‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 18 sur 72 · LONGUEUR. LARGEUR. ÉPAISSEUR · texte numérisé non relu

LONGUEUR. LARGEUR. ÉPAISSEUR

Palais de Karnak (enceinte) * 0,32 0,16 0^14

Élelhya (El-Kal) (id.)^ 0,38 0,20 . 0,18

Dendérah (id.)» 0,39 0,20 ' 0,12

Abydos (id.)^ » 0,25 0,10

El TeU (Psinaùla) (id.)* 0,35-0,38 0,16-0,20 0,13

Hayt-el-A'gouz (id.)« 0,33-0,35 0,16-0,18 0,14

El-Lâhoun (pyramide) ^ 0,40 0,2i 0,14

Dachour (id.)* 0,32-0,35 0,16-0,19 0,11-0,U

Tanis (enceinte)» 0,46 0,22 0,14

Sais (id.)^® 0,40 0,20 " 0,18

Quant à Tappareil, suivant lequel ces briques étaient disposées, il était très-variable. Le plus souvent elles étaient posées à plat, plein -sur joint, présentant sur le parement des murs leur largeur et leur hauteur, la longueur restant perpendiculaire à la direction de la muraille.

Ailleurs, les briques étaient placées alternativement en boutisses et panneresses^ comme dans l'enceinte du petit temple de la rive gauche du Nil à Thèbes, et que MM. Jol- Lois et Devilliers consacrent à lsis^^

En plusieurs endroits et particulièrement à. El Tell *^, à Saouâdeh^^ à Hayt-el-A*gouz^^, etc., elles étaient disposées par assises Successives de plat et de champ. Quelquefois même, comme à Philœ^'*, ou trouve les briques de champ posées obliquement, au lieu d'être verticales.

On liait les briques entre elles par une pâte fine de limon *° (Tanis) ou par un coulis de terre délayée ^^ (Héliopolis). Dans

i . Égypt. Ant. Descr. , ch. IX , sccl. viii , § 1 , p. 206. — 2. Id . , cli. VF, p. 3. — 3. Id., ch. X, p. 5. — 4. Id., ch. XI, §3, p. 10. — 5. Id., ch. XVI, § 5, p. 13. — 6. Id., ch. XVI, secl. i, § 11, p. 34. — 7. Id., ch. XVII, 2o part., § 4, p. 41. — 8. Id., ch. XVIII. § 1. — 9. Id., ch. XXIII. — 10. Id., chap. XXV, § 4, p. 6. — 11. Id., ch. IX, secl. iv, p. 161. —12. Id.,ch.XVI,jj4,p. 13.— 13. Li., ch.XVI, pcc1.i,§13. — 14. Id., § 11. — 15. Id., ch. ï, § 1, p. 3. - 16. Id., ch. XXIII. - 17. Id., ch. XXI.

les constructions eu pierres, c'était surtout au moyen de tenons de bois ou de métal qu'on assemblait les matériaux (Ombos^, Philœ^); mais on employait aussi, pour le remplissage des joints, un ciment rouge de poussière de briques. Les voyageurs en ont signalé l'usage à Philœ* (temple de rOuest), à Louqsor^ (dans des colonnes par sections), à Ombos*, etc.

Ghampollion prétend, de son côté, avoir rencontré du mortier de chaux et de sable dans les pyramides et dans un monument d'Ouadi-Esseboua*, ce qui pvouve que ce ciment fut très-anciennement connu par les Égyptiens. On peut dire , toutefois, que son emploi ne fut jamais qu'une exception.

Les portes seules, dans les enceintes, étaient en pierres de taille. On conçoit que, dans un pays où la voûte était inconnue et le bois rare, il était difficile de couvrir les passages autrement qu'avec de la pierre.

J'indiquerai plus loin le mode de constiniction de ces portes de pierresj qui s'encastraient exactement dans l'épaisseur des enceintes en briques. On en trouve des exemples à Ombos^ à Thèbes®, à Dendérah», etc.

Je ne m'étendrai pas non plus sur les appareils des constructions en pierres de taille, qui appartiennent plutôt aux monuments religieux qu'aux édifices de Tordre militaire. Ils sont du reste décrits.dans de nombreux ouvrages d'égyptologie. On y remarque ordinairement une gi*ande régularité d'appareil et les joints des pierres sont le plus souvent très-

1. Égypt. Ant. Desc., chap. IV, sect. i , § 3, p. 5. — 2. Id., ch. I. — 3. Id., ch. I, § 5, p. 34. — 4. Id., ch. IX, sect. vu, p. 195. — 5. Id., ch. IV, sect. I , § 3, p. 5. — 6. Champol. le j., Lelt. écrit., etc., no 9, p. 117. — 7. La petite porte de l'enceinte d'Ombos, en granit rose de Syène , est antérieure à la construction de l'enceinte en briques crues, dans laquelle elle est encastrée ; elle date de Thoutmès 111 , et a été construite par la reine Hatasou; es. Champol. le j., Leltr. écrit., etc., no 8, p. 110, et Mariette, Hist. d'Égypt., p. 9t. Elle faisait probablement partie d'une ancienne enceinte. — 8. Égypt. Ant. Descr., ch. IX, sccl. iv, p. 162. — OJd., ch. X, §7.

ans. Cependant quelqtres-uns de ceux-ci sont quelqi^efois obliques, comme ceux des Pélasges, des Grecs et des Étrusques. On rencontre aussi des pierres à crossettes enjambant d'une assise sur l'autre, des cavaliers, c'est-à-dire de grosses pierres correspondant à elles seules à deux ou trois assises voisines de petites pierres. Ces irrégularités se voient surtout dans les monuments de Tépoque des Ptolémées^ Il n'est pas probable toutefois que ce soient des ouvriers grecs qui aient apporté cette mode en Egypte ; mais l'influence hellénique a pu néanmoins s'y faire sentir, quoique les Ptolémées se soient toujours attachés à maintenir dans les édifices, qu'ils ont réparés ou construits à nouveau , les formes de l'ancienne architecture de l'Egypte. Ce pays, essentiellement conservateur, semble du reste avoir éternellement tout calqué sur le même modèle.'

36. Les Arabes d'Arabie avant rislamisme. ^ « Cette )> terre aride et sèche, image de la mort •, que Jérémie^ prenait au Sinaï et que l'imagination des auteurs ^ prolongeait, sans interruption, jusqu'aux confins du golfe Persique et de la mer des Indes , telle , paraît-il , n'était pas l'Arabie I Les Bédouins nomades , non plus , n'étaient pas , comme on le disait, les seuls habitants de cette vaste péninsule I

Si^ à la vérité, dans une certaine zone, au milieu des néfùuds*^ quelques oasis bordées de dattiers constituent les seuls points habitables du pays ; si dans ces plaines sablonneuses, le voyageur, comme le rapporte Diodore', ne peut diriger sa route que par la constellation de l'Ourse; en retour, les hauts plateaux de l'Arabie centrale, le Kasim et le Nedjed , si peu explorés jusqu'ici et visités dernièrement par Sir William Palgrave, présentent l'aspect d'un pays riche et fertile , anciennement civilisé , où se dressent de grandes cités somptueuses, filles sans doute de villes

i. Égypt: Ant. Doser., ch. I, § 8. — 2. Jérém., II, 6. — 3. Voy. Volney, Voyage en Syrie, etc., t. Il, p. 94. — i. Voy. Palgrave, Irad. Jonvcaux , t. I, p. 86. — 5. Diod., H, 51.

importantes antiques. L'Arabe y vit sous des toits, dans des maisons de terre ou de pierre ; et la tente n'y est pas son unique abri, comme on le croyait^ Dans œs régions élevées de la terre arabique, Tindigène, à l'abri de l'influence étrangère , très-peu modifié du reste par la loi de Mahomet^, semble avoir conservé ses mœurs antiques, faiblement altérées par le temps. Les villes modernes rappellent sans doute l'aspect des plus vieilles forteresses de ce pays ; leurs murs garnis de tours sont en terre battue ou en briques crues durcies au soleil, comme dans tous les pays chauds..

Couverte de tous côtés par des obstacles naturels , plaines de sable de Syrie ou mers inaccoutumées aux conquérants de l'ancien monde , l'Arabie a pu longtemps conserver son indépendance, et c'est à peine si, au siècle de Mahomet, quelques-unes de ses provinces septentrionales avaient jia lui être arrachées au profit des Perses ou des empereurs de Gonstantinople I

Je ne sache pas que les Égyptiens , même sous Ramsès le Grand, y aient jamais porté la guerre. Ale;Kandreen avait rêvé la conquête, mais il mourut trop tôt pour l'accomplir*. Enfin les Romains d'QËlius Gallus s'y engagèrent un jour ; ils pénétrèrent jusque dans THedjaz et TYemen , mais ils n'eurent que le temps d'en sortir au plus'vite , pour ne pas y mourir de soif ou de fatigues (24). La province romaine ne s'étendait sous Trajan que jusqu'aux limites de l'Arabie Pétrée^ (105 ap. J.-C.).

Depuis une haute antiquité l'Yemen appartenait aux Jectanides, race demi-sédentaire, demi-nomade, composée de citadins Himyarites et de paysans Galilânides^. Là s'élevaient les grandes villes du sud citées par Pline ^ et Stbabon^, telles que Sabota et Mariaba. La première,

1. Palgr., id., pass. — 2. Id., t. I., p. 14. — 3. Strab., XVI, 3. — i. Lisez dans Strabon (id.) ou dans Pline (VI, 32.) l'expédition de Gallus en Arabie. Voy. pour la réduction de IWrabie Pétrée en pravince romaine sous ^ Trajan, Amm. Marcel., XIV, 8. — 4. Gauss. de Perc, Hist. des Arab., 1. 1, p. 5i; Sédillot, Hist. des Arab., p. li. — 6. Plin., id. — 7. Strab., id.

entourée de murs, renfermait cinquante temples dans son enceinte; Tautre, ville royale, bâtie sur une montagne V était plus grande encore. A côté de ces cités antiques, indiquées par les auteurs romains ou grecs, se dressaient celles dont les Arabes nous ont conservé le nom : Zhafàr, probablement la Séphar de la Bible*, relevée par Chammir, petit-fils d'Himyar (536?) ^; Aden, fondée par Abyan, autre descendant d'Himyar*; Saanâ^, etc.. Ces places, fortifiées souvent par leur assiette même®, Tétaient quelquefois encore par des murailles ^; mais jusqu'ici j'ignore le mode de construction de ces défenses, où entraient pour beaucoup, sans doute, la brique séchée au soleil et la terre battue.

La pierre même pouvait ne pas y être étrangère, car l'emploi des murs de pierre, à une époque assez reculée , est suffisamment prouvé par les ruines de constructions adites^ que portent encore aujourd'hui l'Yemen et THadramaut. La fameuse digue de Mareb (Mariaba de Pline) était cous-

1 . c N'as-tu pas vu Marcb, quel était son château, les murs et les édi- » lices qui renvironnaient? Les rejetons de la race d'Ad n'ont cessé de se » livrer tranquillement à leurs occupations sur le sommet de la montagne où » il était bâti, sans rien craindre de la malice de la fortune, qui se plaît à B tromper, jusqu'à ce qu'enfin , au moment où tous étant plongés dans le • sommeil, elle s'en est emparée, et en a franchi les murs élevés avec des » cordes de lin. » De Sacy, Mémoires sur divers événements, etc., p. 633, d'après Abou-Tamhan-Falani . — 2. Génès, X, 30. — 3. De Percev., id., t. i, p. 56, d'après Hamza et Tabari; es. N. des Vergers, Arab., Univ. pitt., p. 24. — 4. DePçrcev., id., 1. 1, p. 59. — 5. Id., t. I, p. 64. Quand Wahraz, lieutenant du roi de Perse, fit son entrée à Saanâ(575ap. J.-G.)» il fit abattre la porte de la ville, qui lui paraissait trop basse pour une entrée triomphale. « Mon drapeau ne s'inclinera pas, dit-il, qu'on abatte la porte! > (H., t. I., p. 152, d'après l'Aghâni, le Sirat-Erraçoul et Ibn-Khaldoun ; voy. Édfisi, trad. Jaubert, t. 1, p. 50. — 6. Diodore (III, 46) dit que la ville de Saba (la Mariaba de Pline) était bâtie sur une montagne. — 7. La plupart des villes citées par Pline (VI, 32) sont nommées Oppida. — 8. Les Adites, qu'il ne faut pas confondre avec les Azditcs, sont considérés par les Arabes comme ayant habité fort anciennement la partie méridionale de la péninsule avant l'établissement des Jectanides. Voy. sur les constructions adites, de Percev., id., t. I, p. 14; Sédillot, id., p. 14.

truite en gros quartiers de rochei*s^ Suivant la légende, Amrou, roi des Azdites, étant allé visiter le barrage, y trouva un rat occupé à détacher avec ses pattes un roc que cinquante hommes n'auraient pu remuer^. La devineresse Zharifâ avait annoncé que tel devait être le signe de la prochaine rupture de la digue, qui, comme on le sait, fut la cause de Témigration des Azdites de Mareb (120 ap. J.-C.?)*.

La multiplicité des places fortes dans cette partie deTArabie Heureuse, si reculée et si peu sujette aux invasions, s'explique par le caractère même des habitants, dont une partie, disait Pline*, vivait de commerce et l'autre de brigandage. L'Himyarite, habitant des villes, y amassait toutes' les richesses, que le Cahlânide transportait par les caravanes. L'or, l'encens, la myrrhe, les perles, les pierres précieuses ^ affluaient dans ces vastes entrepôts du littoral de la mer Rouge, qui se vidaient ensuite dans les mains des Phéniciens de Tyr et de 8idon, soit par la mer elle-même, soit par la route de Pétra et de la Syrie, Il était alors bien utile de faire comprendre aux marchands étrangers, que de semblables richesses ne pouvaient que s'échanger; et la difficulté d'accès des magasins montrait aux Gahlânides nomades que la marchandise., une fois vendue, ne devait pas, par le pillage des dépôts , leur faire retour une fois de plus.

Il fallait, en outre, faire foce de temps à autre aux incur-» sions des Abyssins, trop peu séparés de TArabie par le détroit de Bab-el-Mandeb , pour qu'ils n'eussent pas eu le désir de s'y jeter*. * .

1. Voy. sur la construction et ^la rupture de ia digue de Mareb, de Percev., id., t. I, pass. — i. ^. des Verg,., id., p. 62. — 3. Les Azdites descendaient de Cahlân et menaient la vie nomade aux environs de Mareb. iVprès la rupture de la digue et Tinondation qui s'ensuivit , la plupaf t se dispersèrent en Arabie^ surtout au nord, où ils fondèrent quebines royaumes. Cs. de Perc, 1. 1^ p. m et suiv. ^ 4. Pline, VI, 32. — 5. Hérodote (III, 107, 112), Diodore (il, 49) et Pline (id.) décrivent les ridiesses de 1* Arabie Heureuse. — 6. L'anarehie qui succéda à la rupture delà digue de Mareb dans l'Yemen, facilita les entreprises des Abyssins, qui envahirent le pays et finirent par s'en rendre maîtres (525 ap. J.-C.)*

L'Arabe de rVemen, ayâut placé sa fortune au sommet de quelque rocher, à Tabri de quelque muraille , la croyait sans doute plus en sûreté qu'à la suite de ses escadrons de bataille. Combien de gens, à Tépoque moderne, pensent autrement et réclament, inconsidérément sans doute , la démolition de toutes les places fortes, aimant mieux confier leurs richesses à la fortune d'une armée, que l'issue malheureuse d'une seule bataille suffit quelquefois à désorganiser complètement! Commerçants et industriels modernes, soyez toujours aussi prudents que les vieux Himyarites de l'Arabie Heureuse qui, bien longtemps avant vous, savaient également rassembler sur le sol de leur patrie les matières les plus précieuses et les denrées les plus délicates ! Le premier soin d'Aryât, chef des Abyssins, quand il fit la conquête de TYemen, fut d'en faire raser les principaux châteaux, Ghoumdân, Baynoûn et Selhin; il craignait à juste titre que les Arabes ne «s'y appuyassent pour exécuter contre lui leurs retours offensifs ! (525 àp. J.-C.)

L*Hedjaz, bien moins favorisé que la région précédente, au point de vue de la fertilité du sol , se trouvait de longtemps aux* mains des Ismaélites, mélange de £amilles sémitiques du nord, de Juifs expatriés et d'émigrés des contrées méridionales de l'Arabie ^

Afin de fournir à son troupeau la nourriture qu'un sol ingrat et désolé par un excès de lumière ne donnait qu'avec parcimonie, l'Arabe de l'Hedjaz et du Nedjed occidental menait la vie errante. Sans être précisément un de ces nomades vagabonds , qui s'habituent à courir pendant de longues journées dans des directions indécises et ne revoient jamais le sol qu'ils ont usé sous leurs pas, le Bédouin, mobile par nature, quittait volontiers l'oasis paternelle, pour subvenir aux besoins de son troupeau^, pour faire le commerce par les caravanes. Mais, la course terminée, il revenait d'ordinaire au point de départ, retrouvant l'horizon

1. Cs. de Perccv., id., t. I, p. 168 et suiv. — 2. Voy. Volney, Voyag. en Syrie, etc., t. 11, p. 106 et 107.

connu (lu désert, replarant sa tente ailprès de la source aimée, restaurant le gourbis quitté quelques mois auparavant. Cependant le plus léger motif , souvent une simple querelle, pouvait rengager à se déplacer, et il mettait alors en pratique ce vieux vers du poôte : « Si vous éprouvez des contra- » riétés dans un endroit, éloignez-vous et laissez la maisou » regretter celui qui l'a bâtie ^ »

On ne trouve pas de places fortes au milieu de semblables populations , qui considèrent les villes comme des prisons ^ ! Aussi, voit-on les plus grandes cités n'être encore, peu de temps avant Mahomet, que des campements plus étendus que les autres. Telle la Mecque; c'était de longtemps une réunion de tentes entourant la Gàba sainte ; Gossay, le premier, y bâtit des maisons et des palais^ (445 ap. J.-C); Mahomet, encore, la trouva sans murailles! (630 ap. J.-C.)*

Médine, autre cité célèbre , n'était pas mieux pourvue ; et le prophète, pour la mettre à l'abri d'un coup de main, dut, sur le conseil d'un Persan, la faire couvrir par un fossé creusé à la hâte du côté du nord , le sud de la ville étant considéré comme suffisamment défendu par des plantations serrées de dattiers et par quelques oiUoums^,

L'outoum, maison fortifiée « de figure rectangulaire®» est une importation de Fart juif. Il rappelle les tours des gardes des Philistins ^, dont fait mention le Livre des Rois et les châteaux forts des Arabes Syriens indiqués par Am-

MIEN MaRCELLIN*.

L'outoum, ou réduit fortifié, abritait la fortune des Juifs

1. Lamartine, Voyag. en Orient, 1. 111, p. 245 ; fragm. du poëme d'Antar. — 2. Herder, Idées sur la philos., etc., XIX, 4. — 3. De Percev., t. I, p. 237. Cossay est un des ancêtres de Mahomet, qui s'empara du pouvoir à la Mecque. — 4. Gela ressort de la manière dont le prophète s'empara de la ville; es. de Percev., t. III, p. 227 et suiv. — 5. Id., t. III, p. 129. La population juive de Yathrib s'était formée de plusieurs émigrations successives, dont les dernières s'étaient produites à l'époque du sit'gc de Jérusalem par Tilus (70 ap. J.-C.)- Voy. de Percev. , t. II , p. 641 et suiv. — 6. Id., t. II, p. G46. — 7. m, Rois, XVIIl, 8. — 8. Amm. Marcel., XIV., 8.

de rVathrib, adonnés particulièrement à Tusure et au commerce d'argent ^ et, par cela même, toujours exposés au pillage des tribus arabes de la contrée. A l'exemple de ces Israélites , quelques familles arabes du même pays possédaient également leurs outoums*. On les trouvait principalement chez les Bénou-Aus et les Bénou-Khazradj , tribus arabes de Ghassan , qui s'étaient installées dans TYathrib vers l'an 300 de notre ère et s'y livraient, comme les Juifs, au trafic des matières d'or et d'argent.

Ces châteaux forts sont surtout célèbres dans l'expédition d'Abou-Carib , tobba himyarite de l' Yemen , qui , vers l'an 495ap. J.-C, fit une campagne dans l'Yathrib. Ils jouent aussi un rôle important dans la guerre civile , allumée quelques années après, entre les Aus et les Khazradj. On cite particulièrement lesoutoums Moustazhell, Zohara, El Achar, Mouzâhem, Dhahyân^. Le territoire de Khaybar, où résidaient également des Juifs , était organisé comme l'Yathrib et défendu par de nombreux outoums. « L'ensemble de ces » châteaux, selon M. Caussin de Perceval^, était compris » sous la dénomination de Khaybar, mot signifiant, disent » les auteurs arabes , lieu fortifié. » Les Juifs de Khaybar firent une vive opposition à Mahomet, qui dirigea une expédition contre eux et s'empara successivement de tous leurs outoums, El-Gammoûs, Nâim, Natût, Couthayba, Watih, Soulâlim, etc. (629 ap. J.-G.)».

La plupart de ces forteresses étaient bâties de pierres. El Achar, la Chevelue, tira en effet son nom de la quantité de traits , qui , après une attaque , restèrent fixés dans les interstices de ses pierres. Quant au château de Dhahyân, on prétend qu'il était construit eu pierres noires, avec une tourelle blanche servant de donjon.

