Derceto , déesse d'Ascalon en Syrie, dont le corps de femme se terminait en queue de poisson. Elle fut abandonnée par sa mère, et nourrie par des colombes, jusqu'à ce qu'elle fut recueillie par des bergers. Elle fournit à Ninus le moyen de s'emparer de la citadelle de Bactres , et fut associée à l'Empire , dont elle hérita à la mort du prince ^.
J. Hurod., 1, 188 à 191. — 2. Diod., H, i à 7.
C'est à ce personnage que Diodork' attribue la œiistruction des murailles de Babyloue décrites par Hérodote-, Bérose, dans ses Antiquités chaldaïqiies, blâme les auteurs grecs d'avoir écrit faussement que Sémiramis, reine d'Assyrie, avait bâti les murailles de Babylone ^. Les assyriologues modernes ont découvert les vrais auteurs de ces immenses constructions, qui passaient pour une des sept merveilles du monde ^. Tout le monda sait aujourd'hui que, ni la Sémiramis, femme du premier roi d'Assyrie, ni la Sémiramis dont parle Polyen*, ni la Sémiramis (Sammouramat) dont le nom figure sur la statue du dieu Nébo, retrouvée à Ninive*, n'ont aidé à la construction de ces colossales défenses. Je dirai bientôt à qui il faut les attribuer* ,
La Babylonie était dépourvue d^arbres^; à peine y cultivait-on quelques palmiers pour en recueillir les fruits *. « La terre, rapporte Strabon ^, y est molle et cède au point » d'être facilement charriée par les courants. » Par suite, les pierres et les bois de construction^ étaient rares dans ces contrées. « Si les Babyloniens, dit Niebuhr ^®, avaient voulu » bâtir avec des pierres taillées , ils auraient été obligés de » les chercher fort loin, et cela aurait coûté trop cher ; c'est » pourquoi ils construisaient leurs plus beaux édifices avec )) des briques , de l'épaisseur à peu près des nôtres et d'un » pied carré, et ils savaient les cuire parfaitement. »
Olivier ajoute ^* : « Ce qui a contribué autant que les siè- » clés à faire disparaître la presque totalité des ruines de » Babylone, c'est que bâtie sur un terrain uni, terreux, tota- » lement privé de pierres et dans une contrée où le iois a » toujours été rare , les habitants furent obligés d'avoir
i. Diod., Il, 4 à 7. — 2. Hérod., I, 179. — 3. Bèros. dans Joseph, contr. Appion., I, 6. — i. Strab., XVI. — 5. Polyen raconte qu'Alexandre trouva, sur les frontières de la Scylhie, une stèle gravée, sur laquelle une reine du nom de Sémiramis se vantait d'avoir doté son pays de forteresses inexpugnables. (Les ruses de guerre.) — 6. Guillemin, Hist. d'Or., p. 41 ; Oppert, t. I, p. i80. — 7. Strab., XV, 1. — 8. Hérod., I, 93. ~ 9. Strab., XV, 1. -- 10. Niebuhr, Voy. en Arabie, t. II, p. 235. — il. Olivier, Voy. dans l'Emp. otboman, t. II, p. 436.
)> recours à la terre que les fleuves ont déposée. Us eii » formèrent des briques qu'ils firent durcir au soleil et qu'ils )) lièrent avec le roseau qu'ils avaient sous la main. C'est par » la même raison qu'ils employèrent communément dans » la construction des édifices en briques cuites le bitume au )> lieu de chaux. On sait qu'un édifice, bâti avec des briques )> qui n'étaient pas cuites, a dû, lorsqu'il a été détruit, ne )> laisser que de faibles traces de son existence; les débris ont )> dû se confondre bientôt avec la terre environnante. »
Les Anciens, on l'a déjà vu, estimaient beaucoup la brique crue, mélange de terre grasse et de paille hachée, séché au soleil *. Mais ils prenaient toutes sortes de précautions pour s'assurer de sa qualité. C'est ainsi qu'à Utique, un magistrat spécial était chargé de visiter les briques destinées aux constructions et de vérifier qu'elles étaient moulées depuis cinq ans au moins ^. Avec cette brique ils construisaient parfois des murailles très-épaisses.
• Aussi, pour empêcher l'humidité de nuire à ces massifs, devenait-il nécessaire de les aérer à l'intérieur. G*est ce qui se pratiquait en Assyrie au moyen de trous échelonnés de distance en distance sur les parements extérieurs des murs et correspondant à des canaux noyés dans la maçonnerie. C'est ce que MM. Fresnel et Oppert nomment des aéroditcts^.
Le Birs-Nimroud est une éminence située à 12 kilomètres au sud de Uillah, la moderne Babylone^. On y voit les restes d'une tour de près 47 mètres de hauteur*, dans laquelle les savants modernes reconnaissent les débris du fameux temple des Sept Lumières, reconstruit par le grand Nabuchodonosor (604 à 561). Ce roi rebâtit le nouveau temple siu'les ruines de l'ancien, quYin tremblement de terre avait renversé*. Ceux qui veulent mettre d'accord les tra-
1. fl Ce n'est en général qu'un épais morceau de terre où l'on aperçoit > des roseaux ou de la paille hacliéc qu'on y a môléc exprès, afin de lu t mieux lier. » (Hoëfer, Babyl., p. 221 .) — 2. Vitruv., Il, 3. — 3. Oppcrl, t. I, p. 203. — L Id., p. 200. — 5. Guillcmin, Hist. d'Or., p. 25. — 0. Oppcrl. t. 1, p. 213.
ditions bibliques avec les données de la science , y voient remplacement de l'antique tour de Babel ^ C'était proba* blement un observatoire chaldéen, aux mains des prêtres. Peut*être, les principales règles astronomiques de Ces anciens savants y furent-elles découvertes. Là peut-être encore plaçait-on les gardes, qui, du côté du désert, surveillaient les abords de la grande ville.
Dans la ruine du Birs , se rencontrent les aéroducts , dont il vient d'être question. Niebuhr, en 1766, les avait remarqués '. RiGH, en 1811 , les signala de nouveau : « Ce sont, dit- » il, des trous carrés et disposés en losanges» (en quinconce)^. M. Raymond, ancien consul français à Basra, dans ses Notes sitr U voyage de Rich ^, complète cette description ainsi qu*il suit : c Us sont carrés et enduits dans toute leur longueur » d'une légère couche de plâtre ; ils présentent successive- » ment à droite '«t à gauche une ligne. d'angles saillants et » rentrants depuis le haut jusqu'en bas. »
Enfin, M. Oppert en parle dans les termes suivants': « Ce > sont des tuyaux carrés ménagés dans le mur par une so- » lution de continuité ; ils ont généralement 0'°,20 sur O'",20; » leur longueur dépend naturellement de l'épaisseur des » murailles , que les aéroducts percent de part en part. Les » différents conduits ne se coupent jamais, parce qu'ils sont » à une hauteur différente. »
La Genèse constate l'antiquité de la brique cuite en rapportant la légende de la tour de Babel *. a Allons, faisons » des briques et cuisons-les au feu. »
C'est encore avec des briques cuites, du moins pour les parements, que furent élevées les fameuses murailles de Babylone décrites par Héhodotb^.
1. GuiHemin, Hist. d*Or., p. 25; Ker Porter, Travels, l. II, p. 305. — 2. Niebuhr, Voy. en Ârab., t. II, p. 236. — 3. Bich., Univ. pitt., id. — i, Univ. pitt., id., p. 215. — 5. Oppert, t. I, p. 203. On rencontre aussi des aéroducts dans les ruinas de la tour d'Akcr-Kouf. Cs. Chesney, Ëxpcd. to Ihc Euphrates and Tigris, t. II, p. 606; Olivier, t. H, p. 431.^ 6. Genès^ XI, 3. — 7. Hérod., I, l79.
Au nord de Hillah sur la rive orientale du fleuve, se dresse une colline du haut de laquelle l'œil domine les vastes plaines de la Babylonie *. Là parait avoir été le noyau de la grande dté babylonienne. C'est le Kasr, sur lequd le grand Nabuchodono&ior plaça son palais. Il était entouré de trois enceintes particulières, aurdelà desquelles se dressaient les demeures des habitants de la ville '. Plus loin encore et au-delà de ces maisons, s*étendaient en carré deux enceintes parallèles englobant un immense pourpns, qui dépassait au sud le Birs-Nimroud et aiétendait aussi loin vers le Nord. Le Birs avait son enceinte particulière ; il constituait l'an* nexe nommée Borsippa et il était situé dans l'inteigralle des deux grandes enceintes, qui sont celles dont parle Hérodote^;
L'étude des inscriptions assyriennes montre que l'idée de fortifier Babylone sur une grande échelle remonte au moins au roi Assarhaddon, fils Sennachérib. A cette époque (679 à 667), les rois du second Empire assyrien dominaient encore à Babylone, où ils entretenaient des vice-rois, et cette ville était considérée par eux comme un boulevard, devant protéger la capitale assyrienne contre les invasions du Sud *.
Sous NabopaUassar, après la ruine définitive de Ninive, la dynastie chaldéenne de Babylone reprit sérieusement les projets d'Assarhaddon, et l'on vit, sous les prehiiers rois de cette famille, la cité babylonienne prendre un développement, qu'elle n'avait jamais eu jusqu'alors. Mais c'est à Nabuchodonosor que revient l'honneur d'avoir mis la dernière main à la construction des murailles de Babylone. Le fait est rapporté par Bérose ' et il est confirmé par les inscriptions assyriennes auxquelles je renvoie le lecteur*.
Voici maintenant, suivant Hérodote'^, comment ces mu-
1. Oppcrt, t. 1, p. 148. — 2. Beros. ap. Joseph. contr.Âppion., I, C; comp. Oppert, 1. 1, p. 228. — 3. Cs. Oppert, 1. 1, p. 213 et suiv. , p. 213 et suiv. — i. Id., t. I, p. 227; et Inscript. d'Aberdeen, col. IV, lig. 18 et suiv. — 5. Beros. ap. Joseph. contr« App., 1,6. — 6. Inscnpt. de la Comp. des Indes, col. IVct V; Oppert, t. i, p. 228; Cylindre de Ptiilipps; Oppcrt, r. I, p» 230, etc. — 7. Ilcrod., I, 179, trad. Giguel. •
railles furent construites : « En même temps que Ton creusait » le fossé, dit le père de Thistoire, on faisait des briques avec M la terre que l'on en retirait, et loi'squ'on avait une quantité » suffisante de briques, on les cuisait au four. Après cela ou » se servait comme ciment de bitume en ébullition , et l'on » montait Fun sur l'autre les rangs de briques, en posant toù- » jours sur la trentième couche une couche de nattes de » roseaux. »
ViTRU VE parle avec un très-grand respect du bitume liquide, qui, en Asie, surnage à la surface des lacs et qui fait, dit-il, des maçonneries d'une très -grande résistance ^ Ammien Mahgelijn ' va jusqu'à prétendre que rien ne vaut les constructions faites de la sorte. Il faut se défier de cet engouement de quelques auteurs pour la nouveauté et pour les modes étrangères. Les explorateurs modernes ont, du reste, fait justice de ces exagérations'.
Quant aux nattes de roseaux, enduites de bitume, qui étaient entrelacées dans la masse, elles servaient probablement à la diviser en une série de petits prismes superposés et elles transmettaient uniformément sur chacun d'eux les pressions, qu'elles recevaient des prismes supérieurs. « Les » murailles de Babylone, dit M. Raymond^, foimant une » masse énorme, leur base aurait déversé ou se serait entr'ou- » verte sous le fardeau immense dont elle était chargée, si » Ton n'eût pas eu la précaution de la soulager en mettant » au moins de trente couches en trente couches un lit de » roseaux entrelacés ensemble. »
i. Vitriiv., I, 5, VIII, 3.-2. Amm. Marc, XXIV. 2. — 3. Hoëfer.. Babyl., Univ. pitt., p. 221. « Apres tout, la ténacité du bitume n'est pas
> ù comparer avec celle du mortier. Les briques que Niebubr trouve si fiiciles » à se disjoindre7'taicnt toutes cimentées de bitume; et M. Rich a toujours » remarqué que dans les endroits oii M . Raymond rencontra le môme ciment,
> au passage souterrain du Kasr, les briques se détachaient sans aucun effort » avec une pioche ou môme avec une truelle ;' mais là où on avait employé » le meilleur mortier, comme au Birs, il n'y avait ni force nr art qui pût ks » arracher sans les casser en morceaux. » — 4. Ravmond, Notes sur le voy. de Rich, Univ. pitt., Dabyl., p. 223.
Si les brigues avaient été moins bonnes , il eût fallu sans doute rapprocher les lits de roseaux ; c'est ce qui fait qu'on retrouve des constructions où les intervalles ne sont que dix, huit, six ou même cinq rangs ^ Pour la brique crue, essentiellement poreuse , il devait être nécessaire d'en mettre à toutes les assises. C'était en effet l'habitude ^.
Peut-être voulait-an encore , par cette disposition , éviter les effets désastreux de cette plaie des parements des murs de briques, que les modernes appellent des écorchements pardemihriqîies, et dont on peut voir les ravages dans quelques-unes des vieilles murailles de nos places fortes. Je vais essayer de faire comprendre la cause de ce genre de dégradations.
Si une brique, poreuse, mal cuite, se trouve sur le couronnement du parement d'un mur, l'humidité qu'elle absorbe à la longue par sa large surface plate , la pourrit et endommage, par le contact, deux briques de la couche inférieure, puisque, dans toute maçonnerie bien faite, les joints d'une assise correspondent aux pleins de la suivante et ainsi de suite indéfiniment. Les deux briques de la 2' couche en gâteront trois de la 3', celles-ci quatre de la 4*, celles-ci cinq de la 5' et ainsi de suite, de telle sorte, que, quand la pourriture se sera suffisamment étendue, les briques formant boutisses se casseront par le milieu et le mur se soufflera , en attendant le moment où s'écroulant en partie, il laissera voir sur son parement extérieur, un écorchement par demibriqaes ayant la forme d'un V renversé, A. Si, après la chute du parement, on tarde à en faire la réparation, le massif du mur se détériorera à sou tour, avec une rapidité d'autant plus grande, que la brèche primitive aura été plus étendue, et, les débris s'accumulant les uns sur les autres, la muraille sera bientôt complètement en ruines. Les couches de roseaux
1. Hoëfer, Univ. pitt., Babyl., p. 217. — 2. id., p. 215. D'après Ghesney (Expéd., 1. 1, p. 606), les nattes de roseaux se composant de trois couches se croisent les unes les autres, la supérieure «étant parallèle à l'inférieure et croisée à angle droit par la moyenne. Cs. Hoëfer, Babyl., Univ. pitt., p. 2i1, et Olivier, t. II, p. -i31.
]?ituinés , ca séparant les assises par groupes indépendants de trente éléments, empêchaient cliacun de ces prismes de participer directement aux chances de déléi^ioratioa des msins.
