‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 27 sur 72 · FruUsarr, p. 2-20 ul suiv. — 2. Id., p · texte numérisé non relu

FruUsarr, p. 2-20 ul suiv. — 2. Id., p

apprend en effet, d'après des documents authentiques, qu*à la suite d'une contestation survenue entre Tabbé et les consuls d'Aurillac, il fut reconnu que ceux-ci avaient tous droits sur les murs (1277 ap. J^-C), tandis que cinq ans plus tard (1282 ap. J.-G.)) à Brioude, on décidait que la garde des murs bâtis aux dépens desT citadins devait appar* tenir au chapitre et à Téglise'.

Les communes du Nord n'étaient pas, du reste, exemptes de ces querelles. On vit, en effet, à la un du XIP siècle (1177 ap. J.-G.) les bourgeois et les chanoines d'Amiens se disputer au sujet de l'opportunité de la restauration d'une porte, \sL porte du Cloître, et ne s'entendre qu'après de longs débats, quand il fut convenu que l'ouverture serait rétablie, mais à la condition que Tune des clefs i^esterait entre les mains du chapitre, tandis que l'autre serait remise à un gardien bourgeois, nommé au choix de l'évêque^.

Toutefois, la jurisprudence en matière de murs et de fossés s'uniformisa sous Philippe-le-Bel , dont le règne chevauche à la fois sur le XlIP et le XI V« siècles (1285- 1314 ap. J.-C). Ce prince proclama la plénitude de l'autorité royale , terrassa la féodalité en lui enlevant ses privilèges et abaissa le clergé en intervenant dans ses affaires et en lui inteitiisant les fonctions civiles. D'un autre côté, un grand nombre de communes durent renoncer à leur indépendance pour se placer sous la tutelle administrative du roi ; de sorte que le règne de Philippe marqua une véritable révolution du régime politique en France. En même temps, le domaine royal s'accrut considérablement par des acquisitions, des pariages^, et enfin par la conquête de deux provinces trèsvastes, la Guyenne (1289 ap. J.-G.) et la Flandre (1304 ap. J.-C.)^

Le roi, en réorganisant les services administratifs, introduisit son action partout , et ses officiei*s gouvernèrent en

i. Ghampollion , Re?. archéol., 1856, p. 386. — 2. Aug. Thierry» Monara. du Tiers-Etat, t. I, p. 96. — 3. Possession indivise d'une fnêmo terre, avec partage égal des droits y offérents. Voy. Chërucl, Instit., t. 11., p. 942. — >i. Cs. Boutaric, La France sous Philippc-le-Bel, passim.

tous lieux et en son nom, même dans les grands fiefs. Les mêmes fonctionnaires furent associés à une nouvelle organisation judiciaire que compléta la réforme du Parlement^ institution dont Torigine remontait au règne de Louis IX^

On portait, de droit , au Parlement les causes des prélats et des grands 'seigneurs ; celles des églises, des communautés et des simples particuliers n'y étaient reçues que lorsqu'elles présentaient quelque importance^. La plupai't des contestations au sujet des fortifications vinrent ainsi tour à tour se vider devant cette haute cour de justice, quand le roi ne les réglait pas lui-même par des ordonnances.

Au XIV* siècle, les fortifications des villes étaient généralement construites et entretenues aux frais des habitants, ce qui explique pourquoi un grand nombre de cités importantes, qui s'étaient développées très-rapidement, comme Nantes et Thérouanne^, n'avaient encore à cette époque que des fortifications en terre et en bois. On trouve, en effet, dans J.-J. DES Ursins^, à propos de la ville de Nantes et à Tannée 1380 : « £t n'étoit la ville en aulcun lieu forte de » murailles. » Il s'agit ici des faubourgs, car en 1373, d'après Froissart*, la ville de Nantes avait fermé les portes de sa cité à Du Guesclin : « Quand le connétable de France » fut venu jusques à Nantes, dit en effet le chroniqueur, si )> trouva les portes de la cité closes et une partie des bour- )> geois venus au devant de lui , et eux mis entre les portes » et les barrières (lices), et n'y avoit ouvert tant seulement » que les postils (poternes ou petites portes). » Quant à Thérouanne, ville du /Nord qui avait acquis également un développement considérable au XII* siècle^, elle possédait aussi une cité qu'Arnould-le-6rand, comte de Flandre, avait restaurée en 936, cinquante ans après que les Normands

