Les Villes insulaires fluviales de la Gaule. -* Mantoue
dans la Cisalpine, bâtie autrefois par les Etrusques (avant 587), s'élevait dans une île du Mincio^. Les Gaulois, après la con? quête, contini^èrent b l'habiter. Dans la Transalpine, Troyes (civitas Tricassium), Sens (Agendicum?) et Lutèce (oppiduna Parisiorum) occupaient également des positions insulaires fluviales.
Les Romains se gardèrent bien d'abandonner ces emplaoe* ments, quand ils garnirent la Gaule de leurs cités. Au oontraire, ils substituèrent aux anciennes défenses, dont elles étaient muT« nies, des fortifications plus solides, qui en firent de véritable& places fortes. Lutèce, misérable petite bourgade boueuse *, sous
i. Procope,Edif., IV, 4; édit. Cousin.— 9. Ville de la Dardanie euiopéenn'e.-3. Procope, id., IV, 3. — 4. Ramé, Rev. archéol., i864, 1. 1, p. 99.— S(. N. des Vergers, Etrurie, t. 1, p. 2i3. -r- 0. On donne de Lutèce dififérentes étymologies. M. de Cambry (Mai^um. eelt., p. 9tt)
les Gaulois, prît des tpurs de pierre sous les Gallo-Roniains * et Constance Chlore y construisit le fameux palais des Therme? (308-311 ap. J.-C), attribué improprement à l'empereur Julien* . A Troycs, l'empereur Antonin fit commencer ;ine tour de pierre (477 îtp. J.-C, dont Marc Aurèle continua les travaux*). « A « Sens, dit M. Guilbkrt, les Romains relevèrent les ipurailles « bâties par les Gaulois et fondées sur d'énormes blocs de t pierre] ils en revêtirent la maçonnerie primitive d'un pare- « ment de petits pavés, coupé de dislance en distance par des « cordons de briques, comme on le voit aujourd'hui *. »
Le mérovingien Clovis I«' bâtit, à son tour, un château fort dans une île du Moriq, à Coulommiers *.
Mais les seigneurs féodaux du moyen âge paraissent n'avoir apprécié que fort peu la valeur de ces positions aquatiques. Jl faut dire que Içi médiocrité de leurs ressources nautiques reuTdait ces stations très-incommodes pour l'habitation, d'autant plus qu'ils trouvîiient ailleurs des emplacements aussi bons, qui n'avalent pas, coiîime les îles des fleuves, à redouter les inondations; car Içs îles fluviales sont généralement plates. Un îlot de la Loire, sur lequel était construit le château de Decize, faisait cependant exception à celte règle; mais « il est élevé et « surgit en une petite montagne, en rocher, dit Guy Coquille^. » Qn trouvait encore, dès le XI® siècle, sur le Loir, le château de la Flèche, qui n'était pas dans une position paoins remarquable. Il était construit sur des arches en maçonnerie au milieu de la rivière; et les faubourgs, situés sur les berges, avaient été également séparés de la terre ferme, sur laquelle ils s'étaient précédemment élevés, au moyen de canaux artificiels. « Cet en- % seffible, dit M. Peauger'^, formait un système de fortification « hydraulique, très-original alors, mais aussi très-efficace, »
681 ï<^9 0Q?i|liiç]i$a 4ep rivières, — Pes positions excellentes
indique : lovch, mprais, ou tek, beau, en celto-breton ; M. Talbot (Œnvres ée Julien, p. 29i) dit ; îuh, rivière, et dac ou tec^ coupé (fleuve coupé), en langue celtique.
i. Voy. ci-dessus, p. 382. —2. Talbot, id., p. ?9». — 3. Guilberl, t. III, p. 14,-4. Id., p. 107.-5. Voy. ci-dessus, p. 359,— .6. Guy Coquille, ^i9toire du Nivernais.— 7. Guilbert, t. III, p. 492.
pour remplacement des villes, c'étaient les confluents des cours d'eau. Souvent, en effet, dans une ou plusieurs des trois sections que forment les vallées qui se rencontrent, se dresse une croupe montagneuse, qu'il suffit de barrer à l'arrière, par quelques retranchements, pour en faire un très-sûr asile. Ces stations étaient déjà très-estimées par les Belges de l'époque néolithique, comme on l'a vu précédemment*.
