‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 19 sur 72 · CONSTRUCTIONS ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

CONSTRUCTIONS ESPAGNOLES

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grands travaux qu'on y exécuta furent entrepris sous Er-

vige (681-687 ap.J..C.)^

L'architecture militaire des Goths nous est déjà connue; je renvoie le lecteur à ce que j'en ai dit précédemment, à propos des cités gothiques du midi de la France^.

Les rois goths avaient fait de Tolède leur capitale ; les émirs arabes, pour être plus près de l'Afrique, se fixèrent d'abord à Séville, puis à Cordoue^. Dès le début de l'invasion arabe , Mouça s'était empressé de démanteler la plupart des villes qui lui avaient fait résistance^. La conquête étant faite, Abdelaziz songea, au contraire, à rétablir leurs murailles pour assurer la soumission des vaincus. Faisant le tour de ses états, rapporte Ferreras', « il examina avec » soin les endroits les plus propres à y construire des forts 3D et à y établir des garnisons , pour contenir les peuples » dans le devoir et dans la sujétion. Les nouveaux maîtres, » contents de conserver les villes qui subsistaient encore, en » rebâtirent d'autres ou rétablirent plusieurs de celles qu'ils » avaient renversées pendant la guerre » (716 ap. J.-C).

Tant de précautions, du reste, n'étaient pas inutiles; car déjà les Asturies avaient recueilli dans leurs montagnes les Espagnols les plus jaloux de leur indépendance, et bientôt Pelage, le porte -lance de Rodrigue à la bataille du Guadelète (711 ap. J.-C), allait y reformer le noyau de la seconde monarchie espagnole, qui, huit siècles plus tard, devait chasser définitivement les Arabes de la Péninsule (1492 ap. J.-C.).

D'un autre côté, la discorde s'étant mise dans les rangs musulmans, les partis s'emparèrent des principales places fortes de l'empire et s'appuyèrent sur elles pour soutenir

1. Romey, t. II, p. 284. — 2. Voy. ci -dessus, p. 131 et suiv. — 3. Abdelaziz (716 ap. J.-C.) transporta le séjour de la cour de Tolède à Séville; Tannée suivante, Alahor alla s'installer à Gordoue, dans une position plus centrale. Gs. Ferreras, t. II, p. iii et suiv. ; Viardot , Arab. d'Espagn., 1. 1, p. 29 et 30. — 4. Ferreras, id., p. 437 et suiv. — 5. Id., p. 444. Pour la conquête de TEspagne par les Arabes , voy. Noweiri , trad. de Slane, 1. 1, p. 345 et suiv. ; Romey, Hist* d'Espag., t. III.

leurs prétentions à la prépondérance. Mérida et Tolède, deux villes magnifiquement remparées par les Romains ou par les Gk>ths, étaient surtout les principaux centres de résistance opposés par les rebelles aux armées des émirs arabes ^

Pendant ces querelles, le roi des Âsturies, Âlphonse-le- Catholique, reprenait aux Infidèles la Galice , le Léon et la Castille (739-757 ap. J.-C). Faisant restaurer les fortifications des villes susceptibles d'être secourues à temps, il donnait, au contraire , Tordre de démanteler celles qui étaient trop éloignées, dans la crainte que celles-ci, âifBdles à surveiller, ne servissent de points d'appui aux Musulmans dans leurs retours offensifs^.

Vers le temps où oe prince mourait sur le trône de Pelage (757 ap. J.-C), Ahd-er-Rahman (Abdérame I"), de la famille des Ommïades de Damas, fondait le royaume de Gordoue (756 ap. J.*G.). L'Espagne musulmane ayant reconnu son autorité , il embellit sa capitale par la création d'une multitude de palais et de jardins^ (760 ap. J.-G.). Plus tard, après la paix avec le roi des Asturies (763 ap. J.-G.) et la réduction dé Tolède insurgée (765 ap. J.-G.), il trouva le repos nécessaire à la reprise de ses travaux ; c'est alors qu'il fit restaurer les murailles de Gordoue^ et que -, par ses ordres , un chàteau-fort s'éleva dans leur en* ceinte. De son côté, le roi des Asturies bâtit Oviédo (761 ap. J.-G.)', qui ne devait, du reste, être entourée de murailles, ou plutôt de bonnes murailles, que cent vingt ans plus tard, sous AIphonse-le-Grand (880 ap. J.-G.)®.

Les deux royaumes de l'Espagne cherchaient à assurer momentanément leur tranquillité réciproque, quand leur repos fut troublé tout à coup par l'apparition des Français de Gharlertiagne^. Geux-d s'acquirent certainement une brillante renommée de valeur dans cette campagne ; mais le

1. Condé, t. I, p, 246 et suiv.— 2. Ferreras, t. II, p. 491. ^ 3. Id., p. 497. — 4. Condé, id., p. 222. — 5. Ferreras, t. II, p. 497. — 6, Id., p. 648. — 7. Id,, p. 500 et suiv.

désastre de Roucevaux, si célèbre dans les romans de chevalerie (778 ap. J.-G.) , ne contribua pas moins à donner à Abdérame le calme qu'il recherchait pour son empire.