1. H. Martin, t. IV, p. 294. — 2. Boutaric, id., p. 192 et suiv. —

3. D'après L. Bonaparte, Passé et avenir de rartillerie, t. H, p. 2. —

4. Voy. id. — 5. Froissart, Chron. t. 1, p^ 673. — 6. M. d'Héricoiirt dit qu'au XIIc siècle, lorsque Saint Bernard visita cette place, elle s'étendait sur les deux rives de la Lys. Voy. Guilbert, t. III, p. 343.

l'eurent ravagée (884 ap. J.-C)^ et les fortifications de son enceinte s'étaient trouvées encore améliorées depuis par Robert I", roi de France (998 ap. J.-C.)- Dans la suite, il n'est question, dans l'histoire de Thérouanne, d'aucune (démolition jusqu'à la prise de cette ville par les Flamands, en 1303 ; de sorte que c'est aux faubourgs seulement qu'il faut appliquer la relation suivante : « Nullo adhuc lapideo, » sed altis duutaxat fossis et aggeribus terreis vallisque » cinctam^. »

Dans les places du Nord , les travaux de fortification s'exécutaient à la diligence du maire et des échevins; ils étaient, dans celles du Midi, placés sous la haute surveillance des consuls. On trouve^ en effet, dans la Seconde Coutume d'Amiens, document antérieur à l'année 1292 : Article 27. « Li fossé et les fermeté de le ville sont à soustenir et retenir )) au maieur et as esquevins pour le commun de le ville ^. » D'un autre côté, les franchises de la ville de Figeac portaient, en 1318, que les réparations et constructions des murs de la ville seraient exécutées sous la surveillance de la commune^.

Pour subvenir aux frais de ces constructions, qui furent très- nombreuses au XIV* siècle, à cause des guerres avec l'étranger et des ravages qu'exerçaient les aventuriers de toutes sortes qui désolaient la France à cette époque, le roi autorisait les villes à s'imposer ordinairement et extraordinairement. Nos archives nationales possèdent, sur ces impots communaux, de nombreux et précieux documents susceptibles d'en faire apprécier toute l'étendue. Les plus curieux ont été signalés par M. A. Champollion dans un mémoire déjà cité'. Ils sont relatifs aux communes deLaon, de Joinville, de Trie, de Narbonne, de Pamiers, etc. L'impôt portait le plus ordinairement sur les denrées alimentaires, et des syndics se trouvaient chargés de sa perception. La

• 1. Voy. Guilbert, t. 111^ p. 343. — 2. L. Bonaparte, id., d'après Meyer, Annales rerum flandaricum, ad annura 1303. — 3. Aug. Thierry, Monum. du Tiers-Elai, t. 1, p. 154. — - 4. A. Champollion, Rev. arch., 1856, p. 390. - 5. Id.

laxe s'élendait non-seulement sur les habitants des villes elles-mêmes, mais encore sur ceux des places voisines, que des événements extraordinaires forçaient à venir y chercher un refuge momentané.

A l'époque où commencèrent les grandes guerres anglaises, sous Philippe de Valois, les villes de Picardie furent tout particulièrement menacées, et durent se mettre immédiatement en état de défense. Aussi les archives municipales d'Amiens renferment-elles une foule d'ordonnances, de mandements, de chartes, d'arrêts du Parlement, relatifs aux constructions défensives qui furent exécutées dans cette place à partir de ce moment. Dès 1338 , une charte de Philippe de Valois autorisait divers , travaux de fortifications et réglait, dans la matière, les droits du maire et des échevins. Plus tard, après la bataille de Crécy (1346 ap. J.-C.}, ces améliorations parurent insuffisantes, et le Conseil municipal décida que les faabourgs seraient entourés d'une enceinte, dont la construction fut autorisée par lettres royales. Mais l'évêque et le chapitre refusèrent de payer leur part contributive de la dépense, et il fallut une ordonnance du roi, rendue en 1347, pour les contraindre à acquitter la somme. Néanmoins, les travaux se poursuivirent; mais à (haque échéance, les clercs refusaient toujours le paiement des fonds de concoure. Le chapitre , j)ar arrêt du Parlement en date du l" août 1355, la dame de Picquigny et certaines maisons religieuses, par un autre arrêt du 5 avril 1357, furent condamnés à contribuer aux dépenses des fortifications. Les oppositions se renouvelèrent cependant encore, et, en 1368, le bailli d'Amiens, agissant au nom du roi, dut forcer l'évêque et le chapitre à concourir de nouveau aux frais de construction des remparts, encore inachevés ^

L'œuvre de la fortification des villes, commencée, au XIIP siècle, par Philippe-Auguste, Louis IX et Philippele-Hardi, se continua donc au XIV*, et ce furent les guerres anglaises, sous Philippe de Valois" ^t Jean-le-Bon, qui

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