Les briques qu'on retrouve dans les ]:uines de TÂssyrie et de la Babylonie sont généralement carrées*. Suivant la teri^e dont elles sont fabriquées, elles sout blauche^, rouges ou noires *.
Le$ dii^nensionsi ordinaires des briques cuites sont de Q'",315 de côté sur 0*^,08 d'épaisseur^. Quand elles appartenaient auj( édifices publics, elles portaient la légende rqyale, imprimée à l'aide d'un timbre, de bois, appliqué sur Vargile avant la cuisson,^.
Les bri^iues crues spnti ordinairement plus grandes ''^. Gell^es ^e M. Bott4 a exhumées du monticule de Khorsabad ave^içn^ envi;*oa 0'',40 de côté et 0"',12 d épaisseur ®.
. A^u^Ka^r, les briques de parement^ marquées à Técusson i^PY^ ^talent en outre vernissées ^. Peut-être y formaientqIJ^s. ces (ameu^ea représentations de chasses où^ selon Djobo^, figuraient Sémiramis et Ninim^.
M* Q;v»BiiT 9*é(oiwe. de ne retrouver de ces briques que des débvip aywt api plus 0", 10 à 0",12 de largeur, 0",05 d'épaisseur et, Q^'jQS ^ l^auteur. « La hauteur, dit-il ', est toujours )> coin^rvi^.iAl^^iA^.; c'esjt celle de la brique po3ée à plat. On )x ^ d^pi^e^ 4'ciii pro^viept la, petite dimension des trag- )> ipenV^ vemis^ép^, ^#9 q^^. 0^9 avons, tant de briques » ordij9airesisar&i]b^»Bi9yt oon^e^vées dan? toute leur graç- » dew Briffliilîiyef %
J« o^oî^ qw ï»ft tWwie^4eft ^oorchemente par den^^ dannô Ve^plicftUM <|aiefttis^dé«iandâe*.Les bri^e^ vernissées^ éteoA fareéoieiU siur- kts par^OMat^ e:stériiei»rs des mur^, ont subi la pourriture de l'humidité beaucoup plus rapidement que celles de l'intérieur da massif. Dans ces mêmes
1. Hoéfer» BabyL, Ufiiv. pi^4., p. 321 . — d.id. — 3. Oppert, t. 1, p. 143. — 4. Id. — 5. HoÇfcr, ii..— 6. Id., p. ^76. — 7. Oppert. id. ~ 8. Diod., îî, 8. — 9. Opperl, t. I, p. ii5.
briques, qui étaient larges (0",30.à 0",53), les parties voisines du parement ont été endommagées en premier lieu, de sorte qu'au moment de la soufflure, la rupture s'est produite vers le parement, le corps de la brique continuant à rester engagé dans lè massif. Chacun des morceaux de la baude soufflée, étant imprégné d'humidité et pourri, s'est fractionné aisément, 4âns la chute, de telle sorte qu'aucune brique n'est restée entière. Quant aux briques du massif, au contraire, comme la plupart n'ont été dégagées de la maçonnerie qu'au moment de Téboulement général, faute de cohésion dans l'eqsemble, il n'est pas étonnant qu'on en retrouve beaucoup avec leurs dimensions primitives.
Quoique les Babyloniens employassent ordinairement le bitume en guise de ciment, ils n'ignoraient pas l'usage de la chaux, comme liant des maçonneries.
J'ai déjà signalé l'emploi de cette matière au Kasr, où elle a été remarquée par Piétro della. Valle. Ce u*est pas le seul endroit où on l'ait l'encontrée. Je ne m'arrêterai pas plus longtemps sm* cette manière de bâtii*, <}ui était d\in usage restreint dans ces pays *.
En reftiontant le Tigre vers l'Assyrie, Xénophôn rencontra plusieurs viltes dont les enceintes larges et hautes étaient formées dé deux espèces dé matériaux '. GoU'ti^airement à la Babylonie, l'Assyrie possédé un sol montueux et rocheux. Les basalteà, le calcaire, le gypse s'y trouvent fen abondance.
L'auteur de l'Anabase vit d'abord Larisse dont le nom , défiguré éàns douté, tappelle celui de ^uel^uei acropoles pélasgiques ; ce qui a pu porter M. Pëtit-Radel à penser que Xéîïopho^ y avait rencontW titt appareil cyclopéen '. « Là , fi dit Xénophon , était Une grande vilte déserte , nommée >) Larfsfte. Elle était anciennement habitée par des Mèdes ; » son mur avait 25 pieds de large (S^ïTO) sur 100 pieds de » haut (22*,80) ; il avait deux Jparasanges de tour (1 1 kilom.) ; » il était construit en briques cuites , mais la base était en
I. Cs. Hocfcr, id., p. 211, 221 ctpassim. — 2. Xénopli., Anab., 111, 4,- — 3. Pelil-Radel, p. 200.
» pierres de taille jnsqu^à la hauteur de 20 pieds (4*",55). » « A six parasanges de là (34 kilom.), se trouvait ua grand )) mur abandonné entourant la ville de Mespile. Les Mèdes » rhabitaient jadis; la base du mur était en pierre polie, » incrustée de coquillages, ayant 50 pieds d'épaisseur ( 1 1",40) » sur autant de haut. Sur cette base était bâti un mur de » briques de 50 pieds de large (li",40) sur 1^ de haut » (22'°,80). Le circuit était de 6 parasanges (34 kiiom.). »
Malgré la différence de circuit, les Assyriologues * identifient la Mespile de Xénophoa avec la ville de Khorsabad (Hisir-Sargon), découverte par M. Botta, et dont le pourtour n'a que 7,000 mètres. Ils admettent une altération du texte de Xénophon et par suite exagération du développement deTenceinte de Mespile. Il ne m'appartient pas de justifier Cette assimilation. Je veux seulement constater, qu'au point de vue architectonique, il y a de grandes analogies entre les obsjBrvations de Xénophon et celles du savant consul français de Mossoul.
« La muraille d*enceinte, dit M. Botta ^, a été mise à » découvert par une tranchée creusée près de langle Est, à » travers le long tumulus qui l'indique et la recouvre » aujourd'hui. Cette muraille» de 14 mètres d'épaisseur, » consistait en un massif de briques crues, supporté par une » base formée d'un blocage grossier, revêtu à l'extérieur d'un » parefhent de pierres calcaires. Ce soubassement n'a qu'un )> mètre de haut ; le blocage intérieur est formé de pierres » irrégulières entassées sans aucun ciment et offrant un peu » l'apparence d'une construction cyclopéenne; les blocs du » revêtement sont taillés seulement à leur surface extérieure )) et sur les faces latérales qui se touchent ; l'extrémité » intérieure engagée dans le blocage est irrégulière. Sur )> cette base s'élève le mur de briques dont les assises régu- » lières ont pu être comptées au nombre de douze , sur une » hauteur totale de deux mètres.... Il est indubitable qu'an-
i. Oppcrt, t. I, p. 83 et 350. — 2. Botla, Monum. de Niniv., t. V, p. 3i.
» ciennement la hauteur de la muraille a dû être beaucoup » plus considérable. En effet, cette masse de briques crues » n'a pas été enfouie subitement, et avant de Tétre, elle a dû » rester pendant plusieurs siècles exposée à raction de Tair » et de la pluie ; elle a donc dû nécessairement se dégrader » et s'affaisser peu à peu »
Le moiilicule de Khorsabad établi à cheval sur Tenceinte, dont je viens de parler, constituait le réduit de cette forteresse assyrienne. Il avait lui-môme son enceinte. Le massif de cette éminence de 12 à 15" de hauteur* était artificiel et formé de briques crues séchées au soleil , posées par assises régulières et reliées avec du mortier de terre. Cette masse terreuse se trouvait protégée par un mur de soutènement en blocs de pierres calcaires très-dures. « Ces » blocs, dit M. Botta*, ont la forme de parallélipipèdes » rectangles d'une coupe régulière, et sont disposés par » assises, de manière à présenter alternativement au dehors M leur face la plus large ou une de leurs extrémités ; c'est- » à-dire, que tous étant posés de champ, l'un tapisse le » massif, puis un et quelquefois deux autres continuent » rassise par leurs extrémités, la même alternative se répé- » tant dans toute la longueur de celle-ci. Il eu résulte » qu'étant tous de même longueur, ceux qui présentent une » extrémité au dehors dépassent à Tintérieur la ligne des » autres, et s encastrent dans le massif de brîques. Cette » disposition avait pour but de lier solidement l'amas terreux » intérieur au revêtement extérieur. »
Au dire de Ctésias, témoin oculaire, les murs dé Ninive étaient construits à l'extérieur de briques séchées au soleil et à l'intérieur de terre rapportée^. **
En résumé, les murailles des villes assyriennes, malgré la nature rocheuse du sol, sur lequel elles étaient assises, comportaient peu l'emploi de la pierfe. À peine y trouvaiton quelques soubassements en calcaire , ne formant le plus
1. BoUa, Monum. de Niniv., r. V, |i. 31. -- â. Id,, p. 31. — 3. Giiillemin, Hist. d'Or., p. 85.
souvent qu'un placage ou revêtement. Le ïeste des mure était en briques crues , avec ou même sans parement extérieur en briques cuites. Selon M. BoTtA*, c^est à l'influence babylonienne qu'il faut attribuer l'emploi de ce mode de construction peu résistante ^ dails un pays où les matériaux solides ne font aucunement défaut.
34. FortijQoations iraniennes. — Les auteurs persans, quelle que soit la confiance qu'on leur accorde, reconnaissent généralement la haute antiquité de Tai^t de la fortifioatiou daiis l'Ariane.
Ainsi Fani, l*Uuteur du Dabislan^, source peu sûre, d'après laquelle Malcolm a traité l'histoire de la dynastie fabuleuse mahabadienne, représente Mah-Abad, le père des hommes, enseignant « Tart de bâtir des villes, de construire des » palais et de fortifier des places^. » D'autres historiens, qui commencent leur récit ai^ rois paishdadiens, nous font assister immédiatement à la fondation de Balkh (Bactres) par Kaïoumors^, à celle de Suze et de Reï par Houschenc^ et bientôt à celle de Persépolis par Djemschid*.
1. Boita, Monum. de Niniv., l. V, p. 61. — 2. Le Dabistan, ouvrage persan, composé vers la fin du XVlIe siècle par un voyageur mahoinrtan, natif de Cachemire, nommé Shaik-Matiomcd-Mohsin et surnommé Fani. Cs. Malcolm, Hisl. de Perse, t. I, p. 268; voy. N. Bland, Joum. asiat.. t. Il, 1846, p. 37i. — 3. Malc, id., 1. 1, p. 13. — -4. W., M, p. 20; cs. Ferricr, Voyag. en Perse, 1. 1, p. 391 . D ville de Balkh passe, chez les Orientaux, pour la mère de toutes les cités, le berceau des rois de l'Orient. (Voy. Lcbas, Bist. anc, 111, 1, §2, et Ferrier, id., t. I, p. 389.) On présume qu'elle est la môme que la Bactres dos Grecs. (Voy. E. Jacquet, Joum. asiat., t.. Il, 1837, p. 375.) D'après Diodore (II, 6), Sémiramis (il faut entendre par ce -nom une reine ancienne de TAssyrie) dut sa fortune aux sages conseils, qu'elle donna au roi Ninus, pour prendre la citadelle de Bactres. — 5. Dubeux, Perse anc, Univ. pîtt., p. 220. La' ville de Be! ou Bhaguès est citée dans la Bible (Tobie, I, 16); es. Quatromèrc, Hist. des Mongols, diaprés Rascbid-Ëldm , t. I, p. 272, note. -^ 6. Le palais de Persépolis est encore appelé aujourd'hui par les Persans , Takhtal-Djemschid , c'esl-ii-dii*e trône de Djemscliid. (V©y. Malc, t. I, p. 24 et 371 ; et Dubeux, Pcrs., Univ. pitt., p. 30.)
C'est CQ dernier prince, qui, d'après rÀvE3TA ^ construi^t la fameuse forteresse de Ver, « doqt la place fort étendue e^ » carrée » était entourée d'eau. Âhriman^ les dews et les mauvais génies n'y avaient pas accès.
Tel était te sonfcvenir que U^ Parses avaient de la preoiière époque de leur histoire. Forcés, sans doute» par les éléments', de quitter rimaû8> berceau de leur race» ils étaiejit yeau^ > dans le$ vaUéesi de VAsie centrale , se mettre àTabri» dans une forteresse entourée d'e^u. IIs; habitaient primitivemQQtt ÏB^ moatago^s- ; et Tari, de se vêtir et de se nourrir é^t ^ors nouveau ^.
L'émigration commença sous Kaîoumor&, qui fonda des ville» dana la^ Baetriane; eUe s'étendit sous Housohenc, jusque dan^ la Médip et à^m te Fars. Mais lesi dews , ennenvis du bien , contri^riaienl s^ns doute la conque ,. et Tahmouras,, fils: de Houscheno, te» extermina *.
Qu'étaient ces esprit^ malina» dews n^ics eu blanos^» qu'il' fallut alors refouler dai^ les déserte et dan» les/ mers ^ et dont on ne se débarrassa qu'en allant les recheroher jusque dans tes Qayern^»?
Ils représentaient Vimp^évu: de toutesi les expéditions dans des contrées înoeAnues. et tes ai^ts de la colonisation dans un siècle de barbarie. Tous lesi obstacles matériels, opposés à riixvasijoo , pav les populations autocbthones ou indigènes, étaient réputés QréatÂons des dews malins, qui empêchaient la conquête.
L'homino n> pas varié depuis ce& époques primitives,, et son sentiment est toi\>ours le même. Soa esprit s'effraie
1. Vendidad^SadtS Farg., 11, trad. Anquclil Dupcrron. Le Zcnd-Avesla passe pour l'œuvre de Zoroastre lui-môme ; mais on ignoif Tépoque précise, où vivait ce grand législateur. D'après Malcolm, il fut contemporain de Darius, fils d'IIystaspe (521-i85), t. 1, p. 83. Suivant Anquclil Dupcrron (Z. Avest., 1771, t. l, p. G), Zoroastre a paru environ vers 550 av. J.-C. — 2. Voy. ci-dossus la noje de la page I3b'. — 3. Ferdousi, Shùh-Namoh, 1. Le Livre des Rois de Ferdousi fut 'écrit sous Mahmoud de Ghiznt', vers l'an 1028 ap. J.-C. — 4. Fcrdou&i, HI.
encore de Timprévu, et sa superstition naturelle naît de la conscience, qu'il a, de sa faiblesse.