Cette tradition se continua chez les Gaulois, si l'on en juge par la situation de quelques cités évidemment celtiques ou kimriques : Moguntiacum (Mayence)*, Nemetacum (Arras)', oppidum Aduatucorum (Namur?), etc^
Plusieurs villes, du reste, chez les Gaulois, portaient le nom celtique de Condate, angk, par exemple Rennes, au confluent de riUe et de la Vilaine *, et Côsne en Bourbonnais, au confluent de la Loire et du Noain^. D'après dom Morigb', celui du chef-lieu du département du Finistère vient de même du mot breton Kemper, qui, dans la langue, signifie confluent (kem, avec; bera, couler) ®. Cette ville, en effet, est située à la jonction de rOdet et du Stheir. Il en est de même de Quimperlé (Kemper- Elle), au confluent de l'Isole et de l'EUé.
Les Romains comprirent tellement bien l'importance de ces positions militaires qu'ils y établirent leurs campements (castra stativa). Les anciens postes gaulois reçurent de nouvelles fortifications, Mayence *, Metz ^®, etc. Ceux qu'ils paraissent avoir choisis eux-mêmes, Coblentz (Confluentes) ", Dijon (Divio— rf«», deux; ion, eau) ^', Lyon (Lugdunum) **, devinrent également des places gallo-romaines importantes. Situés au point de jonction des rivières, ils en gardaient admirablement les embouchures et, comme de véritables sentinelles, ils en surveillaient le cours ^^.
Les Franks placèrent quelques-unes de leurs villas dans des situations semblables; témoin le magnifique domaine de Rueil,
i.Voy, ci-dessus, p. 41.— 2. Id., p. 103,Rhin6tMein.— 3. ld.jp.354, Scarpe et Gy. — 4. Id., 340, Sambre et Meuse. — 5. Guilbert, t. IV, p. 254.-6. Id., 1. 1, p. 18.— 7. D. Morice, Hist. deBret., 1. 1, p. 898. —8. Guilbert, t. I, p. 197.— 9. Voy. ci-dessus, p. 103.— 10. Id., p. 353. — 11.1d.~12.0uche etSuzon,Guilbert,t.V,p. 25.— 13.îd.,l.I,p.374, Saône et Khône.— 14. De Ring, Elabl. milit., 1. 1, p. 179; 1. 11^ p. 42.
au confluent de la Seiue et de TEure ^ Quant h Charlemagne, imitateur constant des Romains, dans le but de surveiller les peuplades de TAUemagne, il établit un fort à la jonction de la Hohre et de TElbe (779 ap. J.-C.) ^ comme autrefois Drusus en avait construit un à la rencontre du Rhin et de la Moselle. Enfin, il serait trop long de faire la nomenclatui#de toutes les villes et de tous les châteaux qui, au moyen âge, se trouvaient établis dans ces conditions.
59. Villes protégées par des eaux. — Dans tous les temps, la présence des eaux autour d'une ville a été considérée comme augmentant la valeur de ses défenses. Le Zend-Avesia porte, en effet, que la forteresse de Ver, premier établissement des Aryas-Iraniens, était entourée d'eau ^. De son côté, le prophète Nahum chante les villes aquatiques, situées au milieu des fleuves ou appuyées à la mer, dont les eaux, dit-iH, font les murailles et les remparts. Les monuments de TAssyrie et de TÉgypte représentent de nombreuses forteresses adossées à des rivières ou environnées d'eau ^. César s'émerveillait à la vue de la position de l'oppidum des Séquanes, Vesontio (Besançon), enveloppé presque entièrement dans un repli du Doubs (59) ^. Enfin, tous les historiens ont admiré la magnifique situation de Constantinople, baignée par trois mers, riches en ports excellents, qui faisaient de cette place, dit Pierre Gilles^, « la citadelle de l'Europe, a et lui donnaient le droit de commander au monde. »
60. Importance des murs de quai. — * Mais on ne prenait pas partout le soin de fermer par des murs de quai les quartiers des villes directement appuyés aux eaux. Gonstantinople, jusque sous Théodose le Jeune (438 ap. J.-G.), n'eut de murailles que du côté de la terre. A Rome, le Tibre seul servait de rempart à la ville sur une certaine étendue, et cette absence de fortifications du côté du fleuve faillit être fatale à la République, lors
1. Gr^. de Tours, 1. 1, p. 378.-2. H. Martin, t. II, p. 275.-3. Voy. ci-dessus, p. 151. — 4. Nahum, IIl, 8. — 5. Botta, Monum. de Ninive, p. d9,i20, et pi. 31 à 35 et 55 ; Rosellini, I Monum., M. R., pi. LXXX; M. H., t. IIl, p. 232.-6. César, G. d. 6., 1, 38.-7. P. Gilles, Gollect. Buchon, t. III, p. 313 ; Procope, Edif.^ IV, 9.