L'habitude de construire des outoums s'est conservée dans l'Arabie jusqu'à l'époque moderne. Sir William Palgrave a ,

i. De Pcrccv., t. III, p. 80, d'après Ibn-Khaldoun . — • 2. Id., t. If, p. 6i6. — 3. Id., t. II, p. 655 ci suiv. ; 059, 68î2. — i. Id., t. III, p. 11)1. — 5. Id., t. III, p. 193 à 199.

en effet y rencontré dans le Djowf des constructions militaires qui rappellent les maisons fortifiées de TYathrib et du Khaybar, au siècle de Mahomet. Ce sont des tours accolées aux maisons ; elles sont d'ordinaire bâties en brigues sechées au soleil ^

Mais tous les Bédouins ismaélites ne possédaient pas, comme les Arabes de 1* Yathrib , des campements protégés par des lignes d'outoums. Leurs légendes , du reste , rap^ pellent bien rarement le souvenir de faits d'armes accomplis au pied d'une forteresse. Au contraire, il n'y est générsdement question que de combats en rase campagne. Les armes, les chameaux, les chevaux, les femmes, sont d'ordinaire le sujet de la lutte ; le pillage est dans les mœurs des combattants. L'honneur consiste à briller dans des expéditions de brigandage ; et le^ princesses tiennent à n'accorder leur main qu'aux guerriers, qui savent leur conquérir une dot à la pointe de leur lance. Telle Djeïda , la farouche guerrière du roman d'Ântar'; elle parait dans les combats couverte d'une épaisse cuirasse et elle manœuvre la lance avec une dextérité toute masculine. Elle ne doit donner sa main à Khaled, son cousin , que lorsque son fiancé aura ramené au campement de la tribu cent chamelles blanches enlevées à la tribu voisine et une esclave de haut rang, fille de chef, pour tenir le licol de sa monture le jour de ses noces* I

Dans les luttes de tribu à tribu , le Bédouin , si l'ennemi lui en laissait le temps , se retirait parfois sur le sommet de quelque montagne difficile. Là , il mettait en sûreté ce qu'il avait de plus précieux ; puis il courait dans la plaine à la rencontre de son adversaire. Les feitimes souvent se mêlaient au combat, partageant les fatigues et les dangers de

i. Palgi*., t. I, p. 58. — 2. Le roman d'Antar est moderne ; mais il dépeint parfaitement les mœurs des Arabes Bédouins au siècle de Mahomet. Antar, personnage historique de la tribu des Bénou-Abs , dans le Nedjed , près de THedjaz, fut assassiné l'an 615 de J.-G. Voy. de Perc, t. II, p. 400; Sédillot, tiist. des Arabes, p. 32, 415; Lamartine, Voyag. en Orient, t. III, p. 245. — 3. Id., et Cardin de Gardonne, Journ. asiat., 1837, t. II.

leurs époux. Il suffit de citer la fameuse journée de Djabalà entre les Bénou-Témiu et les Bénou-Âmir (579 ap. J,-C.). Ceux-ci s'étaient postés sur une montagne de leur territoire ^ accessible seulement par une gorge étroite et raide. a Si )) l'ennemi entreprend de nous donner l'assaut , dit Gays, fils J9 de Zohaïr, nous lâcherons les chameaux , qui , excités par )» leurs maîtres et par le désir d'aller se désaltérer à la » source , se précipiteront vers le bas du défilé avec une force » irrésistible ^ renversant tout ce qni se trouvera sur leur » passage. »

Au moment de l'assaut , £1 Âhwas s'écria : « Déliez les 1» chameaux I descendez derrière eux, en faisant rouler des 1» pierres devant vous^ i>

Les lois religieuses et* celles de l'hospitalité protégeaient encore l'Arabe au milieu de ses campements découverts. Au retour des quatre' mois sacrés de l'année luno-solaire des Arabes, tout combat cessait^ ; c'était la trêve de Dieu, la trêve des batailles. Les caravanes reprenaient sûrement leur chemin, et, à l'ombre de ses dattiers, le Bédouin trouvait momentanément le repos. En même temps il pourvoyait à la nourriture de ses troupeaux pour la saison des combats. Le sol de Toasis était sacré pour le voyageur, et celui-ci ne devait craindre d'être attaqué que dans les intervalles, qui séparaient les territoires des tribus^.

Au nord-ouest de T Arabie, vers la Palestine, vivaient les Nabatéens, peuplade sémitique, d'origine douteuse. Leur pays était magnifiquement situé pour les mettre à l'abri des incursions.des peuplades voisines. Il était privé d'eau et entouré de mers de sable; aussi, comme le fait remarquer DioDORE^, « les Assyriens, les rois des Mèdes , les rois des )) Perses et des Macédoniens, malgré leurs forces et leur

1. Cet épisode est lire du Kilab-el-Agliâni. Cs. de Percev., t. II, p. 475. Les Bénou-Amir et les Bénou-Témin étaient des tribus voisines des Bénou- Abs, cités plus haut. — 2. De Percev., Mém. sur le calendr. arab., Journ. asiat., 1843, t. I, p, 312. — 3. Voy. N. dos Vergers, Arab., Univ. pilt., p. 103. — i. Diod., Il, 48, trad. Uoëfcr.

» adresse , furent-ils impuissants à réduire ces Arabes en » esclavage. » Leur capitale , Pétra , se dressait sur un rocher immense, forteresse naturelle, sans enceinte \ où Ton ne montait que par un sentier étroit et raide; les guerriers n'y pouvaient passer qu'en se dépouillant de leurs armes. L'Arabie Pétrée devint province romaine sous Trajan (105 ap. J.-C). Aussi, la plupart des ruines qu'on retrouve aujourd'hui à Pétra, sont-elles romaines.

Tout à fait au nord de l'Arabie on rencontrait les Sarrasins^, depuis la Palestine et la Syrie jusqu'à TEuphrate et au Tigre. Les plus marquants de ces Arabes Syriens étaient ceux d'Anbar et de Hira et encore ceux de Ghassan. La plupart d'entre eux vivaient sous la tente^^ bien peu habitant véritablement des villes *. Les uns et les autres prirent tantôt parti pour les Romains , tantôt pour les Perses , dans la longue querelle de ce.s deux peuples ; cependant les Ghassauides furent plus souvent du côté des Romains et les Arabes d'Anbar du côté des Perses.

Ils étaient, au dire de Procope*, encore très-inhabiles dans la poliorcétique , au siècle de Justinien, puisque des murs de boue suffisaient, ordinairement pour mettre en sûreté les villes exposées à leurs attaques. Cependant les auteurs arabes citent un prince tonoukhite d'Anbar, Djodhayma, qui se signala par son humeur guerrière et fit construire , le premier parmi les rois arabes , des machines de guerre (215-268 ap. J.-C.)^. A cette époque, les Arabes Sarrasins possédaient, du reste, plusieurs places tortes bien munies vers le Tigre et l'Euphrate. Elles avaientsans donte été enlevées aux Arsacides à leur dédin ; et Bacca , la fameuse forteresse de DJodhayma, était l'une d'entre elles.

Les fortifications d'Anbar ( Pirisabore ) , en briques et bitume, telles qu'elles ont été décrites plus haut, dataient

1. Diod., XIX, 95. Cs. Quatrcmèrc, Wém. sur les Nabalccns. — 2. Amm. Marcel., XXIII, 5.-3. Slrabon les nomme Scénitcs, c'està-dire vivant dans des lentes (XVI, 1). — 4. De Percev., t. II, p. 2i. — 5. Procop., Édif., Il, 9. — 6. De Percev., t. IF, p. 17.

seulement de l'époque sassanide ; mais la première construction de cette place remontait à Nabuchodonosor II (604- 561). Elle tomba aux mains des Arabes Tonoukhites qui l'occupèrent passagèrement , quand ils quittèrent le Barhayn pour se mettre à la recherche d'une nouvelle patrie ( 195 ap. J.-C.)^ Elle leur fut reprise par Julien (363 ap. J.-C.) ; mais c'était bien plutôt aux Perses qu'aux Arabes que cette place fut enlevée, car les rois sarrasins n'étaient certainement, dans cette région, que des vassaux des rois de Perse.

Atra , autre ville peuplée d'Arabes , devait son origine aux Arsacides^. Elle était, paraît-il, supérieurement fortifiée et résista victorieusement à Trajan (1 16 ap. J.-C.) et à Septime Sévère (210 ap. J.-C). Elle fut rasée en 240 ap. J.-C. par Sapor I".

Je n'ai pas besoin de parler de Palmyre (Tadmor), cité syrienne bâtie par Salomon ; elle était tombée au pouvoir des Arabes Ghassanides, dont Zénobie (Zebba) fut l'une des souveraines.

Les places qu'on trouvait à l'Ocddent, vers la Palestine, Bostra , Gérasa , Philadelphie , citées par Ammien Margellin , devaient être élevées dans le goût syrien, comme celles de la Mésopotamie l'étaient dans le style persan; car il n'est pas probable que les Arabes Sarrasins aient jamais construit eux-mêmes les villes fortes qu'on rencontrait dans ces régions, à l'époque de Julien, quoiqu'on dise Ammien^.

Pour achever mon voyage autour de l'Arabie , je devrais encore longer les rivages du golfe Persique. Mais la course est bien inutile , je n'ai pas de matériaux pour l'entreprendre ; car l'on ne peut véritablement prendre au sérieux les tours de sel de Gerrha indiquées par Pline* et Strabon', et qu'il fallait arroser de temps à autre pour les empêcher de se fondre sous l'action du soleil. Là cependant se bornent tous

1. De Percev., t. II, p. 10. — 2. Id., p. 40; — 3. Amau Marcel., XIV, 8. — 4. Plin., VI, 32. ^ 5. Strab., XVI, 3. .

les renseignements que m'ont fourni les écrivains anciens et modernes sur les fortifications du pays des perles, si vanté par Edrisi^

37. Les Arabes en Asie, sous les Khalifes. — Lancés de toute la vitesse de leurs chevaux , les Arabes firent en peu de temps la conquête de la Syrie. Ils prirent successivement toutes les places fortes , malgré leur inhabileté poliorcélique , et, en cinq ans (633-638 ap. J.-C), elles étaient dans leurs mains , celles-ci enlevées par trahison ou surprise , celles-là rendues par capitulation*. Une telle défaillance s'explique

1. Edrisi, trad. Jaubert, t. I, p. 372, 377. — 2. J'insère ici quelques moyens de prendre les places , qui n'indiquent aucun talent poliorcélique , mais qu'il est nécessaire d'énumérer dans un travail de la nature de celui que j'ai entrepris.

Le blocus des villes consistait à les entourer complètement de retranchements ou d'un cordon de soldats , à leur intercepter toute communication avec l'extérieur pour les affamer, à leur lancer des matières incendiaires et à attendre qu'elles voulussent bien se rendre. C'était la mise en pratique , à l'égard des hommes , de quelques-uns des procédés de chasse , qu'on emploie avec les bêtes fauves, quand on les sait réfugiées dans leurs repaires. Entre tous, le blocus de Platée est surtout célèbre (429-427). (Voy. Thucyd . , Il , 71 ; III, 20 , 24.) Les Lacédémoniens ayant essayé de tous les procédés connus d'attaque , lancèrent en vain le fèu dans la ville assiégée , en allumant au pied des murs d'énormes amas de matières inflammables. La pluie, se mettant de la partie, avait éteint Tincendie. En désespoir da cause , ils entourèrent Platée de deux murs parallèles en briques et se logèrent entre deux. Malgré tout, les habitants, profitant d'une nuit obscure, parvinrent à tromper la surveillance des gardes Spartiates, et, franchissant les murs avec des échelles , ils purent gagner Athènes en courant. Le blocus avait duré deux ans.

Un défenseur parfaitement approvisionné et capable de tromper l'assaillant par ses ressources, son industrie ou sa patience, devait encore prendre garde aux provocations adressées du pied des murs et surtout éviter de sortir, pour y répondre. Le plus souvent elles cachaient quelque piège. Ainsi amenés dans.une embuscade par les Triballiens , les Abdéritains furent mis en pleine déroute et ceux qui étaient restés dans les murs étant venus à leur secours , la ville resta sans défense. Cet exemple est cité par JEnéas

facilement par la connaissance de la situation , dans laquelle se trouvait alors FAsie. Sans existence propre, la Syrie surtout se sentait fatiguée des longues querelles des Grecs et des Perses ; elle pensa trouver ses derniers maîtres dans les Musulmans et sa tranquillité dans l'islamisme. Du reste,

(Déf. des places, XV). La même chose eut lieu à Gaza, assiégée par les Arabes (633 ap. J.-C.)- Amrou-ben-el-Âs attira la garnison hors des murs, l'écrasa et pénétra dans la ville , privée ainsi de ses défenseurs.

Ënumérer tous les moyens employés pour s'emparer des places par surprise serait chose trop longue. Ordinairement les chances de succès de ces expéditions tenaient à la négligence apportée à la garde des issues. En temps de paix , Tennemi*, sous des déguisements et avec des armes cachées dans ses vêtements , pénétrait dans la ville sans être inquiété. Il s'emparait du théâtre , de la place publique et de là il faisait la loi aux habitants (^néas, id., II). Pendant uq siège il lui sufBsait d'observer de quel côté se portait surtout la surveillance et de chercher à la tromper ailleurs. Le plus souvent la surprise réussissait aux endroits d'accès difficile, parce que la garde y était négligée. Quelque sentier dérobé, quelque passage réputé imjpraticable, devenaient les routes favorites de ces sortes d'entreprises. Un soldat hardi ouvrait la marche, il coupait une palissade, franchissait une clôture, tuait une sentinelle endormie, se jetait sur la suivante . ouvrait quelque poterne. Une petite troupe pénétrait alors dans la place, ^ répandait sur les remparts, forçait les portes et donnait entrée à Tannée. (Voy. Hcrod., I, 84.) Ainsi fut prise Sardes (546), ainsi Athènes par Tendos d'Aglaure (480). Les Arabes en firent autant que les Perses au château d'Alep (637 ap. J.-G.)* Les habitants ayant rendu la place aux Musulmans malgré le gouverneur Ybukinna , celui-ci se retira dans une forteresse voisine, où il se maintint cinq mois ; mais l'Arabe Damés s'étant introduit dans la place h la faveur de la nuit et d'un déguisement en peau de chèvre, qui lui permit de gravir sans être reconnu les rochers dominés par le château , ouvrit les portes à Khaled. (Voy. David, Syrie mod., Univ. pitt., p. 80, d'après Ëlmacin.)

Quand il fallait employer la ruse^ c'était souvent l'heure des beaux exploits, le temps marqué pour les grands dévouements. L'histoire a enregistré mille exemples de ces trames facilement ourdies, de ces ruses naïves, qui toutes réussirent pour avoir été simplement conçues. Je pourrais redire le roman du cheval de Troie vomissant des flots de guerriers de ses entrailles inanimées (flomèr., Odyss., IV), ou bien, au risque d'offenser la sensibilité du lecteur, lui montrer, avec Hérodote (III, 153, 160), cet in-

ses protecteurs officiels semblaient Fabandonner ; elle voulut voir si , sur les remparts de pierre de ses solides places fortes , les Bédouins ne feraient pas meilleure garde que les mercenaires byzantins.

Bosra, Gaza, Tadmor*, Damas^, Jérusalem^, Alep, An-

trépide soldat de Darius, Zopyre, consentant à se mutiler affreusement pour conquérir Babylone à son roi (514). Je ne veux ici citer que l'histoire de la prise de Restan par les Arabes; ils y entrèrent dans des caisses, qu'Abou-Obeidah fit transporter dans la citadelle, sous le prétexte de déposer quelques bagages encombrants, qui gênaient la marche de son armée. A cette condition, le général musulman avait promis de ne pas attaquer la ville; on comprend qu'elle fut bientôt entre ses mains (636 ap. J.-C). (David, id., p. 66, d*ap. Aboulféda, Chroniq.)

Malgré moi , je me sens forcé de- remuer les siècles pour tirer de l'onbli les menées infâmes de ces hommes déshonorés, qui, avec ou sans espoir de récompense, livrèrent un jour eux-mêmes, par trahison, leur patrie à rétranger. Malheureusement les exemples ne sont pas rares, et voici le trait d'un portier connu d'iEnéas (Déf. des places , XVIII) : c II avait prislacou- » tume de sortir toutes les fois qu'on allait fermer la porte, en prenant un' » seau, comme s'il allait puiser de l'eau àiine fontaine voisine; il posait » des pierres en un endroit dont les ennemis étaient informés. Ceux-ci , en » y arrivant, connaissaient, par Tarrangement de ces pierres, tout ce que » le portier voulait leur faire savoir ; car si les conjurés étaient de garde à M la première veille , il ne posait qu'une pierre en un certain endroit ; si j» c'était à la seconde veille il en mettait deux, etc. De plus, il marquait * I» aussi dans quel endroit de la muraille et dans quel corps-dé-garde le sort » avait placé les conjurés. Et ainsi , trahissant la ville à son gré , il la livra » aux ennemis » (trad. de de Beausobre, p. 41). Au siège de Bosra par les Arabes , le gouverneur byzantin fit tout simplement pratiquer une brèche dans le mur de sa propre maison , pour faciliter aux ennemis l'entrée de la ville, dont les fortifications étaient très-solides (633 ap. J.-C). (David, id., p. 58.)

1 . Palmyre. — 2. 634 ap. J.-C. Attaquée à la fois par Abou-Obeidah et par Khaled, la ville se rendit au premier par capitulation, tandis que le second t refusant toute condition , pénétrait dans la place par une brèche exécutée à la faveur de la suspension d'armes. (David, Syr. mod., p. 63.) — 3. Après quatre mois de siège, le gouverneur, le patriarche Soplironius, capitula. (Munk, Palest., Univ. piit. , p. 613.) v

tioche mème^ toutes Tilles magnifiquement remparées^, tombèrent ainsi successivement au pouvoir des Arabes, sans qu'aucune d'elles ait subi un véritable assaut. L'empereur HéracliuS) au lieu de les secourir, fuyait devant l'invasion , après l'avoir méprisée , et quittait la terre syrienne en lui souhaitant bonne fortune : « Vale Syria^. » Pendant que, sacrifiant ainsi son honneur à sa vie , il courait, tout essoufflé, de Damas à Ântioche, d'Ântioche à Constantinople ; pendant qu'il traversait l'Hellespont sur un radeau bordé de feuillage, préparé tout exprès pour lui éviter le mal de mer et la vue des flots ^, les gouverneurs de ses meilleures places fortes de Syrie composaient avec les Arabes, et quelques-uns , pour sauver leur tête, se faisaient musulmans. Les plus belles villes de guerre ouvraient leurs portes et, pour éviter le pillage, inondaient d'avance leurs vainqueurs de flots d'or et de soie'. Ceux-ci pouvaient alors occuper tranquillement les créneaux de pierre des lïiurailles antiques délaissées par les Césars. Les villes prises servaient de points d'appui pour courir à la conquête des autres.

En Perse , à la même époque , les choses allaient tout aussi mal ; l'anarchie y paralysait les efforts d'une nation déjà amollie par le luxe. Vaincu à Kadésiah (634 ap. J.-C), à Djaloulah et à Néhavend (642 ap. J.-C), Yesdedjerde III, le^lernier des Sassanides, fuyait devant les Arabes, comme son royal collègue de Constantinople, et se faisait assassiner misérablement dans uae mauvaise bicoque de Tartarie^.

1. 638 ap. J.-C. Youkinna, devenu musulman et passé à l'ennemi après la prise du château d'AIep , pénétra dans Antioche , y gagna les faveurs de Constantin, fils d'Héradius, et compromit la garnison dans une sortie, après quoi les habitants capitulèrent sans autre résistance» — 2. Antioche, fondée par Séleucas Nicator (vers 300), possédait des murs « d'une soli- » dite surprenante et construits en pierre. • (Edrisi, trad. Jaubcrt, t. 1, p. 131.) — 3. Aboulfiiradj, Dynast. iX, trad. lat. Pocock., p. 113. -^4. David, id., p. 55. — 5. David, id., p. 55, 8C. Antioche donna trois cent mille pièces d'or; Ëmèse, Hamah, Rcstan livrèrent des robes de soie. — 6. Aboulfaradj, édit. cit., p. IIG; Diibcux, Pcrs., Univ. pitt., p. 336.

 la faveur de la désorganisation des places fortes , la conquête de la Mésopotamie fut facile. Les villes, démantelées à la suite des dernières guerres^, laissaient voir de larges brèches béantes que le temps n'avait pas permis de boucher. Les Arabes n'en firent qu'un coup de main ou bien elles capitulèrent, comme Racca, Saroudje, Édesse, Amide,Nisibe, Mardin^, etc. (640 ap. J.-C).

D'un autre côté, Hira^, Ànbar, Ctésiphon (Madaïn)* ouvrirent également leurs portes devant les conquérants, qui, poussant leur course rapide jusque dans TAssyrie , la Médie , la Susiane et la Perside, allèrent recevoir successivement la soumission de toutes les villes, Tekrit, Mossoul, Ispahan, Hamadan*, Reï, Balkh, Hérat et Persépolis®.

A quoi servirent à Ctésiphon ses fortes murailles de briques cuites , ses fossés profonds , ses marécages infranchissables et sa citadelle Goché^ ? A quoi les magnifiques défenses d'Istakhar, dernière retraite du prince sassanide et du satrape Hermozan®? La résistance était devenue impossible dans ce pays désorganisé par la faiblesse des successeurs des Khosroës ; il fallut céder à la bonne fortune des mangeun de lézards^ y que l'Arabie lançait alors sur les plus vieux empires du monde I

Maîtres de la Perse et de la Syrie, les Arabes s'éparpillèrent dans toutes les villes fortes de ces pays et en occupèrent les citadelles ; c'était plus simple et plus rapide que d'en bâtir de nouvelles. Du reste, il leur eût été peut-être fort difficile alors d'en élever de meilleures. Préférant toujours à des emplacements neufs même les ruinés des plus anciennes cités ^®, ils recherchaient, quand il s'agissait de fixer leur ré-

1 . Sédillot, Hist. des Arab. , p. 112 ; Ockley, Hist. Sarrac. — 2. Aboulfaradj, id., p. 112. — 3. Prise par Khaled, 633 ap. J.-G. Aboulfaradj, éd. cit. , p. 109. —4. Rendue à Sa!d , 637 ap. J.-C, Madaîn , la cité double, comprenait Ctésiphon et Coché, séparées par le Tigre, et non Ctésiphon et Séleucie, comme on l'a pensé jusqu'ici. Voy. Oppert, Exp. scient., 1. 1, p. 126. — 5. Aboulfar., id., p. 113. — 6. Id., p. 116. — 7. Grég.de Naziance; es. Oppert, id., t. I, p. 126. — 8. Séditlot, Hist. des Arab., p. 131. — 9. Malc, Hist. de Pers., pass. — 10. Oppert, id., p. 72.

sidence, les endroits oùrhomme ayant déjà vécu, les siècles passés avaient accumulé pour l'avenir toutes sortes de matériaux.

« Connaissant très-bien la vie du désert et très-peu por- » tés vers les arts industriels , dit Ibn-Khaldoun ^ les Arabes » ne furent pas, après leur conquête, dans la possibilité de » compléter la civilisation et Tembellissement des villes. » Aussi, pour dresser les splendides mosquées du premier âge, qui, comme celle de Damas (705 ap. J.-C), devaient servir à fortifier la loi nouvelle au milieu des populations annexées, faisaient-ils venir chez eux des architectes étrangers, souvent des Grecs de Gonstantinople , qui en traçaient les plans et en surveillaient l'exécution^.

Ils bâtirent cependant quelques villes du côté de la Perse dès Torigine de Tislamisme, afin d'affermir leur autorité dans ces régions. Telles sont Bassorah et Koufah, dont la naissance remonte aux khalifes électifs de Médine et de la Mecque. Dans la pensée d'Omar, leur fondateur^, ces villes devaient servir de points d'appui aux croyants pour s'élancer à la conquête de TOrient. Gomme «Bassorah, elles étaient destinées à ruiner le commerce de la Perse avec Tlnde , en coupant ses communications par le golfe Persique^ ; comme Koufah , elles devaient loger des garnisons de Bédouins , que la vue des cités somptueuses de la Perse éblouissait encore trop , et qui réclamaient à grands cris des abris de terre , de joncs et de roseaux*. Très-modestes à rorigine,ces villes prirent bientôt de rapides accroissements sous les premiers successeurs d'Omar^. Ceux-ci y installèrent des gouverneurs^, y firent construire des palais, y eurent même par-

1. Ibn-Khald., Prolég., Journ. asiat., 1824, t. II, p. 151, trad. de Montbret. — 2. Id., 1827. 1. 1. p. 11.— 3, 635 ap. J.-C; Aboulfaradj, éd. cit., p. 113. — 4. D'Herbelot, Bibl. orient., p. 176. — 5. Id., p. 254, d'ap. Kbondemir. -- 6. Le Khalife Othman (644-655 ap. J.-C.) fit bâtir à Bassorah et à Khoufah des maisons qu'on y voyait encore du temps de Maçoudi (Xe siècle ap. J.-C. Mourut vers 956). — 7. Maçoudi, Pruiries d'or, trad. de Meynard., t. IV, pass.

fois leur résidence ^ On y bâtit des âtadelles, avec des portes de bois^; les rues furent groupées en quartiers^ pour faciliter la perception de l'impôt, précaution qui annonce \me grande ville. Quant aux remparts primitifs de ces cités , on n'en peut presque pas parler.