Dans toute rencontre, il est disposé à croire à la supériorité de son ennemi, et il le juge ordinairement moins généreux que lui-même. Le lion, dans la campagne, parait plus grand que le bœuf, et le reptile, qui nous fuit, semble encore nous, menacer dans son refuge souterrain.
a Soldats, devraient toujours dire à leurs troupes, ceux qui » ont l'honneur de mener des hommes à la bataille, rappelez- » vous que si la taille de votre ennemi vous intimide, il ne » sera pas moins surpris de la vôtre et que, si sa force vous » étonne , vous ne lui paraîtrez pas moins puissant. »
Le nom de Djemschid caractérise plutôt une époque qu'un personnage ; aussi les Orientaux ont-ils accordé à ce prince une existence de 700 ans ^ . H représente la période d'installation dans la terre conquise, et à son nom, comtrîe à celui de Sémiramis en Assyrie , se rattache l'idée de tous les efforts faits par les Aryas , pour constituer leur société et assurer leur conquête.
Ce roi iiède savait déjà que a le plus fort n'est jamais assez » fort, pour être toujours le maître* » et, en fortifiant le Ver, il prévoyait sans doute que son peuple n'était pas destiné à jouir d'une paix éternelle.
Le mouvement des Aryas ne tarda pas, en effet, à inquiéter l'Asie occidentale, et l'on démêle, aussi bien dans les légendes de Ferdousi ^ que dans les récits de Diodore ^, le souvenir d'une marche des Assyriens contre l'Iran.
Ceux-ci pouvaient-ils, sans s'émouvoir, laisser s'élever à côté d'eux une puissance redoutable? Devaient-ils permettre la construction de forteresses imposantes, bâties spécialement pour leur fermer les passages de l'Orient ?
Reï' défendait les Pyles Caspiennes*, Ecbatane, si on
i. Ferdousi, IV. — 2. Rousseau, Conlr. soc, I, 3. — 3. Ferd., Shah- Namch, pass. — A, Diod., liv. II. — 5. Cs. Ferricr sur la position des Pyles Caspicnncs, Voy. en Perse, 1. 1, p. 107 et 116. — C. Anien., Expéd. d'Alex., 111, 7; Diod., 11, 2; Slrab., XI.
admet qu'elle représente le Ver de Djemschid *, commandait les Pyles Médiques*.; et, enûn, Suse et Persépolis sui-veillaient les Pyles Persiques^; car TAriane est tellement séparée de TAsie occidentale, par des montagnes, qu'on ne peut passer de Tune à l'autre que par d étroits défllés.
Aussi, les auteurs grecs rapportent-ils qu'une grande expédition des Assyriens, vers TAsie centrale, fut tentée dans une haute antiquité, et que Ninus et Sémiramis poussèrent jusqu'à Bactres, ville très-forte^.
Pourquoi la campagne fut-elle dirigée contre cette ville du Nord plutôt que contre toute autre cité, au pouvoir des Aryas, dans le Sud? ♦
On peut penser qua cette époque reculée, la cité de Kaïoumors, le berceau des rois, avait encore le privilège de la résidence royale, les autres places n'étant commandées que par des vaa^Ux ou lieutenants. S'emparer du roi des rois, c'était le véritable moyen 4e triompher, d'un seul coup, de la monarchie aryane, toute féçdale*, comme résultant du régime militaire, nécessaire à la conquête et à la conservation du territoire.
De plus, Bactres continuait, sans doute, à marquer une des étapes du flot iranien, qui, descendant de rimaîis, menaçait toujours d'inonder l'Asie ; et il y allait de la vie de l'empire assyrien de laisser monter ce flot sans essayer
i. D'après Anquetii-Dupcrron (Notes du Vandidad-Sadé , Fargard II), le Ver paraît être Hainâdân, laquelle, suivant la plupart des voyageurs, est considérée comme bîtie sur la position de l'ancienne Ecbatane. Cs. Olivier, Voy. dans TEmp. Olhom. , t. UI , p. 29 ; Maie, t. IV, p. 303 ; Texier, Voy.* en Perse, t. I, p. xu. D'après M. Ferrier (t. I, p. 57), Ecbatane serait à l'ouest d'Hamâdân, au monticule de Kienguawcr, à 14 heures de marche sur la route de Bagdad. — 2. Plin., VI, 17. — 3. Arrien, id., III, 6. — i. Diod., II, 6. — 5. M. Saint-Martin fait remarquer, à propos des Arsacidcs, que, de tout temps, les Perses ont vécu sous le régime féodal , conséséxjuence inévitable de Toccupation militaire, résultant de la conquête. Dans ces conditions, s'emparer de la personne du roi, c'était désorganiser toute la monarchie, ce qui eut lieu avec Alexandre, qui prit Darius (Journal asiat. t. I, 1822, p. 65etsuiv.).
(le l'arrêter. La prise lie Bactres eut probablement pour effet de faire refluer vers le Sud-Est bien des hordes barbares , prêtes à se jeter sur les plaines fertiles de la Bactriane et de là sur TAssyrie.
Les écrivains orientaux disent également qu'un prince syrien* usurpa la royauté, en forçant Djemschid à s'enfermer dans la forteresse de Damevend^, où il le fit scier entre deux planches, avec une arête de poisson.
Le nom de l'usurpateur est Zohac, autre roi siècle, qui vécut 1000 ans, et qui représente le régime de la domination assyrienne sur l'Ariane. Pour faire», à son goût, le tableau de ce système politique, fe légende orientale Ta personnifié par la ûgm*e de Zohac, dont les épaules, ensanglantées par des chancres, ne pouvaient calmer leurs douleurs que par l'application quotidienne de deux cervelles humaines^.
Que pouvait être , avant l'époque assyriennoi, l'aspect des forteresses primitives de l'Iran? Comment étaient-elles bâties ?
On peut se l'imaginer facilement ; car, de l'aveu de tous les orientalistes^, peu de pays ont conservé, avec autant de ilxit^que la Perse, les mœurs et les coutumes des premiers âges; et cela, malgré la succession de peuples, qui ont, tour à tour, fcmlé le sol iranien.
Aujom:d'hui, les Persans entourent encore leurs villes et leurs villages de murs de boue ou de pisé*; et, sauf dans quelques régions voisines de la Babylonie et de l'Assyrie , cet usage est général. On bâtissait également des murailles de briques cuites 0u crues®. L'invention des briques est
i. Ma^c, t. I, p. 26, d'après le Zeenul-al-Tewarikb ; Ferd. IV. —
2. Daoïevend, située au pied du pie de ce nom, dans le Tabarislau. —
3. Perd. V. — 4. Malc, t. IV, p. 305 et pass.; Ferrier, t. I, p. 384. — 5. Maie., t. IV, p. 304; Ferrier, pass. — 6. c Dans les temps les plus » reculés, comme de nos jours, on a toujours employé en Perse la brique > séchée au soleil et par exception la brique cuite au four; c'est ce qui fait » qu'on no retrouve plus aujourd'hui aucun vestige des monuments qui exis- » taient autrefois dans le» grandes cités persanes, dont l'emplacement même » est encore un objet de doute pour les savants. » (Ferrier, t. I, p. 24.)
attribuée à Djemschid, qui, le premior, en ût préparer par les dews vaincus (c'est-à-dire par les captifs faits dans ses expéditions contre les peuplades indigènes). La plupart de ces enceintes en pisé ou en briques crues étaient précédées de fossés. Quelques monticules vagues et épars laissent encore parfois soupçouner les emplacements de ces remparts fragildd ; car, aujourd'hui , les terres et les briques crues des murailles se sont affaissées sur elles-mêmes, comme les maisons de boue, qu'elles protégeaient; toute la masse a comblé les fossés^ et la trace des villes antiques a disparu.
Ce que devinrent beaucoup de ce& camps retranchés, à Tépoque de la conquête assyrienoe, nous pouvons enoore le deviner. Ou bien les Perses opposèrent à leurs ennemis des moyens de résistance semblables à ceux, dont les Assyriens se. servaient eux-mêmes; ou bien ces maîtres nouveaux assurèrent leur autorité, par la continuation des procédés, dont ils usaient che2 eux. Quant au modèle des forteresses assyriennes, il a été décrit par Xénophon, à propos de Larisse et de Mespile, et nous Favons retrouvé enseveli dans les ruines àe Khorsabad^.
Les maçonneries assyriennes étaient de deux espèces. Les unes, surtout dans les parties basses des constructions, présentaient des parements en pierres de taille, assemblées sans ciment, tantôt à assises régulièi*es, tantôt à assises irrégulières , tantôt encore à blocs grossiers du mode cyclopéen. Quant au remplissage intérieur du massif, il se faisait avec des briques crues, de la terre foulée ou du pisé'.
Les autres étaient entièrement en briques cuites ou crues.
Ces deux modes de construction se retrouvent dans les murailles iraniennes; toutefois, remploi de la pierre de taille n'existe que dans les régions occideatales, comme le fait remarquer M. Fërrier. <( Ce n'est qu'en Médie et dans » le Fars, dit ce voyageur^, qu'on retrouve encore quelques A édifices en pierres de taille, ayant i^vt braver les effets
1. Ferricr, t. 1, p. 25 et 328. — 2, Voyez ci-dessus p. U8. •- 3. Cs. Texicr, Voy. en Perse, t. 1, p. 185, 187. — 4. Ferrier, t. I, p. lil.
j) destriictciii'3 du temps. A l'Est de ces deux provinœs, les » palais, même des souverains, se composaieut de briques » séchées au soleil, qui pouvaient à peine résister aux intem- » péries d'un ou deux siècles. )x
Les ruines de Persépolis 4ious montrent à la fois les deux genres précédents. Cette ville, fondée peut-être par Djemschid, fut certainement restaurée par Darius , fils d'Hystaspe (521-485), dont les exploits sont énumérés dans les tables gravées au rocher de Bisoutoun^ et dont les images sont si souvent reproduites dans les bas-reliefs d'Istakhar^. Suivant DioDORE^, Persépolis était une ville magnifique et « sa » citadelle était considérable ; elle était entourée d'une triple » enceinte; la première, construite à grands frais, avait seize » coudées de haut (7",20) ; la seconde, de même construction » que la première, avait le double de hauteur (14",40); enfin » la troisième, de forme carrée, avait-^soixante coudées de » haut (27"*,00). Bâtie en granit^, elle semblait par sa solidité » défier le temps. Chacun des côtés avait des portes d'airain, » et, près de ces portes, étaient des palissades de même » métal de vingt coudées de haut (Q^jOO), tant pour inspirer » de la terreur que pour assurer la défense. »
Je ne sais si les terrasses en ruines dlstakhar ont appartenu, comme le pensent certains auteurs, à la citadelle redoutable, dont il vient d'être question. Quoi qu'il en soit, les vieux restes de cette résidence royale suffisent pour nous dévoiler le genre de l'ancienne architecture persépolitaine et nous montrer ses points de contact avec celle des Assyriens. Voici ce que M. Texier dit de ce palais' : « La » masse des constructions a été prise sur un acrotère ou » promontoire formé par la montagne , qui a été équarri et » aplani de main d'homme.
1. Cs. Oppert, Journal asiat., Inscript, des Acbménides , 1851 et 1852. L'inscription de Bisoutoun est de l'an 510 av. J.-C. — 2. Voy. les planches de la Perse de Dubeux, Univ. pitt. — 3. Diod., XVU, 71 , trad. Hoêfer. — i. Le prétendu granit est du calcaire à coquilles; cs. Texier, id., t. II , p. 167—5. Id., t. I, p. 165.
» La plus grande partie des pierres de taille que l'on » a extraites de ce nivellement ont été employées pour » former le revêtement des terrasses. Comme ces pierres n n*étaient pas d'égale dimension, ne pouvant pas être » taillées sur une hauteur générale d'assise, les construc- » teurs ont été conduits à employer l'appareil appelé par les ^ Grecs pseuiisodomon, qui compose l'ensemble général du 1» revêtement. Et il ne faut pas dire qife lappareil en assises » régulières ou isodomoti n'était pas usité pour ces sortes de » constructions , puisque dans une partie do la muraille du » Sud, qui va s'amortir sur le rocher des tombeaux, on » observe un bel exemple d'assises réglées à bossages. L'ap- » pareil du mur méridional est formé de pierres à joints. » irréguliers , dit pélasgique * .
Et l'auteur ajoute : « La construction du mur de soutènc- » ment est parfaite et l'appareil est d'une précision remaria quable. Toutes les pierres sont de hauteurs inégales » et s'enchevêtrent les unes dans les autres, de manière à » ne laisser aucun vide entre elles. Elles sont posées sans » le secours du mortier ni du ciment. Dans certains endroits » on voit le roc vif, qui a été aplani et équarri selon la » direction du mur. »
Comme je l'ai annoncé, on rencontrait aussi à Persépolis des murailles en terre ou briques crues. Elles sont éboulées actuellement ; mais leurs traces sont encore assez visibles , pour avoir pu être reconnues par M. de Beaufort^.
A Mourghâb, on trouve aussi des ruines, qui datent du temps des Achménides, ainsi que des inscriptions, qui remontent à Cyrus le Grand ^. Les murailles, comme celles de Pei-sépolis, sont en pierres de taille sans ciment^. Elles paraissent avoir appartenu à la ville de Pasargades, et sont plus anciennes que celles de Persépolis, si toutefois elles sont bien celles de la ville, près de laquelle Cyrus vainquit Astyage' (559).
1. Cs, Pelit-Radel, p. 31-i. — 2. Texier, id., 1. 1, p. 167. — 3. Oppcrr. Journ. asiat., déccmb. 1851, p. 563. — i. Texier, id., t. il, p. 118. -- 5. Plin., VI, 29; H(^rod., I, 130.
On a cru également reconnaître les restes de la ville de Suse, dont l'origine certaine remonte à Tépoqpie achménide\ dans quelques débris trouyés auprès de Schuster, cité bâtie par Sapor P' (240-273 ap. J.-G.)« « lies ruines, dit Malgolm ^, » consistent, comme celles de Babylone, en grands monti- » cules, formés de briques et de tuiles coloriées. »
Partant de Suse, et remontant jusque dans la Médie, on rencontrait Ecbatane, la ville de Déjocès^, plus ancienne encore que les précédentes, si Ton ne considère que Tépoque de sa reconstruction , après la domination assyrienne.