d^ r^ttdquo de Porseppa (SQS) ^ {tome fut plus heurense, dans ççlte circonstance, que Tarichée sous Vespasîen. Josèphs * rap-^ porte en effet que l'un des quartiers de la place, appuyé au lac ^e Tibériade, 3ç trouvait sans murailles de ce côté; on le sup^ posait inabordable. Cependant Titus, après avoir reconnu la profondeur ^ eaux, fit donner l'assaut par la voie du lac et «'empara de la ville (70 ap. J.-C).
Dioclétien^ fortifiant Circésium (Charchémis) sur TEuphnitet laissa libre aussi toute la portion de la place qui longeait le fleuve (S97 ap. !••€.)*; maia uu tel défaut qe pouvait échapper k l'œil eiercé de Justînien, qui s'empressa de faire eompléter Fenoeinte^ comme nous l'apprend Prooopb (537-565 ap. J.->G.) *^
D'après El^Bikbi *, les Grecs Byzantins, lors de la première invasion arabe en Afrique, perdirent aussi la ville de Tripoli, comme les Juifs avaient jadis perdu oelle de Taricbée, Cette plaoe n'était défendue par aucune muraille du côté de la mer; et loi Arabes, profitant d'un sentier qui tournait l'extrémité de la muraille de terre, à son point de jonction aveo la mer, péné-^ trèrent dans la ville par ce chemin, qui se découvrait à marée basse (644 ap. J.«0.).
61. Villes traversées par des ceors d*eau. -— Les villes traversées par une rivière se trouvaient, comme les précédentes, exposées aux surprises, quand leurs portes d'eau n'étaient ni bien gardées ni bien défendues. Babylone fut enlevée ainsi par Cyrus par la voie du fleuve, malgré SCS murs de quai, parce que les issues <Je rpupbratc se trouvaient mal surveillées (538) •.
XéNOpjion, du reste, critiquait le choix des emplacements des villes traversée^ par une rivière; il redoutait particulièrement pour çeUeç-ei remploi des chasses d'eau contre les murailles, au moyeu de digues établies en amont, C'était un procédé dont AgésipoUa 3'était servi ^ Mantinée pour renverser les murs de briques de cette place (385) ^. Sapor I^r employa plus tard le
i. Denys d'Halfc, V. IV, d; )X, KIS» B.-^2. Josèphe, G. d. Jaif«. -x-S et 4. Proeope, Mit. Geusin» II» 6.^9« Qekrî, édit. de Slane, p. 24. Ce ne fut qu'fn 798 ap. J.-G. que Hertb^mia'ibn-Aïen, émir de fiù^ rouan, fit construire la muraille du côté de )a 9ier.--6. HérQd.,1, tW^ 191.-7. Voy. ci-dessus, p. 67, 243.
— IW -r
nAnie moyen à Hisîbft $ il reavtiw diiBi (Otmmtte 9àk9ê 4#i murailies ée eeite villa (880 tp. J.-fi.) ^
68. FoB0éfi pleins d*ea« dav «ill498. «^De bonoA beurè, sm# doute, on songea à utiliser le$ eausc pour renforcer les défense des villes en les amenant dans leurs fossés. La pla^e de Kate^bt déjà nommée précédemment^, outre le repli de TOronie dans lequel elle était presque enfermée, possédait encore un fojssé « intérieur rempli d'eau formant une seconde encetote en nvMt « des murs crénelés >, comme on le remarque dans ha pein» tures d'fpsamboul et du Rames^éum '.
Chez les Romains, Valentinien l<" fit faire un détoqr au Keçjp^r pour protéger un fort qu'il venait de faire construire à Teoiim^ chure de ce fleuve (S69 ap. i.-C)^. Justinien, de même, déioumi le cours de TOropte, pour baigner le pied des murailles d'Au-*
tioche(M7-R65ap. J.-C.)^.