N'étaient-ils , dès le premier jour, formés* que d'un simple bourrelet de terre précédé d'un fossé comme tous les campements des Perses et des Arabes^, à cette époque? Furentils transformés, bientôt en murs de terre battue ou de briques crues ? Avaient-ils seulement emprunté leurs matériaux aux vieilles ruines mésopotamiennes', auxquelles ils succédaient ? Ou bien encore, avait-on, pour les former, mélangé le limon du fleuve avec les pierres blanchâtres de Bassorah*, dont parle l'auteur des Prameê d'or? Ils étaient encore bien médiocres du temps du khalife abbasside Al-Mansour ( Almanzor) , qui se hâta de les faire reconstruire^, les trouvant trop faibles et indignes de cités de cette importance (760 ap. J.-C). NiEBUHB, qui vit les remparts de Bassorah au siècle dernier, ne put les compter que parmi les plus fragiles. « Il n'y a^à Bassorah, dit - il®, que très - peu » de bâtiments faits de chaux et de briques cuites ; plusieurs » murailles sont seulement couvertes de ces pierres; et la » plupart des maisons, ainsi que les murailles de la ville, » ne sont bâties que de briques faites en forme et séchées

1. Après la bataille du Chameau (656 ap. J.-C). Khoufah devint la résidence favorite d'Âli^ — 2. Les portes de la citadelle de Khoufuh furent brûlées dès Tan 641 par Mohanuned bcn-Maslémah ; voy. Maçoudi, Pr. d'or, id., p. 256. — 3. Maçoudi , id. — 4. On se rappelle le fossé de Médine; voy. ci-dessus, p. 196 ; es. Maçoudi, id., t. IV, p. 157. A la bataille de Kadésiah, les Perses et les Arabes avaient chacun leur camp retranché; Maçoudi, id., p. 217. Il en fut de môme pour les Perses à la bataille de Néhavend. Voy. Dubeux, Pers., Univ. pitt., p. 336. C'était, du reste, l'ancienne coutume des Perses. Voy. dans Hérodote (IX, 71 ) le camp des Perses à la bataille de Platée (479) . — 5. D'après Maçoudi (id . , p. 225), Bassorah fut fondée dans un lieu nomn^é Khoraibeh (petite ruine). — 6. id. — 1, N. des Vergers, Arab., Univ. pitt., p. 366. — 8. Niebûhr, Voyag. en Arabie, t. H, p. 172.

]» au soleil. Si donc , un jour, cette ville doit être abandonnée , D on ne retrouvera plps , quelque temps après , aussi peu de » restes que de la célèbre ville de Babylone. »

Les Ommïades choisirent Damas pour leur capitale ; elle éclipsa toutes les grandes cités de l'empire. Agrandie par ses khalifes, ornée par eux de monuments magnifiques ,« elle reçut également d'eux des murailles d'enceinte, qui rappellent à la fois les vieux châteaux de Babylone et de la Perse par leurs massifs de briques , parementés d'éléments polychromes* et qui, ailleurs, montrent l'application du goût généralement répandu alors dans le monde byzantin , celui des mosaïques de pierres, qu'on voit appliqué à Sainte-Sophie^, à Saint-Marc de Venise', à Saint- Vital de Ravenne*, à l'église cathédrale d'Ani*, etc., etc.... «Com- )) posés de pierres jaunes et noires , alternées de mille » façons , les unes rondes , les autres carrées , d'autres trian- Dgulaires, mais toutes disposées avec art,' ces remparts » crénelés ont réellement l'air d'une ceinture de velours , » parsemée de topazes , ainsi que le disent les poètes de » l'Orient*. »

A l'avènement des Abbassides, la ville syrienne fut délaissée, les nouveaux khalifes songeant à rapprocher le centre de l'empire des populations qui leur étaient plus particulièrement dévouées. Anbar, Koufah furent ainsi des capitales éphémères.

Avec Al-Mansour on yoit s'élever des dtés nouvelles ,- à quelques-unes même il donne son nom (Mansourah}^; il

1. Magasin Pittoresque, 1841, p. 113. — 2. Cette église fiit relevée sous Justinien (532 ap. J.-G.)- Les murs furent tapissés de mosaïques d'or et de pierres précieuses. (Voy. Théophile Gautier.) — 3. André Lefèvre, Merv. de Tarchit., p. 20S. Cette église du X® siècle fut hâtie sur le modèle de Sainte-Sophie. — 4. André Lefèvre, id., p. 209, Église du Vl« siècle (547 ap. J.-G.). — 5. L'église d'ABi, monument du XI» siècle (1010 ap. J.-G.), porte, comme la plupart des édifices arméniens, des croix en mosaïques Jaunes et noires. Voy. Texier, Descript.de l'Armén., 1. 1, p. 113 et pass. — 6. DaWd, Syr. mod., Univ. Pitt., p. 41 ; Lamartine, Voyag. en Orient. — 7. Cnste. Mon. arab. du Kaire, p. 19.

restaure Koufah et Bassorah , fondées par les khalifes de Médiiie ; il détruit Wasseth , la ville du milieu^ en haine des Ommïades quiTavaient élevée. Enfin il jette les fondements de la cité, qui doit bientôt surpasser en éclat toutes les villes de rOrient, il fait laronde Bagdad (763 ap. J.-C.)^. Il écoute, dit-on^, pour en fixer remplacement, les conseils d'un chrétien , qui lui expose d'avance toutes les ressources militaires de sa nouvelle résidence. Des architectes , des ingénieurs, des ouvriers sont rassemblés de toutes parts et bientôt se construit la ville qui doit plus tard abriter le plus somptueux et le plus puissant des khalifes, le brillant Haroun-al-Raschid. La cité nouvelle est munie de murailles de briques cuites, qui portent trois cent soixante-trois tours*. On va jusque sur les ruines de Wasseth, de Ctésiphon, de Babylone peut-être, rechercher les matériaux, de toutes sortes, qu'on met en œuvre. Il ne s'agit plus pour les ingénieurs de compter les briques et les tuiles une à une; on apprend à en cuber d'un seul coup des tas entiers'; on fait venir de Wasseth encore, de Damas, de Jérusalem, des portes de ville arrachées à d anciens murs*; enfin tout, dans les monuments dressés, annonce la grandeur des Âbbassides , qui , à côté de Bagdad , bâtissent en outre une foule d'autres villes.

Je ne suivrai pas plus loin les Arabes d'Asie ; après Âl- Mamoun (813-832 ap. J.-C), des dynasties indépendantes s'élèvent dan^ l'Orient et préparent la chute du khalifat de Bagdad. Aux Thahérites, aux Soffarides et aux Samanides, succèdent bientôt les Gaznévides et les Turcs Seldjoucides,

i. Fondée sous le khalifat d'Abd-el-Malek (703 ap. J.-G.), « elle fut, » dit-on, nommée Wasseth parce qu'elle était entre Bassorah et Koufah, à «une égale distance de ces deux villes. > De Sacy, Ghrest. arab., t. I, p. 90. — 2. D'Herbelot, BibL Orient., p. .155. — 3. Fakhr-Eddin (le Fakhri), de Sacy, Ghrest., 1. 1, p. 68. — 4. Niebûhr, Voyag. en Arab., 1. 11, p. 239;David, Syr. mod.,p. 171.-5. De Sacy.id., d'ap. Fakhr- Eddin. — 6. Gs. Oppert., Exp. scient, en Mésop., t. I, p. 94; voy; Aboulfaradj, éd. cit., p. 1 il.

'qui préparent le chemin pour l'invasion des Mongols (1237 ap. J.-C).

38. Les Arabes en Egypte. — Comme la Syrie, comme la Perse, TÉgypte fut soumise au pas de course par les Arabes. Agitée par les* querelles des Grecs et des Gophtes, elle laissait les premiers maîtres de toutes les places du littoral, tandis que les seconds dominaient dans, celles de l'intérieur, malgré quelques garnisons grecques. Amrou, qui soupçonnait chez les Cophtes le désir de secouer le joug byzantin, n'eut qu'à paraître pour s'en faire des amis ; il fut reçu à bras ouverts , n'ayant eu qu'à forcer Famiah ( l'ancienne Péluse). Pour le moment, il négligeait toutes les forteresses des Grecs, pour courir à celles des Cophtes. La citadelle de Menf ( probablement l'antique Memphis ruinée), le fort de Kasr-el-Chama (la Babylone du Nil), ouvrirent leurs portes aux nouveaux venus, après un semblant de résistance. Les Grecs des garnisons eurent à peine le temps de fuir jusqu'au' littoral; la plupart se sauvèrent à Alexandiûe(639ap. J.-C.)^

La conquête de cette ville forte devait assurer la réduction de toute l'Egypte; Amrou s'y porta rapidement. En vain, pendant quatorze mois, les Mulsulmans livrèrent -ils les plus terribles assauts aux murailles de cette splendide place forte I La fleur de la jeunesse arabe gisait au pied des échelles, moissonnée par les machines de guerre^; on nom-

i. Gs. Marcel., Égypt. mod., Univ. Pitt., p. 13 et suiv. ; Si^diliot, Hist. des Arab., p. 117 et suiv.; Aboulfaradj, Dvnast. IX, p. 112. — 2. Ces machines, du genre catapulte, portent dans les historiens arabes le nom de manganyq, (Marcel., id., p. 16.) On a vu plus haut (p. 200), que quelques princes arabes d*Anbar et de Hira en connaissaient l'usage au lilo siècle ap. J.-G. ; néanmoins les Musulmans, à l'époque du siège d'Alexandrie , se trouvaient encore très-inhabiles dans la poliorcétique ; ce qui faisait qu'à ce point de vue, le monde ancien conservait sa supériorité sur eux . Les procédés d'attaque des Arabes consistaient surtout en coups de main de vive force et en surprises. Amrou, fait prisonnier dans Tun des assauts , s'échappa par le même moyen qu'à Gaza , en trompant ses ennemis

brait par milliers les cadavres des pieux Mahométans , qui , déjà, avaient mordu la poussière; « la ville de rOccident i» résistait toujours ! La fougue musulmane restait impuissante! Mais bientôt on apprit à Alexandrie qu^après la mort d'Héraclius, Gonstantinople gémissait sous le poids de trois empereurs; la ville des Grecs comprit qu'elle n'avait plus de secours à attendre de la métropole; comme Damas, comme

sur sa qualité et en leur laissant entrevoir la possibilité d'un armistice. On peut remarquer, en passant, que c'est d'ordinaire le faible des nations policées de se laisser persuader par des peuples barbares et d'écbanger leur bonne foi contre les promesses trompeuses des autres. Que d'exemples n'en a-t>on pas eus, même depuis Âmrou, qui devraient faire réfléchir les gêné* raux modernes, faisant la guerre à des officiers plus voisins de l'état primitif! On peut presque juger du degré de civilisation d'une nation par le soin qu'elle apporte à remplir ses engagements avec des barbares, toujours disposés à éluder les conditions qui les gênent !

L'invention des machines de jet, chez les peuples anci^^ns, dut amener un bouleversement complet dans la manière de prendre les places. Lançant de loin leurs projectiles contre les colonnes d'attaque , les machines rendaient très-meurtriers les assauts d'emblée, qu'il fallut réserver pour les cas exceptionnels. Aussi les Arabes qui ne savaient prendre contre elles aucune des précautions d'usage, permirent-ils, à Alexandrie, plus de vingttrois mille hommes , dit-on, dans les différents assauts qu'ils livrèrent.

Chez les nations civilisées, Tapparition de ces machines amena toutes les complications des sièges; la poliorcétique devint un sujet constant d'études pour fes grands capitaines; car l'assiégeant, apprenant à son tour à se ser« vir de ces machines, incendia les établissements des villes et atteignit les défenseurs derrière leurs murs, auxquels, parfois môme , il fit brèche.

La classification de ces machines est fort difficile à débrouiller dans les auteurs. Les uns les étudient au point de vue de leurs projectiles, les autres seulement d'après le mode de projection ; ceux-ci appellent d'un nom ce que ceux-là qualifient d'un autre. En somme, tous s'entendent, aux noms près, et les modernes n'ont pas manqué de trouver dans le sujet matière à de longues discussions, que je me garderai bien de renouveler ici. ( Voy . Maizeroy, An des sièges , iv« section ; Folard , Attaque des places, etc.)

La division, qui semble prévaloir aujourd'hui, repose sur le mode de construction des machines elles-mêmes, qu'on rapporte à deux groupes, les halUtes et les catapultes. (Maizeroy nomme baliste ce que le chevalier de Folard appelle catapulte et réciproquement. Les écrivains modernes

Antioche, elle était à soQ tour abandonnée ; ^Ue se laissa aller entièrement au découragement et ouvrit ses portes aux Arabes. Ceux-ci payèrent sa confiance, en la ruinant de fond en comble; ils achevèrent de détruire sa magnifique bibliothèq[ue , réunie à tant de frais ; et les livres de cette précieuse collection servirent àchaufiiar des bains. Ils incendièrent les principaux monuments , renversèrent l'une sur l'autre les

peuvent être de fone ou de l'autre école, suitant leur goût; les discussions sur de tels sujets n'ont aucune valeur et ne conduiront sans doute jamais à aucun résultat utile.)

Les balistes (d'autres diraient les catapultes) agissent A fat manière des arbalètes modernes, produisant des trajectoires très* tendues et tirant leur force projective d'un arc formant ressort, que sous- tend une corde. A ce genre se rattachent la batiste jfraprement iiie et le «eorpton.

Les catapultes (d'autres diraient les balistes) trouvent leur force motrice dans le déplacement rapide d'un bras de levier, assujeti, par l'une de ses extrémités, à tourner autour d'un axe fixe horixontal, pendant que l'autre extrémité, décrivant un arc plus ou moins étendu, dans un |dan vertical, est chargée de pousser le projectile. A cette catégorie se rallient la catapulU proprement dite et Vonagre,

La batiste^ grosse machine, destinée, dans le principe, à lancer des flèches, des traits ou de longues poutres, à la manière de Parc, pouvait* aussi, avec quelque légère modification, projeter des pierres, des boulets ou des balles. Il suffisait de remplacer la corde de l'arc, ordinairement ronde, par une autre plaie, et de maintenir le projectile sur une tablette, supportée par Tare lui-même. (Voy. Vitruv., X, 11 ; Amm. Marcel., XXIIl, i ; Tit. Liv.,XXVl,47.)

Is scorpion, diminutif de te baliste, he lançait que des corps légers, des flèches, de petites pierres ou des balles. 11 était à la baliste ce que le canon de campagne est à te pièce de si^e. (Voy. Végèc., IV, 22; Amm. Marcel., id.; Vitruv., X, 10.)

Laca/aptiAe était, sans contredit, te plus puissante de toutes les machines. Elle poussait des masses considérables de pierre ou de métal et même de fortes pièces de bois. A volonté, elle tirait de plein fouet, comme les canons, ou suivant une trajectoire courbe, comme les mortiers. On changeait le tir, en modifiant les inclinaisons de la machine.

Le tir devait-il être de plein fouet? ce n'était qu'à la condition que le levier, en exécutant sa révolution autour de son extrémité fixe, communiquât au projectile, au moyen de son extrémité Kbre, dans un temps

colonnes des- édifices antiques , ne laissant à la ville des Ptolémées que le souvenir et le regret de son ancienne splendeur.

Les Musulmans ne pouvaient songer à faire d'Alexandrie leur capitale. Bâtie dans une presqu'île, elle était sans doute merveilleusement située, pour correspondre avec l'Europe; mais éloignée de T Arabie et séparée d'elle par le

très-coart et par un choc énergique, une vitesse initiale considérable.

Au contraire, pour le tir courbe, la machine agissant à la manière d'une fronde, le projectile devait être placé dans un cuilleron, à Textrémité libre du bras; et ce n'était qu'après avoir été accompagné par celui-ci, au début de sa course et pendant un espace de temps sensible , qu'il était tout à coup abandonné à lui-même et qu'il continuait sa route en vertu de la vitesse acquise.

Pour atteindre le but, dans ce dernier cas, il fallait évidemment régler, d'après des données d'expérience , l'inclinaison de la machine , la masse du projectile et sa force d'impulsion. C'étaient surtout des effets d'écrasement qu'on attendait des projectiles ainsi lancés. (Voy. Vitruv., X, 15; César, Guer. civ.. H, 9; Amm. Marcel., XXIII, 4.)

Uonagre, diminutif de la catapulte, devenait une machine légère, incapable de lancer ses projectiles autrement qu'en bombe , la force nécessaire, pour agir utilement de plein fouet, ne s'alliant pas avec ses dimensions. ' Son nom lui venait du grec onos, âne, parce qu'elle rappelait le jeu de cet animal, qui lance mollement des pierres avec les pieds de derrière, quand on le poursuit. L'onagre est à la catapulte ce que le mortier de i5c est à ceux de 22, de 27 ou de 32. (Voy. Amm. Marcel., XXllI, i.)

Les Romains désignaient toutes ces machines sous le nom générique de tormenta, (Voy. Thiroux, Instruction d'ariilierie , p. 39.)

Au moyen -âge, elles prirent des noms variés, suivant les modifications que subirent quelques-unes de leurs formes. Les machines de cette époque, comme celles de l'antiquité, peuvent se rattacher à l'un des deux groupes précédemment étudiés. Elles s'appelèrent , suivant le temps et suivant les pays , trébuchets, mangonneatix (manganyq), calabres, etc.

« Ces divers engins >, dit M. VioUet- Leduc (Archit. milit. du moyenâge, p. 32), c étaient mus par des contre-poids et possédaient une grande > justesse de tir. > On s'en servit dans l'attaque et la défense des places jusqu'à rinvention de la poudre. (Voy., pour la description et l'usage de CCS machines, L. Nap., Études sur le passé et l'avenir de l'artillerie, 1. 11; Maizcroy , Art des sièges et Institutions de Tempereur Léon ; Robert Valturin, Art militaire ; Weschcr, Poliorcétique des Grecs, etc.)

Nil^ elle présentait moins d'avantages pour les communications avec la Mecque ou Médine. Les Arabes n'eiu*ent donc que du mépris pour la ville grecque ; ils se reportèrent plus près de Tancienne capitale de TÉgypte; et, c'est au pied de Kasr-el-Chama(Babylone) qu'ils vinrent dresser leur première mosquée, la Djema d'Amrou, Tédifice le plus ancien peut-être de tous ceux qui subsistent encore des premiers temps de l'islamisme (640 ap. J.-C.)^.

Fostat, tel fut le nom donné à la nouvelle, capitale^; il signifie tente* ou camp^-^ il rappelle l'origine de cette cité. Amrou , dit-on , se disposait à lever le camp , pour se porter sur Alexandrie, quand une colombe vint faire son nid sur le sommet de sa tente. Ayant ordonné de respecter la nichée, le pavillon resta debout jusqu'au retour du siège; l'armée musulmane s'y donna rendez-vous et l'ancien campement, devenu le point de ralliement de toute l'armée , fut entouré de remparts® et nommé Fostat, Il prit en outre la qualification de mesr, misr ou hmut, qui s'appliquait à la fois à toute l'Egypte et à ses capitales.

Je ne sais comment Fostat fut fortifiée dans le principe; les historiens que j'ai lus, les voyageurs dont j'ai recueilli les témoignages ne me l'ont pas appris. D'autres le savent peut-être; peut-être encore l'apprendrait-on en interprétant les nombreux manuscrits qu'on retrouve tous les jours encore , même dans les cases les plus obscures des pays musulmans^! Quoi qu'il en soit, je m'imagine facilement que les premiers remparts de Fostat furent ceux des camps arabes de l'époque®, soit un parapet de terre précédé d'un

i . Niebûlir, Voy.en Arab., t. 1. p. 87.— 2. Coslc, Monura. du Kairc. — 3. Aboulfaradj, Dynast. IX, p. 22 ; Niebûhr, id. ; Aboulféda, Géogr., t. Jl, p. 163. — 4. Marcel., Égyp. mod., Univ. pill., p. 18. — 5. Costc, id,, p. 13. — 6. Marcel., Égypl. raod.,Univ. pitl., p. 18; Nicbùhr, Voyag. en Arab., t. I, p. 87. — 7. On m'a montré dernièrement un manuscrit arabe duXlI« siècle, recueilli dans la boutique d'un barbier musulman; il contenait la solution de l'une des questions de g(^ographic discutées de nos jours. — 8. Voy. ci-dessus, p. 208.

fossé S soit un mur de teire battue , soit encore une muraille de pierres et de boue.

Les lieutenants des khalifes s'installèrent dans cette nouvelle place forte, où ils résidèrent jusqu'à la chute des Ommïades ; mais les Âbbassides préférèrent s'établir au dehors , soit pour plus de sûreté pour leur personne , soit pour trou* ver l'espace, qui commençait à manquer à l'intérieur, la Tille étant devenue très-prospère. Ils bâtirent le faubourg El-Âsker, Varmée^^ autrement dit le campement des gardes du gouverneur. \Jû palais fortifié s'y éleva aussitôt, ain&i qu'une mosquée, complément indispensable de toute installation musulmane (750 ap. J.-G.).

Ahmed-ben-Thoiiloun, fils d'une esclave du Turkestan' et élové à la cour de Bagdad, sous les yeux du khalife Âl- Mamoun , s'étant emparé du pouvoir en Egypte et en Syrie , tira le pays de Tinaction dans laquelle il vivait depuis la conquête. Par l'indépendance qu'il manifesta devant les Abbassides , il rendit à l'Egypte ime existence propre , perdue depuis de longues années. 11. lui ramena la vue directe du souverain , trop séparé d'elle depuis l'islamisme ; elle re- Irouva en même temps toute la sollicitude des princes , que le9 khalifes reportaient trop volontiers exclusivement sur les contrées plus orientales. L'activité égyptienne prit un essor tout nouveau, et les arts, aussi bien ceux de la guerre que ceux de la paix , refleurirent avec Ahmed.

Dans cette révolution, Fostat acquit les développements que conseillaient la prudence et la crainte du retour des Âbbassides. Elle vit ses murailles se renforcer de citadelles nombreuses, dont la plus remarquable, celle de l'île de

i. En l'année 975 de J,-C., Djauhar, le lieutenant du Kbahde fatimite Moë», alla assiéger Damas ; il se retrancha devant cette ville; « il entoura > son -camp d'un mur et d'un grand fossé , et il pratiqua des portes pour y centrer. » Makrisi, Descript. du Kaire, dans la Chrestom. arab. de de Sacy, t. II, p. i06. Lé même auteur cite de nombreux exemples de. relrancheraents de ce genre. — 2. Abd-Âllalif , d'ap. Makrisi, trad. de Sacy, p. 209; Jomard, Égypt. mod.., Descript. du Kaire, t. II, 2e part., p. 742; Marcel., Égypt. mod.,Univ. pitt., p. 63. — 3. Id.,p. 55.