Sojlt qu'on veuille absolument voir dans la colline de Muselle, près d'Hamâd&n, le pic sur lequel reposait le palais aux sept enceintes , de couleurs variées, dont Hérodote a donné la description, soit qu'on le recherche sur le coteau de Kicnguaver^, on doit s'attendre à une véritable déception ; car aucune ruine, dans ces régions, ne rappelle le souvenir d'une grande forteresse. 11 est vrai que le père de l'histoire ne dit pas qu'Ëcbatane fut bâtie de pierres de taille '; et, alors, il n'y a plus rien d'étonnant à ce qu'elle ait disparu comme bien d'autres cités de terre ou de briques crues. Mais le Livfe de Judith est beaucoup plus af&rmatif. <( Arphaxad, roi des Modes, dit la Bible®, avait assujeti à » son empire un grand nombre de nations, et il bâtit une » ville forte, qu'il appela Ecbatane. »
c( De pierres carrées et taiUces , il en fit les murailles de
1. Pline (XXXI, 7) dit qu'elle fut fondée par Darius, fils d'Hystape; il faut entendre par là que Darius la restaura; elle était déjà sous Cyrus (559-5^) la résidence de printemps des rois de Perse (Xénophon, Gyrop., Vm, 6). — 2. Malc, t. I, p. 377. — 3. Déjocès (709-656), suivant Hérodote, bâtit la ville d'Ecbatane (I, 98). — 4. Voy. cinlessus, p. 153. — 5. Le texte d'Hérodote porte : ir Les remparts de la première enceinte sont > blancs, ceux de la seconde noirs, etc. » La traduction, dont je me sers ordinairement, celle de M. Giguet, porte: c Les créneaux de la première » muraille sont de pierres blanches ; ceux de la seconde de pierres noires, etc. » Getto version est d'autant plus fâcheuse, que l'emploi de la pierre^ dans la région médiqup, est une exception. La chose, du reste, n'a d'imporiance qu'au point de vue de mon sujet. — G. Judith, 1, i, 2, 3, trad. de Sacy.
» soixante-dix coudées de large (Sl'jBO) et de trente coudées » de haut (IS^'iSO); et il en éleva les tours à la hauteur de » cent coudées (45",00). »
Malgré l'exagération évidente des chiffres précédents, il est impossitde d'admettre qu'il ne soit pas question ici d'une ville très-importante ; mais il faudra reconnaître également qu'une cité de cette catégorie n^aurait pas été rayée si radicalement de la liste des villes retrouvables, si ses murailles avaient eu les proportions et le 6tyle architectonique indiqué par le Livre de Jiiiith. II vaut mieux penser que, comme Suse, Persépolis, Pasargades, etc., la ville médique était entourée de simples murs de briquet crues, revêtus de parements do pierres de taille, qui, depuis, ont servi à dresser d'autres constructions, telles que, par exemple, le vieux temple guèbre, rencontré par M. Ferrier, à Kienguaver^, telles . que, encore, le prétendu tombeau d'Esther et de Mardochée, qu'on voit à Hamâdân K
Si nous continuons notre route vers FEst, dans l'Irak-* Âdjémi (Grande Médie et Parthie), nous tombons sur Téhéran, la vUle des plaUmeSf près de laquelle se trouvent les ruines de Rel, si souvent bouleversée par la guerre'.
La vieilk fenÉre le» vUle$ (Scheïkh^Albilad), comme l'appellent les Orientaux^, n'a laissé, comme souvenir de ses nombreuses commotions politiques , que quelques tours ruinées, en briques cuites *, dont il serait difficile, sans doute, de fixer l'origine. Ebn-Haukal, géographe arabe cité par M. QuAoïRBaiÈBK, dit que, de son temps ^, Reï était encore la plus grande ville de la province, «c Ses constructions étaient » cependant a de terre et en partie de briques et de plâtre^ ».
Il en avait été probablement ainsi depuis la plus haute
1. Ferrier, t. I, p. 56 : f Les fondements de son mur d'enceinte sont des » blocs de granit, énormes, qui s'élèvent à six pieds au-dessus du sol. • — 2. Nalo., t. IV, p. 303; es. Ferrier, t. 1, p. 68, note de Rawlinson, trad. par M. Revoil. — 3. Voy., pour l'historique de Rcî, Quatremèrc, Hist. dos Mongols, t. 1, p. 272. — A. Id. -- 5. Ferrier, t. 1, p. 107. — 6. Klm- Uaukal est souvent cité par Aboulféda, qui mourut en 1354 np. J.-C. ; es. d'Hcrbelot, Bibl. orient., p. 407. — 7. Quatremèrc»,. id.
antiquité, et les diverses reconstructions de cette ville, tant de fois ruinée, avaient certainement été faites, toujours, sur le modèle conservé par la tradition.
Aujourd'hui encore Téhéran, qui lui a succédé, n'a pas de défenses plusf brillantes. Sauf quelques tours, espèces de detni'lunes ou ravelins, qui défendent les portes, la capitale actuelle de la Perse, entourée d'un simple mur de terre, précédé d'un fossé, ressemble à une vaste redoute de campagne. « Les maisons de la ville, bâties de briques cuites » au soleil, dit M. Dubeux^ sont d'un aspect triste et désa- » gréable. »
Ainsi donc, déjà dans ces contrées, l'emploi de la pierre semble n'avoir jamais été fort répandu. C'est qu'on s éloigne de plus en plus de la limite d'action de l'influence assyrienne antique.
Plus loin, toutes les constructions sont, et ont toujours
été, en briques séchées ^n soleil. Aussi ne retrouve>t-on plus
. même les traces de la fameuse Hécatompylos des Parthes^.
Autres temps, autres mœurs, a-t-on dit! Autres ennemis, autres défenses , également. L'Ariane n*eut pas seulement à se garantir des expéditions des Assyriens ; elle dut encore songer à se préserver des incursions touraniennes.
Qu'était donc ce peuple de race scythique^, voisin des Parses, qui, dès la plus haute antiquité , leur causait tant de tracas? Les légendes persanes en ont conservé le souvenir.
Semblables aux.Turkomans de notre siècle, les Touranieas faisaient, sur le sol iranien, des incursions perpétuellement renouvelées. Et comme toute lutte prolongée enfante d'ordinairC/les héros, le nom de Rostum ou Rostem, chez les Persans, est resté légendaire, comme celui d'Hercule chez les Grecs ^.
Rostum est un mythe ; sa naissance est une fable , sa vie
1. Diibeux, Perse, Univ. piU., |>. 13. — 2. Cs. Ferrier, t. I, p. 139 et suiv.; Plin., VI, 21. — 3. Voy. ci-tlessus, p. 13G, ce que j'ai dit des Scylhes. — 4. Les exploits de Rostum sont relatés dans le ShAli-Nameii de Ferdousi.
une fiction ; mais sa physionomie est \Taie. Elle représente le glaive de l'Asie déjà levé , toujours levé , contre les aïeux de ces fiers Seldjoucides, qui précédèrent les Turcs ottomans, vainqueurs des Arabes et de TErapire grec, contre les Scythes nomades devant lesquels Gyaxares fut , une fois , obligé de fuir^ contre les barbares qui défirent et tuèrent Cyrus*, contre les hommes du Nord, que Darius dut renoncer à poursuivre^.
Rostum est la personnification de la résistance de TAriane contre le flot scythique, dont le représentant, dans l^lég^ende persane, est Afrasiab^:
Bôstum est un duc ou prince de Seistan ; il est allié aux rois de Kaboul ; c'est-à-dire que les plus grands efforts, produits contre les Scythes, ont été faits par les nations voisines de la Transoxiane ; rien n'était plus naturel et plus logique , puisqu'elles étaient les premières menacées par les barbares. Rostum est un marquis de la féodalité iranienne, chargé par le souverain de faire respecter les limites de l'empire. C^est la sentinelle permanente , qui veilla le long des routes etcFobstacle matériel, opposé de siècle à siècle, à l'invasion, qui se renouvelle.
Rostum, dans l'histoire orientale^ naît sous le règne de Minotschehr '; il disparait sous celui d'Ardisheer Dirazdust ; c'est-à-dire qu'il vécut plus de 600 ans de la légende. D'après Malgolm^, cet intervalle se réduit à celui qui sépare le Mandancés de Gtésias^ de l'Artaxercès Longuemain de Plutarque^, soit trois siècles environ (730-425). Ce serait encore beaucoup trop pour la vie d'un homme, si cet homme ne représentait lui-même toute une époque, celle des incursions scythiquesr •
i . Gyaxares (63i-59^), roi de Médie, M défait par les Scythes, qui poussèrent jusqu'en Egypte, où Psammitique les arrêta ; mais ils restèrent maîtres de l'Asie pendant 28 ans. (Hérod., I, i05, i06.) — 2. Gynis, ayant attaqué les Massagètes (529), peuple scythique, fut défait et tué dans la bataille ; Hérod., 1, 224. — 3. Id., IV, 425 (507).— 4. Ferdousi, VIII. — 5. Id., VII. — 6. Malc, t. I, p. 317 et 348. — 7. Ctésias, dans Diod., II, 32. — 8. Plut. Artax.
Les forteresses jouent un grand rôle dans la vie de Rostum; il n en pouvait être autrement du reste ; car pendant une lutte d'incursions, qui dure ti*ûis œnts ans, comment. les populations auraient'-ellea pu vivre, si elles n'avaiBOt eu des refuges tout préparés ? Ces guerres de dévastation continue, ne peuvent s'éterniser qu'à la condition de n'être soutenues que par des fractions minimes des peuplades ennemies , et elles ne donnent lieu à des résultats qu'eu raison des surprisés ; c'est ce que les Turcomans appellent des tdm]^ coùi* et ce que Arabes nomment des razzias.
C'était sous le règne de Minostchehr, comme je l'ai dit; Zal, un ded grands du royaume, duc de Seistan et ministre de Perse, était en expédition du côté de Kaboul, quand on vint à vanter devant lui la fille du roi du pays, jeune princesâe d'une rare beauté^ que son père retenait piison* nière dans un château-fort.
« Son corps, disaitron est comme de l'ivoire, se* joues sont » conune le pamdis^ sa taille est comiAe un platane. »
Et Ton ajoutait : « Sa bouche est comme la fleur du >} grenadier, ses lèvres comme des cerises ; et de son buste » d'argent s'élèvent deux pommes de grenade. »
Il n'en fallait pas tant p6ur enflammer le cœur du prince, quoiqu'il fût né aved des cheveux Mancs, signe de sagesse ; il n'attendit que la mût pour étrô au pied de la tourelle.
cf Les créneaux, dit Fianouâi^ étaient éclairés par ce joyau, 0» et la terre était devenue cômtne un rubis par te reflet de .9 ses joues, n
Rendue sensible à l'amour de Zad, la bette priscmnière laissa flotter jusqu'en bas les boucles noires de sa cheveliue de musc, an invitant le prince à s'aider de cette échelle.
Mais celui-ci, craignant de souiller ua tel lacet, prit une tresse des mains de l'un de ses serviteurs, il y fit un nœud coulant et en saisit le sommet d'un créneau ; puis il monta d'un trait.
Yôilà, certes, une prise de place par un procédé gracieux,
i. F«mer, t. î, p. 167. — 2. Ferd., Vil, trad. Mohl.
dout on trouve peu d'exemples, saus doute, dans la vie de Vaubau ou encore dans celle de Démétrius Poliorcète!
Zal et la belle Roudabeh mouillaient encore ensemble leurs yeux de larmes, quand le soleil les força de se séparer. C'est de cette union que naquit Rostum.
Dans sa longue carrière, le âls de RoudabeH attaqua, prit et défendit beaucoup de places fortes ; et, c'est même au siège de la ville touranienne de Sépid, que se passe le drame le plus émouvant, peut-être, de toute sa vie.
Sohrabf le fils qu'il avait m de la belle Tamineh, défendait la place contre lui. Ils ne soupçonnaient, ni Tun ni l'autre, les liens du sang, qui les unissaient; et, dans une lutte acharnée sous le murs de la ville, Rostum poignarda Sohrab. Le guerrier allait expirer, quand il laissa voir, sur son ^ras, Iç bracelet de Tinfbrtpnée Tamineh. Rostum reconnut alors son fils, qui lui tendit les bras et mo^urut^
Les guerres du Touran. entrent pom* une large part dans les liistoires persanes , qui toutes ont conservé le souvenir d^une invasion scythique, à une époque reculée. Afrasiab, dit^on^, gouverna Tlran pendant douze ans; et, d'après, l'auteur du ltodjinel'al''Tetffarikk, il dévasta le pays et fit bâtir des forteresses et des villes dans le Touran '.
La Scythie d'HÉRODOTE s'entend des régions européennes, voisines du Tanaïs (Don) et du Borysthène (Dnieper)*. On y rencontrait des Scythes agricultem*s, étendant leurs relations jusque dans la Thrace "^t la Grèce', et des nomades ne semant ni labourant la terre f, mais errant sur des chariots d'osier ^. Ceux-ci n'avaient ni villes ni remparts* et vivaient à l'aventure, sous la tente. Animés, un jour, à la poursuite d'une tribu de Cimmériens (634), ils tombèrent sur la Médie, travei^sèrent l'Asie et la ravagèrent pendant 28 ans^. Ils
i. Ferdousi, XII. — 2. M., MU. — 3. Modjmel-al-Tewarikh . trad. Mohi, Joiirn. ashit., 18i1, t. I, p. 289, et Dubeux, Journ. asiat.» id., p. 685. — 4. Hérod., IV, 21, 47. — 5. id., IV, 17. — 6. Id., 19. — 7. Eschyle, Promélli. — 8. Hcrod., IV, 127. — 9. Id., I, 103. Sous le rf'gnc de f.yaxarps.
coatiuuaieut encore leurs incursious, quand Darius résolut de se mettre à leur poursuite*. Idaathyrse, prince scythique, lui envoya.des présents, qui le firent réfléchir*, et le roi des Perses dut rentrer dans ses états, sans avoir atteint ses trop mobiles adversaires (507).
Hérodote attribue aux Scythes d'Europe une origine asiatique, mais les orientalistes modernes ne sont pas d'accord sur leur pi*ovenance. Les ns les rattachent à la famille indo-européenne^ et les autres à la race tartare ou touranienne^; la philologie semble, toutefois, devoir donner raison à la seconde opinion '.
Il est certain qu'il y avait, entre les Scythes d'Europe et les Touraniens des Persans, de grandes analogies de caractère , n'en prendrait-on à témoin que les fictions mythologiques des Grecs et des Iraniens. Suivant Hérodote, les Scvthes eux-mêmes se donnaient comme les descendants d'Hercule et d'Ëchidna, monstre moitié fille, moitié serpent^. Ne retrouve-t-on pas dans cette fable, l'idée que les Persans eux-mêmes se faisaient des Scythes d'Asie, moitié civilisés, moitié sauvages, qu'on voyait partout et qu'on ne trouvait nulle part^, de ces Touraniens de la Transoxiane, qui glissaient comme le serpent, quand on était près de les atteindre î Le nom d'Afrasiab , dans la légende iranienne , personnifie le régime touranien. G est le m-stècte du Touran, qui commence ses incursions sous le règne de Minotschehr, vit plus de 300 ans et ne succombe que sous les coups de Kaï- Khosrou*. L' A VESTA le nomnae la coufeut;rc Touranie, Afrasiab^.