Sous les Mérovingiens, le patrice Mummole, après s*étre emparé d'Avignon, conduisit les eaux du Rhône dans les fosséi de la partie de la ville qui n'était pas enfermée par le flenve? Il avait fait creuser en«e lieu f des fossés d'une grande pf^^^t fondeur, dit Grégoire de Tours*, et, pour tendre un piège k « Tennemi, avait fait recouvrir cette eau » (583 ap. J.-C),
De la même manière, Charles Y fit entrer les eaux dç la S^ne dans de larges fossés creusés récemmeQt autour da Lpuvre (1373 ap. J.-C.) 7,
Quant aux cbftteau^ fépdaux et aux munpirs du woyen ft|;e, une grande partie de leur défepse (ilait générale^fieat tiréi^ ^e l'eau qui remplissait leurs fossés, lofsquç les eircgn^^iiaes locales le permettaient.
g V.-LES BOIS.
63. Asiles ronmis pi^ les forêts.*— La difficulté de pénétrer, le danger de s'égarpr et 1^ crainte des animaux sauvages étaient
1. tebeau, Bist, da fiasTErap., \, II, p, i3S. ^ % Voy. iii^desius, p. M9.,«3. Cbabas, Rev» arcbéol., ms, p. 573. -^4. Amm- MarcfU,, XXVIII, l.-^S, Pfocope, Edifo II, 10.-6. Grég^inTma, U h p. 338, —7. Voy, ci-dessus, p. 470,
autant de protections que les forêts primitives donnaient à leurs habitants contre les entreprises des hommes. Les Druides, chez les Gaulois, se retiraient dans les bois pour y accomplir leurs sacrifices ^ ; les Brahmanes , dans l'Inde, s'y réfugiaient pour exercer librement leurs pratiques religieuses et se livrer plus paisiblement à la vie contemplative 2. Encore aujourd'hui, du reste, les Hindous se cachent dans les jongles ^ pour se soustraire à la domination étrangère. Ils y trouvent un refuge inexpugnable, au milieu des broussailles et des roseaux, sur des îlots entourés de marécages, derrière de gigantesques fourrés, où vivent encore des animaux que l'homme redoute *• Pendant longtemps les forêts de l'Angleterre servirent de refuges aux outlaws ou brigands *, et Ton sait que ce fut à leur abri que le fameux Robin Hood dut à la fois son nom (Robin of the wood) ® et la permanence de ses succès, dans ses exploits de brigandage (XII« siècle ap. J.-C). Jadis encore, les Ménapiens se croyaient tellement en sûreté au sein de leurs bois, qu'ils furent les derniers des Gaulois à envoyer des députés à César (83) ^. Il fut toujours très-difficile aussi, pour les Romains, de déloger les Germains de leurs forêts et de leurs marécages, comme nous allons le voir.
64. Les forêts des Germains. — Au X« siècle avant l'ère chrétienne, une famille aryane, sortie de l'Asie centrale, s'établit dans les régions caucasiques entre la mer Caspienne et la mer Noire®; c'était celle des Sarmates, très-près parents des Iramiens de la Perse et de la Médie ^. Environ trois cents ans plus tard, vers le VII® ou le VIII« siècle, un rameau de la famille sarmatique, celui des Roxolans, se détacha du tronc commun, et, se dirigeant vers le Nord-Ouest, alla fonder un nouveau royaume
1. Maury, Les Forêts, p. 159 et 8aiv.-*2. Voy., dans le Bhâgavata- Purâna, la description de l'ermitage de Yindusaras, situé au milieu des bois et entouré par la rivière Saraswati ; Burnouf, 1. 1, p. 479^ 505. — 3. Djioguels; voy. Ferrier, t. II, p. 183. — 4. Maury, id., p. 6, i36. — 5. Fleury, Hist. d'Angl., t. I, p. 110. — 6. Maury, id.— 7. César^ G. d. G., ly, 38; VI, 5, 6.-8. Voy. pour les migrations successives de cette famille, de Gobineau, Inég. des races, t. III, p. 416 et suiv.— 9. E. Lamé, Rev. contemp., 15 juill. 1863, p. 40.
dans les plaines du Volga et du Dnieper, vers les sources de la Dwina ^ On pense que c'est au souvenir de cet ancien État qu'il faut rapporter le nom i'Asgard^, si souvent mentionné dans YEdda des Islandais^.