CONSTRUCTIONS ARABCS

Raoudah, fut destinée à mettre la place ea sûretô du côté du fleuve. On estime que les travaux militaires exécutés à oette époque coûtèrent plus de 1,200,000 francs de notre monnaie (877-884 ap. J.-C.)*.

Un nouveau quartier, TÂl-Kataï , eut sa mosquée et son château-fort ; et le prince fit de ce faubourg sa résidence favorite^. Enfin, la magnificence des Thoulonides égala bientôt celle des Âbbassides , que la mort malheureuse de Khomarouiah ramena bientôt en Egypte.-

Le pays , retombé dans la léthargie , ne se réveilla qu'avec les Fathimites (969 ap. J.-C). Les khalifes d'Egypte ne pouvaient, en eSet, s'accommoder de la vieille ville des lieutenants -gouverneurs d'Asie; il leur fallut, à eux nou-» veaux princes, une capitale qui pût rivaliser de luxe et de magnificence avec la pompeuse Bagdad. Ils fondèrent le Kaire (al-Kàhireh, — la victorieuse).

Djauhar en fit poser la première pierre avec toutes les cérémonies, en usage dans l'Orient, pour la fondation des cités. On en creusa les fossés à l'avance, selon la coutume « et la première construction fut commencée à un signal donné par les astronomes , au moment^où la planète Mars passait au méridien'.

Quand Moêzz-Ledin-Illah , le premier des Fathimites d'Egypte, venant d'El-Mansouriya, sa ville d'Âfrïque (973 après J.-G.)^, mit le pied dans la capitale du nouvel empire, conquis par Djauhar, il vit la dté naissante déjà garnie de murailles, probablement en briques'. Il put même y contempler une belle porte à double voie ( Bab-el-Zoweileh ) ',

1. Marcel, id., p. 71. — 2. Voy. Goste, id., p. 31. La mosquée de Tbouloun, au Kaire, est entièrement, coostniite f en briques recouvertes d'uR enduit. » On peut induire de là ce que pouvaient être les murailles des forteresses de l'époque, puisque ces matériaux grossiers étaient mis en œuvre dans le plus somptueux des monuments religieux. — 3. Marcel., id., p. 100. — 4. Bâtie prés de Kairouan, par Ismall-el-Mansour (948 ap. J.-C). — 3. Cs. Édrisi, trad. Jaubert, t. I, p. 303. — 6. Jomard,

Exir. d3 Makrisi, Éaypl. Et. mod., t. Il, 2e part., p. 771 et suiv,

comme Tantiquité en possédait, comme on eu eut rencontré jadis à Troie ^ ou à Pompeï^.

Les Fathimites arrivaient alors de la Proconsulaire, où les ruines antiques abondaient^; ils avaient soutenu des assauts terribles dans la vieille cité romaine de Soussa pendant la révolte d*Abou-Yezid^. Il faut donc peu s'étonner de voir renaître avec eux les vieux modèles de l'architecture romaine. Qu'on songe également que, succédant en Sicile aux Aglabites de Kairouan', la vue des débris les plus beaux de Fart ancien* ne leur avait pas été épargnée ! Qu'on se rappelle encore leur tendance à s'entourer d'étrangers venus de l'ancien monde ^ ! Et surtout si l'on tient à s'expliquer le soin qu'ils prirent de réorganiser leurs villes fortes , qu'on n'oublie pas, qu'arrivés au pouvoir à la faveur des querelles des partis, ils avaient aussi tout à craindre de leurs attaques^!

Bédr-el-Gemaly, Arménien de naissance *, visir de Mostanser-Billah, prince faible et incapable, fut appelé à protéger ce khalife à la fois contre l'étranger et contre ses propres sujets (1073 ap. J.-C). La ville du Kaire lui fut redevable d'une nouvelle enceinte en briques^® et de trois portes magnifiques en pierres de taille. Deux d'entre elles existent

1. — Les portes Scées, à Troie ; Hora., Iliad.. pass. — 2. La porte d'Hercule; Monnier, Pomp., IV. — 3. Cs. Pélissier, Rev. arch., i8U et suiv. — 4. Ibn-Khaldoun , Hist. des Berb., trad. de Siane, p. 530 et suiv. — 5. Appelés en Sicile par Euphémius, général disgracié de Tempereur de Gonstantinople , Michel-le-Bégue (827 ap. J.-C), les Sarrasins y dominèrent jusqu'à l'arrivée des Normands (1038 ap.J.-G.)- Cs. de Bazancourt, Hist. de la Sidle sous les Normands, t. I. — 6. Voy. Marcel., Égypt. Univ. pitt., pi. xxvi à xxxiii, et de la Salle, Sicile, Univ. pitt., p. 71. — 7. Djauhar était un esclave «grec affranchi, Hist. Univ. angl., t. XXIV, p. 182. Aziz-Billah (97i-'09C ap. J.-C.) épeusa une chrétienne, dont les deux frères furent patriarches du Kaire et de Jérusalem; id., t. XVI, p. 267. — 8. Pour distinguer ses amis de ses ennemis, Moôzz avait dû leur faire adopter la couleur blanche, tandis que la noire restait celle des Abbassides. Aziz-Billah (982 ap. J.-C.) et Mostanscr-Billah (1067 ap. J.-C.) furent assiégés par leurs sujets dans leur chMcau (id., p. 257 et 390). — 9. Id., t. XXIV, p, 191 . — 10. Marcel., id., p. 116.

oacoL^e aujourd'hui*. Quant h la troisièinc, elle dépassait les deux autres oïl magnifiœnce , et le poète Aly s écriait à son souvenir : « Bab-Zoweileh 1 c'est une porte qui a la voie » lactée pour vêtement et Sirius pour ornement^, i»

Ëpuisée par les révolutions, menacée à la fois par les Normands et par les Croisés, l'Egypte devait succomber sous le poids de cette étreinte multiple, quand Saladin l'Ayoubite ( Youssouf-Salah-Eddin) ' parvint à la relever en s'emparant du pouvoir (1174 ap. J.-C).

Dans la crainte du parti fathimite , il s'installa, hors de la capitale, dans la citadelle El'Qalah\ que son émir Karakousch , un eunuque grec', lui fit bâtir avec des matériaux de choix, provenant de la démolition des petites pyramides de Gizeh. En même temps, le nouveau sultan fit refaire les murailles de Fostat et du Kaire (1176 après J.-C). Ces travaux de restauration ne furent terminés que sous Melek-el-

Adel(i207ap. J.-C,)^

L'architecture militaire musulmane acquiert alors son fins haut degré de splendeur, par le soin des appareils , la régularité des assises et la solidité des assemblages des pierres^; elle présente en outre un certain cachet d'élégance qu'elle ne dépassera pas sous les Mamelouks. Peut-être servit-elle de guide dans la reconstruction des forteresses françaises, après les Croisades^, période pendant laquelle leg Français ,. en Egypte comme en Syrie , eurent bien souvent l'occasion de restaurer de vieilles murailles arabes*.

i. Bâb-el-Nasr, perte de la Victoire; Bab-el-F6touh, porte de la Conquête, Voy. Geste, Mon. du Kaire. — 2. Jomard, id. D'après Makrisi, ces portes furent construites par trois architectes d'Orfà(Édcsse) en Mésopotamie. — 3. Saladin, Kurde d^origine, venu en Egypte comme lieutenant de Nourreddin, dont le père, Zenghi (Sanguin), s'était rendu indépendant des Seldjoucides deMossoul. — 4. Abd-Allatif , Égypt. , trad. de Sacy, p. 209 (Abd- AllalifvivaitdellClàl231deJ.-C.). — 5.1d.,p. 171.— Ô.Makrisi, dans l'Abd-Allalif dedc Sacy, p. 210. — 7. Jomard,id., p. 688.-8. Cs.Coste, id. , p. 22. — 9. En 1221 , les Français restaurèrent les fortifications de Damielte , bAties en 852 par Motawakkel , khalife de Bagdad , qui voulait mettre cette ville 'i Tabri des incursions des Grecs. En 1249, saint Louis fit bâtir les

A cette ^)ogae, les ingénieurs musulmans discutaient sur la fortification comme sur tout autre art, et Saladin luimême ne dédaignait pas de prendre part à ces controverses. « La première nuit que je passai auprès de ce prince , dit » âbd-Allatif^ je trouvai autour de lui une assemblée » nombreuse de savants, gui dissertaient sur diverses » sciences; il les écoutait avec plaisir et prenait part à » leur conversation. Il parlait de la manière de construire )> des murs et des fossés , etc. ; il était alors tout occupé à n entourer de murs et de fossés la ville de Jérusalem et il » conduisait par lui-même ces ouvrages ; il portait même » les pierres sur ses épaules; et tous, riches ou pauvres, » forts ou faibles, suivaient son exemple.... »

La dynastie ayoubite sombra dans une conspiration de palais fomentée par une esclave turque devenue sultane et surnommée Chegeret-ed-Dorr, f arbre des perles^. Les milices mameloukes, organisées précédemment par Melek-el-Saleh ( 1240 ap. J.<G.)', aidèrent à ce coup d'état ( 1250 bç. J.-C).

A la nouvelle dynastie, celle des Baharites, appartient le sultan Beybars. Il battit les Tartares, ennemis plus redoutables que les Croisés, qui venaient de dévaster la Syrie et menaçaient l'Egypte. Le butin^ qu'il leur enleva dans plusieurs rencontres (1261-1277 ap. J.-C), lui servit à réorganiser la défense de ses états. Il fit relever les murs de Damiette, ruinés précédemment par Tourân-Ghàh (1250 ap. J.-G.)^. D rétablit les fortifications du Boghâz (embouchures du Nil) ; il fit refaire à la vill^ d'Alexandrie une nouvelle enceinte de murailles', et la citadelle du Kaire lui dut la restauration d'une tour qui tombait en ruines. Il recons-

remparts d'Âigues-Mortes sar le modèle de ceux de Damiette, dont il s'était emparé.

1 . Ebn-aln-Osalba, Hist. des médecins, dans l'Abd-Allatif de de Sacy, p. 467. — 2. Delaporte, Hist. des Mamelouks, Égypt. Et. mod., t. H, Ire part., p. 122. — 3. Makrisi, dans de Sacy, Chrest. arab., t. II, p. 164. — 4. Tourân-Chàh fit détruire Damiette de fond eu comble, parce qu'elle s'était livrée aux chrétiens. Voy. Delaporte, id., p. 123. — 5. Costc, id., p. 24; Gratien Lepère, Égypt. Et. mod. , t. II, 2^ part., p. 284 ctsniv.

truisit également la plupart des villes de Syrie , dévastées par les Tartares ^

Précautions inutiles du saltan baharite t Elles n'empêchèrent pas sa dynastie de succomber dans une révolution !

Aussi imprudent que Malek-el-Saleh , qui , suivant V&xpression d'un poôte arabe ^, avait introduit « les vautours » dans le nid de l'aigle » , Kisdaoun s'entoura de milices circassiennes. Gelies-d réussirent à s'emparer du pouvoir, justifiant une fois de plus la loi des gardes 8cythiqùes^ qui toujours ont renversé les princes qu'elles étaient appelées à protéger ( 1 382 ap. J.-C. ).

Les Bordjites^ devaient être détrônés à leur tour par les Ottomans , à la suite de l'invasioQ de l'Egypte par ces nouveaux Turcs, venus du nord de l'Asie ( 1517 ap. J.-C).

Ce fut, dit-on, à cette époque, le jour de la bataille de Redânyeh, que les Égyptiens se servirent pour la première fois de pièces d'artillerie, vendues parles Vénitiens'. La découverte des armes i feu resta donc jusque-là sans influence sur la forme et l'organisation des forteresses égyptiennes«

Du reste, quoique la poudre, invention des Chinois, nous soit venue de TOrient, par la route de l'Egypte et de l'Espagne, il est certain que les Arabes n'en utilisèrent que fort tard les propriétés projectives. Et s'il faut leur accorder la priorité dans la découverte de ces propriétés, on doit également reconnaître qu'elles furent surtout exploitées par les nations occidentales, chrétiens ou maures d'Afrique et d'Espagne, qui les utilisaient déjà dès le milieu du XllP siècle*.

1. Marcel., id., p. 165. — 2. Id., p. 156. —3. Les Scythes, inlrodaits dans les années de Babylone, au XV« siècle avant J.-C, firent, au profit de Ninive, la révolution qui donna la suprématie A cette viHe (voy. ci-dessus, p. 137, et E. Lamé, ReT. cont., 30 juin 1863). A Bagdad, la milice turque, créée par le khalife abbasside Moslasem (833 ap. J.-G.)i fit la loi sous tous ses successeurs. Dclaporte, id., p. 123. — 4. Cette dénomination leur venait des tours ou &or((/8, où ils étaient casernes. Delaporte, id., p. 145. — 5. Marcel., id., p. 190. — 6. Cs. Favé, Hisl. des progrès de l'artilierie, t. l!I,liv.i, cb. 1.

30. Les Arabes ft les Berbères en Afrique. — Enlevée aux Vandales par Bélisaire, réorganisée par le patrice Solomon, mais toujours remuée par les Berbères ^ l'Afrique fut envahie plusieurs fois par les Arabes^ avant l'arrivée d'CkJi)a-l)en-Nafé, gouverneur d'Egypte, qui vint y établir la domination des khalifes et fonder Kairouan (670 ap. J-G.)*

« Je suis d'avis , ô Musolmans ! » avait dit le général à ses troupes, « de fonder une ville qui puisse servir de camp et » d'appui à l'islamisme jusqu'à la fin des temps. » Discours de forme éternelle , que , dans tous les siècles , on a écouté avec faveur I

<c Le conseil fut adopté » , ajoute En-Noweiri^. La cité nouvelle, établie loin de la mer dans la crainte d'un débarquement européen, fut adossée à un vaste marais, protection naturelle contre les Berbères^.

Kairouan (Garavan) , son nom rappelle sa destination primitive*, € Kairouan, rapporte El-Bekhi*, a toujours eu » sept mahrès'^^ dont quatre à l'intérieur et trois à l'exté- » rieur » , distinction qui témoigne suffisamment de l'existence d'une enceinte, séparant, dès l'origine, la vUle de ses dehors.

Mais que deviser des remparts d'une ville que le caprice

1 . Voy. ci-dessus, p. 139 et suiv. Il faut entendre par Berbères toutes les tribus marusiennes ou numides de l'Afrique occidentale. — S. Voy. En- No weiri, de Slane , trad. del'Hist. des Berbères d'Ibn-Kbaldoun, appendice, t. I, p. 301 et suiv. — 3. Id., t. I, p. 327. — -i. Id., p. 328. — 5. Voy. sur le sens du mot Kairouan, id., p. 305. Ibn-abd-el-Hakem rapporte qu'Ibn-Saîd, ayant envahi les états de Carthage (647 ap. J.-C.)» consentit, moyennant tribut, à retourner en Egypte, sans laisser de gouverneur et sans établir de kairouan. En 654 ap. J.-C. , Moawiah-ben-Hodeidj éleva un kairouan au sud de Carthage (id., p. 311). Mais Ocba-ben-Nafé , en 670, trouva l'emplacement mal choisi et se mit à la recherche d'un meilleur. Arrivé à Tcndroit oili il bâtit depuis sa ville, il se retourna vers le peuple, qui l'accompagnait, et lui dit : ce Voici votre kairouan. » — 6. El-Bekri, trad. de Slanc^ p. 62. — 7. D'après M. de Slane (id.), le mot mahrès est synonyme de corps-de-garde. « C'était ordinairement, dit cet auteur, 1 une enceinte fermée de murs, assez grande [lour loger une petite garnison. >

de ses gouvernants rase^ relève^ et démolit tour à tour, et qu'il ne faut que deux mois pour reconstruire à nouveau^, après une destruction totale?

Les murs de l'enceinte primitive de Kairouan eussent-ils été plus brillants que ceux de la mosquée de briques , bâtie eil même temps par Ocba ? Bût-on permis aux architectes d'encastrer dans les murailles de la ville des matériaux plus précieux que ceux du mihrab de cette mosquée sainte? Qu'on se rappelle la vénération du peuple pour ce mihrab dont, trois siècles après sa construction , les Fathimites n'avaient pas encore acquis le droit d'arracher les briques^, sous le prétexte qu'il devait siibsister comme Ocba l'avait bâti !

Faits de briques, de touhes^ ou seulement de terre battue , les premiers remparts de Kairouan étaient peut-être précédés d'un fossé, défense dans laquelle les Arabes ont toujours eu une grande confiance. Mais là s'arrêtait certainement le luxe de l'installation , dont on s'explique alors toute la fragilité.

A peine sortie de sa période d'installation*, Kairouan se

1 . Aboul-Mohadjer, émir d'Afrique, ordonna de raser la ville d'Ocba (675 ap. J.-C); Noweiri, id., p. 330. — 2. Le khalife ommîade Moawiab, ayant appris cette destruction, renvoya Ocba en Afrique, et Kairouan reprit sa position primitive. — 3. Les Berbères Ourfeddjouma , ayant pris Kairouan (758 ap. J.-C.)) 1^ rasèrent; id., p. 373. Cinq ans après cette destruction (763 ap. J.-C), Mohammed-ibn-el-Achftth en fit relever les murailles. «Le » travail, dit Noweiri (id., p. 376), fut commencé le 10 du mois de Djo- > mada 1er et terminé dans le mois de Redjeb de la même année. » — LLe mihrab est la niche qui marque la direction dans laquelle le musuknan doit se tourner pour la prière. Hassan (693 ap. J.-C), Yèzid-ibn-Hatem (772 ap. J.-C), et Ziadet-AUah (836 ap. J.-C), firent abattre et reconstruire tout l'édifice de la mosquée d'Ocba, à Texception du mihrab, que le peuple tenait à conserver intact. Moëzz le Falhimite (956 ap. J.-C) s'attira la malédiction de ses sujets , en faisant arracher 4me partie des briques du ipihrab , dans le but d'en changer la disposition. Voy. Bekri, id., p. 57 et suiv. et p. 174. — 5. Grosses briques de terre séchée au soleil, encore fort en usage aujourd'hui dans le sud de l'Algérie ; es. de Sacy, trad. d'Abd-Allatif , p. !259, note. — 6. La ville achevée l'an 675 de J.-C, prit bientôt une grande importance ; son circuit primitif était de 7,200'^, d'après Noweiri (id. ,p. 330).

vit atta<ïuée et prise par les Berbères, souleyés h la voix de Koceila, chef des Âureba^ y et encouragés à la révolte par les Grecs (683 ap. J.-G.}. Les Arabes , refoulés jusqu'à Barcah dans la Cyrénaîque^ y attendirent les renforts de l'Asie et 86 jetèrent sur Garthage% qui succomba dans la lutte (693 ap. J.-G.?). Ils avaient résolu de ne laisser debout aucune ville forte, susceptible d'inquiéter Kairouan.

Ge fut une guerre de dévastation ; car les Berbères , terrifiés de cette mesure et persuadés que les Arabes n'en voulaient qu'aux villes > faisaient démolir devant eux toutes les vieilles forteresses romaines *.

<c Les Arabes veulent s'emparer des villes » de l'or et de » l'argent » , disait la Kabena', à l'approche d'H&ssan y k tan- » dis que nous , nous ne désirons posséder que des champs » pour la culture et le pftturage. Je pense donc qu'il n'y a » qu'un plan à suivre; c'est de ruiner le pays , afin de les » décourager^* »

Vaincus par les Berbères au début de la lutte , les Arabes abandonnèrent de nouveau Kairouan et allèrent sur la route de l'Egypte attendre , dans des forteresses que leur général leur fit bâtir « Cosmir-Hasiom^ (châteaux d'Hassan)^, les renforts demandés au khalife de Damas.

De son côté , la Eahena » retranchée dans le vieil amphithéâtre romain de Thysdrus (El-Djem)^, refaisait ses forces et se préparait à reprendre la campagne.

A ce sujet , il n'est pas inutile de remarquer avec quel soin les Berbères, dans ces guerres de leur indépendance, utilisèrent les anciens établissements romains. Ils en faisaient des postes avancés de défense, ou ils en tiraient

1 . Tribu betbère, très-répandue dans le Maghreb-ei-Acsa (Maroc actuel); es. Ibn-Khald , id., 1. 1, p. 193 et 286. ~ 2. Noweiri, id., p. 338. — 3. Id., p. 339. — i. Id., p. 340..*-* 6. A la mort de Koceila, les Berbères se rallièrent à la Kahena, princesse de la tribu des Djéraoua, dans TAurès; Ibn-Khald, t. I, p. 213, et t. III, p. 192.-6. Noweiri, id., p. 341 . — 7. On en voyait encore les ruines, non loin de Tripoli, du temps d'El-Bekri (1068 ap. J.-C); Bekri, p. 22. — 8. Id.; es. Pélissier, Rev. arch.,1845, p. 816.

protection, pour rétablissement de leurs oouvelles villes ^ Les vieux matériaux resservaient ; et, le plus souvent, on se contentait de les ajuster, sans ciment, sans attache et sans retaille^. Les plus petites pierres seulement étaient liées avec de l'argile, procédé antique, familier aux tribus a£ri»« caines^ ; quant aux grosses, elles rentraient avec leur masse dans les copstructions. Les Arabes comparent ces cubes de pierre aux grands parallélipipèdes de bois , qu'ils appellent sondouks*^ leur servant à la fois de meubles et d'armoires, et dans lesquels leurs femmes placent leurs étoffes les plus fines et leurs bijoux les plus précieux.

Les Arabes, au contraire, montrèrent dès le début de l'occupation de l'Afrique, un profond mépris pour les cités anciennes'. De'Sbaitla(Suffétula)^, Djeloula(Usalitanum)^, toutes villes de pierre, ils ne firent que des ruines. Us pfér férèrent s'installer à Kairouan, dans une cité de briques* Us méprisèrent Tunis®, Tripoli', Adrumète^^, Cabès^\ Carthage même. Et cependant toutes ces villes antiques leuF eussent laissé bien des facilités d'installation. Mais GarthagQ où , selon El-Bexri *^, « le marbre était si abondant que si » tous les habitants de l'Ifrikîya s'étaient rassemblés pour » en tirer les blocs et les transporter ailleurs, ils n'eussent » pu accomplir leur tâche » , Garthage ne pouvait tenter de simples conducteurs de chameaux , capables de s'ennuyer à Gtésiphon^^. Pour eux, le pavillon des émirs ne devait flotter que sur des murs neufs; Kairouan leur plaisait

1. c La ville de Capsa, dit El-Bekri (p. 113), est bâtie en totalité sur » des portiques de marbre , dont on a bouché les arcades avec des moeljr Ions. » —2. A. de Longperrier, Rev. arch., 1845, p. 566. — 3. Ibn- Khald., id., 1. 1, p. 167. — i. Yoy. Péiissier, id., 1847, p. 270. — 5. Frank, Timis, Univ. pîtt., p. 39. ~- 6. Ibn-Khald., îd., 1. 1, p. 207 ; Péiissier, id., p. 264. «-^ 7. Ibn-Khald., id.; Bekri, p. 79. — 8. Cependant, sous Ald-el-Mélek (685-705 ap. J.-C.)> ils y établirent un arsenal maritime, afin d'équiper une flotte cpnUe les Houm (Européens) (id.,p. 94). ~*9.1d., p.34.-rl0. Cftte ville (Sonssa) fut réorganisée à Tépoque de la conquête de la Sicile (827 ap. J.-G .) ; Abouiféda , Géogr. , tr . Reinaud , t. II , p.l99,^ll.Bekri,p.45. -- 12. M., p. 105.— 13.Voy. d-dessus, p. 207.

mieux que Carthage, Bagdad mieux que Damas, Koufah mieux que Ctésiphori. Du reste, Carthage se trouvait trop loin des tribus berbères, qu'il fallait dompter et surveiller, tandis que Kairouan était Fétape forcée de l'Egypte au • Maghreb et l'œil de toute TAfrique.