1. Hérod., IV, 83.-2. Le roi scythe avait envoyé à Darius, qui réclamait la terre et l'eau, un oiseau, une souris, une grenouille et cinq flèches. « Si vous ne devenez pas oiseaux, pour voler au ciel, lui dit Gobryas, si » vous ne devenez pas souris, pour vous cacher sous terre, si vous ne devenez » pas grenouilles , pour sauter dans les lacs, vous ne nous échapperez pas ; » vous périrez par ces flèches. ■ (Hérod., IV, 132; trad. Giguet.) — 3. Cs. Lenormant, Man. d'iiist. de l'Orient, t. 11, p. 218. — i. Cs. Guilleinin, Ilist. d'Orieiil, p. 3ii. - 5. Id. - 6. Hérod., IV, 9. — 7. Id., IV, 46. — 8. Fcrdousi, VU û Xll. — 9. Z. Avesla, leschls-Sudés, XI Gardé, Anquelil-Dupcrron , t. 11, p. 170.
Sans doute une civilisation bien distincte ne séparait pas les Parses du Nord et les Touraniens du Sud, et il y avait, vers la Bactriane et la Sogdiane un certain mélange des deux races ; mais l'élément touranien dominait probablement vers rOxus, l'élément aryen vers TArius et lessivages méridionaux de la mer Caspienne. La lutte décrite dans le Shah-Nafneh paraît avoir été circonscrite dans les limites de cette population de mélange ; elle n'était que le résultat du contact de deux races distinctes , vivant côte à côte, avec des habitudes différenOiîs et des caractères inégaux. .
Une flèche merveilleuse, tirée du pic de Damavend , avait fixé jadis les limites des deux peuples. La flèche s'était arrêtée sur les bords du fleuve Djihoun , c'est-à-dire l'Oxus. Afrasiab et le Touran se trouvaient au-delà.
L'islamisme, en soumettant les .deux peuples, n'a pas amené la fin de leurs querelles. De nos jours, sous un prétexte de religion méme^ ils se font encore la guerre ; et l'on voit les Turcomans , poussant leurs incursions jusqu'au centre de la Perse, aller jusqu'à Méchcd et jusqu'à Hérat., faire des razzias d'esclaves^.
Les Touraniens de Ferdousi n'étaient que les coureurs d'avant- garde de la grande 'famille scytho-mongolique, Uirtaro-finnoise ou ougro-japonaiso (quel que soit le nom dont on veuille la doter) , parlant des langues d'agglutination , qui produisit tour à tour les Huns, les Turcs, les Mongols, les Tartares, etc., race de Gog et de Magog, que la Bible, faute de mieux, range dans la section japhétique^, et qui, paraît-il, semble destinée à faire reculer l'islamisme, au
1 . Les Turcomans sont musulmans sunnites et les Persans de Mrched musulmans scliyites; es. Mcyendorff, Voyag. à Boukhara, p. !285. — 2. M. ; voy. Dubeux, Tarlarie, Univ. pitt., p. 87, d'ap. Burncs. — 3. Gènes., X, 2; Ezéch., XXXVIII, XXXI X : c Je viendrai dans un pays sans mu- » railles; j'attaquerai des gens qni sont en paix, qui se croient dans une » pleine assurance, qui habitent tous en des villes sans murailles, où il n'y > a ni barres ni portes. » Telle est la pensée qu'Ezécliiel prèle à Gog. No reconnaît-on pas dans ce portrait le fils de la vipère Êchiduu , ou la couleuvre Afrasiab elle-même?
profit du bouddhisme \ jusque vers les limites les plus occidentales de l'Asie.
Plus cultivés et moins grossiers, peut-Atre, qu*on n'est gé'^ nérâlement disposé à le supposer, les Scythes ont laissé dans TAsie aryenne bien des marques d'une certaine civilisation antique. A eux revient l'idée d^ la première écritura cunéiforme, et les briques cuites de Balkh ', de Suse , de Persepolis , en font foi. Comme celles de Babylone, elles sont larges et longues (0"',59 sur 0.'",43) ; leur grain est fin et leur dureté vaut parfois celle de la pierre'. H y a aussi beaucoup de ruines anciennes en briques cuites dans le Kborassan et dans l'Afghanistan *.
Mais le plus grand nombre des constructions aryennes étaient évidemment faites de pisé ou de briques séchées au soleil. La fragilité de ces matériaux en a fait disparaître beaucoup. Malgré la faible valeur défensive de murailles ainsi construites, elles suffisaient, et suffisent encore aujourd'hui, aux attaques des Scythes ou des Turcomans, inhabiles dans Fart des sièges, qui, pour s'emparer des places, n'avaient sans doute d'autre moyen que la surprise.
Téhéran^, Méched*, Boukhara^, Samarcande®, toutes grandes villes célèbres, ne sont pas mieux protégées , de nos jours. Garanties seulement par de simples clôtures en pisé, elles disparaîtront à la prochaine révolution, comme leurs aînées, Reï, Ecbatane, etc.
Gyrus, de son temps, n'avait pas fait plus contre les Scythes du Nord. Gaza et toutes les villes de la Sogdiane, qui environnaient Çyropolis , et Gyropolis elle-mêpae sans doute, ne possédaient que des murs de terre, suivant Arrien^. Alexandre en eut bientôt raison (329).
1. Gs. E. Lamé, Rev. cont., 15 juillet 1863, p. 68. -- 2. D'aérés M. Rawlinson, les constructions en briques cuites, avec caractères cunéiformes, que M. Ferrier a vues à Balkh, sont dues à des Scythes Kuchans, qui ont occu|)é te pays à une époque très-reculée ; voy. Ferrier, 1. 1 , p. 389, noie. — 3. Id. — i. Id., p. 271. — 5. Dubeux, Perse, Univ. pitt., p. 13. — 6. Ferrier,. t. 1, p. 236.-7. Dubeux, Tartarie, Univ. pilt., p. 35; Meycndorff, p. 172. — 8. Dubeux, id., p. 46.-9. Arrien, Exp. d'Alex., IV, 1.
Le conquérant macédoaiea m fit certâiBement pas autre% ment ; car les longues hésitations de nos savants modernes, pour retrouver sa route en Asie^ ne s'expliqueraient pas, si, à la mode grecque > tcmtes les Alexandrie» d'Orient eussent été bâtiôs de pierres. Gomment aussi aurail^il pu en vingt jours élever les remparts de rÂlexandrie da Jaxarte, sur une longueur de soixante stades^, s'il eût dû en £sâre tailler toutes les pierres f
Que reste^t^il de cette «c ceinture de ville grecques )>, selon Texpression de Poltbe^, qui, aux approches des Pyles Gaspiennes , étaient destinées à protéger la Médie contre le$ Scythes du Nord?
Où est TAlexandrie d'Arachosie, si ce n'est à Kandahar, ville encore entourée ai^ourd'hui d'un mur de terre ? Ne sait-on pas que les remparts de sa citad^e, « iConnés de » fragments de rocher liés les uro aux autres par de la terre' j> glaise, mêlée de paille hachée^ », furent élevés par Sfaàh* Hussein ' ? Le prince auralt41 tiré ces matériaux de la vieille ville de Lohrasp^, relevée par Iskander (Alexandre) ?
Où trouve- t-on paiement l'Alexandrie d'Ane? N'est-ce pas à Hérat ^, dont les plus beaux murs, actuellement , sont en briques cuites^ l
Il est inutile de pousser plus loin cette étude des défenses, que la Perse ancienne opposa toujours à ses ennemis du Nord* Les murailles , devant lesquelles Bostum livra ses fameux combats, les murs, que l'Iran construisit en vue des incursions scythiques, furent toujours, comme ils le sont
i. Cs. E. Jacquet, Journ. asial., 1837, t. II, p. 359. — 2. Arricn (IV, 1) dit 20 jours ; Quintc-Curcc (VII, 6) accuse seulement 17 jours. — 3. Voy. Goillemin, Hist. d'Orient, p. 423.— A. Ferrier, t. 11, p. 131.— 5. Raymond, Afghan, Univ. pitt., p. %9, — 6. Roi de la dynastie kaïaniennc des Persans. D'après Malcolm, le règne de Lohrasp comprend probablement ceux de Cambyse et de Smcrdis le Mage (529-521). ShâJi-Hussein, roi de Perse de la dynastie des Sopbis (1694-1729 ap. J.-C). — 7. Gs. Barbier de Meynard, Journ. asiat., 1860, t. H, p. 466. — 8. Ferricr, t. I, p. 32i.
encore maintenant, bâtis de terre ou de brigues cuites ou crues.
Le même mode de construction fut suivi par les Séleucides , dans la Mésopotamie. Aussi ne reste-t-il rien de leur capitale orientale, Séleucle du Tigre, dont la forme, suivant Pline ^ était celle d'un aigle aux ailes déployées. Ëlleédipsa cependant Babylone pendant quatre siècles ; détruite comme elle aujourd'hui, après lui avoir emprunté sans doute la plupart de ses matériaux de construction , elle ne présente plus, sur ses prétendues ruines, que des tumuli vagues sous lesquels gisent des briques cuites ou crues ^. Du reste, que peut-on trouver, si ce n'est des briques, dans une vieille cité mésopotamienne ?
Grâce à la faiblesse des Séleucides., deux empires nouveaux parurent en Asie, celui des Grecs- Bactriens et celui des Parthes. On ne connaît encore bien le premier que par ses monuments numismatiques, faibles débris d'une antique splendeur, puisque Justin parle de plus de mille cités , qu'il possédait*. Ces médailles, on les retrouve depuis llnde jusqu'à la mer Caspienne'', un peu partout, dans des tombeaux, dans des topes 5; elles y sont confondues avec celles des Sassanides, avec celles des empereurs romains, avec celles encore des rois indo-scythes ou tokariens®, qui renversèrent la puissance gréco-bactrienne (126). Que restet-il des cités d'Ëucratidas ? Elles ont passé comme passeront toutes les villes de briques !
Les Parthes, ces exilés scythes, comme les appelle Justin', venaient de TAsie septentrionale ; avaient-ils vécu longtemps, comme il le prétend, dans un petit pays étroit et obscur de l'Iran, subissant tour à tour la domination des Assyriens, des Mèdes, des Perses et des Grecs? ou bien
i. Plin., VI, 26. — 2. Cs. Oppert, Expéd. scient, en Mésjpol., 1. 1, p. 122. ~ 3. Just., XLI, i. — 4. Cs. de Schegel, Journ. asiat.,.1828, l. II, p. 321; E. Jacquet, id., 1836, t. 1, p. 122. — 5. Id., 183i, t.H. p. 264, el 1836, t. II, p. 23i. — 6. Jusl., XLII, 2; Amm. Marcel., XXUI, G. — 7. Jusl., Xl.l, 1.
arrivaient-ils directement du royaume de Yopé, chassés par les Hioung-nou, comme Tindique M. Pauthier*, diaprés rhistorien chinois Sse-ma-Thsian^?
Qu'importe! ils ne bâtirent pas autrement que les Perses, et Ton a bien de la peine à fixer l'emplacement de Tune de leurs grandes villes de la Parthie^ Hécatompylos, vieille cité aryenne, agrandie déjà par les Grecs ^, nommée par Strabon'', Ptolémée* et Pline®.
Je les ai montrés précédemment occupant les places romaines de la Mésopotamie et les abandonnant tour à tour suivant leur fortune^. Justin les représente comme trèsinhabiles dans la poliorcétique®; mais d'un autre côté il ii*oublie pas d'indiquer toute la confiance qu'ils mettaient dans les places fortes. Ârbace, dit-il, fortifia les châteaux et renforça les défenses des villes; 'il bâtit même Dara en Hyrcanie, çur le mont Zapaortenon', dans la position la plus forte et la plus agréable, qu*il soit possible de rencontrer (256-253). Ammien Marcelin rapporte également qu'Arbace i*emplit la Perse de villes fortes, de camps et de châteaux ^^. D*après le même auteur, Vardanes (43-47 ap. J.-G.) bâtit' Ctésiphon, et Pacore (90-97 ap. J.«G.) en fit augmenter les défenses^*.
Cette place était si bien fortifiée, que Julien n'osa l'attaquer (363 ap. J.-d.) *^. On prétend avoir retrouvé ses ruines à Takt-Kesra, là même où Ton voit encore les restes d'un grand arc en briques cuites, que, dans le pays, on attribue à Khosroes. Pietro della Vallb^^, Olivier*'', Rich, Keppel'*, et, dernièrement encore, M. Oppert**, ont visité les ruines
1. Pauthier, Cbine, Univ. pilt., p. 208. — 2. Sse-Ma-Thsian , historien chinois, vivait sous le règne de Tempcreur Wou-ti. Il nacquit Tan 145 av. J.-C; es. Pauthier, id., p. 246. — 3. Quinle-Curce, VI, 2. — 4. Slrab., X, Vlll, 2. — 5. Ptolém., Géogr., VI, 5. — 6. Plin., VI, 47, 21, 29.
— 7. Voy. ci-dessus, p. 121 et suiv. — 8.-Just., XLI, 2. •— 9. Id.. XLI, 5. — 10. Amra. Marcel., XXIU, 6. — 11. Id. — 12. Id., XXIV, 7.
— 13. P. délia Valle, p. 64. — 14. Oliv., Voy. dans TEmp. Olhoro., t. II, p. 433. — 15. Cs. Hoëfer, Babyl., Univ. pilt, p. 233 et suiv. — 16. Oppert, Exp. scient, en Mésop., t. I, p. 122.
(le Ctésiphon. On y trouve de vieux murs d'enceinte en briques cnites ou en briques durcies au soleil et liées avec de la paille. Tantôt elles sont réunies avec du mortier de boue, tantôt avec du bitume.
Les Sassanides bâtii'ent ou restaurèrent beaucoup de villes doht la liste est complètement faite par Tauteur du Modjmeld-Tewarikh*. Us avaient à vaiucre^ d'autres résistances que celles de Tétranger, et il leur fallait, à tout prix, renverser le régime féodal ^, qui les avait portés aa pouvoir et qui avait précipité la chute des Arsacides. Aussi voit-on immé*diatement le premier de^ Sassanides Ardisheer (Artaxerxès I", 226-241 ap. J.-C.) employer une partie da son règne à faire la guerre aux rois des provinces , à les réduire les armes à la main, à fonder des villes et à faire fleurir les sciences^. Que reste-t-il aujourd'hui de la plupart de ces citadelles bâties pour la sûreté du roi des rois et la suveillance de see vassaux? Semblables aux villes^ dont parle l'auteur disgracié du Shahr-Namehy elles ont été ruinées sans doute <c par les pluies et les ardeurs du soleil » *.