L*orage étant dissipé, ce prince voulut rehausser Tédatde son règne par la construction de quelque grand monument; il fît alors commencer la magnifique mosquée de Gordoue (786 ap. J.-C.)^ C'est de cet édifice, bien souvent restauré, sans doute, mais dont le plan primitif subsiste, que Tauteur des Orientales a pu dire :

Gordoue aux maisons vieilles A sa mosquée où l'œil se perd dans les merveilles^.

Ayant concentré dans ses mains la part du pouvoir qui échappait aux Abbassides, le premier des Mérouanides ne voulut rien négliger, tout en regrettant amèrement la patrie*, de ce qui pouvait contribuer à Fembellissement de la terre hospitalière qui l'avait si gracieusement ac- 'cueilli. Il inaugura, dans la Péninsule, Fère brillante de la civilisation arabe ^ qui mit, pour longtemps encore, l'Espagne au-dessus des nations voisines, plongées dans les ténèbres du moyen-âge.

L'étude de Tenceinte de la mosquée de Gordoue n'est pas sans intérêt pour nous. Elle a ses tours et ses créneaux comme les forteresses du temps. Et il faut peu s'en étonner, quoique ces accessoires y aient été ajoutés plutôt pour la décoration et les besoins de la construction que pour Tuti- Uté de la défense*. En effet, les hommes qui l'ont cons* truite, étant de nature très - belliqueuse , négligeaient rarement, dans leurs monuments, de quelqu'ordre qu'ils fussent, d'introduire des dispositions rappelant les organisations militaires de leurs forteresses. C'était un genre

1. De Prangey, p. 23 et suiv. — î. Victor Hugo, Orient., XXXI. — 3. Quand Abdérame apercevait de son alcazar de Gordoue un palmier qu'il avait fait flanter dans ses jardins, et qui fut, dit-on, le premier de tous ceux de l'Espagne, il s'écriait: c Toi, beau palmier, tu ne regrettes point » la patrie! > Condé, 1. 1, p. 20i. — 4. Gs. Viardot, t. 1, p. 58. et suiv. — 5. De Prangey, p. 30.

de décoration qu'ils affectionnaient ; et tous les monuments de l'Egypte ou de TAfrique, qui subsistent encore, en font foi. D'après M. Girault de Prangey^ les murs de l'enceinte de la mosquée présentent l'exemple d'une grande variété de construction. Sur d'énormes soubassements en pierres, débris, sans doute, de ruines antiques, s'élèvent des murs de deux à trois mètres d épaisseur, tantôt en pierres, tantôt revêtus seulement de pierres. « Dans quelques parties, » ajoute le même auteur, « on remarque l'emploi de larges » briques et ce mélange de terre, de pierre et de chaux, » que les Espagnols ont appelé tapia^. Des merlons en )) pierre ayant la forme de trapèzes dentelés ( almena ) et » reposant sur une frise sans ornement, qui forme l'enta- » blement tout entier, servent de couronnement à ces mu- )> railles »

On peut induire de cette description, et par analogie, que, dans la construction de leurs forteresses, les Méroua-' nides procédaient « par l'emploi de matériaux antiques^ » et , à leur défaut , par celui du tabbya , déjà si connu de nous , depuis que nous avons parlé de l'Afrique musulmane.

Le IX' siècle trouva l'empire ommïade livré à toutes sortes d'inquiétudes. Les Français venaient de reparaître dans la Catalogne, d'y restaurer les enceintes des villes fortes et de peupler les dtés avec des étrangers (796-797 ap.J.-G.)^. Le roi des Asturies, Alphonse-le-Chaste , avait fait de même du côté de la Lusitanie ; il avait de {dus commis les plus grands dégâts sur les terres musulmanes (79B ap. J.-C.)'. Il fit élever tant de châteaux-forts dans le pay& des Vaccéens, que la contrée, dit-on*, en prit son nom de Gastille (Gastella).

La guerre civile vint, à son tour, désoler le royaume de Cordoue. Mérida et Tolède, appuis ordinaires des révoltés, grâce à leurs fortes murailles, exigèrent de longs sièges

i. De Prangcy, p. 28. — 2. Tabbya; voy.ci-dess., p. 227. — 3. De Prangey, id., p. 34. ■— 4. Ferreras, t. Il, p. 530 et suiv. — 5. Id., id., p. 533' — 6. Lavalléc, t. 1, p. 174.

pour rentrer dans le devoir (827-836 ap, J.-C). U est vrai qu'Abdérame II songea à démanteler Mérida ; mais cetle place forte était très- bien située et pouvait lui rendre encore d'excellents services pour arrêter les incursions des princes chrétiens. U changea d'avis, et, au contraire, il fit réparer avec du tabbya^ les brèches faites aux murailles par la guerre. Une inscription placée sur Tune des portes de la forteresse rappela la date de l'exécution de ces travaux^.