La mort de la Kahena et la défaite de ses armées (698 ^ap. J.-C?) amenèrent momentanément l'apaisement du pays. Mouça en profita pour lancer sur TEspagne visigothe les tribus berbères les plus remuantes, avec leurs chefs les plus indisciplinés (711 ap. J.-C.)*. La pacification définitive de l'Afrique paraissait assurée, quand le kharedjisme, doctrine nouvellement éclose en Asie, vint, encore une fois de plus, troubler cet état de choses. « S'étant propagé rapidement » dans le pays, dit Ibn-Khaldoun*, le khaTèdjisme devint, » pour les esprits séditieux d^erïtre les Arabes et les Ber- » bères, une puissante arme pour attaquer le gouvernement.»

Dès lors, les émirs arabes, chassés de Kairouan, n'y rentrent que par la force des armes ; ils en retrouvent les murailles démolies ; et ils n'ont que le temps de les redresser précipitamment et toujours en briques*. Les sectes eibadites et sofrites des kharedjîtes se disputent entre elles les diverses portions du territoire , qui échappent ainsi à la domination des émirs de Kairouan, De petits états berbères se constituent de toutes parts dans le Maghreb (Maroc et Algérie) , tandis que les Arabes se maintiennent avec peine dans rifrikîya ( Tunis et Tripoli ) . ♦

De cette révolution naissent les royaumes berbères des Rostemides, qui relèvent Tehert (Tiaret) de ses ruines antiques (761 ap. J.-C.)*, des Ouaçouliens, qui fondent dans le Maghréb-el-Acsa la ville de Sedjelmesse (814 ap. J.-C.)* et aussi des Idricides , qui s'établissent à Oulili (Tanger)^ l'an 788 de J.-C.^ s'emparent de Tlemcen, l'année suivante^, et

i. Noweiri,id.,p.^45. —2. Ibn-Khald., id., t.I, p. 216. — 3.Voy. ci-dessus, p. 223, note 3; Bekri, p. 62. — A. Ibn-Khald., 1. 1^ p. 242. — 5. Id., p. 261. — 6. Bekri, p. 248, 268. — 7. Barges, Tlemcen, p. 165, d'après Abou-Mohammed^Saleh-ibn-Abd-el-Halmii de Grenade.

bieatôt bâtissent la ville de Fez (808 ap. J.-C.)*. Peudaiit cette période , les Âbbassides succèdent aux Ommïades , en Asie (750 ap. J.-G.}, et les khalifes de Bagdad, se désintéressant de plus en plus du gouvernement de l'Afrique, laissent s'établir à Kairouan la dynastie presqulndépendante des Aglabites (800 ap. J.-C.)^.

C'est particulièrement à Tépoque de la formation des pe-* lits états, surtout quand ceux-ci naissent de la désorganisation des grands empires, que les princes reconnaissent la nécessité de construire des forteresses. Les peuples qui les accompagnent , sentant la nécessité d'assurer leur existence , les aident dans cette œuvre de construction des villes fortes et continuent plus tard à en assurer l'entretien. Ce n'est que dans notre siècle qu on a trouvé des hommes assez ignorants du passé, assez endormis dans la sécurité présente, pour croire à la pacification inopinée de tous les peuples, réveillés sur le passage d'un drapeau , et assez insouciants da l'avenir, pour songer à détruire les précieux soutiens de leur prospérité* Heureux ceux que la fortune n'abandonnera pas dans cette ère d'aveuglement I

En Afrique, à la fin du VHP siècle, tout était querelle et bouleversement, et les Berbères du Maghreb, nouvellement émancipés de' la domination des Arabes de Kairouan , songeaient à protéger leur indépendance, en s'enfermant dans des murailles. On y pourvut de tous côtés. Mais quels architectes possédait -on, si ce n'est des nomades récemment sortis de leurs tentes ? Les artistes et les ingénieurs ne s'improvisent pas I

On éleva les murailles, comme on bâtissait les maisons,, avec du pisé, du iabbya, comme dit Fbn-Khaldoun ^. Quand on put tix)uver de vieilles cités de pierre, romaines ou numides, voisines du chantier de construction, on fit de leurs débris, souvent jetés pêle-méle, des fondations et des sou-

1 . Bekri, p. 202. — 2. Pour les Aglabites, voy. Ibn-Khaldoun , trad. par M . Noël des .Vergers ; el Noweiri , Irad. par M . de Slane. — 3. Ibn-Kliald. , Proiégomciics, trud. de Monlbret, Joum.asiat., 18^27, t. 1, p. 6. ,

bassements solides, comme à Tlemcen^ et à Sedjelmesse^. (C'était une bonne précaution que les architectes arabes du XIV* siècle recommandaient encore à leurs élèves '.) Audessus de ces massifs s'élevaient les murs de tabbya, quelquefois revêtus de briques sur leurs parements ^ quelquefois seulement enduits de chaux'.

Le mode de construction en pisé indiqué par Ibn-Khal- DOUN est encore employé actuellement en Algérie. C'est à peu près celui qui a été décrit dans le Mémorial de Voffider du génie, par le capitaine Frossard, aujourd'hui général^. On mêlait à la terre une certaine quantité de chaux et le tout était pilonné entre deux ais de bois.

A l'Est, les Aglabites prenaient également leurs sûretés , mais c'était surtout contre les Européens et contre leurs sujets. Troublés par les agitations des milices indigèned et par l'appui que leur donnait Kairouan?, ils s'installaient au dehors dans les châteaux d'El-Abbacia (Kasr-el-Kedim)^ et de Raccada (la dormeuse}'; ils s'y entouraient de milice nègres et faisaient raser les murailles de la capitale , expo-

1 . Azéma de Montgravier, Excursion ardiéologique ; Barges , Tlemcen , p. 167. On y fit entrer des cippes funéraires et des autels votifs, pris aux ruines de Pomaria. — . 2. c La partie inférieure de la muraille » , dit £1- Bekri (p. 3^), c est en pierres et la partie supérieure en briques. » — 3. Ibn-Khald., Prolég., id. Cet historien, né à Tunis en 1332 ap, J.-C.» mourut au Kaire en 1406. — 4. H en était sans doute ainsi des murs de Sedjelmesse. Voy. la note 3, p. 232, quoiqu'El-Bekri les indique comme étant en briques. On remarquera qu'il dit également que ceux de Tobna (Tubonae) étaient en briques (p. 123) et qu'Edrisi dit positivement qu'ils étaient en terre. Voy. Âboulféda, id.,t. II, p. 192. Entre ces deux auteurs, il n'y a pas un siècle dlntenalle (1068 à 1154 ap. J.-C). — 5. Barges, id., p. 168, à propos des remparts les plus anciens de Tlemcen. — 6. Mé^ morial, 1844, p. 236. — 7 . Ibrahim, après la révolte d'Emran (804ap. J.-G.), fit enlever les portes de Kairouan et pratiquer des brèches dans les murailles; En-No weiri, p. 202. Après la rébellion de Mansour, gouverneur de Tripoli (824 ap. J.-C.)) Ziadet-AUah fit raser les portes et les murailles. — 8. Bâti lan 800 ap. J.-C, par Ibrahim-ben-Aglcb ; Bekri, p. 70. — 9. Bàli Tan 876 ap. J.-C, par Ibrahim-ben-Ahmed ; Noweiri, p. 424.

sant ainsi leurs sùjetâ à toutes lès attaques des Berbères , beaucoup moins soumis qu'ils ne le pensaient. Jamais on n avait élevé peut-être des villes de bîiques plus somptueuses, suivant l'expression d'EL-fisKRi^ Mais jamais non plus ou n'avait été plus imprudent I

On peut dire toutefois, pour la justification des Agtabites , qu'ils étaient tranquilles du oôté de l'Oilent et des khalifes de Bagdad, que les Idilciâes avaient promis de ne pas les attaquer^ et que les divers succès qu'ils avaient obtenus sur les Berbères pouvaient leur faire péUser qu'ils en auraient toujours facilement raison.

Mais la providence réserve d'ordinaire de douloureuses surprises aux princes, qui compromettent la sûreté de leurs sujets pour le salut de leur dynastie t Le jour arrive , où des barbares se présentent en foule , qui profitent de cette déplorable situation!

Quand le dernier des Aglabites, Abou-Moder-Ziadet- Attah, songea à relever de nouveau les murailles de la capitale^, il était trop tard. Déjà les Kétama, berbères nouvellement soulevés par l'apparition d'une doctrine, le Mismet pénétraient dans Kairouau et y installaient la dynastie des Fathimites (909 ap. J.-C). A la même époque, tombaient sous les mêmes coups, dans le Maghreb, les petits royaumes de Sedjelmesse et de Tehert ; et les Idrlcide6 allaient eux-mêmes succomber sans le secours que les Ommîades d'Espagne leur donnèrent.

Le régne des Aglabites fut néanmoins une ère de grandeur et de prospérité pour l'Afrique musulmane*. On fit pendant cette période des travaux considérables de bâtisse , et c'est sous cette dynastie qu'eut lieu la conquête de la Sicile par les Sarrasins. Les places fortes du littoral furent considérablement améliorées, pour abriter les arsenaux de construction des vaisseaux et empêcher les actes de représailles des Grecs. La ville de Soussa ( Adrumète) y gagna la

i, Bekri, p. 71. — 2. Nowciri, p. 401. — 3. Id., id., p. 411. -- 4. Voy. Sédillot, Ilist. des Arabes, p. 237.

restauration de ses murailles antiques , et Ziadet-Âllah-ben- Ibrahim crut avoir mérité le ciel , pour avoir entrepris cette bonne œuvre (836 ap. J.-C.) '.

Lancés sur la Sicile , les Arabes y donnèrent aux places fortes les assauts les plus rudes , y supportèrent les résistances les plus désespérées. On n'était plus à Tépogue du siège d'Alexandrie par Âmrou , où. de simples échelles constituaient tout le bagage d'attaque de ces poliorcètes encore inhabiles^.

Les docteurs d'Al-Mamoun avaient traduit les livres grecs à Bagdad 3 ; la science antique était retrouvée ; et les Arabes de TAfrique ne le cédaient en rien à leurs coreligionnaires d'Asie.

Les tortues, les béliers, les mines reprenaient leur place dans les sièges, et les Syracusains, ainsi que le rapporte le moine Théodose ^, firent bientôt la triste expérience de cette renaissance de Tart poliorcétique chez les musulmans (878 ap. J.-G.). 0

D'un autre côté, la vue des forteresses dQ l'antiquité, éparses sur le sol sicilien , les matériaux de choix qui s'y rencontraient', et encore la nécessité d'organiser défensivement toute l'étendue dû territoire , contribuèrent à développer l'art de l'architecture des places de guerre.

Ne pouvant, à cause de leur petit nombre, suffire à la garde de toutes les grandes villes , les Arabes les ruinèrent en partie*. Faisant de P|derme leur centre d'opérations, ils préférèrent couvrir le pays de petites forteresses et de châteaux , plus susceptibles de recevoir les dispositions défensives nécessaires^. Des vi^x monuments, ils firent souvent des citadelles, souillant parfois la frise antique du temple de Minerve à Syracuse d'un double rang de créneaux sar-

1. Bekri, p. 86. Ou employa à cette construction la pierre, qui était trèsabondante dans le pays. Les défenses de Soussa furent complétées sous les règnes suivants; voy. Noweiri, id., p. 419 cl 420. — 2. Voy. ci-dessus, p. 211. — 3. Sédillot, id., p. 336 et suiv. — 4. De Bazancourt, Hist.de Sicil., t.I, p. 11. — 5. Amari, Rev. arch.. 18i9, p. 670. — 6. SédiUot, id., p. 240. — 7. De la Salle, id., p. 72.

rasins^ bouchant également, avec les moellons les plus grossiers, débris de ruines antiques, les baies nombreuses du théâtre de Taormine^.

De la Sicile, les principes tirés de l'art antique repassèrent en Afrique, où bientôt les Fathimites allaient les assujetir au goût musulman en les combinant avec les préceptes venus de TOrient. La construction des superbes murailles de piierres blanches de ler^v nouvelle capitale El-Mehdîya leur permit immédiatement d'en faire Tapplication. « La ville », dit.iBN-HAUKAL*, voyageur arabe du X« siècle, «la ville est fortifiée d'un bon mur de pierre, et on 9 y entre par deux portes qui surpassent , par la forme et la » façon , toutes celles que j'ai vues ailleurs , à la seule excep- » tion des deux portes de Rafica (Racca, en Mésopotamie), » sur le modèle desquelles elles ont été faites. » Bekri^, Edrisi*, Aboulféda*, vantent tour à tour les splendeurs de cette cité africaine , à la construction de laquelle les meilleurs architectes de l'époque appliquèrent sans doute toute leur science"^. Quand elle fut bâtie, elle parut si forte à Obeid- Allah qu'il put s'écrier, dans son enthousiasme : « Je » suis maintenant tranquille sur le sort des Fathimites^ »

(921 ap.J.-C).

Malheureusement, située dans une position trop excentrique®, la ville du Mehdi surveillait mal les provinces de l'empire, dont quelques-unes avaient même dû être abandonnées à des lieutenants, trop souvent infidèles. De plus, la révolte d'Abou-Yézid^** venait de montrer aux Fathimites

1. De la Salle, p. 57. — 2. Id., p. 7S. — 3. Ibn-Haukal, trad. de Slane, Descr. de 1 Afriq., p. 13. — 4. Bekri, p. 74. — 5. Edrisi, t. il, p. 258. — 6. Aboulféda, Géogr., t. Il, p. 199. — 7. Voy. la description qu'en fait Marrool, Afrique, trad. Perrot d'Ablancourt , t. 11, p. 502. — 8. Ibn-Khaldoun < t. Il, p. 525) rapporte que le Mehdi, inquiet du danger auquel serait exposé son empire , en ces temps d'insurrection , c se décida » à fonder, sur le bord de la mer, une ville qui pôt servir d'asile aux » membres de sa famille. » — 9. Dans une presqu'île, à 60 millns de Kairouan; Bekri, p. 72. — 10. Fanatique Kharedjite, qui désola pendant longtemps l'empire des Fathimites ; voy. Ibn-Khald., t. II, p. 530 et suiv.

combien il avait été dangereux pour eux de s'être laissé acculer à la mer par rinsurrection berbère ^ Ismaîl-el-* Mansour revint eu toute hâte s'installer derrière Kairouau^, à El-Mansourîya (948 ap. J.-C).

La nouvelle capitale, pour avoir été bâtie en briques, comme Kairouan^ n'en fut du reste ni moins splendide, ni moins riche, suivant le goût de Tépo^ue^.

Le départ des Fathimites pour rËgypte(972 ap. J.-G.) amena la désorganisation immédiate de leur empire d'Occi* dent, momentanément divisé entre deux branches collatérales de la même famille berbère, les Zlrides et les Hamma* dites. Elles soutinrent inégalement l'édat de la puissance, gui leur était léguée.

Les Zlrides , écrasés par les Arabes hilaliens , lancés sur l'Afrique par le ressentiment des khalifes d'Egypte (1049 ap. J.-C.)', quittaient bientôt Kairouan. Refoulés jusqu'à El-Mehdîya (1057 ap. J.-C), ils devaient encore, un siècle plus tard, se voir déposséder par les armées du roi de Sicile (1148ap. J.*C.)«.

Les Hammadites, au contraire, soutenaient courageuse* ment le choc de l'invasion. Réparant de leur mieux les iom* mages causés par l'ennemi, ils faisaient tous leurs efforts pour empêcher leur civilisation de sombrer au milieu du torrent dévastateur.

1 . EI-Mehdiya et Soussa n'avaient dû leur salut qu'aux secours réciproques qu'elles avaient pu se prêter par la voie de mer. — S. Ibn-Haukal, id., p. 14. -—3. D'après El-Kairouaui (trad. Pélissier, Explorât, scient, de l'Algérie ,**t. YII, p. 78), les murailles de Kairouan, relevées par Ibn-el- Achàlh, étaient en terre; Bekri (édit. cit., p. 62) dit en briques; il faut en conclure que ces briques étaient des toubes. — 4. D'après El- Bekri (p. 64), on percevait, chaque jour, à une seule des 5 portes de la ville, pour droits d'entrée, plus de 10,000 francs de notre monnaie. -^ 5. Ibn-Khald., 1. 1, p. 28 et suiv. Mostanser-Billah, pour se venger des Zlrides, qui venaient de se déclarer indépendants, lança sur eux des tribus d'Arabes hilaliens, qu'Aziz-Billah avait précédemment cantonnés dans la Haule-Égfpte , parce qu'ils troublaient l'ordre en Arabie (975-990 ap. J.-C). — 6. Id., t. II, p. 9 et suiv.

D'abord iaslallés à la Calû, sur un roc escarpé*, qu'ils avaient eu outre renforcé de murailles^, ils étonnaient le monde par leur splendeur. Attirés par la renommée de la nouvelle ville, les artisans et les étudiants y affluaient de tous les points de l'empire*. Les papes, eux-mêmes, adressaient aux émirs hammadites les messages les plus flatteurs, et les ambassadeurs de la cour de Rome sollicitaient Thonneur d'être admis en leur présence*.

Cependant les Arabes, continuant leurs dévastations, rendaient peu sûre la route de la Gala. £n-Nacer transporta à Bougie Tasile de la science et du goût ( 1068 ap. J.-G.)'. Les hautes montagnes de la région et la difficulté des chemins qui y donnent accès , y mettaient à Tabri des incursions des nomades arabes le nouveau foyer de la civilisation africaine. La Gala resta comme une citadelle avancée , chargée de surveiller les mouvements de Tennemi.

Sans perdre de temps, En-Naceret son fils El-Mansour s'empressèrent d'entourer de défenses leur nouvelle résidence. Des milliers d'ouvriers furent employés à ce travail^ et l'on dit même que les papes leur dépêchèrent, pour l'accomplissement de leur œuvre, les meilleurs artisans de l'Italie^. Bougie éclipsa bientôt toutes les grandes villes musulmanes, Bagdad et le Kaire même^.

Malheureusement, il ne reste aujourd'hui delà grande cité bougiote du moyen-âge que ce que le marabout d'En- Nacer voulut bien lui laisser apercevoir au travers des mailles serrées de son burnous enchanté'. Quelques soubassements en pierres de taille, grossières et assez mal ajustées du reste , comme dans toutes les constructions berbères; deux longues traînées de briques éparses qui laissent

1. Cs. Féraud, Rcv. arch. de Constanline, 1872, p. 185. —2. Edrisi, 1. 1, p. 252. — 3. Ibn-Khald.. l. II. p. 43. — i. De Mas Laine, Traités, etc., p. 22.— 5. Ibn-Khald.; id., t. I, p. 46. — 6. Féraud. Bougie, p. 68. — 7. Id., p. 13. — 8. Id., p. 79. — 9. Une légende, rapportée par M. Féraud, rappelle que le marabout Touati étendit un jour son manteau devant les yeux d'En-Nacer, en contemplation devant la ville de ses cBuvres; le prince ne vit que des ruines au travers. (Id., p. 16.)

deviner la place des murailles, tout en serpentant sur la montagne jusqu'au pied du Gourayah; des traces de tours; des restes de portes et un vieil arc ogival en briques , que couronnent les plantes grimpantes les plus enracinéos et les plus capricieuses ; peut-être encore quelques autres débris^ voilà tout ce qui reste des constrpclions militaires de Tépoque des En-Nacer et des El-Mansour^

La porte de la Marine appartient incontestablement à cette première époque^. On y reconnaît, dans les soubassements, les grosses pierres deTantlque Saldae, gémissant de nouveau sous le poids des massifs. Au-dessus , s'étagent des rangées multiples de moellons , sans doute ceux qu*En-Nacer faisait retirer des ruines romaines ou puniques et apporter un à im par tous ceux qui pénétraient dans Tenceinte de sa cité ^. Ils alternent, par groupes de plusieurs assises , comme dans les monuments gallo-romains , avec d*épais cordons de briques cuites , contribuant à la fois à Tarasementdes assises et à la décoration. Sur ce massif hétérogène , se dresse un bel arc ogival en briques, fort élégant, très-élancé, qui, seul, suffirait à caractériser le style des constructions militaires du temps • '

Gomme on le voit, Tarchitecture militaire hammadite procède encore par des emprunts aux ruines antiques partout où elle les trouve. Les grosses pierres entrent dans les soubassements avec leur masse, sans ordre , sans symétrie , sans retouche. Les parties hautes des murailles sont plus élégantes, et, à défaut de matériaux tout préparés, l'emploi des briques cuites y supplée ; on use aussi de ces matériaux de préparation fadle et rapide dans Texécution des longues courtines, qui relient les tours et les portes des enceintes ) et dans la construction de toutes les clôtures défensives.

Quant à la forme j elle s'éloigne déjà des modèles antiques ;

1. Cs. Féraud, id., passim; voy. également, Ëtablissemeats militaires de TAlgërie, t. 1, p. 89; Garette, Algérie, Unif . pitt., p. S3et^aiv. ; Garette, Études sur la Kabylie, t. Il» p. 12 et suiv. — 2. Féraud, id., p. 137. — 3. Id., p. 14.

l'ogive se mêle au plein-ciutre dans les ouvertures. L'ornementation par la régularité, Tégalité, et la perfection des joints et des assises, y est remplacée parcelle qui résulte des caprices du ciseau, par les moulures, les broderies, les mosaïques et peut-être même les faïences ^

Dans le Maghreb , les Almoravides , tribu berbère sortie d'une île du SénégaP, venait de s'emparer du pouvoir. Sedjelmesse', Âghmat s'étaient rangées sous leur autorité (1053 ap. J.-C.)- Comme il fallait maintenir les tribus masmoudieanes, très-puissantes encore dans le pays, Yousoufben-Tachefiû fonda la ville de Maroc (1062 ap. J.-G.). « Il » commença »j dit Ibn-Khaldoun^ « par y établir son » camp, qu'il entoura d'une enceinte, puis il construisit une D mosquée et une petite citadelle destinée à recevoir ses » trésors et ses armes. En l'an 1131 , sous le règne de son » fils , la ville fut achevée et fermée de murs. Yousouf avait » envisagé cet établissement comme une simple position » militaiœ, d'où ses troupes pouvaient harasser les tribus » masmoudiennes des alentours , habitants des montagnes * » de Deren. »

Dans ces conditions, quelle matière autre que le pisé, pouvait se prêter plus facilement au caprice de l'architecte et concourir aussi rapidement à la construction d un poste de guerre ? Edbisi' dit positivement que la pierre était rare à Maroc, mais c'étaient bien plutôt la force de l'habitude et la facilité que donnait le pisé, au point de vue de la rapidité d'exécution, qui semblaient devoir en perpétuer l'emploi. Le même auteur, à propos des murs d'Oran^, ville reconstruite par les Almoravides sur les ruines d'un vieux campement d'Andalous^ ou Maures d'Espagne , relate qu'ils étaient construits en terre « avec art, » On devine déjà dans la construction des murailles de Maroc et d'Orau tout le talent

1. Cs. Won rAfricain, trad. Jean Temporal, p. 276. — 2. Yoy.de Siane, liist. des Berbères, t. II, p. 68. — 3. Ibu-Khald., id., p. 70. — A. Id., p. 73. —5. Edrisi,id., t. I,p.2l3. — 6. Id., p. 230. — 7. Bekri, p. 1C5.

de décoration de ces architectes berbères , qui allaient bientôt doter l'Espagne musulmane de ses monuments les plus brillants.