Schapour I" (Sapor I«% 241-271 ap. J.-C.) bâtit également des viUes fortes. Il restaura Schapour, Nichc'qsour, Schads^ chapour, Djend-Nichapour, etc.'*
Schapour était une ville du Kouzistan (Susiane)®; Nichapour se trouvait dans le Khorassan^. La légende persane attribue à.Tahmouras l'origine de cette seconde cité; ou dit eu outre qu'elle fut ruinée par Alexandre^. Depuis ss^ restauration par Sapor r^.eUe a été saccagée tant de fois, qu'il . ne faut . songer à y trouver brique sur brique de cette époque. On affirme, du reste, que prise par les Turcomanâ, l'an 1153 de notice ère, elle fut tellement rasée, que
i. ModjfHcl-al-TbvninMi , trad. Quatremère, Journ. asiat., 1839, t. I, p. 274. — 2. Cs, SainJ^Martin , id., 1822, t. If, p. 75. — 3. Modjraelal-Tewar., id. , p, 272. — 4. Ferdousi, Satire contre fllahmoud. — 5. Modj.al-Tewar., id., p. 277. — 6. D'après le Modjmel-al-Tewarikh ; certains auteurs disent du Farsislan (Perside); voy. Dubcux, Perse, Univ. pitt., p. 49 et 311. — 7. Dubeux, id., p. 57 et 311. — 8. I>'Herbc)ot., Bibl. urient., p. GG8.
les habitants, à leur retour, ne reconnurent même plus la I»lace de leurs maisons ^
Daprès Hamxah, cité dans le Modjmel-al'Tewarikh, les murailles de Djend-Nichapour étaient construites moitié en terre , moitié en briques cuites. « Tout ce que les Romains )> avaient détruit, Sapor le fit rebâtir, par leurs mains, en » briques et en chaux »^. M. Mohl fait remarquer avec raison que « c'est la partie bâtie par les prisonniers romains » qui devait être en briques cuites , pendant que la partie » ancienne était sans doute en briques séchées au soleil, » comme le sont en général , dit-il , toutes les constructions des l'Ois Sassanides » ^.
Cependant, à cette époque, Finiluence occidentale commençait déjà à se faire sentir jusque vers les frontières de la Perse. Soit que les Orientaux aient appris des Romains à bâtir en pierre et chaux, soit qu'ils aient employé à ce travail les prisonniers, de guerre, comme Sapor !•' le fit à Djend- Nichapour, il est certain que le mode de construction des murailles se modifia sous les derniers des Sassanides ; car on trouve beaucoup de ruines de ce temps faites de cailloux ronds empâtés dans un ciment de calcaire blanc*.
Toutefois Pirisabore* et Maogalmache®, deux cités célèbres dans l'histoire sassanide, portaient encore du temps de Julien, qui les prit d'assaut (363 ap. J.-C), des ceintures de briques cuites et de bitume , d'après Ammien Marcelin^. Mais leur construction remontait sans doute aux premiers Sassanides*.
Quand les vieux empires commencent à adopter les coutumes étrangères, ils sont bien près de leur décadence. Après la mort de Sapor II (380 ap. J.-C), les Perses devinrent
i, DlHerbclot, id.; Fcrrier, t. I, p. 200. — 2. Modjm., trad. Quatremère, Journ. asiat.^ 1869. t. 1, p. 284. — 3. id., trad. Mohl, Journ. asiak, iSii. t. II, p. 512. — 4. Cs. Bore, Journ. asiat., 1842, t. I, p. 320. — 5. Aiijotird hui Féludjah ou Jcmall, d'après M. Hoëfer, Uoiv. pilt., Babyl., p. 167. — 6. Aujourd'hui Musscîr, d'après le même auteur; id., p. 168. — 7. Amm. Marcel., XXIV, 2, 4. — 8. D'après Zosime, les tours de Pirisabore étaient de briques et de plâtre, depuis le milieu jusqu'en haut (liv. HI, t. llr p. 676 de la traduction de M. Cousin).
monicntauément amis des Romains, et Arcadius donna môme à Fonde leurs rois la tutelle de son fils Théodose (408 ap. J.-C.)^ Les mœurs et les usages byzantins ne pouvaient donc maqj(}uer de s'introduire alors dans l'Iran, où Ton copia sans doute avec beaucoup d'enthousiasme les modèles fournis par le peuple de la décadence. Aussi trouve-tron, surtout dans la Mésopotamie et dans la Perside , beaucoup de restes de murailles bâties à la mode byzantine, soit en biiques, soit en cailloux. Les hostilités entre les deux peuples, reprises sous Anastase (502 ap. J.-C), se continuèrent jusque sous Justin II (571 ap, J.-C). Les deux nations, alors épuisées et amollies, signèrent la paix, que devaient bientôt troubler les Arabes. Gonstantinople résista, grâce à ses murailles et à l'invention du feu grégeois (672-679 ap. J.-C.)^; mais les Perses, affaiblis de plus en plus par l'anarchie, avaient été incapables de rompre le flot musulman, et depuis la bataille de Kadesiah (636 ap. J.-C.)*, ils avaient penju à la fois leur indépendance et le vieux tablier de cuir du forgei-on Kaveh, qui depuis Feridoun leur servait de drapeau'*.
35. Les enceiiites é03n[>tienne8. — Basant son opinion sur un témoignage d'HÉROooTE ', Yolney supposait que les premiers Égyptiens venaient du Soudan*; d'un autre côté, Ghampollion avait retiré de ses impressions de voyage audelà des cataractes l'idée que le Nil, en rompant la chatne granitique de Syène, avait amené à sa suite des Nubiens de Sennaar et des Abyssins , qui peuplèrent priqiitivement l'Egypte"^.
1. Procop., Édif., I. — 2. Heinaud et Favé, Hist. de rartiUerie, t. I, p. 89, 97, 201, 211 ; Quatremère, Journ. asiat., 1850, t. I, p. 214. — 3. Sédillot, Hist. des Arabes, p. 129. — 4. Ferdonsi, IV. Sons Zohak, les deux fils du forgeron ayant été mis à mort par ordre du roi , afin de fournir les deux cervelles humaities qu'il fallait quotidiennement à ce prince (voy. ci-dessus, p. 15i), Kaveh, fou de désespoir, se mit à courir dans la ville d'ispahan avec le tablier de cuir dont il fit un étendard. L? foule se souleva et assassina Zoliac. — 5. Hérod., H, 104. — ^. Volncy, Voyag.— 7. CImmpol. le j., Nolic. somm., etc., p.* 429. ^
11 est probable, malgré toutes les théories modernes sur la formation du sol égyptien ^ qu'il y eut là, comme en bien d'autres pays, quelques familles autochthones ; c'est ce que les sables, accumulés depuis de longs siècles, paraissent vouloir nous laisser iguorer à jamais. Aussi, n'y a-t-il rien de moins établi que l'origine des premiers habitants de l'Egypte.
Ce qui semble plus certain que le type des hommes primitifs de la vieille terre de Kémé^, c'est la source de son antique civilisation. Je veux parler de cette civilisation vraiment égyptienne, qui est due aux ancêtres des patients constructeurs des pyramides, aux peuples de l'an 5000 (?)', qui prirent pour chef Mènes ou Mena, ce prince thinite, dont le nom semble avoir été, dans les temps anciens, celui de tous les législateurs ou conducteurs de peuples^. Elle parait y être venue du Nord , à la suite de colonies de la race chamite, cette sentinelle avancée de la grande famille nubio-soudanienne, dont les rameaux extrêmes touchaient encore aux cdnâns de l'Ariane et de l'Inde , à l'époque de la fondation de Babylone.
C'est en effet vers le nord que se rencontrent les monuments les plus anciens de l'Egypte historique; et les témoins les plus considérables de la civilisation primitive s'y dressent encore aujourd'hui à Dachour, à Saqqarah, à Gizeh, etc. Les grands édifices de Thèbes et de la Uaute-Ëgypte , au contraire, n'appartiennent qu'à une seconde époque, et les plus vieux de ceux qui gisent au-delà de la l" cataracte ne remontent guère qu'à la XII* ou à la XVIII* dynastie.
Je ne m'avancerai pas plus loin dans cette recherche des
1. Gs. Gliampol. Fig.. p. 28. — 3. Ghampollion ie jeune prétend que tel était le véritable et seul nom de l'Egypte ; voy. Égypt. sous les Phar., p. 101 ; es. Plut, de Is. et Osir. — 3. J'ai adopté dans ce travail la chronologie de M. Mariette, Hist. d'Égyple, p. 65. — 4. Ce rapprochement entre Mena, Manou, Manès, Minos, Minya.s Manus, indiqué par M. deLanoyc (Rams., p. 29 et 307), a été aussi, de la part de M. L. Jacolliot, l'objet d'intéressantes remarques dans son ouvrage intitulé : la Bible dans Tlade ; des coïncidences très-grandes entre les Védas et le livre de Moïse y sont relevées.
origines, où, selon l'expression de M. de Rougé lui*méme, « Ton n*a d'autre espoir que celui d'entrevoir le but à » travers les douteuses clartés des conjectures n*. Des voix plus autorisées que la mienne ont seules le droit de se mêler à la discussion de ces questions d'ethnographie.
Le pays des Sésourtasen , des Aménophis et des Ramsès , -l'Egypte, avec ses ruines sublimes, ses nombreuses dynasties, ses mystérieux hiéroglyphes, n est, à proprement parler, qu'une étroite vallée encaissée entre deux déserts, qu'une longue oasis s'épanouissant aux. approches de la mer. Les Égyptiens eux-mêmes l'ont appelée l'œil d'Osiris, comparant le Nil à une pupille et les deux montagnes qui l'encadrent à des paupières^.
Elle est, en effet, bordée à droite et à gauche du fleuve par des océans de sable, où jamais armée n'a tenté de s'engager, si Ton excepte les malheureux soldats que la folie de Cambyse envoya contre les Ammoniens et qui furent tous engloutis jusqu'au dernier, sous les sables libyens'. Protégée ainsi sur ses flancs par le terrible simoun, fléau incomparable, qu'aucune fortification humaine ne pourrait égaler, l'Egypte restait tranquille du côté des déserts; et il sufllsait, pour la garantir des invasions, de barrer le défilé du fleuve et d'en commander la navigation. C'est ainsi qu'à Gebel- Selseleh (montagne de la Chaîne) ce la tradition veut, dit » M. RozIÈR£^ que le Nil autrefois ait été barré par une » chaîne de fer, dont les extrémités étaient fixées aux points 9 les plus saillants des deux montagnes opposées. » Le même auteur ajoute : « Nous ferons remarquer qu'une telle posi- » tion a dû dans tous les temps former la démarcation entre » les deux nomes ou les deux provinces contiguës (les mon- » tagnes y sont tellement rapprochées, qu'elles laissent à ». peine au fleuve Tintervalle nécessaire pour continuer son » cours). Dans les temps de troubles, elle a servi de limites
i.,E. de Roug<5, Acad. des Insc, t. XXV, 1866, p. 231. — 2. J. de lUiiigé, Rev. arch., 1865, 1. 1 , p. 367. — 3. Hérod., 111, 26. -- i. Égypl. Ant. Dcsc, cil. IV, scct. li, § 1, p. 15.
» aux dilTérents partis ; elle devenait un rempart naturel » que (le part et d'autre il était dangereux ^e franchir, » comme le montrent assez les faits de l'histoire moderne. » Si Ion veut donc donner un sens raisonnable à la tradition, » il faut croire que Cet endroit ayant servi de limite et de » b;u*rière aux habitants des provinces voisines , le nom de » chaîne lui aura été appliqué en raison de cela seul , par >y une métaphore assez naturelle anx Onentaux* »
Memplûs, placée à l-origine de la longue vallée, devait, dans ce système de défense, remplir un des rôles les plus importants ^ Et cependant,, si l'oa demande aux sables, auxquels nos savants explorateurs aiTachent tous les jours les ruines des pionuments de TÉgypte , de rendre à la lumière la grande enceinte, qui, au dire des auteurs grecs ^, entourait rancienne cité de Ptah^, la vieille muraille qui regardait les pyramides^ le sol reste muet.
11 en est de même à Thôbes, malgré DionoRB^, qui prétend qu'un mur de 140 stades (14 kilom.) en formait le contour. C'était du reste bien peu pour une aussi grande cité qu'HoMÈRE qualifie d'Aircatompyle'. Mais le vers du poète de rionie n'est sans doute que le cri d'enthousiasme du voyageur à la vue des portiques nombreux de la grandiose cité^. Ainsi le touriste, après de longs siècles de ruines, s'émerveille encore aujoux*d'hui à l'aspect des débris de la plaine de Thèbes ! Placé sur les hauteurs de la chaîne libyque, il foule le sol des tombes royales^ et, des sommets de Bibanel-Molouk, il partage l'admiration du roi des poètes pour la ville d'Ammon.
Doit-on raisonnablement, autour de ces grandes capitales, rechercher des enceintes comparables à celles de Babylone ? Vraisemblablement elles n'ont jamais existé, car il était si facile de défendre la vallée du Nil, qu'il devait suflire de la surveiller.
1. DJod., I, 50. ~ 2. 1d. — 3. Dieu adoré à Mcmphis. Cs. de Roug^ Not. somm., p. 108. - 4. Diod., I, 45. Le slade égyptien de Diodorc oft hi\\}6 à dOOm. — 5. IJ.>ni., Uiad., XX, 381. — G. Diod., 1 , 45.
Du reste, en dehors des quelques Tamehous de la Libye , dont Amenemha P' (3021 ?) paraissait déjà s'inquiéter^ en dehors de ces hommes aux yeux bleus et à la barbe blonde ^, que repoussèrent tour à tour Merephtah , fils de Ramsès II (1339-1299) et plus tard* Ramsès III (4^280), quels étaient les seuls ennemis de TÉgypte? Ils sont énumérés dans les légendes de la nécropole royale de Biban-el-Molouk, dont Champollion a donné la traduction'*.
C'étaient les Nahazis, ces Gouschites d au-delà des cataractes, nègres ou éthiopiens, toujours prêts à franchir leurs limites. D'autre part, c'étaient encore les Nahous, peuples de l'Asie, dont l'Egypte n'était séparée que par l'isthme de Suez.
Là, vers la terre de Gessen, célèbre par le séjour des Hébreux', se trouvaient échelonnées sans doute quelques places fortes destinées à la défense du passage. Péluse, Héliopolis ^, Pithom, Ramessès^, sont autant de noms qui rappellent les efforts des Pharaons, pour mettre leur empire à l'abri des incursions des Asiatiques. Ils employaient aux constructions les malheureux captifs, que ramenaient en Egypte les guerres lointaines. Ou pouvait alors écrire sur les monuments ce que disait Diodore^ : a Attcun indigène ne 8 681 fatigué à cela » .
1. Quelques auteurs, et entre autres M. le général Faidherbe (Inscr. numid. , p. 36 et 38), pensent que les Tamehous, cités sur les monuments égyptiens, sont les mêmes que ceux qui peuplèrent le nord de l'Afrique à une certaine époque. D'autres ne sont pas éloignés de croire qu'ils apparteuaient à la famille qui construisit en Algérie les monuments mégalithiques , dont il a été question plus haut. Gs. T. Devéria, Rev. arch., 1864, t. I, p. 39 ; Chabas, Papyr. hiérat. de Berlin , p. 41. D'après M. de Bougé (cours du Collège de France, 1861-1865), il faudrait encore comprendre dans la dénomination de Tamehous des Européens, tels que Tyrrhéniens, Sardes, Grecs, etc. —^ 2. Ghampol. le j., Lett. écr., etc., n® 13, p. 248. — 3. Guignault, Progr. des étud., etc., p. 27. — 4. Ghampol. le j., id. — 5. Gencs., XLVII. — 6. Diod., 1, 57. — 7. Exod., 1, 11. — 8. Diod.. I, 56, trad. Hoëfer. Lisez l'inscription d'une stèle de Thoutmès III, retrouvée à Karnak par M. Mariette, Rev. arch., 1861, t. II, p. 199, Étude do M. de Bougé .