Knân les Normands, « dont on ne soupçonnait pas l'exis- » tence, » dit Condé^, se montrèrent tout à coup dans l'Andalousie et vinrent si près de Séville qu'ils en brûlèrent un fauboui'g. Gn dut se hâter de restaurer les brèches qu'ils avaient faites aux murailles et l'on construisit en même temps, dans les principaux ports de mer, à Tarragone, à Carthagèue et à Cadix , des vaisseaux destinés à surveiller les côtes (845 ap. J.-C). A la faveur de ces désordres et de la guerre civile , qui continuaient à désoler les états du roi de Ck)rdoue, les princes des Asturies agrandissaient leur royaume. Pendant que Tolède révoltée subissait les sièges les plus longs**, espèces de blocus semblables à ceux que tinrent, plus tard, auprès de Tlemcen, les sultans Mérinides^ pendant que Mohammed faisait raser définitivement les remparts de Mérida®, ne laissant qu'une citadelle avec une garnison pour contenir les habitants dans le devoir (862 ap. J.'-C), les rois chrétiens, de leur côté, travaillaient à relever les murailles de leurs places fortes, Léon, Astorga (856 ap. J.-C.)^ Tuy, Amaya (860 ap. J.-C.)^ Alphonse -le -Grand faisait garder l'entrée des Asturies par le château de Sublancia et la citadelle de Céa (867 ap. J.-C.)*. Orense, Brague, Porto, recevaient également des fortifications, en vue des incursions des Infidèles (872 ap. J.-C.)^^ Il allait en être bientôt de même ^

i. De Mariés, dans Condé, l. I, p. 322. — 2. Id. — 3. Id., p. 327. — i. L'un de ces sièges dura six ans (854-860 ap. J.-C); Condé, t. I, p. 836. —••5. Voy. ci-dess., p. 246. — 6. Ferreras, t. II, p. 626. — 7. Id., p. 612. — 8. Id., p. 622. — 9. Id., p. 634. — 40. Id., p. 638.

de Coïmbre (875 ap. J.-C.)*,-d'Oviédo (880 ap. J.-C.)^ de Burgos (884 ap. J.-C.)« et de Zamora (903 ap. J.-C.)*. Cette dernière place fut tout particulièrement l'objet des soins du roi des Âsturies, qui Tentoura de plusieurs en* ceintes séparées par des fossés pleins d'eau'.

Telle était la situation de TËspagne chrétienne dans la seconde moitié du IX^ siècle.

Les Mérouanides, de leur côté, faisaient courir leurs armées sur tous les points menacés, soit pour calmer les révoltes, soit pour s'opposer aux envahissements des chrétiens. Ils ne négligeaient pas non plus d'organiser défensivement leurs états.

Grenade, déjà fortifiée sous les émirs arabes (755 ap. J.-C.)®, s'accrut d'un certain nombre de forts (889 ap, J.-C.)^. Des alcazars ( al-kasr, le château ) s'élevèrent dans toutes les villes, pour la protection des lieutenants gouverneurs®; et les princes s'entourèrent de gardes étrangères , soythiques ou esdavones^. Enfin, sous Âbdérame IJI, Âmuldafar fit rentrer dans l'obéissance deux cents villes ou villages fortifiés (915 ap. J.-G.)^^, dont la plupart, sans doute, n'étaient que des bicoques entourées d'un mur de pisé I Telles étaieut les sûretés que les rois de Gordoue prenaient alors contre leurs sujets.

Gontre les princes chrétiens,^ leurs soins n'étaient pas moindres ; ils multipliaient les forts sur les frontières » les plaçant dans des positions choisies. De là l'origine de toutes ces villes ou villages de l'Espagne moderne, dont le nom conserve encore aujourd'hui le souvenir des organisations défensives des Maures '^

1. Ferreras, p. 642. — 2. Id.. p. 648. — 3. H., p. 654. —4. Id., t. III, p. 2. — 5. Gondé <t. 1, p. 430) accorde sept enceintes de bonnes murailles à la ville de Zamora, b&tie par Alphonse-le-Grand. M. Viardot réduit ces défenses à trois. C'est plus vraisemblable (Viardot, 1. 1, p. 94). — 6. Romey, t. III, p. 218; Coodé, 1. 1, p. 205. — 7. Id., p. 372. — 8. De Prangey, p. 8. — 9. Condé, l. I, p. 382. — 10. Id., p. 395. — il. Alcali, et tous les noms formés de Cala (citadelle). M. Romey (t. V,

Du reste, le roi des Asturies et celai de Navarre* n'en faisaient pas moins chez eux; leurs limites, du côté ûeÉ Musulmans, se garnissaient également de forteresses^. Ces sentinelles fortifiées passaient successivement d un «mpird à l'autre , suivant leur fortune. On les démantelait faute de pouvoir les occuper sûrement; et ces contrées de batailles, où flottaient à tour de rôle les étendards chrétiens et le drapeau musulman, se nommaient estramaiourêi (eztramaturse ) dans le langage chrétien de Tépogue*.