Au IV« siècle avant J.-C, les Roxolans se séparèrent en deux groupes importants. Le premier s'établit dans le nord de TAUemagne (Poméranie actuelle) et forma la nation gothique, tandis que Tautre, abordant sur le sol norvégien, y donna naissance à la famille Scandinave.
Le» Goths s'étendirent progressivement vers le Sud-Est, de telle sorte qu'au III® siècle de Tère chrétienne, ils touchaient aux frontières danubiennes de TËmpiro romain. Ce fut en se portant à leur rencontre que l'empereur Dèce perdit la vie, dans une* bataille qu'il livra dans la Mœsie (251 ap. J.-C.) *,
Les Scandinaves, au contraire, se développèrent vers le Sud- Ouest, et, peu à peu, se répandirent dans toute la région occidentale, connue de Tacite sous le nom de Germanie ^. Us se mêlèrent progressivement aux peuplades finnoises^ slaves et gallokimriques, qui y habitaient; et, les émissions norvégiennes s'étant multipliées, le pays se trouva bientôt germanisé. Quelques tribus pénétrèrent dans la Belgique^, et jusque dans la Gaule celtique, chez les Arvernes et les Edues. Arioviste, avec ses guerriers recrutés dans presque toute la Germanie ', venait de s'installer chez les Séquanes ^, quand César parut (58).
Les Romains, une fois maîtres de la Gaule, retrouvèrent devant eux ces mêmes Germains que César avait refoulés au delà du Rhin. Ceux-ci allaieut devenir, pendant quatre siècles, Técueil permanent auquel devaient se heurter toutes les armées romaines, la menace perpétuelle, pour l'Empire, de voir ses frontières forcées par les Barbares.
Pour conjurer le péril, les Empereurs usèrent de tous les moyens. Ils fondèrent des villes vers leurs limites et les peuplèrent de vétérans et de colons?; Drusus, Tibère et Germa-
1. De Gobineau, id., p. 418.— 2. Id., p. 421.— 'Asgard est on des neuf mondes des Scandinaves, le monde des Ases.— 3. Voy. Vœlaspft, pass. — 4. Jornand, XVIU. — 5. Tac, Germ., I et 11. — 6. César, G. d. G., II, 4; Tac, id., XXVIIL — 7. De Gobineau, t. IV, p. 15. — 8. César, id., I, 31.-9, Voy. ci-dessus, p. 103,
ilietts, envoyés luooesshrement dana la Germanie (IS ay. l^^G./
id api J<-C.)^ y ccmstniisirent des forts, des caatels, de^ retraficbemeAts Ah toutes sortes^; on transporta dans la Ganle Us peuplades les plus turbulentes^; on essaya de gagner les aiitfes paf des présents, de Tor et du vin 3.
Les Germains écrasèrent néanmoins Yarus è Tentberg (0 ap. 14^*)*} ils rulirèrent les forts de Drusus et de Tibère et forcèrent la redoute d'Alison sur la Lippe ^« Germanicus trouva tous les établissements romains au delà du Rhin complètement anéantis, et dut s'empresser de les restaurer.
Quant ant Germains, leurs seules forteresses, à ToxceptioÉi pcnt'ôtre dei quelques castols en bois, dont la colonne Antonine ikous montre les modèles^, c'étaient les forêts et les marécages qui avaient été si funestes à Varus, et dont ils avaient englouti les légions'. « Il est assez connu, dit en effet Tacitb^ que les « peuples de là Germanie n'habitent point des villes et qu'ils ne « souffrent pas de demeures contiguês ; ils vivent séparés et dis- « perses, selon qu'une fontaine, un champ, un bois leur a plu. t Leurs villages ne sont pas, comme les nôtres, formés de maii sons qui se joignent et se tiennent ; chacun entoure la sienne K d'un espace libre, soit comme préservatif en cas d'incendie, « soit Ignorance de l'art de bâtir. L'usage des ciments et de la < tuile leur est inconnu; ils n'emploient pour tout que des maté- <K riaux grossiers et ne donnent rien ni à l'apparence ni à l'agrét ment. »
L'historien dit encore : « Le pays, quoique çà et là divers « d'aspect, est en général ou hérissé de forêts ou noyé de maré- « cages*. » Aussi les bas-reliefs de la colonne Antonine nous montrent-ils des Germains^ chassés par les armées romaines, se réfugiant dans les roseaux, dont leur pays était couvert ^^.