Peu épaisses, d'ordinaire*, les murailles de pisé prenaient forcément un certain air -de légèreté et d'élégance , inaccoutumé aux murs de pierres, toujours plus massifs. Quelques découpures, des moulures du goût oriental, des tourelles élancées, des clochetons légers, venaient compléter la décoration. Les ornements lourds se trouvaient naturellement exclus de ces murs fragiles , plus propres à recevoir des placages de faïences ou de mosaïques que de brillantes et épaisses corniches de pierre de taille. Suivant l'expression de Léon l'Africain, traduit par Jean Temporal, « l'artifice . » surmontait de beaucoup le prix et la valeur de Tétoffe^. »

Marmol, à propos des fortifications de Maroc» bâties par Yousouf-ben-Tachefin , ne peut retenir son sentiment d'admiration : « La ville de Maroc, dit-iP, est fermée de » bonnes murailles faites à chaux et à sable, mêlés avec de •» la terre grasse, qui rend le ciment si dur, que quand on y » donne un coup de pic, il en sort du feu comme d'un caillou. » Quoique la ville ait été plusieurs fois saccagée , il n'y a pas )> une seule brèche , ce qui est une chose admirable, vu leur » extrême hauteur. On voit bien que cette ville est l'ouvrage )) de grands maîtres, parce que le dessin en est admirable, » aussi bien que l'exécution. »

Nous retrouverons bientôt les Âlmoravides en Espagne ; les Âlmohades , qui les détrônèrent , continuèreut et dépassèrent même leur goût pour le brillant. Nous laisserons les nouveaux princes faire à leur tour la conquête de l'Espagne

1. Cette épaisseur variait le plus souvent entre Im^BO et 2ni,00, comme le prouvent quelques murs qui subsistent encore , notamment à la Mansourah, prés de Tlemcen (1302 ap. J.-G. ; voy. Barges, TIemcen, p. 256), et à El-Kseur, près de Bougie (1327 ap. J.-G. ; voy. Pelletier, Ann. arch. de Conslantine, 1858, p. 111, et Ibn-Khald . , t. II, p. 46i). —2. Il s'agit ici d'une forteresse de l'intérieur de Bougie, qui, suivant M. Féraud, date do l'époque nacérieniie (voy.Féraud, Bougie, p. 136; Léon l'Africain > id., p. 276). — 3. Marmol, id., t. II, p. 51 ; Léon l'Afric, p. 77.

et de TÂfrique et se rendre les monarques les plus puissants de rOccident musulman. *

Us s'occupèrent surtout de relier à leur empire du Maghreb leurs possessions d'Espagne; et c'est à ces circonstances que deux villes nouvelles, Bebath^ et Mansourah^, durent leur naissance. Elles furent dressées par Ël-Mansour^ sur le bord de rOcéan , pour assurer la communication de Maroc avec l'Espagne. Gè prince eût pu, sans doute, faire de Geuta son port d'embarquement; mais quelle distance séparait cette place forte de sa capitale d'Afrique? Qui pouvait l'assurer également que cette ville , située sur le littoral méditerranéen, ne tomberait pas, malgré les traités^, aux mains de quelque nation européenne ? Léon l'Africain rapporte que Rebath fut élevée sur le modèle de Maroc'. El-Mansour venait de doter cette dernière ville d'un magnifique château* fort, rempli de palais superbes, tout émaillés de mosaïques. La reine elle-même avait offert ses bijoux pour leur ornementation , tant était grand alors le luxe du clinquant sur les édifices. « Où il n'y a pas de mosaïques » , dit Léon l'africain*, à propos de l'un de ces palais , « le pan des mu- » railles est revêtu par dedans de certaines pierres cuites en

i. Léon l'Afric, id., p. 131. — â. Id., p. 129. — 3. Marmol (t. II, p. 141) dit que Rebath fut bâtie par El-Mansour (1197 ap. J.-C.)i quoiqu'il possédât Ceuta, parce que le territoire de cette dernière n'était pas fertile; mais ce ne fut là, évidemment, qu'un prétexte. — 4. Il est évident qu'Ël-Mansour, tout en favorisant le commerce de l'Afrique avec l'Europe, craignait beaucoup les incursions d'outre-mer; et, ce qui le prouve, c'est le soin qu'il mit à interdire aux étrangers certains ports de l'Afrique. Le diplôme commercial, accordé par ce prince aux Pisans (11 86 ap. J.-C), réduit à quatre les ports de l'Afrique, où ces navigateurs avaient le droit de faire le commerce (Geuta, Oran, Bougie, Tunis); voy. de Mas-Latrie, Traités, etc., p. 51. — 5. Léon l'Afric, id., p. 131 . L'auteur du Roudhel-Kartas rapporte qu'EI-Mansour ne regrettait que trois de ses actions, 9 la deuxième, c'était d'avoir bâti la ville dé Rebath, pour laquelle il avait 9 épuisé inutilement le trésor public. » Le môme architecte construisit la Giralda, à Séville; la tour Hassan, à Rebath, et la tour de Maroc (voy. Roudh-cl-Kartas, trad. Bcauraicr, p. 324 et suiv.). — G. Léon, id., p. 80.

» losanges, entrées avec feuillages subtils et autres ou^ » yrages diversSfês. »

he tout était entouré « de murailles bien fortes et bien » épaisses (sans doute en pisé), avec belles portes faites de » pierre tiburtine (travertin) et toutes ferrées. »

Trop lourd pour les Almohades , le gouvernement de quelques provinces fut confié à des lieutenants; de là, la première cause de décadence de Teçipire. Abou-Zékôrïa, de la famille des Hafsides, s'étant déclaré indépendant à Tunis (1228 ap. J.-G.)) fit bientôt reconnaître son autorité jusque dans le Maghreb et dans TEspagne et contribua ainsi & laffaiblissement de la dynastie , qui avait porté sa famille au pouvoir.

Vers le même temps (1235 ap.^.-C), les Abd-el-Ouadites s'installaient à Tlemcen et bientôt les Mérinides , déjà levés aux environs de Fez depuis trois quarts de siècle (1195 ap. J.-C), s'emparaient de Maroc et accomplissaient la ruine des Almohades ,. par le meurtre d'Abou-Debbous (1269 ap. J.-d).

La chute des Almohades marqua le commencement de Tère de décadence de l'empire berbère ; car, occupées à se disputer la possession du territoire, les trois nouvelles dynasties ne pouvaient cesser de le désoler, tant par leurs que^ relies que par les incursions des Arabes nomades , dont elles réveillaient tour à tour le goût du pillage , pour les lancer sur les campagnes des nations rivales.

Dans ces conditions, les princes songèrent peu à bâtir de nouvelles villes , et souvent même eurent-ils bien de la peine à protéger celles qu'ils possédaient déjà.

Du côté de l'Orient , les Hafsides , continuellement tourmentés par les' prétendants , toujours divisés par les querelles de famille, souvent ballotés par les intrigues de cour \ ne rendaient pas moins à leur capitale, Tunis, le rang qu'elle avait perdu depuis de longs siècles. Depuis l'invasion arabe, cette cité antique n'avait retrouvé quelques beaux

1 . Pour riiistoire des Hafsidies, es. Ibn-Khald. , t. H et III. ^

jours que sous les Aglabites, à l'époque ot^M princes , coin* mençant à délaisser Kairouan, allaient, Viis les villes du littoral , surveiller leurs expéditions de Sicile. Les murs dont ils l'avaient entourée ^ étaient de pierre de taille, prise sans doute aux ruines de Garthage ; mais ils étaient bas et faibles. Les Hafsides les restaurèrent, sans toutefois les rehausser^ ; les faubourgs furent également, par leurs ordres , entourés d'une clôture^. Enfin , beaucoup de villes de Tempire eurent aussi , sous leur règne, leurs fortifications réparées^, en vue des attaques des Français. C'était au milieu du plus grand désordre que s'accomplissaient tous ces travaux.

Cionstantine, la place la plus forte du royaume ha&ide', ouvrait ou fermait ses portes aux sultans, suivant le caprice de ses gouverneurs. *

Tripoli , Gapsa , Gabès , Biskra , toutes les villes du Djerid et du Zab , servaient d'asile aux princes proscrits ou révoltés , de points d'appui aux prétendants.

Tunis, bouleversée par les partis, subissait toutes les servitudes, chassant et rappelant ses maîtres, tour h tour.

Bougie, séjour de branches collatérales de la dynastie hafside, avides de pouvoir et d'indépendance, supportait des sièges multipliés conduits par les rois de Tlemcen. La route du Maghreb à Tlfriklya se jalonnait de postes fortifiés, abritant les armées lancées par les Abd-el-Ôuadites ou les Mérinides sur la vieille cité hammadite. Des bande; d'Arabes nomades, traînant avec eux femmes, enfants, troupeaux*, venaient, soulevées par les étrangers, grossir les armées de siège ; et tout ce monde vivait de brigandage , consommant la dévastation du pays. Ainsi s'élevèrent les camps retranchés de Zeffoun (1314 ap. J.-G.)^, de Tegger(?) (1317 ap. J.-G.)», de Terazezdekt (1327 ap. J.-G.)*. L'emplacement de ce dernier (Tiklat, El-Kseur) présente encore

i . El-Kairouani , Id., p. 17. — 2. Cela résuMt de ce qu'en dit Marmol, id., t. II, p. 452. — 3. Ibn-Khald., t. II, p. -U9 (1317 ap. J.-C). — 4. Id., p. 362. — 5. Id.. t. II, p. 384. —6. Id., p. 464. — 7.1d.,p,443.--8.1d., p. 454. — 9. Id., p. 404.

aujourd'hui le^éj^ces des murailles de pisé à la chaux , bâties par Âbou-VRieûn , roi abd-el-ouadite de Tlemcen.

Tlemcen , si jalouse de Tautorité des Hafsides en Ifriklya, souffrait, dans le Maghreb, de Tambition des Mérinides. Elle soutenait les sièges les plus longs et les plus pénibles ; elle voyait ses rois chassés momentanément de leur capitale et devenait vassale des princes de Fez.

Ce fut pendant Tun de ces blocus interminables que le roi mérinide Âbou-Yacoub construisit la Mansourah, espèce de camp-ville , bâti auprès de la capitale abd-el-ouadite, pour abriter les armées de siège. En même temps , pour compléter le blocus-, « il fit tirer tout autour de la place une drcon- » vallation, dans laquelle il ménagea plusieurs portes, afin » de livrer passage aux troupes chargées de Tattaque des » remparts. » Le siège dura huit ans, pendant lesquels la ville subit toutes les horreurs de la guerre, la misère et la faim (1298-1306 ap.J.-C.)*.

(( La Mansourah , que nous avons parcourue dans le sens » de sa longueur et de sa largeur, dit M. Barges^, est un » espace rectangulaire de 1,300" de long sur 750" de large, » entouré de murs flanqués par des tours carrées, qui n'ont » ni porte ni ouverture quelconque. Ces murs et ces tours )) sont formés d'immenses blocs en pisé, qui ont acquis la )) consistance et la solidité de la pierre. Les murs ont un » peu plus d'un mètre d'épaisseur. »

Les Abd-el-Ouadites, vaincus par les Mérinides (1337 ap. J.-C), continuellement détrônés par eux pendant cinquante ans , furent remplacés , à Tlemcen , par une dynastie zîanide, branche cadette de leur famille^. La période de troubles, qui précéda l'avènement de cette nouvelle dynastie, réduisit Tlemcen à l'état le plus déplorable^. Mais les Zîanides inaugurèrent, pour cette capitale, une ère nouvelle de prospérité ; ils construisirent les murailles du Méchouar, ancien palais des gouverneurs, depuis l'époque almoravide.

i . Ibn-Khald.. id., t. III, p. 375cl suiv. — 2. BaiPgès, Tlemcen, p. 250. — 3. Ibn-Khald., id., p. 490. — 4. Barges, id., p. 192.

« Jusqu'à l'année 850 de l'hégiro (1443 ap, J.-C), » dit encore M. Barges*, « le Méchouar, avec toutes ses dépen- » dances , était resté dépourvu d'ouvrages de fortification et » de défense; à cette époque, il fut transformé en chàtéau- » fort et prit rang parmi les citadelles, n Ce fut avec du tabbya (pisé), selon l'usage, qu'on organisa les défenses du Méchouar; mais ce pisé était d'une espace particulière , dont la cohésion, augmentée par l'addition dun peu de chaux, s'accroissait encore par Tintroductiou , dans le ûiélange, d'une certaine quantité de petits cailloux. C'était la composition déjà connue des Romains sous le nom d'opttô signium ou signinunif que Columelle^ et Pline^ recommandaient pour la confection des aires de grenier et que Vitriive^ indiquait pour les revêtements intérieurs des citernes.

Les murs du Méchouar paraissaient exister encore à. leur état primitif, à l'époque de la prise de Tlemcen par l'armée française (1836 ap. J.-C.) ; et le colonel du génie , M. Lemercier , en disait alors' : « Les murailles sont en pisé de béton, » comme celles de la ville. C'est une espèce de construction » dime solidité remarquable , qui acquiert , avec le temps, la » dureté de la pierre. »

La ville de Fez, dans le Maghreb, avait subi également bien des alternatives de grandeur et de troubles. Fondée par Idris II (807 ap. J.-C.)*, elle devint immédiatement l'asile de la science et des arts ; elle servit de foyer à la civilisation de l'Afrique occidentale et se couvrit de magnifiques constructions''^. Divisée, à lorigine, en deux quartiers séparés par une rivière®, munie de belles portes de ville*, fermée par des portes d'eau garnies de herses de bois de cèdre *^, Fez constitua bientôt un poste militaire de p^mière importance. Ses plus beaux monuments, tels que la mosquée d'El-Kairaouyn (au quartier des Kairouanides) , bâtis , dans le prin-

i . Barges, p. 384.-2. Colum., Rc nisl., I, 6. — 3. Plin., XXXV, 46. — 4. Vitruv., Vin, 6, 14. — 5. extrait d'un mémoire inédit, tiré dés archives du génie de Tlemcen. — G. liekri. p. 263.-7. Kartas, p. 35 et suiv. — 8. Bekri, id. — 9. Kailas, p. iO. - 10. Id., p. 49.

dpc, en tablîya"(pisé) , laissent penser que les tnurs primitifs de la cité furent construits de la même manière. La pierre, du reste, entrait dans quelques parties des constructions; car son emploi est mentionné plusieurs. fois par le Rondh-el- Kartoi dans la description de quelques-uns des édifices de cette époque. On lit, en effet, dans cet ouvrage, à propos de la première construction de la mosquée d'EI-Kairaouyn (859 ap. J.-G.) : « Les murs furent Mtis en tabiah et en » keddhân, que l'on extrayait au fur et à mesure d'une car- » rière située sur le terrain même, qui fournissait aussi la » terre,' les pierres et le sable dont on avait besoin •. »

On voit, du reste, les constructions en pierre se généraliser bientôt à Fez; et Tauteur du Kartas remarque que , dès l'origine, les maisons de la ville furent bâties « en pierres » dures et en bon mortier^. » Il ajoute que le minaret de la mosquée à*El-Kairaouyn , élevé sous les derniers Idrîcides (955 ap. J.-C), fut construit « avec de belles et bonnes D pierres de taille'. » Ce minaret subsista dans cet état jusque sous les Mérinides (1289 ap. J.-C). A cette époque, on le répara, en plantant sur ses parements « de grands » clous en fer, de distance en distance , pour soutenir le » plâtre et la chàux^ » , circonstance qui rappelle le goût constant des Musulmans pour les enduits. « Une fois le^tra- » vail fini , » continue le Kartas^ «les ouvriers se mirent à po- » lir et repolir la surface, jusqu'à cô qu'elle fut unie comme » celle d'un miroir très-pur. » On peut soupçonner que les ouvrages d^àrt de la fortification , tels que portes , tours , etc., de l'enceinte de Fez, étaient construits suivant les mêmes principes.

Les Zénata ( Beni^Iri-ibn-Atia ) s'étant emparés du pouvoir ( 990 ap. J.-G.) ^, firent ceindre de murailles les faubourgs de la capitale^; ils embellirent les portes^, construisirent des citadelles dans les deux quartiers* (1061 ap. J.-G.}; mais le

1. Karlas, p. G6. — 2 Id.. p. 5i. — 3, i, 5. Id., p. 71. — 6. Ibn-Khald., t. Ill, p. 235 et suiv. — 7. Kartas, p. 152. — 8. Id., p. 155. — 9. Id.. p. 153.

désordre s etaat iatroduit dans lempire, ils succombcrent bientôt devant les Almoravides ( 1069 ap. J.-C).

Youssouf-beu-Tachefiu , TAlmoravide , fit abattre les murs qui séparaient les deux quartiers de Fez, de manière »à ne plus former qu une seule et même ville*. C'était un moyen de calmer les chicanes , ordinaires aux deux régions divisées de la capitale.

Enfin, Âbd-el*Moumen , TAlmohade, ayant assiégé la place, renversa la presque totalité des remparts, en renouvelant à Fez le procédé de réduction , employé jadis au siège de Mautinée par Agési polis (385)^, ou encore à celui d*Eïone par Cimon , ûls de Miltiade (406). Ayant barré le cours de la rivière par une digue, il laissa la barrière se rompre tout à coup et Teau culbuta les murailles. Il faut croire qu'à cette époque (1145 ap. J.-G.) les murs de Fez ressemblaient beaucoup par leurs matériaux à ceux dont parlent Plutarque et Xénophon. Le vainqueur ayant pénétré dans la ville, à la suite de ce désastre, s'opposa à la reconstruction des remparts : « Jç n'ai pas besoin, moi, dit-iP, d'éti*e défendu par » des murs ; mes muxrs , ce sont mon épée et ma justice. » Cependant El-Mansour, son petit -81s, donna plus tard Tordre de les relever et ils fuirent achevés sous En-Nacer (1024 ap. J.-G.)^. Deux cents ans après (1229 ap. J.-C.) , ces fortifications devaient encore être une fois atteintes par les eaux; unei inondation en renversa une grande partie'. On les restaura sans doute en bonne forme, depuis lors; car Marmol*, en parlant du Vieux-Fez, nous apprend que, de son temps (XVP siècle), l'enceinte était « bien garnie de » tours et* de bonne fabrique. »

Les Mérinides, successeurs des Alnaohades, ayant rendu à Fez le premier rang dans le Maghreb, bâtirent auprès de la capitale une annexe, qui devait leur servir de résidence (1275 ap. J.-C.) et fut d'abord nommée la Ville-Blanche (El-

i. Kartas, p. 199. — 2. Voy. ci-dcsgtfs, p. 67, 68. — 3. Karlas, p. 269. — 4. Id., p. 327. — 5. Id., p. 392. —6. Marmol, Afriq., 1. 11.,

Beïda), puis plus taitl la Ville-Neuve (El-Djedid)*. Cette espèce de château -fort, au dire d'iBN-KHALDOUN^, « fut le » monument le plus grand et le plus durable de la dynastie » mérinide. » Marmol en a dit^ : « Le nouveau Fez a un » double mur fort bien travaillé et garni de tour» à la façon » d'une forteresse. »

Le goût ou plutôt la passion des premiers princes mériuides pour la guerre sainte d'Espagne , les éloignant constamment de leur empire africain, ils durent songer à asaurer leurs sujets maghrebiens contre les tribus berbères, encore mal soumises, et particulièrement contre les derniers partisans des Almohades détrônés-*. Abou-Youssouf , dans cette idée, bâtit Fez-el-Djedid , désirant abriter ses richesses et sa maison contre les agressions de ces peuplades, pendant ses courses en Espagne. La citadelle (kasbah) de Méquinez, ville autrefois rasée par Abd-el-Moumen* (1145 ap. J.-C), date également de cette époque (1275 ap. J.-C.)®. Le prince, par ces constructions, se flattait «de » doter les fidèles d'ouvragés protecteurs » , et crpyait, de la sorte, « mériter les récompenses divines' ». Les poètes du temps ^ tout en louandtees vertus, n'oubliaient pas de mentionner de tels travaux®, auxquels le sultan , comme autrefois Saladin à l'Orient^, ne dédaignait pas de prendre part de ses propres mains.

D'un autre côté, les Abd-el-Ouadites, toujours turbulents et sans cesse disposés à entraver les projets des rois de Fez, par leurs incursions ou par leurs alliances avec les princes andalous, avaient besoin d'être affaiblis, ce qui explique la multiplicité des sièges de Tlemcen par les Mérinides*®. On peut encore rattacher au même ordre d'idées, d'abord la destruction des murailles d'Oudjda par Abou-Yacoub (1295

\. Marmol, Afriif., t. II, p. 169; Ibn-Khald., t. IV. p. 83. — 2. Id., p. 84; Karlas, p. 459.-3. Marmol , id. — 4. ibii-Kliaiil., t. IV, p. 82.-5. Karlas, p. 27-J. — G. ll.n-Khal(l.. id., p..8i. — 7. Kar!as , p. i!21).— 8. Id., p. 52G. lV)(;incd'Abou-FanVAbd-el-.\zyz. - ÎJ. Voy. ci-dcbsius p. 220. — 10. Gs. Ibn-Kliald., t, IV, pass.

ap» J.-C.)*, puis leur recoastniction presqu'îmmédiate (1298 ap. J.-C.)^. Oudjda, par sa situation sur la route de Fez à Tlemcen, était un point dangereux pour qui ne l'occupait pas, un appui pour celui auquel la possession en était assurée.