Le X^ siècle vit se perpétuer cet état de choses et il s'en fallut de peu que la fortune d'Âlmanzor n'anéantit tout d'un coup la puissance des monarchies espagnoles. Ce général » qui fut le plus grand capitaine de son temps, se jeta à plusieurs reprises sur TBspagne chrétienne, ruinant et saccageant toutes ses places fortes. Dans ce désastre, succombèrent Barcelone (985 ap. J.-*C.}^ et Léon (996 ap. J.^G.)'. Quelques auteurs disent même que cette dernière cité fut si maltraitée qu'il ne resta pas piei:re sur pierre de ses antiques muraiUes; une tour, seulement, subsista pour témoigner du triomphe d'Âlmanîor devant lai)Ostérité^

Il fallut que les rois de Léon^ et de Navarre se liguassent avec le comte de Castille pour chasser les Infidèles (998'

p. 256) donne k liste alphabétique de 19 forteresses de cette espèce bftties an moyen«llige.

i. La Navarre fiit constituée en royaume vers l'an 860 de J.-C. ; voy. d'Hermilly, dans Ferreras, t. lU» préf. — 2. Id., p. 11 et suiv. — 3. Cs. Roroey, t. V, p. 260. — A. Ferreras, t III, p. 97. — 5. Id., p. 104. — 6. D'après Condé (t. Il, p. 22), le siège de Léon date de 1 année 983 ap. J.-G. Suivant le ménie auteur, Almanzor ordonna la démolition des remparts ; t mais comme ils étaient extrêmement forts et que les > travaux auraient exigé trop de temps, ils ne furent ruinés qu*à demi. » Ce fut Abdelmelek, son fils, qui acheva la ruine de ces murailles (1003 ap. J.-G.) (Condé, t. II, p. 61). Ces remparts furent relevés bientôt après, en bois et terre , par Alphonse V (1016 ap. J.-C). Ce mode expéditif de restauration donne une idée des procédés rapides de constrliction de cette ' époque. — T. L^on était devenue la capitale depuis l'an 911 de J.-C.

ap. J.-C), qui venaient de remporter successivement plus de cinquante victoires*.

Au moment où les chrétiens, oubliant leurs querelles, s'alliaient pour repousser Tennemi commun , le khalifat de Cordoue , après les règnes brillants d'Abdérame III et d'Alhakem II, allait, à son tour, être désolé par les divisions.

Sous ces princes, le royaume était parvenu à Tapogée de sa splendeur. Des villes nouvelles s'étaient élevées , construites par des architectes de Bagdad et de Gonstantinople'. L'agriculture en progrès, le commerce encouragé, la puissance militaire accrue par les expéditions d'Almanzor, tout pouvait faire présager des jours plus brillants encore pour la dynastie des Mérouanides. Cet état de choses , cependant, eut peu de durée, et la mort d'Almanzor (1001 ap. J.-C.) fut le signal de la décadence. La guerre civile, la famine, la peste, tous les fléaux qui, d'ordinaire, accompagnent la chute des trônes , s'abattirent ensemble sur l'Espagne musulmane. Le magnifique palais de Médina-Zahra, construit avec tant de recherche, sous Abdérame III, fut détruit de fond en comble par les bandes de Mohammed-Mehdi-Billah (1008 ap. J.-C.)'. Cordoue, assiégée et prise par Soliman, fut livrée au pillage (1012 ap. J.-C). Enfin, le dernier des Ommïades d'Espagne, Hischem III, déposé par le peuple et dépouillé de ses ornements royaux , qpiitta la capitale livrée à l'anarchie la plus déplorable (1031 ap. J.-C.)*.

Dès lors, des royaumes indépendants se formèrent dans les principales villes de l'empire^. Bientôt on vit Cordoue passer aux mains du roi de Séville (1060 ap. J.-C.)*, puis Cordoue et Séville succomber à la fois sous le poids des armes du roi de Tolède (1075 ap. J.-C.)^.

Ces querelles favorisèrent les projets d'Alphonse VI , roi de Castille® et de Léon, qui, s'étant emparé de Tolède, en

4. Viardot, 1. 1, p. 140. — 2. Médina-Zahra, auprès de Cordoue (936 ap. J.-C). (Voy. Condé, t. I, p. 419); de Prangey, p. 53. — 3. Id., p. 12, d'après Murphy.— 4. Viardot, t. 1, p. 117etsuiv. — 5. Ferreras, t. III, p. 160. — 6. De Prangey, id. ; Viardot, 1. 1, p. 153. — 7. De Prangey, id. — 8. La Gastille fut réunie au royaume de Léon, l'an 1037 ap. J.-C.

fit désormais là capitale de ses états (1085 après J.- G.)!.

Les rois musulmans de TEspagne, inquiets de ces progrès, appelèrent à eux les Almoravides'^, qui brillaient déjà en Afrique de Téclat le plus vif.

Youssouf-ben-Tachefin, vainqueur d'Alphonse VI, à la bataille de Zalaca (1086 ap. J.-C), rêva immédiatement la conquête de l'Espagne à son profit. Grenade (1090 ap. J.-G.), Gordoue, Séville (1091 ap. J.-G.), Valence, Badajoz (1092 ap. J.-G.) tombèrent successivement en son pouvoir'.