Eu arrière de cette première ligne de ibrtere ises, probablement faibles et servant de postes d'observation plutôt que de centres de résistance, s'étendait toute la zôfie inondable, le Delta traversé de mille canaux, les Barathres marécageuses \ et le Fayoum, qui primitivement n'était qu'un vaste boiu'bier^.
Un lac immense organisé par Amenemha III ^ (2867?) pouvait en tout temps suppléer les pluies de l'Abyssinie*, et forcer le fleuve-dieu à se grossir*. « Alors, comme le disait » Hérodote^, le Nil une fois débordé, les villes de l'Egypte » paraissaient seules au-dessus de l'eau, semblables aux îles » de la mer Egée. »
Relevées sur des terrasses artificielles ^ et protégées par de hautes chaussées*, qui leur servaient à la fois de digues contre l'inondation et de remparts contre l'ennemi, les villes se trouvaient merveilleusement situées pour résister à toutes les attaques*.
Tel était probablement tout le système défensif de l'antique Egypte, et en rechercher un autre serait sans doute perdre beaucoup de temps. Aussi, l'ai-je dit, n'a-t-on retrouvé ni à Memphis ni à Thèbes les traces d'aucune enceinte continue, ayant couvert l'ensemble des splendides édifices de ces villes ' considérables.
Par contre, dans la dernière de ces cités, et il en est de même dans toute l'Egypte, se dressent encore, autour des ruines de ses grands monuments, des enceintes parti-
\. Diod., I, 30; XX, 74. — 2. Hérôd., 11, i. — 3. Mariette, Hist. d'Egypte, p. 24. — 4. Cs. Champol, Fig., p. 11. — 5. Diod., 1, 52. — G. Hérod., 11, 97. — 7. La plupart des monuments de Thèbes étaient ainsi bâtis sur des remblais. Tel le palais de Médinet-Abou , qui est élevé sur une butte factice de plus de IGOO" de tour. Voy. Ëgypt. Ânt. Descr., ch. IX-, sect. I, § 1, p. 21. Gs. Diod., I, 36. Hérodote rapporte que le roi éthiopien Sabacos, au lieu de punir de la mort les Égyptiens criminels, les condamnait à rehausser le sol de leur ville natale , pour compléter l'œuvre de Sésostris, qui Tavait d'abord exhaussé, quand il avait creusé les canaux, II, 137. — 8. Diod., I, 50. — 9. Opinion de Dureau de La Malle, Poliorc., 2^ part., ch. XXI.
Gulières, de grosses, digues opposées non -seulement aux envahissements du fleuve, mais encore aux déprédations des nomades du désert ; et des pylônes élevés , souvenirs des tours primitives ^ constituaient, à Tentrée de ces forteresses , les postes d'observation indispensables à la bonne garde des monuments.
Là, dans ces vastes temples ou palais, demeuraient les grands de la nation, les prêtres et les princes. Tout autour, dans de chétives habitations , dans des huttes de terre et de roseaux ^, semblables à celles des fellahs modernes, vivaient -les hommes de classe inférieure, les artisans, les laboureurs et les esclaves.
Fallait-il enclore d'une muraille continue ces modestes demeures, qui ne renfermaient aucune richesse? Non, un tout autre système défensif semble avoir été usité à Thèbes ; et il est probable que les maisons particulières non protégées, |se vidaient à l'approche de l'ennemi. C'est alors que les chars remplis de guerriers sortaient en foule des nombreux portiques de la ville d'Ammon, Les plus empressés de ces soldats allaient au loin offrir le combat à l'étranger (les Égyptiens n'ont jamais hésité à lever de grosses armées pouir repousser les envahisseurs); les autres, dans des camps, que la prévoyance de leurs rois avait établis en avant de la cité', couraient s'exercer et se constituer en réserves, ;fusqai'au moment de protéger la capitale, de leurs boucliers et de leurs poitrines. Enfin, à l'arrière de ceux-ci, la foule des habitants entrait dans les enceintes des temples et des palais, pour farmer les garnisons de ces véritables places de guerre , aussi grandes à elles seules que bien des cités grecques ou italiotes.
A Memphis quelques murs d'enceinte étaient en briques rouges ; c'est du moins ce que nous apprend le scholiaste de
L Égypt. Ant. Descr., ch. 1, § 4, p. 8. — 2. Diod., I, 43. - 3. Tels étaient les vastes hippodromes de Médinet-Abou et de Bayadyah , établis au sud de ThèWs, du seul cù\é par lequel cette ville semblait devoir redouter une invasion, celle des Nubiens.
Thucydide, qui, d'un autre côté, rapporte*, qu'à 1 époque do la domination persane, la ville était composée de trois quartiers (séparés, sans doute, et correspondant chacun à un groupe de monuments). Les Athéniens, qui suivirent Inaros dans sa révolte contre les Perses, établis dans la ville, s'emparèrent d'abord des deux premiers quartiers ; mais ils échouèrent devant le troisième, nonuné le mur blane^^ où la garnison s'était retirée. Le mur blanc servit de citadelle aux Perses, qui réussirent à s'y maintenir pendant trois ans et forcèrent les Athéniens à en lever le siège. Ce fort était sans doute quelque palais analogui^ à celui de Médinet- Abou^; car les grandes enceintes que bâtissaient les Égyptiens autour de leurs édifices religieux étaient ordinairement en briques crues, et il en était à Memphis comme dans toute TÉgypte, puisque Ghampollion a retrouvé sur l'emplacement de cette ville des pans entiers de murailles construites de ces matériaux'*.
Quant au calcaire blanc, dont parlent Diodore e tTHUCYDios, il n'en reste plus trace, pas plus, du reste, que de tous les autres monuments faits de la même roche. Sauf les pyramides, ceux-ci n'ont pu résister aux nombreux emprunts qui leur ont été faits, pour la construction du Caire , d'Alexandrie et de toutes les villes du Delta , élevées depuis la ruine de la vieille capitale de l'Egypte inférieure. <c II n'est pas difficile, » dit M. Rozière', de deviner comment ont disparu les A monuments construits en pierres calcaires', puisque partout » on voit des fours à chaux sur leurs ruines, et que, depuis » nombre de siècles , ces monuments sont exploités comme » autant de carrières. »
t. Thucyd., I, 104. — 2. Diod., XI, 74, 75. — 3. Le palais et le pavillen de Ilédinct-Ahoii datent de Ramsès III (vers 1280). Voy., pour la description de cos rnoniinicnts : Égypt. Ant. Descr., ch. IX,.sect. l, § 1 à 5. — i. Chiiuipol. le j., Leltr. écrit., etc., no 4, p. 66 : < Entre Bédrë- » chéin et Mit-Rahinch, s'élèvent deux longues collines parallèles, éboule- » menls d'une enceinte immense, construite en briques crues, comme celle » de Sais , et renfermant jadis les principaux édifices sacrés de Memphis. » — 5. Égypt. Ant. Descr., ch., IV, sert, u, S 2, p. 18,
L'emploi de la brique crue est trcs-aucien eu Egypte, puisque les pyramides de Dachour et de Saqqarah* en sont bâties pour la plupart 2, et que ces monuments passent pour les plus vieux du pays. Dans la pyramide de Haouâreh^, Targile des briques est mélangée de paille hachée et la chaux vient s'y mêler, pour en augmenter Tagrégation. On trouve encore dans le Fayoum la pyramide d'El-Lâhoun, construite également en briques crues ^. C'est dans cette dernière que M. Jomard a cru retrouver celle du roi Asychis d*HÉRODOTE. L'historien d'Halicarnaçse rapporte qu'on y lisait tette inscription^: « Ne me méprise pas à cause des » pyramides de pierre; je l'emporte sur elles autant que » Jupiter sur les autres dieux; car en plongeant un épieu » dans le lac , en réunissant ce qui s'y attachait d'argile , on » a fait les briques, dont j'ai été construite. »
Ces dernières pyramides du nome Arsinoïte ne sont probablement pas postérieures à la XIP dynastie (3064- 2851 ?). On sait en effet, que c'est à cette famille thébaine que sont dus la plupart des monuments du Fayoum*. A cette époque, les Couschites inquiétaient particulièrement les Égyptiens , et ceux-ci élevaient au-delà de la deuxième cataracte des forteresses destinées à les contenir. C'étaient Kumneh et Semneh(Ouadi-Halfa), qui, selon M. Mariette^, marquaient la limite méridionale de l'empire des Pharaons.
Semneh devint sous la XVIII* dynastie une ville considérable, dans laquelle Thoutmès III (1617-1605 î) érigea, en
1 . c C'est sous la HJe dynastie (4449-4235?) que furent bâties les pyra- » mides de Dachour et de Saqqarah , les plus anciens monuments dans le » monde connu. » Cbampol. le j., Not. somm., etc., p. 432. M. Mariette reporte à une antiquité encore plus reculée la construction de la pyramide en pierres et à degrés ds Saqqarah, et il l'attribue' au 4e roi de la Ire dy* naslie (4900?); Hist. d'Égypt., p. 76. — 2. De Couffon, Rev. contemp., 31 mars 1867, p. 329. Cs. Égypt. Ant. Desc., ch. XVIII, secl. i, §1. — 3. Id., ch. XVII, sect. m, § 2; cette pyramide en briques crues a plus d'un hectare de base (i2100mc) et 60m de hauteur. — 4. Id., id., § 4. — 5. Hérod., II, 136, trad. Giguet. — 6. DeLanoye, p. 311 ; deRougé, Net. somm., etc., p. 13. — 7. Mariette, Hist. d'Égypt., p. 22.
l'honneur de Sésourtésen III (XIP dynastie) \ un vaste temple en briques crues ^. Puisqu'on n'apporta pas plus de recherche dans le choix des matériaux, avec lesquels on bâtit un si grand édifice, 11 est probable qu'on n'en avait pas mis davantage , lors de la construction des défenses de Semneh , sous la XII* dynastie.
L'Egypte,, devenue très-puissante, étendait alors sa domination fort loin vers le sud , et, depuis Thoutmès P% Ouadi- Halfa n'était plus sa frontière du côté de TÉthiopie^. Thoutmès in, émancipé de la tutelle de sa sœur Hatasou^, agrandit encore le territoire*de son royaume par ses expéditions dans le Soudan '-
D'un autre côté, ce roi continua en Asie la série de victoires brillantes, qu'y avait inaugurées son père Thoutmès P' (1635?) Débarrassés des Hycsos® depuis Amosis, les rois de
1. De Rougé, Rev. arch., \S\S, p. 311. Une inscription, trouvre par M. Ampère à Semneh et expliquée par M. de Rougé, rappelle dans ces lieux le souvenir de Sésourtésen III. — 2. Charopol. le j., Lctt. écrit., etc., n» 9, p. 123. — 3. Mariette, Hisl. d'Égypt., p. 32. -- 4. Id. — 5. Id., p. 35. — 6. A propos des Hyesos, lisez divers articles de la Revue archéologique de Paris: 1861, t. I, p. 97, 2i8, 337 ; t. Il, p. 252. On n'est pas encore entièrement fixé sur l'étendue de l'invasion des Ilycsos ; il est néanmoins probable qu'ils ne franchirent pas les limites de la Basse-Egypte. Pendant^ leur domination, les Pharaons s'étaient retirés vers la Haute-Egypte ; et ce fut le chef thébain Raskenen-Taaken , qui entreprit de chasser les Hyesos. (Voy. Guignault, Progr. des étud., etc., p. 19, d'après le papyr. Sali, no 1). Mais la ville d'Avaris (Ila-Ouar, Tanis , SAn), où s'étaient fortifiés lès Hyesos, ne fut prise que sous AmoMS (Ahmès), chef de la XVIlIc dynastie (Inscrip. du tombeau d'Ahmès, fils d'Abna). C'est à tort, paraît-il, que, d'après Manéthon , on avait pensé jusqu'ici que les Hyesos avaient dévasté toute la Basse-Egypte. Ils semblent, au contraire, s'être étudiés à s'assimiler la civilisation égyptienne, et la preuve qu'ils n'ont pas renversé tous les monuments, c'est qu^on les retrouve aujourd'hui. Après la victoire d'Amosis (1700?), la plus grande partie des Hyesos resta dans le pays, où leur race était établie depuis plus de 500 ans. Ils furent désormais soumis aux rois légitimes de l'Egypte, et l'histoire cesse d'en faire mention. M. Mariette a cru retrouver leurs descendants dans les populations des villages de toute la partie nord-est du Deltaii(Rev. arch., 1861, t. I, p. 106).
l'Egypte avaient franchi Tisthme âe Suez, pour étendre leurs conquêtes jusqu'au cœur de l'Asie. La légende complète des succès de Thoutmès III se trouve sur les murs du temple de Kamak^ et on peut y lire, année par année, le détail de ses expéditions au pays des Rotennous*, des Tahis', etc. Le Pharaon, après chaque campagne, ramenait en Egypte de nombreux prisonniers qui devaient y bâtir tous les monuments magnifiques destinés à illustrer son règne. On les retrouve partout à Ouadi-Maghara,* à Thèbes, à Memphis, 6uC., eDC. .
Des peintures du temps nous ont laissé limage de ces esclaves expatriés que des intendants menaient régulièrement au travail*. On les y voit occupés à fabriquer des briques. Les uns fouillent la terre avec des houes ; les autres courent au ruisseau voisin recueillir dans des urnes de terre Teau nécessaire à la fabrication de la pâte argileuse, que certains pétrissent avec les mains. La terre ainsi corroyée passe alors à Tatelier du mouleur ; on Ty transporte sur des plateaux ; la forme des moules , aussi , y est visible. Rien ne paraît oublié dans le détail de cette fabrication des briques , et Ton voit même dans le tableau d'autres ouvriers , qui en bâtissent des murailles. On les transporte à pied d'œuvre au moyen d'un joug à plateaux , et des maçons munis d'une petite toue , en guise de truelle , dressent la bâtisse , au sommet de laquelle des manœuvres leur montent les matériaux au moyen d'échelles.