Les machines de guerre et particulièrement les machines de jet (manganyq) jouent un très-grand rôle dans les sièges de cette époque, en Afrique. Les rois chrétiens d'Espagne en usaient sur une large échelle dans toutes leurs opérations contre les places de guerre occupées par les Musulmans. Les princes maghrébieus ne le leur cédaient eu rien, sous ce rapport. L'expérience des uns et des autres se formait dans leurs éternelles disputes et toutes les inventions de la guerre d'Espagne repassaient au Maghreb, pour être utilisées contre les ennemis africains. Je serais trop long et je sortirais des limites de mon sujet, en entreprenant le récit des sièges où ces machines furent employées avec succès. D'après le Kartas, les chrétiens d'Espagne leur durent la reddition de Saragosse (1 118 ap. J.-G.)^, parce qu'elles mirent les assiégés dans une position si difficile, que ceux-ci n'eurent pas le temps d'attendre les secours qu'ils espéraiéBt du côté de l'Afrique. Abd-el-Moumen (1158 ap. J.-G.)^ et plus tard En-Nacer (1204 ap. J.-G.)^ gagnèrent El-Mehdiya, grâce à leur appui. En-Nacer, dit' le Kartas, « érigea contre la place une max> chine sans égale pour la grandeur et qui lançait des pro- D jectiles du poids de 125 livres, qui détruisaient la ville. t> Cette machine, du genre catapulte, était évidemment un irébuchel ou tnangonneau^y engin à contre-poids ou à bascule , lançant ses projectiles en bombe, à la manière de la catapulte antique. Abou-Yacoub, au siège de Tlemcen (1298 ap. J.-C.) , en fit consti'uire une du genre balisie , dont il tira

1. Cs. Ibn-Khald., p. 139. — 2. Id., p. UO. — 3. Id., p. 233. — 4. Id., p. 280. — 5. Id., p. 328. — 6. Pour la nature des macliines de jel au moyen-Age cl leurs diffiîrenccs avec celles des Romains, connues sous les noms de balisie cl de calapulle, voy. L. Nap., Kludcs sur rarlillerie, t. II, p. 2G et suiv. ; voy. ci-dessus, p. 212.

également un grand parti : « Il entoura la ville de son ar- » mée , ainsi que le halo entoure la lune , et il braqua sur elle » une de ces arbalètes énormes , dont la portée est si extra- » ordinaire et auxquelles on donne le nom de coi^ez-ziar. » Quelques ingénieurs et un grand nombre d'ouvriers furent » employés à construire cet engin , dont les matériatix fai- » saient la charge de onze mulets ^ »

ASedjelmes8e(1332ap.J..C.)*, àTlemcen {1337ap. J.-C), les machines de jet et les tours roulantes d'Aboul-Hacen, sultan mérinide, jouèrent également le rôle principal dans les opérations du siège. « Les combattants » , dit Ibn-Khaldoun', en parlant de l'attaque de Tlemcen, « se trouvèrent » enfin tellement rapprochés , qu*ils purent se battre du haut » de leurs tours à coups d'épée. »

Malgré tous ces progrès de Tart poliorcétique , les pièges étaient souvent longs et pénibles. L'assiégeant restait parfois pendant des années entières au pied des murailles des places, décimant l'assiégé par ses machines , le fatiguant par la longueur des blocus^. Sans doute ces lenteurs doivent être attribuées plutôt à la mauvaise organisation des armées de siège qu'au perfectioiftment de la fortification elle-même. Il est vrai que la défense avait à son service, comme l'attaque, tous les moyens nouveaux; mais elle ne pouvait en user d'une manière aussi eflicace. Sa supériorité consistait surtout dans la valeur de ses troupes. Celles-ci, encouragées à la résistance par la crainte de la servitude , se maintenaient dans le devoir par la confiance qu'elles tiraient de la protection des murailles. L'enceinte seule favorisait l'observance des règles de la discipline. Les armées de siège, au contraire, qu'aucune limite n'arrêtait et qui n'avaient rien à perdre, sinon une occasion de s'enrichir par le pillage, étaient toujours disposées à s'impatienter, à fuir, à se désorganiser.

1. Ibn-Khald., l. IV, p. liO. — 2. Id., p. 215. — 3. Id., p. 221. — 4. Le siège de Tlemcen (1298 ap. J.-C), par Aboa-Yacoub, dura huit ans. Celui de Moquinez (1138 ap.J.-C), par Abd-cl-Moumeii , dura sppt ans.

Composées d'éléments diverg^ peu disciplinées, elles manquaient de la cohésion indispensable aux opérations régulières , qui mènent les sièges à bonne ân^ sans les précipiter et sans les éterniser. Dans ces conditions ^ l'assaut d'une ville bien remparée, convenablement approvisionnée, -désireuse de conserver son indépendance, n'était possible qu'après Taffaiblissement complet de l'assiégé par la famine , les combats de tous les jours ou l'espèce^ particulière de bombardement, auquel se livraient si volontiers les armées africaines des Mérinides.

Cet état de choses amena la construction, autour des grandes places assiégées, d'immenses lignes de coqtreval-* lation , cercles tellement complets ^ que , comme le marque Ibn -Khaldoun^, <c un esprit, un être invisible aurait eu de » la p^ine à pénétrer dans la place». Pour bâtir ces longues murailles, les surveiller, les défendre, il fallait de grandes masses d'hommes , de nombreux abris pour tout ce monde et une multitude de machines de guerre. C'était alors qu'à l'arrière des lignes , s'élevaiei>t des villes neuves , dressées de toutes pièces, devant servir à la fois de palais pour les princes, de casernes pour les sold^fCs, d'abris pour les fapiilles de tous, d'arsenal ou de chantier de constniction pour les divers engins nécessaires aux opérations du siège. A côté de la ville assiégée se trouvait la ville assiégeante, , la dté d'attaque. Ainsi prirent naissance la Mansourah de TIemcen (1302 ap. J.-C), et encore cette autre cité, dont parle Ib^-Khaldoun et qui fut bâtie par Aboul-Hacen devant Sedjelmesse (1332 ap..J.-C.)^ Sans reparler de Tiklat,

1. L'armée qu'AbouMIaccn mena au siège de Tlemccn (1337 ap. J.-C.)» fut formée de contingents tirés de toutes les tribus du Maghreb et fut renforcée, pendant les opérations, de ceux qui lui furent envoyés de la région orientale du royaume de Tiemcen , que le lieutenant du roi venait de soumettre^Il y avait aussi dans l'armée beaucoup d'aventuriers espagnols, formant des milices cbrétiennes ordinairement peu disciplinées. Voy. Ibnkhald., t. IV, p. 220, 221 et pass. — 2. Ibn-Khald., t. IV, p. 143. -- 3. Id., p. 215.

élevée près de Bougie par les rois de Tlemcen*, je pourrais encore multiplier les exemples.

La Mansourah de Tlemcen, rapporte Thistorien^, « vit sa » prospérité augmenter de jour en jour, ses marchés regor- » ger de denrées et de négociants venus de tous les pays; » aussi prit-elle bientôt le premier rang parmi les villes du » Maghreb. » Ruinée par les Abd-el-Ouadites , après le départ de l'armée de siège des Mérinides , elle fut relevée par Aboul-Hacen, et pendant un autre siège reprît son rôle de cité d'attaque (1337 ap. J.-C.)^. J'ai déjà parlé de ses ruines ; elles conservent le modèle encore vivant de l'architecture militaire des Mérinides. Ses gros blocs de pisé subsistent pour rendre témoignage de la valeur des fortifications maghrébiennes du commencement du XIV* siècle.^Je n'insisterai plus sur ce sujet^. •

Je laisserai les- Mérinides faire à leur tour la conquête de rifrikîya, s'installer à Tunis et s'en faire chasser. Les trois dynasties berbères, qui avaient succédé aux Almohades, en Afrique, couraient désormais vers leur décadence. Les Arabes nomades, qu'El-Mansour, TAlmohade, regrettait si vivement d avoir fait passer de rifrikîya dans le Maghreb', ces mêmes Arabes, que le ressentiment du khalife fathimite d'Egypte avait jadis lancés sur l'empire des Zîrides^, ne cessaient de semer la ruine et la désolation dans toute l'Afrique occidentale. Les rois berbères, aux abois, implorèrent le secours des Turcs ; c'étaient des maîtres bien durs qu'ils allaient se donner. Le Maroc seul échappa à cette domination.

40. Constructions militaires de l'Espagne. — Parmi tous les peuples qui, à dififéi'entes époques, ont foulé le sol de l'Espagne et dont le nom nous est parvenu , les Basques paraissent les plus anciens. Leur histoire nous est inconnue; mais par le langage^ et certains autres caractère^, ils

1. Voy. ci-dessus, p. 239. — 2. Ibn-Khald., id., p. U3. — 3. ïd., p. 221. — 4. Voy. ci-dessiis, p. 240. ~ 5. Karlas, p. 325. — 6. Voy. cidessus, p. 232. — 7. Voy. ci-dessus, p. 37.

semblent se rapprocher des hommes de la grande famille humaine, qui, dans une très-haute antiquité, s est étendue sur toute l'Asie septentrionale, une grande partie de l'Europe et le nord de l'Afrique. Cette longue chaîne d'éléments congénères, brisée par les invasions ultérieures de la famille indo-européenne , avait laissé de loin en loin la trace de quelques-uns de ses anneaux rompus, les Scythes ou Touraniens, les Basques et les Berbères. Les deux rameaux humains, qui s'étaient ainsi remplacés ou confondus, sortaient-ils du même tronc ^ ou émanaient-ils de souches distinctes ? C'est une question posée, que je n'ai pas à résoudre ; qu'il me sfiise d'avoir énoncé l'ordre de succession des deux familles, auxquelles elle se rapporte.

Il serait difQcile, sans doute , de nommer le moindre monument, de quelqu'ordre qu'il fût 2, pouvant être rapporté

1 . U en est de Fanthropologie comme de la métaphysique , dont les plus belles théories, les unes consolantes, désirables, les autres terribles, vertigineuses , ne sont que des systèmes , dont les*^ preuves sont absentes ou douces. Toutes les opinions sont soutenables, sans qu'aucune d'elles puisse prétendre au don d'infaillibilité. C'est ainsi qu'on a opposé le polygénisme au monogénisme, et que, dans ces derniers temps, Darwin a donné son nom à un système nouveau , le transformisme. La foi n'est pas un argument; et quant aux arguments eux-mêmes, le nombre de ceux qui ont été avancés, ne fait qu'affirmer l'impossibilité delà démonstration. — 2. Si l'on peut attribuer quelques monuments aux anciens Basques, ce sont bien les sépultures d'Olerdola, niches creusées dans le roc, qui rappellent quelque peu les nécropoles étrusques (voy. Lavallée, Espag^, Univ. pitt., t. I, p. 89 et pi. xh). J'ai déjà indiqué précédemment (voy. ci-dsssus, p. 52) la possibilité d'une communauté d'origine entre les Étrusques et les Ligures. D'autre part, les antiques traditions hispaniennes paraissent avoir été empruntées à l'ibéric du Caucase, région scythique, où les sépultures cryptiques se trouvaient très -répandues (voy. ci-dessus, p. 26). Toutes ces circonstances corroborent l'opinion qui admet une certaine analogie de naissance entre les Basques et les Scythes (voy. Graslin , Ibérie, passim.). M. Graslin (id., p. 226 et suiv.) nie que les Basques se soient jamais étendus au-delà du pays qu'ils occupent actuellement. Mais s'ensuit-il , de ce qu'une langne n'est plus parlée dans un pays, qu'elle n'y fut jamais en usage? Les exemples du contraire abondent. Ne sait-on pas, du reste, que d'ordinaire, les vaincus adoptent

sûrement à l'époque où ces vieux Ibères' étaient toutpuissants dans le pays.

Les Aquitains, les Ligures, les Sicanes, antiques habi* tants du midi de la Gaule, du nord de lltalie et de la Sicile, paraissent avoir eu avec les Basques, ou anciens Ibères, 4e très-grandes analogies d'origine.

Ces peuples furent refoulés dans les Pyrénées ou même expulsés de leur territoire national par l'invasion des Celtes ou Galls^, fraction de la grande famille indo-européenne, qui poussa fort loin en Espagne , en occupa la plus grande partie^ et semble avoir absorbé presque complètement tous les membres épars de l'ancienne famille basque.

Les Pélasges paraissent également avoir séjourné en Es* pagne ; mais cette opinion ne doit être avancée qu'avec la

facilement la langue des vainqueurs, l'inapatience du maître supportant généralement malles hésilations du serviteur? Faut-il citer àTappui deeette opinion les Berbères de TÂfrique, qui, comme les Basques, parlaient une langue d'agglutination (Lamé, Rev. cont., 30 juin 1863, p. 746), et, comme eux, ont été refoulés dans des massifs montagneux, où, pendant longtemps , ils «nt su maintenir leur indépendance et leurs traditions. Ibn- Khaldoun(t. I, p. 27) dit positivement qu*au commencement du Xl« siècle, il ne restait dans l'Afrique septentrionale que très-peu d*Ârabes du temps de la première invasion (voy. ci-dessus , p. 222). Toute la population était berbère, c A cette époquo, > dit M. de Slane (t. IV, p. 490), « toutes les

> plaines de TAfrique septc^ptrionale étaient occupées par des Berbères » nomades, ainsi que^ela avait eu lieu depuis plusieurs siècles; les villes

> reufermaient une population partie berbère, partie arabe; Tislaroisme » s'était répandu dans toutes les tribus, et, bien que la grande majorité » du peuple parlât berbère, la langue arabe , soutenue par le Coran , demeura » celle de la FeMgion , de l'enseignement et de la cour. » Les kbalifes fathimites d'Egypte lancèrent bientôt sur l'Afrique les tribus des Arabes de Hilal et de Soleim (voy. ci-dessus, p. 232). Elles occupent aujourd'hui toute l'Algérie, après avoir absorbé les diverses fractions de la famille berbère, sauf les Kabyles. Leur langue est devenue celle de tous et Ton ne parie plus berbère, à quelques exceptions près, que dans la Kabylie.

1 . Voy. sur l'origine du nom : Ibères , Graslin, id., p. 29 et suiv. — 2. Am. Thierry, Hist. des Gaul., 1. 1, p. 9 et suiv. — 3. Henri Martin, Hist. de France, t. I, p. 5.

plas grande réserve. L'existence de certaines murailles à gros bibcs, comme celles de Tarragone^ ou de certains monuments en grosses pierres sans ciment, comme les atalayats des Baléares^, n'apporte pas de preuves assez certaines pour fixer définitivement l'esprit sur cette question. Les Phéniciens eurent de nombreux établissements en Espagne , particulièrement sur le littoral. Ils venaient y charger leurs vaisseaux d'argent natif, dont les Ibères ne savaieçt que faire; eii échange du droit de fouiller le sol à leur aise, ils ofiraient quelques marchandises de vil prix. A peine trouvaient-ils assez de place dans leurs galères pour y entasser le précieux métal, qu'après les en avoir comblées, ils regrettaient d'en laisser encore et substituaient de l'argent au plomb de leurs ancres'. Les (estuaires*^ creusés par les flots sur le littoral, étaient autant de ports où ils abritaient leurs navires , pendant que leurs barques , sillonnant les cambe^de la riche Turdétanie' ou remontant le cours des grands fleuves*, allaient à force de rames et pénétraient jusqu'au cœur du pays, jusque sur les lieux mêmes de l'exploitation de leur industrie multipliée. Dans une haute antiquité, ils s'étaient établis à Gartéia, dont la fondation était attribuée par les anciens à l'Hercule tyrien^. Cette incarnation hi^maine du dieu du négoce eut plus tard, à Gadira (Gadès, Cadix), un temple magnifique , où s'accom-

i. Suivant M. Petit-Radel (p. 306), les soubassements des murailles de Tarragone seraient du genre pélasgique, mais de construction tyrrhénienne , c'est-à-dire étrusque. < Ce sont d'énormes blocs de rochers posés en » désordre les uns sur les autres, qui semblent être Touvrage d'un peuple » de géants. Quelques-uns de ces blocs ont 13 pieds de longueur sur 8 de » large et autant de hauteur » (de Laborde, Itinér., t. Il, p. 123). — 2. Petit-Radel. p. 97; de Cambry, p. 205 et 292. D'après M. Lavallée, ces monuments sont l'œuvre des Maures ; ils n'ont cependant rien du stvle mauresque (voy. Lavallée, id., p. 36). — 3. Diod., V, 35. — 4. Slrab., 111,1,9.-5. Id., m, II, 4. — 6. Id.,lII,II,3. — 7. D'après M. Ch. Romey, le premier établissement des Phéniciens , en Espagne , date vraisemblablement du XVe siècle avant J.-C, de 1450 à 1400; Hist. d'Esp., 1. 1, p. 67; voy. Slrab., III, I, 7.

plissaient, comme à Tyr, les rites de la religion phénicienne*.

Installés au milieu de peuplades demi-sauvages et n'ayant avec elles que des rapports pacifiques, ils n'avaient dû prendre contre elles que les précautions les plus indispensables^ à la sécurité de leurs établissements commerciaux, et la nature de leurs relations avec les indigènes excluait ridée de toute organisation militaire offensive.

Véritables possesseurs de la partie la plus riche de Tflspagne , sans en être les conquérants ; maîtres sans tyrannie et sans exactions, ils purent asseoir paisiblement leurs comptoirs sur la côte hispanique et coloniser, à l'intérieur, bon nombre des bourgades ibériennes', que Polybe, plus tard, décorait si pompeusement du nom de villes*, pour rehausser l'éclat des armes de Tibérius Gracchus. Trop habiles pour divulguer aux autres peuples les secrets de leur commerce, ils furent longtemps seuls à exploiter* le sol de l'Espagne. Soucieux de taire la source de leurs richesses, ils redoutaient les étrangers, témoin ce négociant de Gadira, qui, discret jusqu'au sacrifice, consentit un jour à s'échouer sur des bas fonds, plutôt que de laisser soupçonner aux navires romains , qui le suivaient en mer, la route des lies Cassitérides'. ^

Peu troublés par ces envahisseurs pacifiques, les Ibères avaient-ils besoin de tours élevées, de murailles solides? Sans doute leurs divisions, leurs chicanes, leurs habitudes de brigandage®, avaient dû les engager à prendre quelques sûretés les uns contre les autres; mais la plupart habitaient les bois , le plus petit nombre demeurait dans des bourgs ^. Qu'eussent-ils fait de grandes enceintes fortifiées î

Les Celtibériens® attendaient- ils encore quelque horde

1. Diod., V, 20. — â. D'après Strabon, Cartdia était remarquable par lin grand mur d'enceinte, auquel ce géographe attribuait une très -haute antiquité (Strabon, id.). — 3. Malaga et Cordoue passent pour avoir été colonisées par les Phéniciens dans une très-haute antiquité. Voy. Roracy, id., t. I, p. 74. — 4. Slrabon, III, IV, 13. ~ 5. Id.» III. V, H. ^ H. Id., 111, IV, 15. —7. ld.,ni,lV, 13.-8. Mélange de Celtes et d'Ibères.

nouvelle de leur famille , débouchant des cols difficiles des monts Pyrénées î

Sur une terre hérissée de hautes sierras , boursouflées de cratères éteints, derrière maintes rivières, dont le nombre constitue encore de nos joursjun des plus grands sujets d'orgueil des géographes portugais*, les Lusitaniens du bout du monde ne pouvaient-ils pas se considérer comme suffisamment protégés ? Sobres et endurcis, buvant de Teau et une mauvaise tisane d'orge, mangeant des glands ou du bouc, ne se couchant le plus souvent que sur la dure, avec un toit de feuillée *, que craignaient-ils qu'on leur enviât ?

Les Artabres et les Astures redoutaiônt-ils quelqu'invasion par l'Océan , qui , de temps immémorial , n'avait amené aucun vaisseau ?

A peine, pendant la longue durée de leur tranquillité réciproque , Espagnols et Phéniciens virent-ils aborder sur leurs rivages lointains quelques Grecs égarés^, Menesthée et peut-être Ulysse I Ces Hellènes n'avaient aucune révolution préméditée à accomplir en ce pays I

Cependant les Phéniciens, s'étant sans doute montrés plus exigeants, leurs relations avec les naturels s'étaient peu à peu étendues. De plus, leur nombre s'augmentait chaque jour et les indigènes commençaient à voir d'un œil moins indifférent les comptoirs asiatiques se multiplier en Espagne i

D'un autre côté, des Grecs d'Asie, des Rhodiens^, avaient poussé également jusque vers la Catalogne (900 ?). Ces nouveaux hôtes, d'un tout autre caractère que les précédents, vinrent y fonder la ville de Rhodopé (Rosas) ; une fois installés, ils commirent autour de leur établissement principal une foule d'exactions, qui achevèrent d'indisposer vivement les natiu'els contre les étrangers.

Puis parurent les Phocéens ; après avoir fondé Massalie (Marseille) sur les côtes méridionales de la Gaule, ils abor-

1. Bouchot, Hist. du Portugal, p. 3.-2. Strab., 111, III, 5 à 8. -— 3. Id. ,111, 11, 13; m, IV, 13. — -4. Id., 111, IV, 2 à 8.

dèrent dans une petite ile voisine de Rosas (545). Ayant lutté longtemps contre les Ibères-Indigètes pour obtenir de ceux-ci l'autorisation de s'établir sur le continent, les choses finirent par s'arranger pour le mieux et la convention qui s'ensuivit fut des plus originales ^ Les Indigôtes cédèrent une partie de leur ville aux Phocéens ; mais ceux-ci s'en* gagèrent à se séparer d'eux par une muraille. Gomme on le pense bien, les étrangers exécutèrent scrupideusement le traité. Ils firent même plus; ils poussèrent la prudence jusqu'à s'entourer complètement d'un mur très-solide et à ne percer qu'une seule porte du côté de la ville indigène^. Telle fut l'origine d'Emporium (marché) , cité d'une étendue plus que médiocre, qui servit désormais de base d'opérations aux nouveaux venus, pour s'étendre aux dépens des voisins, avec lesquels ils n'avaient pas traité ^.

Pendant que ces événements s'accomplissaient au nord-est de l'Espagne, les Phéniciens, dans la Bétique, se trouvaient aux prises avec les indigènes. Serrés de près par ces naturels , les habitants de Gadès (Cadix) implorèrent le secours de Garthage* (vers l'an 700). Gelle-ci n'attendait qu'une occasion favorable pour mettre le pied en Espagne. Elle en fit la conquête à son profit, s'inquiétant peu de secourir les peuples , qui avaient imploré son appui. Au contraire , on dit même que, plus soucieux de leurs propres intérêts que de ceux de leurs frères d'Espagne , les Carthaginois mirent immédiatement le siège devant Gadès, la ville même qui avait sollicité leur venue ^. Au dire de Vitruve^, ce fut dans cette campagne qu'ils perfectionnèrent l'usage du bélier (aries)^, machine de guerre très-puissante, dont l'emploi en Palestine est également signalé, à la même époque, par ÉzéchieF. La nature même de cet engin laisse à penser que les murailles phéniciennes d'Espagne avaient une certaine

1. Strab., id. — 2. Id. — 3. Romey, id., 1. 1, p. 94. — 4. Justin, XLIV, 5.-5. Vitruv. , X, 13. — 6. Voy . ci-dessus, p. 62. — 7. Éréch. , IV, 2; XXI, 22. Voy. dans Viollet^ Leduc, Ârch. milit. du moyen-âge, p. 24, la copie d'une vignette du X^ au XI* siècle, représentant l'une des visions d'Ézécbiel.

force de résistances quoiqu'il ne soit pas probable qu'elles eussent pu être comparées à celles de la Byrsa de Garthage >. gui ont été décrites plus haut'.

Cependant les Carthaginois ne semblent pas avoir possédé d'établissements bien fixes en Espagne , jusqu'à la fin de la première guerre punique (241)^. Jusque- là > ils s'étaient contentés d'abuser le mieux possible du pays et d'en retirer les mercenaires y qu'ils traînaient à leur suite dans leurs guerres extérieures^. Afin de s'assurer le concours des indigènes, ils avaient conclu avec eux toutes les alliances nécessaires'.