Déjà les Almora vides avaient fait restaurer les fortifications d'Algéziras (1086 ap, J.-G.). On avait relevé les murs de la ville et entouré le tout d'un fossé ^. Us avaient également fortifié Galatrava (Kalat-Rabah)^ et réparé les murailles de Gordoue (1091-1092 ap. J.-G.)^ G'est dans ces places qu'on doit tenter la recherche des débris des constructions militaires qui leur appartiennent.

Ils mirent tous leurs soins à l'organisation des frontièi'es^ les princes les visitaient souvent et s'assuraient par euxmêmes de l'état des châteaux-forts^. Gomparant les lignes de leurs forteresses de frontières à un râtelier (soghr)^^ il» apportaient à leur entretien une attention toute particulière.

Dans ces régions, les moindres bourgs possédaient leurs murailles ; les villages même étaient fortifiés. Il est inutile de se demander de quelle nature étaient ces défenses; le tabbya, certainement, en faisait tous les frais.

Dans les royaumes chrétiens, c'était la même organisa- ' tion défensive. Tolède, en particulier, comptait dans sa dépendance une foule de petits châteaux-forts'. Partout, du

1. De Prangey, id. — 2. Voy. ci-dessus, p. 235. — 3. Lisez le Karlas, p. 205 et suiv.; Ibn-Khaldoun , t. II, p. 67 et suiv. — 4. Romey, t. V, p. 452. — 5. Kartas, p. 221. — 6. Romey, t. V, p. 505. — 7. Karlas, p. 234. — 8. Romey, id. — 9. Alphonse VI av§dt fait restaurer les murailles de Tolède au commencement du Xll*" siècle (1101 ap. J.-C). Grâce à sa position et à la force de son enceinte , cette ville résista aux attaques d'Aly-ben-Youssouf (1109 ap. J.-C). Mais vingt-sept châteaux-forts de sa dépendance furent enlevés, par les Musulmans, dans cette campagne. Douze ans plus tard (1121 ap. J.C.), Texpé^ition fut renouvelée, et, cette fois,

reste ^ on sentait la nécessité de multiplier les forteresses , pour résister aux attaques des Musulmans. Avila (1107

ap.J.-C.)SSouria(llI7ap. J.-C.)^Leyria(1135ap.J.-C.)^ Ribas (1138ap. J.-G.)^, etc., avaient, de la sorte, été entourées de murailles.

Ces précautions étaient loin d'être inutiles; car les Âlmoravides dévastaient perpétuellement. les frontières, renversant les villages et les édifices, « tuant les chrétiens, les » faisant prisonniers ou les forçant de se renfermer dans » leurs forteresses*. )> Ces expéditions étaient tellement fréquentes , qu'elles avaient un nom particulier, algarades*.

A Tintérieur, leur règne fut assez brillant. Les arts , les lettres et les sciences prospérèrent àSéville et àCordoue^. Un palais magnifique fut construit à Grenade^ (1136 ap. J.-C). Mais quant aux restaurations qu'ils firent faire aux murailles des principales places x fortes de leur empire, il est deventi difiicile de les distinguer, au milieu de toutes celles qui les ont précédées ou suivies. Le style de leur architecture militaire nous est déjà connu , du resta, par les murailles de Maroc^.

La puissance des Almoravides, en Espagne^ eut peu de durée. Ayant imposé aux habitants de Gordoue les traitements les plus durs, la capitale de Tempire secoua leur joug et bientôt ils furent obligés de se réfugier aux îles Baléares ou en Afrique (1146 ap. J.-C.)^®.

Ils n'avaient pas encore quitté l'Espagne, que déjà les Almohades^* s'y précipitaient et s'emparaient successivement de Tarifa, d'Algéziras (1144 ap. J.-C.)*^, de Gordoue, de Carmona et de Jaen (1148 ap. J.-G.)*^. A la faveur de

trente châteaux tombèrent aux mains des Infidèles, Voy. Ferreras, 1. 111, p. :293; KarUs, p. 231 et 238.

1. Ferreras, t. III, p. '300. — 2» Id., p. 342. — 3. Id., p. 397. — 4. Id., p.- -405. — 5. Kartas, p. 235. — 6. Viardot, 1. 1, p. 182. — 7. Roraey, t. VI, p. 35. — 8. De Prangey, p. 13. — 9. Voy. ci-dessus, p. 236. — 10. Viardot, 1. 1, p. 194 ; Sédillol, Hist. des Arab. , p. 294. — 11. Voy. ci-dessus, p. 236. — 12. Kartas, p. 378. — 13. Id., p. 379.

cette révolution, les princes chrétiens tombèrent sur Lisbonne, Alméria, Tortose, Mérida et plusieurs au(i*es places fortes (1147-1149 ap. J.-C.)*. Quelques-unes d entre elles repassèrent bientôt, il est vrai, aux mains des Musulmans; mais ces expéditions n'en fortifièrent pas moins la puissance chrétienne. Grenade fut également Tobjet de contestations entre les deux empires; mais elle resta aux Musulmans

(1155-1156 ap.J.-C.)^.