Malgré tous les efforts t.entés successivement, la limite réelle de la Germanie du côté de l'Ouest fut toujours le Rhin. Elle
i. DionCas8.,LIV;Flor.,IV,2;Suét. Tibère, IX; Tac, Ann.,I,SO.— f. Strab., VII; Btàét. AagoXXI; Tibère, IX; Tac, Ann., XII, d9J Aurél. tietor, î i BUtrope, Vil, 9.-3. H. Mariio, 1. 1, p. 20^.--». Tac, id., f^ 90^^ 6. De Ring, t. 1, p. 22. -^7. Viollel-lê Do«, p. 5« — 8. Sv#t. Ang., XXÏII.— 9. Tac, Ôerm,, XVI, eolleol, Ntoard* — 40. Id., V. **-. 2. Charton, Voyag. an«. 6t ÈiOé.) t< 1/ p« 122.
s'étendit davantage du côté du Danube, et Tfajâtt la porta jusqu'au Dniester ^ Le grand retranchemeht dès Châfnpn déçumatesy commencé sous Domitien (81-96 ap. J.C.)^, étendu sous Trajati (08-il7 ap. J.-G.)^ fut continué sous Adrien (117-138 ap. J.-C.) *. Ce rempart assura la tranquillité des colons romains qui allèrent s'établir dans cette région. Enfin Marc- Aurèie, pour contenir les Quades et les Marcomans, éleva des forts sur leur territoire (174 ap. J.-C.) ^.
Mais, sous Tempereur Commode, les Germains, prenant l'offensive à leur tour, commencèrent k franchir toutes ces lignes de défense. Home dut évacuer la plupart des châteaux établis au delà du Êanube (180 ap. J.-C.) *. Puis, sous Alexandre Sévère, la ville et l'empereur apprirent un jour que les Barbares venaient de traverser à la fois les deux grands fleuves qui leur servaient de limites, le Rhin et le Danube (S33 ap. J.-C.) '. Le Goih Maximin, nouvel empereur, arrêta, il est vrai, leuf mouvement (33S ap. J.-C); mais il ne put les réduire, k cause des marécages et des forêts, où ils se réfugiaient toujours à l'approche des armées romaines®.
Vers cette époque, on commença k entendre parler des Pranks (238 ap. J.-C.)', Pendant que Rome avait lutté sans succès contre les Germains, de nouvelles alluvions de familles Scandinaves s'étaient déposées sur le sol de la Germanie et, de proche en proche, elles commençaient à en gagner les limites. Les Franks faisaient partie des tribus arrivées ainsi en seconde émission.
Ô5. Les fourrés des Mardes et des Nerriens. — Suivons un instant Alexandre chez les Mardes, dans son expédition de l'Asie centrale (330) ^^. Il y trouve des villages abandonnés, les habitants réfugiés sur les montagnes et dans les bois. Mais, au milieu de la plaine, il rencontre des fourrés merveilleusement organisés, dans lesquels s'abrite toute une armée, c Les Mardes^
1. H. Martin, 1. 1, p. 211.— S. Front. Stratag., I^ 3, 10.^3. De Ring, t. I, p. 147.— 4. SparU Adr., XII.— 5. De Ring, t. I, p. 74.-6. Id., p. 76. La colonne Antonine fut élevée à Rome en Thoniidut it Marc* Aurèie.- 7. Id., p. 79.-8. Ilérodien, VIL— 9. Voy. ci-deôàaê, p. 34t, —10. Q. Curce, VI, 5. Collect. Nisard, p. 237.