Les successeurs de Thoutmès ni furent peu guerriers, et
1. Inscription du mur numérique de Karnak. Voy. Mariette, Rev. arch., 1860, t. I, p. 30 ; de Rougé, id., t. Il, p. 290.— 2. Les Rotennous des inscriptions sont divisés en ceu\ catégories : les uns, qui portent le nom de Supérieurs, habitaient la Mésopotamie, dans la partie appelée Syrie des rivières ; les autres semblent se confondre avec les Cbaldéens et les Assyriens. Voy. de Rougé : Étude sur divers monuments du règne de Thoutmès IIl , découverts à Thèbes par M. Mariette, Rev. arch., 1861, t. II, p. 199 et 345. — 3. Les Tahis habitaient laCœié-Syrie. — 4. Mariette, Hisl. d'ÉgypI., p. 35. — 5. Voy. de Lanoye, p. 201 et 205; Rosellini, l monum. dcir Egitto, Mon. '=^il., t. Il, p. 259 cl pi. xuf, fig 1 .
Aménopbis III, le Memnon des Grecs, dont la statue devint si célèbre, parut se préoccuper plus de questions religieuses que d'exploits de guerre. Maiâ à TaTénement de la XIX<* dynastie, leà rois de TEgypte reprirent la route de TAsie. Séti I" (1430) et Ramsès II Meïamoun (1400-1339) allèrent à leur toiir porter la guerre chez les Rotennous et les Ghétas * , les perpétuels ennemis du Nord.
Le Ramesséum, prétendu tombeau d'Osymandias à Tbèbes', nous a conservé tout le détail des expédition^ de Ramsès ; nous savons encore que ce prince célèbre , qu'on identifie avec le Sésostris des Grecs, fut, dans la 22* année de son règne, obligé de signer la paix avec le puissant roi de Chéta^. Le texte de ce traité fameux , où le vieil ennemi de l'Egypte est considéré comme un égal par le Pharaon, peut faire penser que l'Egypte, à cette époque, devait conserver bien des inquiétudes du côté de la Syrie et de la Mésopotamie.
Aussi Ramsès II fit-il fortifier sa frontière du côté de l'Asie. Nous le voyons, d'après Diodore^, U*acer une immense muraille de quin2e cents stades (150 kilom.) entre Péluse et Héliopolis. C'était, dit l'historien, pour fortifier FËgypte du côté de l'Orient, contre les Syriens et les Arabes. En même temps, ce prince faisait bâtir par les
1 . Les Cbétas âurent de tous lès Asiatiques ceux qui luttèrent le plus longtemps et avec le plus de succès contre les Égyptiens ; ils paraissent avoir habité au nord de la Syrie, vers la Comagène. De race sémitique et semblables en cela aux Hycsos, ils adoraient le dieu Suteckh ou BaaI. On les voit paraître pour la première fois dans les annales de Thoutmès III , quand ils viennent lui présenter leurs hommages, après la campagne glorieuse de ce roi en Palestine et en Syrie. Voy. Paul Buchère, Rev. arch,, 1864, t. 1, p. 339. — 2. Voy. pour la description de ce monument, Égypt. Ant. Descr., ch. IX, sect. m. — 3. Le récit des campagnes de Ramsès Meïamoun contre les Chétas est aussi gravé sur les murs du grand templc- Kpéos d'ipsamboul. M. F. Chabas a donné la traduction complète de ce texte, connu sous le nom de poème de Pcntaour. Voy. Rev. arch., 1858, p. 573. Pour le traité entre Ramsès 11 et le prince de Chéta, Voy. de ftougé, Rev. arch., 1866, t. 1. p. 268. — A. Dioil. 1, 57.
Hébreux les villes de Pithom et de Ramessès *, « Le Pharaon, » rapporte la Bible ^, établit des intendants des ouvrages, » afin qu'ils accablassent les Hébreux de fardeaux insuppor- » tables, et ils bâtirent au roi des villes , pour servir de ma-
» gasins, savoir Pithom et Ramessès Et les intendants
» leur rendaient la vie ennuyeuse , en les employant à des » travaux pénibles de mortier et de briques , et à toutes » sortes d'ouvrages, dont ils étaient accablés. »
C'était donc avec des briques que se bâtissaient alors les édifices et les murailles des villes égyptiennes. Les grands camps retranchés de Thèbes, dont il a été question plus haut, datent sans doute de cette époque^, pendant laquelle la ville d*Ammon, séjour des rois, s'embellit de tous les grands édifices, qui en firent la plus belle cité de la vallée du Nil.
Puis vint MérephtahrP% dont les exploits sont gravés sur les murs extérieurs de Karnak'*. Là se trouve la représentation de nombreuses forteresses asiatiques , qui deviennent bientôt le modèle sur lequel fut copié Médinet-Abou. C'est cet édifice, moitié temple, moitié palais, que fit construire Ramsès ITI (vers 1300), sans doute pour y faire, suivant la mode de ses prédécesseurs, graver le récit de ses victoires sur Y abject Chéta'^, la plaie de Shéto, comme l'appelait Champollion \
Là encore, à Médinet-Abou, se trouve l'inévitable enceinte de briques crues, qui entoure tous les monuments de l'Egypte. Cependant une partie de l'un des côtés du grand quadrilatère protecteur est en pierres de grès. Faut-il y voir Tébauche d'un style nouveau, abandonné aussitôt qu'inauguré ? Cependant l'Egypte sut conserver les formes primitives de son architecture religieuse, jusque sous les Ptolémées
1. Cs. Guignault, Progr. desétud., etc., p. 27. Les inscriptions de Ramsès II portent le nom des Aperi (peut-être celui des Hébreux) parmi ceux des travailleurs étrangers qui bâtirent des édifices à cette époque. — 2. Exod., I, il, 14. — 3. De Lanoye, p. 69. — 4. Cs. Rosellini, I monum*, etc., M. R., pi. XLVi-L ; Mon. Stor., t. III p. 319; Égypt. Ant. Dcscr., vol. m, pi. XL, fig. 4. — 5. Cliabas, Rev. arch., 1858, p. 573. — 6. Champol. le j., Let. écrit., etc., n© 9, p. 120.
CONSTFlUCnONS ASSYRIENNES ft EGYPTIENNES
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et môme sous les Romains. N*eu fut- il doue pas de même pour son architecture militaire ? Le mur de grès de Médinet- Âbou est-il postérieur aux parties en briques crues de la môme enceinte ? Date-t-il de Nectanébo I" (374-364), comme le petit temple qu'il avoisine * ? Faut-il en ramener Torigine jusqu'à Ptolémée Soter II (89-81), qui construisit les grands pylônes du palais^, ou même descendre jusqu'à Antonin le Pieux (138-161 ap. J.-C), à Tépoque de la construction des propylées'?
Quoi qu'il en soit, si un essai de transformation du style
militaire fut tenté sous Ramsès III (1300), il semble qu'on
revint bien vite aux anciennes traditions sous les successeurs
de ce prince et qu'on ne s en départit plus jusqu'à la chute
, de l'empire égyptien.
Du reste l'Egypte, arrivée à son apogée, sous les rois de la XX' dynastie, allait bientôt souffrir le mal de tous les grands' empires. Divisions intestines , guerres de famille , réduction de territoire, tel devait être le programme des dynasties suivantes.
Les princes couschites, indépendants depuis la fin de la XXP dynastie, franchirent les cataractes, et comme l'indiquent les stèles de Gebel-Barkal, poussèrent jusqu'à Thèbes, devenue incapable de leur refuser le passage^. Bientôt toute l'Egypte leur fut soumise et Ton vit le roi couschite Tahraka de la XXV" dynastie (vers 690) aUeif lui-môme aux frontières d§ l'Asie, faire face aux armées de Sennachérib, campées devant Péluse, la véritable clef de l'Egypte*.
Il faut descendre jusqu'à Psammétique P' de la XXVP dynastie (671-617) pour retrouver la suite de la véritable histoire de l'Egypte. On était alors bien loin de l'époque des Thoutmès et des Ramsès, auxquels aucune place forte
1. Mariette, Hist. d'Égypt., p. 103. — S. De Coùffon, Rev. cont., 30 avril 1867, p. 639. — 3. Champol. Fig., p. 346.-4. Mariette, Rev. arcb., 1865, t. Il, p. 164. — 5. Id., id., p. 165. Gompar. Hérod., II, 141 , qui attribue à Séthon la campagne que M. Mariette rapporte à Tahraka (Tarkos de Manéthon).
jie pouvait résister ^ La plus petite ville de la Palestine était désormais capable d'arrêter la marche des armées égyptiennes. Psammétique I" resta vingt -neuf ans, dit-on,, au siège d*Ashod^. Nëchao II, après quelques succès contre Josias, roi de Juda, qu'il défit et tua à Mageddo (Migdol) (610), fut à son tour battu à Gharchémis par Nabuchodonosor* (606). Apriès;* ne fut pas plus heureux du côté de la Libye (595-570). Enfin, sous Psammétique III, dernier roi de la XXVI* dynastie, FÉgypte allait subir la plus terrible des invasions. Bien mieux que les Hycsos, Cambyse', le roi des Perses , venait y répandre la ruine et la désolation en y promenant sa folie, et, pendant 121 ans (527-406), la vieille terre de Kémé dut supporter ces nouveaux maîtres*. Il n'y a rien à signaler pendant leur occupation ; ils n'amoncelèrent que des ruines, sans édifier à nouveau.
Le destin de l'Egypte était malheureusement réglé ; car ayant secoué une première fois le joug des Perses, elle les vit revenir dnquante^neuf ans après ; et le dernier des Pharaons, Nectanébo 11^, vaincu dans plusieurs rencontres, dut s'enfuir au Soudan (340). Huit ans plus tard, les Perses cédèrent eux-mêmes à la bonne fortune d'Alexandre, avec lequel commence l'époque grecque et la XXXIP dynastie (332).
Sous les Ptoiémées de la XXXIIP dynastie (305-30) semblent renaître les arts de FÉgypte. Fidèles aux traditions, les nouveaux rois font revivre les vieux styles égyptiens et l'^n voit s'élever partout des temples neufs. Ombos®, Esneh',
1. Voy. Liste des nations vaincues, de Rougé, Rev. arch., 1861, t. II, p. 345 et suiv. — 2. Hérod., II, 157. — 3. Theil, Dict. Géogr., p. 409. — 4. Hérod., Il, 161. — 5. Id., III, 10 et suiv. — 6. Mariette, Hist. d'Égypt., p. 53. — 7. Diod., XVI, 51. — 8. Le .grand temple d'Ombos, commencé sous Ptolémée Épiphanes (205-181), fut continué sous Ptolémée Philométor (181-146) et terminé sous «vergeté II (149-117). Cs. Champol. le j., Lclt. écrit., no 8, p. 110; Égypl. Ant. Desc., ch. IV.— 9. Le temple d'Esneh , commencé sous ÉfHphanes, ne fut terminé que sous les empereurs, de Claude à Caracalla (41-247 ap. J.-C); cs. de Couflbn, Rev. cent., 15 avril 1867, p. 474; Égypt. Ant. Dose, ch. VII.
Edfou*, Dendérah^, etc., sont les témoins de l'activité des successeurs d'Alexandre. Là reparaissent les enceintes de briques crues, toujours aussi épaisses, plus peut-être, que sous les anciens rois. Il est probable que celles d'Elethyia (El-BLab) datent de la même époque. Cette ville possédait deux enceintes concentriques et carrées , dont la plus extérieure, de plus de six cents mètres de côté, semble avoir été le boulevard même de la cité. Elle fift le modèle choisi par les membres de la Grande Commission d'Egypte, pour nous donner une idée de ces vaste circonvallations en briques crues , dont on avait coutume , dans ces pays , d'entourer les temples et les palais.
« La grande enceinte, dit M. de Saint-Genis^, est construite en briques qui ont 0",38 de hauteur sur 0'",20 et 0",i8. Ces briques ne sont point cuites ; elles sont composées de terre forte du pays ou du limon du Nil , simplement pétrie ou séchée au soleil, ou du moins à un feu trèsdoux. Ce limon a conservé sa couleur naturelle d'un brun cendré. Comme H fallait pour des enceintes aussi vastes des quantités énormes de briques et qu'il ne s'agissait probablement en les employant que de former une barrière propre à marquer les limites de l'espace interdit aux profanes ou à arrêter les incursions des peuples nomades du désert, on a dû user dés procédés en grand et des plus simples pour la fabrication de ces matériaux. La chaleur naturelle du soleil , dans ce climat , a donc dû suffire pour la cuisson des briques. Il faut donc croire que les Égyptiens, qui d'aUleurs ont bien prouvé qu'ils n'étaient pas avares de grands travaux, soit pour l'exploitation, soit pour l'emploi des matériaux les plus gros et les plus durs , ne faisaient
1. c Ce qu'il Y a de plus ancien à Edfou date de Ptoléinée Épiplianes; 1 viennent ensuite Philnni^lor et Ëvergètc II ; enfin Soter II et son frère » Alexandre. » Champol. le j., Leltr. écrit., no 8. p. 109. Cs. Égypt. Ant. Descr., ch. V. — 2. Le temple de Dendérah, commencé sous les Ptolémées, ne fut achevé que sous les empereurs romains. Mariette, Ilist. d'Égypt., p. 5î>; Êgvpt Ajit. Descr., ch. X. — .'). IiL, ch. VI.
» usage (le ceux-ci que dans le «cas où ils n'avaient besoin » d'élever qu'un simple retranchement en terre, et la w brique crue avait sur les terrasses l'avantage de pouvoir » s'arranger en forme de maçonnerie ou avec^de médiocres » talus.
» Les grandes enceintes de briques crues servaient ordi- » nairement à entourer un temple , un palais ou un vaste » rassemblement d'édifices de ce genre. Au milieu de l'un » ou de plusieurs côtés de la clôture s'élevait une de ces » portes colossales en pierre , qui sont quelquefois accom- » pagnées de môles énormes en pierre et qui souvent nous » paraissent, au premier abord, si bizarrement isolées, parce » que l'enceinte, facile à détruire, a totalement disparu. »
A Thèbes, à Héliopolis, à Sun (Tanis), à Sais, etc., on rencontre encore des enceintes épaisses de briques crues , dont la description a été donnée dans l'ouvrage de la Grande Commission d'Egypte.
L'enceinte d'Héliopolis , surtout, est remarquable par ses dimensions. LoRgue d'environ 1500" etlarge de 1000", elle a encore aujourd'hui 18 à 20" d'épaisseur en certains endroits, et M. du Bois AYMÉ'estime^ d'après M. Monge, qu'elle devait avoir primitivement au moins 26" d'épaisseur. D'après certaines observations faites sur les lieux , on serait tenté de croire que les parements extérieurs et intérieurs de cette énorme muraille étaient formés de pierres calcaires ^ Les dimensions de l'enceinte de Sais se réduisent à 880" de long sur 720" de large ^ et celles de San (Tanis)^ à 310" sur 230".
Les dimensions des briques égyptiennes étaient trèsgrandes, relativement surtout à celles des Romains ou des nôtres. Je donne ci-après celles des briques de plusieurs édifices.
1. Égypl. Ant. Dcscr., cli. XXI. — 2. Id., cli. XXV, § 3. — 3. Ici., (h. XXIIl.
— 189 — • Tableau des dimensions des briques égyptiennes.