C'est vers cette époque que prirent naissance la plupart des ordres militaires, ceux d'Alcantai*a (1156 ap. J.-G.)i de Calatrava (1 158 ap. J.-C), de Saint-Jacques (1 161 ap. J.-C.)^, etc Les chevaliers, moitié moines, moitié bandits, s'étaient donné pour mission de maintenir perpétuellement la guerre d'escarmouches sur les terres des Infidèles. Établis dans des ermitages fortifiés, semblables aux rihaths des Arabes^, ils en sortaient, comme de repaires de pirates, pour désoler les possessions musulmanes et leur causer tous les dommages possibles.

On attribue à Abd-el-Moumen les plus anciennes fortifications de Gibraltar (1160 ap, J.-C.)^.

Son fils et successeur, Youssouf-Abou-Yacoub , fit jeter à Séville un pont de bateaux sur le Guadalquivir. Deux citadelles (kasbah), dont Tune intérieure et l'autre extérieure , furent également bâties par ses ordres. On releva quelques portions de murailles et on répara les couronnements des murs (dzalelik). La place fut entourée de fossés (1171 ap.J.-a)%

El-Mansour, après la sanglante victoire d'Alarcos^ (1195 ap. J.-C.), trouva, à son tour, le temps de se livrer à son goût pour les constructions. Ce fut alors qu'il commença à

J. Kartas, p. 379. — 2. l(l.,^p. 380. — 3. Ferreras, t. III, p. 455, 461, 467 et pass. — 4. Espèces de couvents- forteresses, établis sur les frontières p:ir les Arabes de la première invasion, eu Afrique, pour assurer leurs limites. Los pieux Musulmans s'y retiraient pour favoriser la guerre sainte et le succès de Tislamismc. Cs. Ibn-Khaldoun , passim. — 5. Kartas, p. 281. — G. 11., p. 297, 381 ; Romcy, t. VI, p. 130. — 7. Kartas, p. 100.

bâtir la magnifique mosquée de Séville, dont la tour principale, achevée depuis, la Giralda, passe pour Tune des plus belles productions de Tart mauresque.

Ck)mme celle de la mosquée de Cordoue, Tenceinte de la djéma do Séville rappelle, par ses formes extérieures, les dispositions défensives des forteresses de Tépoque. Comme elle, elle a ses toui's et ses créneaux; et, dans sa construction , le tabbyja occupe encore la place la plus importante parmi les matériaux mis en œuvre ^

Youssouf-el-Mostanser, rapporte Abd-el-Halim*, fit refaire à neuf les murs de Séville (1221 ap. J.-C); on refit les chaussées extérieures (fausses braies) et on creusa à Tentour de nouveaux fossés. Ces murailles sont sans^ doute celles qui subsistent encore et dont le pisé, « fait de terre et » de cailloux tirés de la rivière^ » , a résisté à laction destructive des siècles.

JjQ^agasin Pittoresque a donné une vue magnifique de ces défenses anciennes^, a Tandis que les murailles des vieilles » villes du nord de TEspagne, de la terre des chrétiens , sont » lourdes et massives , grossièrement bâties , sans couron*- » nements, flanquées de ces grosses tours demi-circulaires, » plus larges que hautes , ,qu'on nomme cubos, défenses im- » provisées d'un peuple qui se lève et qui, peu à peu, re- » pousse l'oppresseur, les fortifications du midi, delà terre » des Mores, sont légères, gracieuses, construites avec art, - » avec calme et avec étude. C'est Tœuvre d'un peuple qui se » sent chez lui bien à l'aise et ne s'entoure de murs que pour » mettre à l'abri ses trésors , les produits de la science et les » chefs-d'œuvre de la paix.

» On dirait que les murailles de Séville n'ont pas d'épais- )) seur et les découpures aiguës de leufs créneaux les font » ressembler à une double palissade de madriers étroite- » ment serrés (allusion aux doubles murs de la ville, mur » et fausse braie). Les tours s'élancent d*un seul jet, sai-

1. Do Prangey, p. 102 et suiv. — 2. Karlas, p. 390. — 3. De Laborde, llin., t.'lV, p.2i3. — l. Ma^as. pilL, 18oîl, p. 83.

» gnées par quelques meurtrières, enjolivées de cordons >i en briques, de chaînes de pierre blanche, d'inscriptions » arabes, et si soigneusement bâties, de matériaux si bien » choisis, que leurs arêtes sont encore vives comme aux » premières années, et qu'elles ont à peine laissé prendre » quelques parcelles de terre et de ciment aux ouragans et » aux grandes pluies de dix (?) sièdes. d

Après la bataille de Tolosa (1212 ap. J.*G.)i les Almohades tombèrent en pleine décadence; les walis des provinces (lieutenants -gouverneurs) cherchèrent, chacun de leur côté, à s'emparer du pouvoir^; et, à la faveur de ces désordres, les princes chrétiens purent se jeter sur Tempire berbère d'Espagne. Ils en chassèrent la dynastie de Maroc, qui, bientôt, comme on le sait^, allait s'éteindre en Afrique , avec Abou-Debbous (1268 ap. J.-C).