t dit, QuiNTB-CuBCB s avaient embarrassé la plaine de retrant chements d'une nouvelle espèce. » Et il ajoute : « Ils plantent des arbres fort proches les uns des autres, dont
* ils ploient les branches avec la main, durant qu'elles sont « encore tendres, puis, les tordant par le bout, ils les replantent t et les enfoncent dans la terre. De là, sortant comme une autra
* racine, ils font une nouvelle tige, et jettent des scions plus « beaux et plus forts que les premiers, lesquels, toutefois, ils ne « laissent pas croître selon que la nature les pousse, mais les croi- « sent les uns sur les autres ; et quand ils sont chargés de brant chages et de feuilles, ils couvrent toute la campagne, de sorte 0 que ce sont comme des rets cachés qui empêchent le passage. a En cela, tout l'expédient était de couper le bois pour s'ouvrir « un chemin ; mais c'était une œuvre de grand travail, parce que « les troncs des arbres étaient pleins de nœuds, et les verges, « étant souples et courbées en l'air, comme des cercles sust pendus, obéissaient au coup et le rendaient vain ; outre que a les habitants du pays, accoutumés de brosser à travers les « buissons, comme les bêtes sauvages, s étaient fourrés dans ce
* bois, d'où ils tiraient à couvert sur les ennemis. » Semblables à ces Asiatiques du siècle d'Alexandre, les Ner-
viens de la Gaule, du temps de César (57), savaient au3si se rendre redoutables à leurs ennemis, en se cachant derrière des haies de cornouillers tressés ^, qui formaient comme un vaste réseau de rideaux impénétrables même à la vue «. En greffant les unes sur les autres les branches de jeunes arbres entrelacés à la manière des haies, ces Belges, dont toute la force consistait dans leur infanterie, pouvaient défier journellement la cavalerie des peuples voisins.
Les compagnons d'Alexandre trouvèrent dans les Indes des fourrés naturels présentant à peu près le même aspect ; mais il ne paraît pas que les Indiens s'en soient servis pour s'opposer à la marche du conquérant. « La plupart des branches, grosses « comme des troncs, dit Qdinte-Curce ^, se repliaient jusque a dans la terre, d'où elles remontaient après toutes droites ;
i. Quinte Curce, id. — 2. César, G. 'd. G., II, 17; Creuly, Rev. archéol., I86i. — 3. Napoléon III, J. César, III, V, Vî. — Q. Curce, IX, 1.
• de sorte qu'il semblait que ce n'étaient plus des branches qui t se redressaient, mais de nouveaux arbres croissant sur leurs « racines. » D'après Pline, certains figuiers de l'Inde présentaient cette particularité de former de nouveaux plants autaur de la souche mère, leurs branches reprenant racine après avoir touché terre*.
66. Les haies et les bx^ussallles chez les sauvages. — Il serait puéril de songer à retrouver dans l'ancien monde les traces des antiques fortifications sylvestres, dont les débris vermoulus se confondent depuis bien longtemps avec la poussière. Suivons plutôt les voyageurs modernes chez les peuplades qui sont encore voisines de l'état primitif. Cook vit à la Nouvelle-Zélande des haies de roseaux si épaisses, dit-iP, qu'une souris aurait à peine pu passer au travers. Quant h Dumonl d'Urville, en parlant des Bédahs de Ceylan, il s'exprime ainsi ^ : « Ils n'ont « ni villes, ni villages, pas même de simples cabanes; leur lit, « le soir, est au pied d'un arbre, qu'ils ont entouré do branches « épineuses ; ils s'y blottissent jusqu'au jour, à moins que quelque t danger ne les fasse grimper sur le tronc. » Peut-on assister de plus près à la naissance de l'art delà fortification? A une époque où ce que Dion Cassius a dit des Bretons : « Omnis arbor domus^ », s'appliquait à tous les peuples, les épais rideaux de ronces et d'épines, de cactus et d'aloès, formaient la principale défense de toutes les demeures sylvestres. Les terrains inondés de la basse Egypte sont encore aujourd'hui couverts d'immenses nopals aux raquettes épineuses qui « forment des clôtures semblables à de hautes murailles^. » On conçoit que des défenses végétales de celte espèce pouvaient devenir de véritables fortifications, quand elles étaient précédées de terrains marécageux, comme dans le Fayoum égyptien, ou bien d'un fossé profond, • ou encore d'un sol embarrassé débroussailles, tous obstacles au sein desquels l'ennemi pouvait être écrasé vingt fois avant de parvenir à la défense principale.
1. Pline, XIÏ, il ; Voy. Maury, p. i i5.— 2. Cook, I«' voyage, eh. II. ^3.D. d'Urville, ch. Xlll> 1. 1, p. 111.-4. Dion Cassius, Uist. roiu.— 5. De Rozière, commiss. d'Egypte; ÇbàmpoU.-Figeac, £gypt. anc, Uoiv. pitt., p. 6.