En 238 seulement , ils se posèrent véritablement en conquérants. Malheureusement pour le pays , les divisions de ses populations^ devaient l'empêcher de former des confédérations puissantes, seules susceptibles de s'opposer efficacement aux invasions. Néaimioins , avant de succomber à la puissance carthaginoise, les Hispaniens allaient montrer à leurs futurs maîtres leur valeur personnelle et tout le parti

1 . 11 ne subsiste eo Espagne aucun monument pouvant être attribué aux Phéniciens, d'une manière certaine (voy. Lavallée, id., p. 90. — 2. Voy. cinlessus, p. 74. J'ai déjà parlé du bélier (p. 62); mais je n'ai pas indiqué les moyens par lesquels on s'opposait à son action. lis étaient trèsmultipliés et le bélier avait généralement fort à &ire devant les murailles. On en paralysait Faction en descendant du haut des murs mille engins soutenus par des grues. Des tenailles allaient le saisir par la tête pour le soulever, l'arracher de la tortue bélière et le ravir aun assiégeants ( voy . Tit . Liv . , XXXVUi, 5, à propos du siège d'Âmbracie). Deux grues accolées descendaient, an devant de son front, des matières molles, telles que claies, tresses de jonc, coussins de paille, matelas de laine ou pièces de drap, qui lui faisaient perdre son effet. Les mêmes bascules laissaient tomber sur sa tête de grosses poutres qui la forçaient à s'incliner au moment du choc, rendant ainsi l'action oblique et la réduisant ou l'annulant. Et comme, de éon cêté, Tassi^eant cherchait à rompre les cordages des engins protecteurs, on se contentait souvent de lancer sur le bélier des fûts de colonnes , des blocs de pierre, des roues de voiture et tous les matériaux susceptibles d'effondrer les tortues et de désorganiser la madiine. — 3. Voy. Romey, id., p. 96 et suiv. — 4. Justin, XLIV, 5. — 5. Diod*, II, 11. -- 6. Strab., m, IV, 5.

que peut tirer d'un sol accidenté et difficile un peuple résolu et courageux.

Amilcar Barca lutta pendant neuf ans (238-229) contre les efforts sans cesse renaissants de ces petites agglomérations ibériennes , sur lesquelles Garthage avait résolu d'étendre la main. Agissant sur les unes par la force, sur les autres par des promesses, des artifices ou des séductions, le père d'Annibal eût sans doute triomphé de toutes ces résistances partielles, s'il n'eût trouvé une mort prématurée, mais glorieuse, dans les gorges de la Lusitanien

On lui attribue la fondation d'Acra-Leucé^, en face de rfle dlvice^, et celle de Barcelone (Barcino), cité de premier ordre, qui, dans ses ruines antiques, n'a conservé que le souvenir d'une deuxième occupation, celle des Romains^. Pendant longtemps, ces forteresses servirent à assurer la domination carthaginoise dans le pays, à surveiller les colonies grecques toujours disposées à contrarier les projets de Garthage, à contre-balancer leur influence sur les indigènes, et encore à établir la sûreté des communications avec la métropole d'Afrique*.

Asdrubal (229) et, plus tard, Annibal (221) obtmrent , par politique autant que par les armes*, ce que les talents militaires d' Amilcar Barca n'avaient pu assurer, la soumission, au moins momentanée, des montagnards de la Lusitanie et l'affaiblissement de mille petites cités ou bourgades ibériennes, qui, depuis l'époque de l'occupation phénicienne ou grecque, avaient acquis quelqu'importance. Beaucoup d'entre elles avaient compris de quelle nature allaient être leurs relations avec Garthage. Aussi, la plupart des nombreuses petites capitales des Espagnes divisées s'étaient-elles entourées , tant bien que mal , de quelques faibles clôtures, ne fût-ce que de simples murs de terre^.

4 et 2. Diod., XXV, (ragm. — 3. Ferreras, Hlfet. d'Esp., 1. 1, p. 19 et 428. La position exacte de cette ville est encore méconnue. — 4. De Laborde, Itinér., t. Il, p. 51 ; Lavallée, id., 1. 1, p. 93. — 5. Romey, id., 1. 1, p. 104. — 6. Polyb., Ilf. — 7, Romey, id., t. I, p. 137; Varron, Re rust., I, 14; voy. ci-dessus, p. 84. Les elTorts d' Amilcar et

Ce fut avec des défenses aussi médiocres que quelques-unes d'entrés elles se crurent assez fortes, pour essayer de barrer le passage au futur vainqueur de Sagonte* (221-219).

D'après Polybe^ et Strabon^, Asdrubal commença la construction de Carthagène (Cartbago nova — 227). Mais Annibal; surtout, en fit une véritable place de guerre'*. Supérieurement située et admirablement munie, la Carthage d'Espagne relevait fièrement au-dessus de toutes les petites villes ibériennes, mal remparées , et au-dessus des nombreuses colonies phéniciennes ou grecques, également peu fortifiées', le diadème de tours et de créneaux, dont les généraux carthaginois venaient de ceindre son front. Poursuivant la haine de son père pour les Romains, le fils d'Amilcar Barca prévoyait déjà que, pour tenter la conquête de ritalie par le chemin de l'Espagne et de la Gaule, il était nécessaire d'organiser, sur le littoral hispanique, un vaste port à l'abri des incursions des Ibères, afin de communiquer librement avecCarthage. Pour cet objet, Barcelone et Cadix se trouvaient beaucoup trop éloignées de Carthage; aussi les Africains mirent-ils tous leurs soins à fortifier Carthagène, dont la situation topographique se pré tait merveilleusement à une organisation militaire.

PoLYBE* et Tite-Live'^ ont décrit les défenses de cette dté à l'époque du siège de Publ. Cornélius Scipion (210). Je renvoie le lecteur à ces auteurs. Quant au mode de cens-

d' Asdrubal contre IKcis (Elche) prouvent que quelques places espagnoles avaient déjà, à cette époque, d'assez bonnes murailles; mais, comme le Élit remarquer M. Romey, la population de cette place était sans doute un mélange d'Espapols et de Grecs.

1. Chei les Olcadcs, Althaea, ville très -riche, fut prise d'assaut et pillée, t^lusieurs villes voisines, moins bien munies, firent leur soumission et payèrsfnt tribut. Chez les Vaccéens , Hermandique et Arbocale furent (^portées d'assaut. >(^y. Ttt. Liv., XXI, 5 et suiv. ; Polybe, II. — 2. Polybe, X . iO. — 3. Slrab., lU. IV, 6. — 4. Romey, id., 1. 1, p. 108. — 5. L'observation' né s'applique évidemment pas à quelques places, qui, comme Sagonté, avs^t d'excellentes défenses. — 6. Polybe, X^ 13. — 7. Tit. Uv., XXVl,42etsuiv.

Iniction des murailles, il devait se rapprocher plus ou moins de celui des murs puniques de Carthage, dont j ai déjà parlée

Les progrès des Carthaginois en Espagne avaient fait réfléchir les Ibères et les colons sur les desseins de la capitale de TAfrique. Quand, pour la première fois, Carthagène laissa voir aux Ibères les découpures de ses créneaux et rélévation de ses murailles*, la renommée de telles défenses eut bientôt fait le tour de la Péninsule. Les peuplades espagnoles apprirent avec quelles armes la nouvelle Carthage comptait assurer sa domination en Espagne. II leur sembla voir déjà les meilleurs de leurs biens disparaître à jamais derrière ces hautes fortifications. Leurs coupes ciselées, leur vaisselle d'or, leurs vases précieux, toutes richesses qu*à la longue ils avaient su acquérir et apprécier^, ornaient déjà, dans leur pensée, les demeures des Africains. Ils crurent voir aussi — juste crainte bientôt réalisée* — que les portes massives de Taltière cité se refermaient sur les fils de leurs chefs retenus captifs comme otages garants de leur soumission. Enfin ils soupçonnaient sans doute que, pour leur destruction , on forgeait dans cet arsenal des machines terribles dont la hauteur des murs leur dérobait la vue*.

Déjà, en haine des Carthaginois, les pays du Nord et, particulièrement, les colonies grecques, s'étaient jetés dans lalliance romaine. Un traité conclu entre Rome et Carthage (227) devait les garantir des «ntreprises puniques. Il s'appliquait à tout le territoire espagnol situé au nord de rÈbre et s'étendait, au-delà, aux villes alliées des Romains®.

Annibal , ayant soumis la plus grande partie de l'Espagne et voulant poursuivre l'accomplissement de ses projets sur l'Italie, mit le siège. devant Sagonte, en dépit des traités (219); c'était rompre ouvertement avec Rome, usant ainsi de représailles envers les Romains , qui. au mépris de la

1. Voy. ci-dessus, p. 74. — 2. Tit. Liv., XXVIl, 18. — 3. Diod., V, 36. — 4 et 5. Til. Liv., XXVI, 47. — 6. Polyb., IH, 3 ; Tit. Liv., XXI, 1 et suiv.

foi juréj, venaient d'enlever la Sardaigne à Carthage (238). Sagonte*, vieille colonie zacynthienne^, fut attaquée avec vigueur. Les béliers entamèrent les murailles et formèrent une large brèche, après avoir renversé trois tours et les courtines intermédiaires. Le premier assaut fut terrible; les Sagontins s'y servirent de leurs falariques^ et les soldats d'Annibal se trouvèrent refoulés jusque dans leurs travaux d'attaque. Cependant les Sagontins bouchaient de leur mieux, par des retirades de pierres et de boue, les brèches faites à leurs murailles par les machines puniques ; confiants dans Talliance de Rome, ils attendaient peut-être encore quelque secours venant de Tltalie. Après huit mois d'une résistance pénible, ils comprirent Tinutilité de leurs efforts; et pour priver Annibal du prix de sa victoire, ils s'ensevelirent, eux et leurs biens, sous les ruines fumantes de la cité, h laquelle ils avaient eux-mêmes mis le feu. Au dernier assaut, le général carthaginois trouva la brèche privée de ses défenseurs*.

i. Aujourd'hui M^irvièdro; voy. de Laborde, id., t. II, p. 359 et suiv. — 2. Strabon, III, IV, 6. — 3. Dans un siège, toutes les machines d'attaque L'taril de bois, Tassiégeant devait faire tous ses ciïbrts pour les incendier. Le trouble ocx^sionné par une sortie de nuit, iavorisait ordinairement Tenlroprise. On pouvait également essayer de produire l'incendie du haut des murs. Sur les machines établies contre les murailles , on laissait couler des mélanges enflammés de poix et de soufre ou des fascines allumées (i£néas, Déf. des places, XXXIII). Sur les autres, on lançait avec des balistes ou des catapultes, soit des vases fragiles remplis de matières incendiaires, soit des falariques ou des malléoles, espèces de flèches garnies d'étoupes enflammées, qui allaient se fixer sur les charpentes des machines (i^néas, id.; Âmm. Marcel., XXIH, à; Tit. Liv., XXXVllI, 6; Vitruv., X, 16; Végèce, IV, 18). D'après Tite-Livc (XXI, 8), les fabriques du siège de Sagonte furent employées contré les hommes dans les assauts. Leurs formes et leurs dimensions devaient être celles du trait, .qu'on lance h la main^itius Italicus (Guer. puniq., I) et Lucain (Phars., VI), au contraire , décrivent les falariques de Sagonte comme d*énormes pièces que projetaient les machines. 11 faut conclure de ce désaccord qu'il y en avait de deux espèces. Voy., du reste, à ce sujet, Ricli, Dict. des antiq., p. 258. — i. Tit. Liv., XXI, 7 et suiv. ; Polyb., 111.

On a dit des Espagnols que, de temps immémorial, ils avaient obéi à des étrangers ^ La chute de Sagonte marque Tépoque oii, de Carthaginois, ils allaient bientôt devenir presque Romains.

Pendant la lutte qui précède l'expulsion des Carthaginois de TËspagne , on voit les places fortes causer aux généraux romains des embarras interminables. De ces forteresses , les traces sont actuellement méconnaissables; et cependant, qu'on ne pense pas que ce soit aux seuls Vandales qu'il faille attribuer cet entier anéantissement de tant de villes mentionnées par les historiens I Ces destructeurs renommés ont laissé sur pied bien des murs romains ; et ce n*est qu'à la médiocrité de la construction des autres qu'il faut s'en prendre de leur disparition totale.

Les Carthaginois , cependant, se servirent de ces bicoques avec talent, en les employant à faire perdre aux Romains, par parties, le meilleur de leur 'temps. Car, pendant que ceux-ci s'amusaient, comme firent les deux premiers Scipions, à en assiéger où à en escalader les murailles, Carthage ravitaillait ses armées, réparait les pertes des combats, soulevait les Ibères; et la lutte se continuait^.

Par la prise de Carthagène (210), Cornélius Scipion (le premier Africain) mit fin à cet état de choses , si désastreux pour les Romains ; car toutes les autres places qui, du même coup, perdirent ainsi leur arsenal et leur principal appui, tombèrent successivement*.

Bientôt les Carthaginois, relégués dans la Bétique, chas« ses de Gadès, ne possédèrent plus en Espagne le moindre coin de terre, pas même celui où, cinq siècles auparavant, ils avaient débarqué pour faire la conquête de la Péninsule. Dans la lutte bis-séculaire des Romains avec les Espagnes , les places fortes, si médiocres qu'elles fussent, causèrent aux armées de la République des embarras indicibles. En vain Porcins Caton faisait-U porter, partout et à la môme

1. Viardot, Arab. d'Espag., 1. 1, p. 147. — 2. Lisez dans Tite-Ltve(XXI), la campagne des deux premiers Scipions (216-212). — 3. Til. Liv., XXViil.

heure, par des courriers, Tordre de démanteler sur-lechamp toutes les villes espagnoles voisines de TËbre (195)

— Tordre, dit Tite-Live*, fut exécuté en un seul jour; — en vain Tibérius Gracchus^ faisait -il, pendant une seule campagne, raser trois cents villes, bourgs, tours ou châteaux (177). L'exécution de telles mesures, si rapidement accomplies , ne prouve que la médiocrité des défenses auxquelles elles s'appliquaient; mais elle constate, en outre, la facilité avec laquelle les Espagnols savaient relever' leurs bicoques, grâce à la simplicité de leurs méthodes de construction.

Le sénat pouvait bien, par des traités, se réserver le droit exclusif de bâtir des villes^; mais les Celtibériens , si jaloux de leur indépendance, devaient souffrir bien difficilement de semblables exigences. Tandis que Scipion peuplait Italica (Séville) des vétérans ûë son armée (207)* ; lorsque Canuléius livrait aux bâtards des Romains la ville de Gartéia ( Libertinorum colonia)' (^7^; pendant que Gordoue (Gorduba) s'embellissait de monuments nouveaux (170) et s'intitulait la colonie deç Patriciens^, pouvait^on s'étonner de voir Végédâ (ou Ségéda), ville celtibérieniie^, songer à s'agrandir et à relever ses murailles ? Gompléga, aussi , ne poi^vaitelle pas penser à se peupler de guerriers espagnols^ ?

Je laisserai les (lusitaniens, accablés des exactions des préteurs*, se soulever à la voix de Viriathe (150); Scipion Émilien (le second Africain) réduire et raser Numance^® (133) , puis Sertorius choisir l'Espagne comme théâtre de sa révolte contre Kome^< (89). Je passerai également les disputes de Gésar et de Pompée ^^ vidées çur les champs* de

1. Tit. Liv., XXXIV, 17. —2. Id.,XLI, 4; Strab., III, IV, 13; voy. cidessus, p. 252. Strabon et Tite-Live crient à Texagération et disent qu'on a dû compter pour des villes les châteaux et les tours. — 3. Diod., XXXI , fragm. — A. Strab., UI, II, 1, — 5. Tit. Liv., XLUl, 3. — 6. Strab., id.

— 7. Diod., id. — 8. Tit. Liv. — 9. Cs. Appien, G. d'Espag. ; Valère Maxime, IX; Orose, IV,21. — 10. Appien, id.; Patercul.,11; Flor.,11, 18.

— 11. Appien, id.; Flor., Ul, 22; Plut., Scrlor. Orosc, V, 23. — 12. César, G. d'Espag. ; Plut., Ces., Poinp.

bataille de la Péninsule (50-45) ^ L'Espagne alors commençait à se latiniser, et déjà Pompée, sur remplacement de la ville cantabrique dlron*, avait jeté, dit-on', les fondements d'une cité romaine à laquelle il avait donné son nom , Pompeïopolis (Pampelune). César, également, Istissa les villes antiques préférer à leurs anciens noms des dénominations romaines. Désormais Evora s'appela Liberaiiti^ Julia et lUiturgis troqua son nom contre celui de Forum Julium*.

Mais TEspagne ne fut définitivement romaine qu'après l'expédition d'Auguste chez les Gantabres et les Astures. La lutte en Espagne avait duré deux siècles ; « c'est que l'Es- » pagne, dit Tite-Live, offrait, par la nature de son sol et » le caractère de ses habitants, des ressources pour rallumer » la guerre. C'est ce qui explique qu'après avoir été la pre- » mière des provinces du continent où Rome pénétra, elle » est la dernière qui ait été entièrement soumise, ce qui » n'a eu lieu que de nos jours (19), sous les ordres et les » auspices de César-Auguste*. »

Auguste était encore en Espagne (25) quand furent jetés les fondements de la ville de Mérida , la colonie des vétérans (Emerita Augusta)*. Les monuments romains, dont elle fut embellie depuis par les empereurs^, sans compter les fortes murailles qui les protégeaient , étaient si splendides , que Mouça-ben-Noceir®, lors de la première invasion des Arabes en Espagne (712-713 ap. J.-C.)*, ne put s'empêcher de s'écrier à leur aspect*® : « Heureux celui qui » triomphera de cette cité, immense monument de l'in- » dustrie humaine! » Plus tard (756 ap. J.-C), Abd-er-

1 . Après la mort de Pompée (48) , ses fils continuèrent la guerre contre César, en Espagne. — ±. Voy. Ccnac Moncaut, Espagn. inconnue, p. 113; Slrab., ni, IV, 10. — 3. Cs. Lavallée, id.-, t. I, p. 77. — 4. ïd., p. 79. — 5. Til. Liv., Irad. Nisard, XXVIII, 13. — 6. Ce fut Agrippa qui réduisit défini livcment les Cantabres et acheva la pacification de la Péninsule. — 7. Strab., Ill, II, 15. — 8. Lavallée, id., p. 93. — 9. En- Noweiri, t. I> p. 350. — 10. Voy. ci-dessus, p. 226. — 11. Condé, trad. do Maries, 1. 1, p. 90.

Rahman ( Abdérame I" ) saluait encore la magnificence de ces constructions par un cri d'enthousiasme ^

Les noms de Gaesarea Augusta (Saragosse, anciennement Salduba), de Pas Augusta (Badajoz), d'Asturica Augusta (Astorga), de Gemella Augusta (Martos), etc., indiquent suffisamment à quelle époque il faut reporter la construction ou la; restauration de ces villes par les Romains^. Vers le même temps encore, la ville de Léon (Legio Gemina)^ recevait ses premiers fondements des légions cantonnées dans le pays.

Des ruines militaires sont encore visibles aujourd'hui dans quelques-unes de ces cités; il suffira de nommer quatre portes, à Sarragosse, qui faisaient partie de la muraille d'Auguste^, et des soubassements de murs, dans la région haute de Badajoz'.

Vespasien (71 ap. J.-C.)*, Trajan ( 100 ap. J.-C.)'^, Marc- Aurèle (177 ap. J.-C.)*, mirent tous leurs soins à faire réparer les chemins militaires de TEspagne,. comme en font foi les inscriptions recueillies par Morales. Les ouvrages d'art les plus somptueux furent dressés sur ces grandes routes; c'est ainsi qu'il faut remonter jusqu'à Trajan pour retrouver l'époque de la construction du pont de Norba-Caesarea (Al-Kantara) *.

Du reste, quand les provinces romaines voyaient la pourpre impériale revêtir quelques-uns de leurs enfants, le pays en retirait toujours quelqu'avantage. Trajan, Adrien, Antonin- le -Pieux, Marc-Aurèle, ayant reçu le jour en Espagne, la Péninsule se ressentit de leur fortune. « Sous ces princes » , dit M. de Laborde^®, « l'Espagne par- » ticipa à tout 1 éclat et à toute la gloire de la maîtresse du » monde. » L'aqueduc de Ségovie (107 ap. J.-C. ?), l'arc de

1. Girault de Prangèy, p. 22. — 2. Slrab., 111 , II, 15: Lavallée, id., 1. 1, p. 91. — 3. Ferreras, id., t. I," p. 162. — 4. De Laborde, id., t. I. p. 420. — 5. Id., t. m, p. 414. — 6. Ferreras, t. I, p. 200, d'après les inscriptions de Morales. — 7. Id., 1. 1, p. 205. — 8. Id., p. 233. — 9. Lavall(5e, id., p. 93. — 10. De Laborde, 1. 1, p. 72.

Barra, et plusieurs autres monuments, dont les ruines subsistent encore, sont les témoins de la magnificence romaine dans la Péninsule'.

Parmi les murailles d'enceinte de Tépoque impériale ^ dont on peut encore voir quelques débris en Espagne, je citerai celles dé Barcelone^, de Tarragone', de Carmona* (deux portes de ville) et de Goria. M. de Laborde a dit de cette dernière ville' : « L'enceinte des fortifications ro- » maines existe encore. Les murailles sont en grandes » pierres placées avec régularité , ayant 28 pieds et demi » d'élévation (9",25) et 16 pieds 4 pouces d'épaisseur (5",30), » flanquées , d'espace en espace , de grandes tours carrée» s> de la même construction ; on y voit quatre portes, chacune » de 13 pieds 9 pouces de hauteur (4'",45), sur 12 pieds de » largeur (3"*,90) et défendues par deux tours. »

Envahie par les Vandales, les Suèves et les Alains (409 âp. J.-C), l'Espagne ne vit plus que des ruines; « ils dé- » mantelèrent toute» les places qu'ils trouvèrent » , dit Ferreras*.

Leurs successeurs, les Goths y construisirent peu de villes fortes ; On cite toutefois Reccopolis, dans la Celtibérie^, et Victoriacum, dans l'Alava moderne®. Ces places durent leur fondation à Léovigilde (577 et 580 ap. J.-C). La dernière fut particulièrement bâtie pour résister aux soulèvements des Vascons. Ce fut également dans le but de s'opposer à ce peuple du Nord que Svsrinthila fonda plus tard la ville d'Oligito, dans la Navarre (622 ap. J.-C.)^. Parmi les villes fortes qui furent seulement restaurées ou agrandies, on signale Tolède, où se tenait la cour du roi Wamba. Ce prince engloba dans une nouvelle enceinte le faubourg du Nord (674 ap, J.-C.)*^. Mérida dut également la restauration de ses murailles aux rois goths; les plus

1. et 2. Lavallée, id. — a. Id.» p. 89. — 4. De Laborde, t. III, p. 240. — 5. Id., p. 429. — 6. Ferreras, t. II, p. 20. — 7. Id., p. 206. — 8.*Id., p. 219. —9. Id., p. 288. •— 10. Id., p. 374. Cs. Romey, t. V, p. 353.

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