Au milieu de la désolation générale, pendant que les Chrétiens enlevaient successivement aux Musulmans toutes leurs principales places fortes. Valence (1238 ap. J.-C), Jaen (1246 ap. J--G.), Séville (1248 ap. J.-C.)», Mohammedben-Alhamar, s'interposant enti^ ses coreligionnaires et le roi de Castille, dont il s'était fait le vassal, réunissait à Grenade les Maures yaincus ; il donnait ainsi naissance au dernier empire arabe d'Espagne, dont l'éclat devait se soutenir encore pendant plus de deux siècles (1248-1492 ap. J.^G.}.

Quand ce prince entreprit de jeter sur la Sierra-del^Sol les fondements de TAlhambra, espèce de palais -citadeUe , dont il se plut à diriger lui-même les premiers travaux (1248 ap. J.*C.) et que ses successeurs mirent tous leurs soins à compléter et à embellir^, Grenade possédait déjà 41 de hautes murailles flanquées de tours et deux châteaux'. »

L'un de ceux-ci, les Tours Vermeilles, de construction antique, marquait l'emplacement d'un ancien poste fortifié, romain ou phénicien*.

1. Viardot, t. I, p. 20i et suiv. — 2. Voy. ci-dessus, p. 238. — 3. Viardot, t. I, p. 226 et suiv. — i. De Prangey, p. 123 et suiv. — 5. Condé, 1. 111, p. 66. — 6. Th. Gautier, Voyag. en E^pag., XI.

L'autre, TÂlcasabah Gadimah (citadelle aacieane), remontait, selon toute probabilité S à la an du IX* siècle de notre ère. Ses murailles étaient formées « de belles pierres » de taille empruntées aux monuments antiques, alternant » avec des lits de tapia^. » Plus tard, des fugitifs de Baëza, ville ruinée par Ferdinand III de Castille ( 1229 ap. J.-C.)^, étaient venus se réfugier au pied de son enceinte. Ils avaient bâti le faubourg, qui, de leur nom, se nomma l'Albaysia , et Tavaient, depuis, entouré de mûi'ailles.

L'Alhambra compléta le système défensif de Grenade, dont les divers quartiers , réunis par de hautes murailles , en partie précédées de fossés^, se trouvaient, en outre, reliés entre eux par un réseau très-développé de canaux souterrains^, qui assuraient, en temps (jie guerre, les communications de l'un à Tautre.

« Les murailles d*Alméria et de Grenade », dit M. de Prângey®, « sont construites en terre argileuse tassée et » mêlée de cailloux; un enduit extérieur, beaucoup plus dur, » recouvre les assises de ce pisé et forme une croûte com- » pacte, qui se lie intimement avec la masse. ArAlhambra, » quelques tours sont aussi en pisé, comme celles d'Aimé- » ria, mais plusieurs sont construites avec plus de recherche » et par un procédé particulier. Des couches de quelques )> centimètres d'épaisseur, non plus seulement de terre bat- )> tue, mais en argile corroyée, soigneusement préparée, et )) qu'on laissait probablement se dessécher au soleil , alter- » nent avec des lits moins épais d'un mélange de sable, de » chaux et de petits cailloux. Les couches en argile forment » en quelque sorte d'immenses briques d'une seule pièce , et » dont la grandeur est celle même de la section horizontale » de la tour ; la matière qui les unit est la même que ceUe » des enduits. »

Cependant les rois chrétiens poursuivaient la conquête de

1. De Prangey, id.; voy. ci-dessus, p. 270. — 2. Id. — 3. Gondé, r. in, p. 13. - i. De Prangey, p. 125. >- 5. Id., p. 202. — 6. Id., p. 198.

TEspagne; ils vinrent mettre le siège devant Niébla (1257 ap. J.-C). « La ville de Niébla » , dit Condé*, « fut investie ; )> mais ses remparts étaient si solidement construits et la » garnison si bien disposée que le siège dura plus d'un an. » On assure qne les assiégés avaient des machines au moyen » desquelles ils lançaient dans le camp des Chrétiens des » pierres et des matières enflammées, avec un bruit sem^ » blable à celui du tonnerre. »

C'est la première fois que les historiens arabes font mention d'engins, qui peuvent faire songer aux canons^. Il est fort difficile, du reste, de spécifier la nature exacte de ces machines, quoique leur emploi soit encore signalé par CoNDÉ et à plusieurs reprises, dans la seconde moitié du XIII* siècle.' Les princes chrétiens, dans les sièges qui suivirent celui de Niébla , continuèrent à se servir des anciennes machines de jet, d'où il résulte que TefiTet des engins nouveaux n'était pas encore alors considéré comme très-redoutable. Du reste , les projectiles des armes à feu restèrent de faibles dimensions jusqu'au milieu du XIV* siècle', et, jusque-là, ils durent rester impuissants à faire modifier les dispositions en usage dans la fortification des places fortes. L'artillerie ne prit un rôle véritablement important, dans les mains des Maures, qu'au siège de Tarifa (1340 ap. J.-C.)^ et pendant la défense d'Algéziras (1342 ap. J.-C.)*.

Une fois les Almohades expulsés de l'Andalousie, la guerre sainte y fut prolongée par les Mérinides®, qui prirent un goût tout particulier pour les algarades où courses sur les terres des Chrétiens. Mohammed II, roi de Grenade, pressentant que la paix avec les rois de Cas tille et d'Aragon ne pouvait s'éterniser, appela les Mérinides à la défense de la foi musulmane.

, Abou-Youssouf avait à peine passé le détroit, qu'il s'em-

i . Condé , t. m , p. 76. — 2. Cs. Viardot, t. II, p. 147 ; Favé, Progr. de l'artill., 1. 111, p. 67. — 3. Id., p. 85. — 4. Condé, t. III, p. 20i. — 5. Id., p. 212. — 6. Cs. Ibn-Khaldoun , t. IV, p. i59 pt suiv.

parait de Tarifa, d*Algéziras et de Ronda (1275 ap. J.-G.)*. Puis, faisant d'Âlgéziras son centre d'opérations, il lança ses colonnes sur les terres des Chrétiens, c Ses soldats » , dit ÂBD - EL - Halim^, « ne laissèrent pas un arbre debout, » pas un village sans le détruire , pas de butin sans le piller, » pas de moissons sans les incendier; et ils dévastèrent 9 complètement cette partie du pays. »

A la nouvelle de ces désordres, le roi de Cas tille, Alphonse X, vint mettre le siège devant Algéziras, opération qui eut un insuccès complet (1278 ap. J.-G.)^; il fit seulement la paix avec les Mérinides et le roi de Grenade.

Abou-Youssouf profita de ce temps de repos , pour construire Algôziras-el-Djedid (la Neuve), sur l'emplacement qu'avaient occupé les troupes chrétiennes pendant le siège , et qui présentait des conditions très-favorables à la défense^. On se rappelle que, trois ans auparavant, il avait fait bâtir en Afrique Fez-el-Djedid'.

Les hostilités, interrompues à la mort d*Abou-Youssouf, reprirent quatre ans plus tard (1290 ap. J.-C.)*. Cette dernière expédition ruina complètement l'influence des Mérinides en Espagne; Tarifa repassa aux mains des Chrétiens^ et les sultans de Fez ne conservèrent plus qu'Algéziras, qu'ils remirent bientôt au roi de Grenade, moyennant une forte somme d'argent (1296 ap. J.-C.)®. Dès lors, ils ne reparurent plus en Espagne que comme auxiliaires des Grenadins et comme volontaires de la foi. Ce fut à ce titre qu'Aboul-Hacen s'installa à Gibraltar, où il venait d'être reçu en allié (1330 ap. J.-G.)*. Pendant longtemps encore, cette ville, retombée aux mains des Mérinides, leur servit de place d'armes, pour appuyer leurs courses en Andalousie. Dix ans plus tard, Aboul-Hacen porta le siège devant Tarifa; il était accompagné du roi de Grenade (1340 ap.

1. Kartas, p. U8. — 2. Id., p. 451. — 3. Ferreras, t. IV, p. -308.— 4. Condé, 1. 111, p. 119. — 5. Voy. ci-dessus, p.243. — 6. Condé,id., p. 134. — 7. Kartas, p. 448. — 8. Condé, id., p. 140. — 9. Id., t. III, p. 190.

J.-&). C*est de ce siège qu'il a déjà été question plus haut. « Ou battit les murailles » , dit Condé^ « avec des machines » qui, parreffetdu salpêtre, lançaient des globes de fer, qui » produisaient de grands ravages. » Le siège durait encore quand la bataille du Guadacelito vint forcer le roi de Fez à se réfugier à Gibraltar et de là à repasser en Afrique»

A la suite de ces événements heureux pour les Chrétiens, Alphonse XI assiégea et prit Algéziras, ville si souvent attaquée, qui succomba, enfin, malgré Tartillerie des Maures (1342 ap. J.-C). En vain, pour la secourir, le roi de Grenade s*était-il adressé aux Mérinides. Le roi de Fez, découragé par Tinsuccès des expéditions précédentes, lui fit répondre que « ses guerres domestiques exigeaient » l'emploi de toutes ses ressources*. »

Il est inutile de parler des courses ultérieures des Mérinides sur la terre d'Espagne; la lutte fut désormais circonscrite entre les empires chrétiens et le royaume de Grenade. Heureusement pour ce dernier, les querelles des princes d'Aragon et de Gastille lui laissèrent encore quelques instants de repos.

Youssouf P' en profita pour embellir Grenade et cultiver les arts de la paix. Entre les constructions qu'il fit entreprendre, il faut signaler la Porte du Jugement^ ^ monument caractéristique du style architectural militaire de Tépoque (1348 ap. J.-C.). Le fini des détails, l'accumulation des ornementations, la légèreté, senties principaux caractères de cette architecture. Quant aux matériaux de construction , ce sont toujours les mêmes, le tabbya et toujours le tabbya.

La puissance du royaume de Grenade se soutint jusqu'à la fin du règne de Youssouf III , c'est-à-dire pendant trois quarts de siècle encore. Mais à la mort de ce prince (1423 ap. J.-C.), les guerres civiles le désolèrent et précipitèrent sa chute. Bientôt, du reste, il n'y eut plus de secours à espérer de l'Afrique; car un traître livra Gibraltar aux Espagnols (1462 ap. J.-C). Enfin, le mariage d'Isabelle

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